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Archives pour janvier 2019

First reformed – Paul Schrader – 2018

45. First reformed - Paul Schrader - 2018Winter is coming ?

   9.0   First reformed, rebaptisé ici Sur le chemin de la rédemption (Et pour quelles raisons, puisque le film n’a pas eu les honneurs d’une sortie salle en France ?) est un film automnal, mais un automne qui touche à sa fin, convoque déjà l’hiver : Les dernières feuilles des arbres résistent, mais la plupart sont au sol ; les premières neiges ayant déjà fait leur apparition. Le récit promet de s’étirer sur une année mais nous ne verrons que l’hiver, il annonce une grossesse mais nous ne verrons jamais la naissance. Le premier plan nous extraie de la pénombre, et à l’instar du Lumière silencieuse, de Reygadas, effectue un lent travelling avant, non pas vers une vallée ensoleillée mais vers une petite chapelle d’un village de l’Etat de New York, prête à nous accueillir.

     Si First reformed est le nom de cette Eglise, l’une des premières réformées de l’Est, dans laquelle officie Ernst Toller, jeune pasteur calviniste, il s’agit moins d’une chronique que du récit d’un doute : L’écoute du journal d’humeur d’un révérend coincé entre ses douleurs physiques variées et son refuge dans le whisky, une église financé par une multinationale faisant partie des plus gros pollueurs et des paroissiens fragiles, un espoir de plus en plus miné par le désespoir, un prêche bientôt perturbé par des vieux démons, une église qui va célébrer ses 250 ans d’existence et la fin du monde annoncé par le réchauffement climatique. Commençons par ce qui saute aux yeux : Ethan Hawke est immense.

     Autant j’avais aimé The Canyons, le précédent film de Paul Schrader, tant il dépareillait du reste de la production américaine, n’était pas qu’un simple retour académique mais une pure plongée dans l’univers du porno, qui d’emblée lui offrait une stature plus troublante que d’ordinaire, aidé par les services de Bret Easton Ellis, qui je crois, en avait écrit le scénario. Autant il me semble que First reformed va plus loin encore là-dessus en plus d’être une peinture d’aujourd’hui absolument sidérante : Soit l’histoire d’un ancien aumônier militaire, ravagé par ses doutes, l’apparition d’une maladie et par la douleur de la perte de son fils en Irak, qui se voit plus perdu encore le jour où il fait la rencontre d’une paroissienne qui lui demande de guider son mari, si déprimé par la crise écologique qu’il refuse de donner naissance à leur enfant.

     Tout est donc conté à travers un journal (sous voix off, régulièrement) puisque le révérend en question en plein doute sur sa foi (façon Les communiants, de Bergman, dans lequel un pasteur se retrouvait déjà en pleine crise de foi après le décès de sa femme et face au désir suicidaire de l’un de ses fidèles) choisit de les retransmettre par écrit une année durant, sans trop savoir ni où ça le mènera ni qui ça servira. Et ces doutes, ces peurs iront comme le film, très loin, si loin qu’il est difficile de ne pas songer à la folie de Travis Bickle dans Taxi Driver (Il faut rappeler que c’est Schrader lui-même qui avait écrit le film de Scorsese) jusqu’à un tel point de non-retour qui rend son final aussi surprenant qu’il s’avère in fine hallucinant, terrassant.

     Si le film est sans doute légitimement prisonnier de sa forme froide (format « carré » et longs plans fixes) d’une austérité et d’une lenteur accablantes sinon complaisantes, diront les plus sceptiques, il regorge d’un nombre de trouées, à l’image de cette errance dans un terrain vague portuaire cerné par des cieux rose violacés, une scène de méditation/lévitation qui évoque aussi bien Under the skin que Zerkalo, ce rendez-vous enneigé en pleine forêt décharnée d’une violence sèche ou dans ce final tout simplement sidérant (au point de se demander, un temps, s’il relève d’une facilité ou d’un coup de génie) qui lui offrent une dimension si singulière qu’elle donne aussitôt envie de s’y replonger. First reformed m’a tellement perturbé qu’il m’a fallu le revoir, dix jours seulement après en avoir fait sa découverte, afin de lever les maigres réserves qu’il avait fait naître et me terrasser comme jamais dans un final qui triomphe la vie in-extrémis.

Seul au monde (Cast away) – Robert Zemeckis – 2001

25. Seul au monde - Cast away - Robert Zemeckis - 2001Survivre pour revivre.

   9.0   La sortie de Welcome to Marwen me donne envie de revoir plein de film de Zemeckis et m’a surtout poussé à revoir celui auquel j’ai beaucoup pensé en le découvrant, puisqu’il y était déjà question de solitude forcée et de comment on tente de vaincre cette solitude, mais aussi de comment on revient de cette solitude, il s’agit bien entendu de Seul au monde, Cast away en version originale, avec un Tom Hanks sur une île, affublée d’une barbe et parlant à un ballon de volley.

     Ce qui m’a frappé c’est que Seul au monde va systématiquement à l’encontre des attentes générées par le cinéma hollywoodien traditionnel. Sa structure, d’une part, est très bizarre, déployée en quatre parties, étirées et quasi d’égale durée : Avant le crash, les premiers jours sur l’ile, les derniers jours sur l’ile, le retour. Et tout ça avec de vrais partis pris, exemple : Il se refuse à tout montage alterné. On restera donc, durant les quatre-vingt minutes centrales, entièrement avec Tom Hanks sur son île, quasi sans parole. Et pire, sans gros évènements ni gros rebondissements inhérents à ce type de récit : Car le plus étonnant là-dedans c’est que Tom Hanks est tombé sur l’ile la plus chiante du monde.

     Les plus sceptiques pensent probablement qu’il s’agit d’une facilité, de récit, de fabrication, j’imagine qu’on peut le voir aussi ainsi : En effet, le personnage est rarement en danger. Il ne rencontre ni animal flippant ni autochtone récalcitrant. Sa robinsonnade forcée n’est jamais vraiment parasitée. Et d’ailleurs on le voit peu partir en excursion dans la jungle. Mais alors, qu’en est-il de la fiction ? Comment fait-on pour passionner un spectateur, dans un film hollywoodien, faut-il le rappeler, six ans après avoir rameuter public et récompenses avec Forrest Gump, lorsqu’on place des ellipses des excursions du personnage (Lorsqu’il va sur le promontoire, notamment) ou lorsqu’on on préfère montrer son quotidien le plus prosaïque, en apparence le moins excitant : Couper des noix de coco, tenter de faire du feu, fabriquer un radeau, soigner ses petites blessures, observer la photo de sa femme sur la montre qu’elle venait de lui offrir ? C’est un pari hyper audacieux, quand on y songe.

     Et c’est passionnant. A la fois parce que Zemeckis a un vrai sens du cadre, du rythme, de la mise en scène et de l’infime espace dans lequel le personnage se retranche : Ce bord de plage entre océan et forêt ou bien cette petite grotte lorsque le temps se gâte. Jusqu’à se permettre d’utiliser très peu de musique, hormis lors de moments pivots, surtout vers la fin de son aventure. Et aussi, évidemment, parce que Tom Hanks est génial. Et ce n’est pas évident de nous faire aimer ce personnage qui au départ est une sorte de gros con de représentant autoritaire et paternaliste vantant la rapidité de sa compagnie. Il faut oser partir de ça et prendre le pari qu’on va l’adorer, ce personnage. Choisir de faire table rase de sa connerie pour le ressusciter, au point d’être terrassé par le dernier tiers du film qui plonge en plein mélodrame Sirkien.

     Le film appuie sur peu de choses, il est même plutôt dans le manque, il me semble. On aimerait voir davantage, notamment lors du retour du personnage, où tout les climax inhérents aux retours/retrouvailles sont évincés à renfort de petites ellipses, comme si Zemeckis se refusait à l’émotion, soit aussi ce que je reprocherais à Marwen aujourd’hui. Il y a presque trop de pudeur chez Zemeckis. Parfois c’est pour le meilleur, pourtant, à l’image de ce crash, anti-spectaculaire au possible puisque vécu entièrement de l’intérieur, mais aussi à l’image de cette scène où l’on voit sur des télés l’accueil des journalistes et politiques, tandis que Hanks, lui, se retrouve à nouveau seul, dans ce hall d’aéroport, à attendre sa femme qui ne viendra pas le voir. C’est à chialer. Et sans doute parce que les choix de Zemeckis sont hyper forts : Un réalisateur lambda auraient montré de but en blanc ce que Zemeckis choisit de nous offrir au second plan, sur des écrans.

     Et cette pudeur ici permet à l’auteur de se lâcher ailleurs, sur un évènement que Hanks va nous raconter à deux reprises, d’abord en l’évoquant à Wilson, son compagnon de cuir sur l’île, puis en se confiant à son ami et collègue, qui entre-temps aura perdu sa femme d’un cancer – Le film s’était permis de creuser cette relation avant le voyage qui le mena au crash, et l’inquiétude de cet homme quant à la maladie de sa femme. Plus j’y pense, plus je me dis que le vrai vertige de Seul au monde, c’est le temps et les bouleversements qu’il entraine par les absences. Hanks parle de sa tentative de suicide, de cette corde, de cette branche qui s’est cassé sur ce promontoire. Et c’est bouleversant. Une fois parce qu’il en parle, gêné, à un ballon-ami qui n’est autre qu’une autre part de lui, pour s’excuser ad aeternam sans pour autant le dire ouvertement, mais on a tout compris. Puis dans ce plan circulaire absolument extraordinaire, dans lequel Tom Hanks n’avait jamais été aussi touchant et magnétique.

     Le film ira jusqu’à refuser le happy end tant attendu mais tout en l’offrant de façon éphémère. Chuck retrouve Kelly, Tom Hanks retrouve Helen Hunt, celle qu’il avait demandée en mariage avant son départ, cinq ans auparavant. Tous deux s’aiment encore follement, mais tous deux vont accepter que leur histoire n’a plus d’avenir, puisqu’elle a déjà refait sa vie, elle s’est remarié, elle a un enfant. C’est Les parapluies de Cherbourg, quoi. Heureusement le film choisit de s’en aller sur une note plus chaleureuse, qui confirme que Zemeckis est un grand romantique mais qui rappelle qu’il n’est pas si désespéré et qu’au détour d’un carrefour et d’un symbole ailé sur une voiture, la possibilité d’un autre bonheur n’est pas exclue.

Kill Bill, volume 1 – Quentin Tarantino – 2003

32. Kill Bill, volume 1 - Quentin Tarantino - 2003La mariée était à cran.

   8.5   C’est très étrange de revoir cette moitié de Kill Bill, aujourd’hui. D’abord parce que c’est le quatrième film de Quentin Tarantino et que depuis, il a sorti quatre films supplémentaires, tellement différents et puissants chacun dans leur registre, qu’on a oublié à quel point Kill Bill, déjà, frappait un grand coup. Ensuite parce que je ne l’avais jamais revu, depuis sa sortie vidéo. Découvrir des films au cinéma ne faisait alors pas partie de mon hygiène de vie. C’est quand je vois ces films-là que j’ai un petit pincement, une pointe de regret : Découvrir un film en salle ça change souvent beaucoup de choses. C’est d’autant plus important dans ce cas-là, dans la mesure où les deux films ne sont pas sortis en même temps tandis que moi, je les ai découvert coup sur coup. Ça m’a permis de m’apercevoir que si le film avait gravé beaucoup en moi, mon esprit, lui, mélangeait très largement les deux volumes. Qu’importe, grâce à ma découverte récente de Lady snowblood, j’ai donc revu ce premier volet de Kill Bill. Celui que j’ai eu tendance à préférer à l’époque. Affaire à suivre mais ça m’étonnerait que ça change.

     Kill Bill, volume 1 peut être abordé sous l’angle de la pépite récréative mais s’il y a un enjeu il serait de l’ordre de l’hommage multiple, plus encore que d’habitude. Une obsession pour son auteur de relier des genres, des cultures de cinéma qui font ce qu’il est devenu lui aujourd’hui. On peut aussi se dire que Kill Bill joue contre ses précédents films qui jusque-là jouaient l’ambivalence du récit et la puissance des dialogues : plus formaliste, Kill Bill travaille davantage l’image, le noir et blanc d’abord, la couleur ensuite, de l’anime au duel enneigé tout droit sorti d’un western, des imposants costumes aux nombreuses giclées de sang. L’autre enjeu et pas des moindres à mon avis c’est le leurre, faire croire à un film de vengeance tout bête, d’une mariée, enceinte, laissée pour morte, mais déplacer les curseurs en faisant le pari que les plus beaux personnages seront les méchants, enfin ces personnages qui se dressent sur la route de ce personnage moteur. Oren Ishii est fabuleuse et pas seulement parce que Tarantino lui offre un chapitre pour déployer son background – dans un manga aussi violent que déchirant – elle est la cible mais aussi le cœur – la naissance de la vengeance, la naissance de l’hommage : c’est elle la Lady Snowblood des années 70.

     Il faudrait aussi parler de l’originalité de la construction – Quelle audace d’entamer cette vengeance par sa deuxième cible, parce qu’elle s’avère moins cinégénique, moins cathartique – son pouvoir de jubilation permanent, sa brièveté (ce sera le film le plus court de Tarantino avec Réservoir dogs) et sa merveilleuse façon de canaliser le hors champ. Bill est magnifique dans ce volet, justement car on ne le voit pas, il laisse la place aux femmes. Ce premier volet est surtout une affaire de femmes, par ailleurs. Et musicalement c’est à tomber et justement car là aussi il s’agit de tout mélanger, de Nancy Sinatra à Santa Esmeralda, en passant par Meiko Kaji et Bernard Herrmann. Mixture qui à l’instar des chorégraphies semblent reliées à son personnage et son évolution, donc c’est à la fois grossier et très stylisé. Formellement je jubile (pas toujours : moins fan de l’ouverture en noir et blanc hyper contrasté) ne serait-ce que dans ces savants plans-séquences, le parfait agencement de ses montées en puissance, ces mouvements de caméra impossibles dans le palais pendant le Woo hoo et que dire de ce duel final avec ce bruit régulier du bois qui une fois rempli, rejette l’eau et se cogne contre la fontaine.

     Kill Bill est parcouru d’une somme d’idées brillantes. J’imagine volontiers qu’on peut se sentir enseveli sous sa virtuosité malade, mais c’est monstrueux, vertigineux sitôt qu’on accepte le pari. Comme souvent chez Tarantino, cela dit. Moi avec le temps j’aurais tendance à dévaluer Boulevard de la mort, sans doute car ce n’est que du grindhouse, du bon, certes, mais ça manque d’enjeu, on ne dépasse jamais la dimension grotesque – D’autant que ça fait trop écho à la daube de Rodriguez, avec laquelle il « partage le programme ». Kill Bill a davantage d’amplitude. Bref c’est assez exemplaire. Ça l’est tellement, in fine, que je me demande si ce n’est pas la quintessence du cinéma de Tarantino. Si c’est évident pour certain, ça l’est moins pour moi, à priori, mais ça m’a cette fois beaucoup traversé l’esprit à la revoyure de ce premier opus de Kill Bill. Même si je sais pertinemment que Pulp Fiction n’est pas détrônable dans mon cœur, j’aurais tendance à dire que oui, Tarantino est au sommet de son art.

Un homme de trop – Costa-Gavras – 1967

20. Un homme de trop - Costa-Gavras - 1967Compartiment maquis replié.

   8.0   Hyper impressionné et passionné par ce film, certes imparfait, mais tellement ambitieux, tellement ample, qu’il m’évoque, dans le magma qu’il charrie et pour rester dans l’époque, des films comme Les aventuriers, de Robert Enrico ou La bonne année, de Claude Lelouch. Pas de ressemblance directe entre ces films, sinon peut-être cette caméra qui sans prévenir va s’élever (dans un plan hélicoptère inattendu) dans le final de l’un dévoilant le Fort Boyard perdu au milieu de l’océan, la fuite en voiture de l’autre sur la Croisette cannoise, et bien entendu ici lorsque le camion de résistant esquive celui des allemands au virage d’une route de colline. Ce n’est pas le seul plan qu’on va retenir de ce film, mais il marque indéniablement, puisqu’il demande à faire partie de ce convoi avant de le quitter pour embrasser une vue d’ensemble complètement à contre courant : Idée osée tant on quitte momentanément le suspense accentué par l’espace clos du camion.

     Un homme de trop est un grand film de maquis. Le film s’ouvre sur l’évasion de condamnés à mort résistants par des maquisards et se ferme dans un carnage aussi suffocant que bouleversant entre les chemins escarpés du site du Château d’Alleuze, les gorges de la Truyère et le viaduc de Garabit. Entre ces deux pôles, un long retranchement dans les hauteurs du Cantal et avant cela, une embuscade isolée dans un village dans lequel l’équipée maquisarde emportera son agresseur : un môme de vingt ans, arraché aux larmes de sa mère, qui souffrant le martyr d’une mauvaise balle, dit avoir été enrôlé dans la milice puisqu’on lui a présenté la collaboration comme étant l’avenir du pays, sans aucun autre point de vue. Et tout le film s’intéressera à brouiller les certitudes – Gavras explique que si son film n’a pas marché, c’est en partie pour l’image peu salvatrice qu’il donnait du maquis. Un homme de trop prend clairement le parti du maquis, bien entendu, mais sa représentation est plus dispersée, faite de nombreux désaccords et de multiples engueulades.

     Et pour accentuer ce déséquilibre interne, Gavras choisit d’y injecter un grain de sable supplémentaire, un homme qu’on a libéré parmi les prisonniers mais qui ne devait pas faire partie du convoi, cet attendu homme de trop, ce prisonnier de droit commun aux bottes allemandes. Le groupe se retrouve donc avec treize prisonniers et non douze. Ce n’est pas grand-chose pour certain (Bruno Cremer, chef de maquis, garde son sang-froid) mais terriblement révélateur pour d’autres, comme Jean-Claude Brialy, qui l’aurait déjà exécuté depuis belle-lurette si ça ne tenait qu’à lui. Ce personnage, ce treizième homme, qui attise troubles et doutes (est-il un traitre, une taupe ?) est qui plus est affublé d’une vision qui ne se marie pas bien avec sa situation : Il dit ne se situer dans aucun camp, mais ne revendique rien de plus, il reste un personnage opaque, qui ère dans le paysage : Il faut la nonchalance d’un Michel Piccoli absolument génial, pour camper ce curieux personnage.

     SPOILER ON : Parmi d’autres scènes importantes, il y a celle de l’agonie du résistant blessé (Michel Creton, magnifique) lors de l’embuscade. Cremer le rejoint dans le grenier et l’accompagne jusqu’au bout et ses dernières paroles, dévorées par son intense souffrance, sont obstruées par le craquement de l’arbre que d’autres maquisards sont en train d’abattre dehors : Sa respiration qui semble se caler sur les coups de haches, puis le visage trempé de sueurs de Cremer le voyant s’en aller au son de la chute de l’arbre. Superbe. Dans la foulée de cet instant de calme et de mort, c’est la colère d’un maquisard (Jacques Perrin) qui s’abat froidement (et en caméra subjective) sur le jeune milicien, qui lui tire dessus à plusieurs reprises avant que Brialy ne se charge d’abréger ses souffrances. Sans parler de cette fin (qui évoque La horde sauvage) à rallonge où les maquisards sont encerclés par les allemands et résistent comme ils peuvent sous les bombes à l’image de Jacques Perrin qui tente en vain (les fils sont sectionnés un peu partout) de faire péter sa bombe. SPOILER OFF

     Un homme de trop m’a beaucoup fait penser à La 317e section de Pierre Schoendoerffer, et pas seulement parce qu’on y voit aussi Perrin et Cremer en camarades rebelles : Ce sont deux films qui filment singulièrement l’espace et le groupe dans cet espace, deux façons de faire assez proches. Et ce sont deux films de repli, qui rarement filmeront l’ennemi, préférant lui garder cette forme abstraite, imposante, ce monstre caché derrière les arbres et la boue ici, derrière les collines et les chemins de pierres là. On ressent l’air du Cantal comme on ressentait celui du Laos. Et les acteurs sont extraordinaires. Certes, Gavras leur donne un peu trop de lignes (mais c’est aussi pour accentuer le dispersement : Chacun parle en même temps que tout le monde) mais ils sont tous investi, on ne voit que des maquisards et à l’instar de son précédent film, quel casting monumental, 7 sur l’échelle de La ligne rouge, je pense. Bref, ce n’est que le deuxième film de Costa-Gavras (Après l’étrange objet que formait Compartiment tueurs) et c’est déjà une merveille.

Bienvenue à Marwen (Welcome to Marwen) – Robert Zemeckis – 2019

19. Bienvenue à Marwen - Welcome to Marwen - Robert Zemeckis - 2019Not just his imagination.

   7.5   Quel plaisir de retrouver Zemeckis aussi inspiré. De le voir se lancer dans un tel projet qui se situe à la croisée des genres et des possibilités offertes par le cinéma. Welcome to Marwen relie l’amplitude narrative d’un Forrest Gump avec la dimension casse-gueule de la performance capture d’un Pole express, pour le dire grossièrement. Et pourtant c’est loin d’être un film-monde, il est plus resserré, plus intime que cela, n’embrasse pas l’histoire de l’Amérique, mais plutôt un présent quelque peu sinistre, proche de celui de Seul au monde. Et surtout, ce n’est pas entièrement un cinéma de poupées, il voyage d’un monde à l’autre, du réel à l’imaginaire, avec une limpidité et une audace assez déconcertante, notamment dans les variations d’échelles : Un plan s’ouvre dans un salon avec le personnage de Steve Carrell, s’immisce dans l’une de ses maquettes et nous propulse dans un champ de bataille miniature. Je connais assez mal les expérimentations de Zemeckis sur ce terreau-là puisque je n’ai pas revu Le pôle express depuis sa sortie et je n’ai jamais vu Beowulf, mais il me semble qu’au détour de quelques plans, on se dit que seul l’auteur de Roger Rabbit sait faire un truc pareil – Même si, un peu plus tôt, Spielberg avait tué le game avec Ready player one, c’est vrai.

     L’autre élément casse-gueule du projet c’est le fait que le film s’inspire d’une histoire vraie, et plus particulièrement du documentaire, Marwencol, qui racontait déjà l’histoire de Mark Hogancamp, cet homme brisé suite à une violente agression qui l’a rendu amnésique. Tabassé pour avoir dit porter des chaussures de femmes, il fait son auto-thérapie en se construisant un imaginaire de poupées, véritable monde miniature dont il photographie chaque situation. Le parti pris du film est particulièrement osé : Ce que voit, ce que vit Mark à travers ce monde qu’il se crée, c’est aussi ce que Zemeckis nous offre à voir, un peu comme si l’on voyait ce que voit un enfant qui joue avec ses figurines et ses jouets. Le film s’ouvre d’ailleurs sur une scène relevant de l’imagination de Mark. On le voit dans un avion de chasse et il s’écrase, puis s’extraie du cockpit détruit avec beaucoup plus d’aisance que Tom Hanks ne sortait de la carcasse de son Boeing noyé dans Seul au monde. Mais d’emblée, des signes perturbent notre immersion : Des pieds en plastique, une fausse boue et bientôt une brochette de nazis s’affaissant comme des soldats de plombs, sous les balles d’une armée de femmes badass. C’est Tarantino qui croise Expendables et Toy Story.

     Entrée en matière assez virtuose, en effet, jubilatoire, avouons-le autant qu’elle peut faire carrément flipper. Sauf qu’il y a le tout premier retour à la réalité et c’est un émerveillement : Un long plan, circulaire, dévoile Steve Carell photographiant les figurines miniatures qu’on venait de voir prendre vie. Puis il se lève et se dirige, poupées en main, vers un tout petit portail qui le fait entrer dans la cave de sa maison, comme un enfant qui rentre dans sa cabane, ou Alice, qui pénètre dans le terrier du lapin. Le film va regorger de ce genre de va-et-vient entre le monde et l’imagination de Mark, cette maison et ce jardin qui devient le village belge de Marwen dans lequel des nazis s’attaquent en continu (puisqu’ils ressuscitent à chaque fois) à Captain Hogie et ses femmes. On comprend rapidement que cet imaginaire est la représentation extrapolée de la vie de Mark, que les nazis sont ses agresseurs, que les femmes sont celles qui peuplent sa vie (Son aide à domicile, une amie de rééducation ou encore sa nouvelle voisine, très bientôt) et que ce village, ce monde, cette période (La seconde guerre mondiale) est celle de dessins qu’il a retrouvé chez lui au retour de son agression : Si Mark a perdu la mémoire et qu’il est incapable dorénavant de tenir un crayon entre ses mains, il sait qu’il dessinait, jadis, sur le thème de la seconde guerre. Evidemment ça pourrait être lourd, programmatique, mièvre mais Zemeckis contourne toutes les facilités, génère à la fois une mélancolie étonnante autant qu’il ouvre vers une jubilation permanente.

     Je ne comprends pas, il parait que le film fait un bide, que le public le boude (Et en atteste ma propre séance, un dimanche soir à 20h30, seulement dix jours après sa sortie : Nous étions tout juste cinq dans cette salle) et qu’il se fait copieusement démonté dans la presse. Même la bande-annonce me semble catastrophique. C’est sans doute ça le fond du problème aussi, le film est mal vendu. C’est comme s’il avait été abandonné par ses distributeurs, c’est triste. J’hallucine un peu tant je ne suis pas loin de penser que c’est une merveille, et son plus beau film depuis longtemps – Flight était génial, aussi, j’ai tendance à l’oublier. Et par ailleurs l’évolution du personnage joué par Steve Carrell, sans être similaire, ressemble à celle de Denzel Washington dans Flight, ou à celle de Tom Hanks, dans Seul au monde, puisqu’ils doivent affronter leur purgatoire, leur psychose afin de retrouver le goût de la vie, de la rencontre, être en paix avec eux-mêmes. Et c’est d’autant plus fort que la thérapie est artistique dans Marwen, ce qui ne manque pas de faire une analogie entre Mark et Robert Zemeckis. Tout sonne Zemeckis là-dedans, aussi bien du point de vue de sa fabrication que dans ses thématiques. Enfin disons que ça pourrait faire l’objet d’un excellent film classique qu’Eastwood aura fait magistralement par exemple, mais pas avec l’utilisation de la performance capture. Le tout, fond et forme, respire Zemeckis et personne d’autre. D’ailleurs le film ira jusque dans l’autocitation comme jamais Zemeckis ne l’avait fait, puisqu’il sera question d’une DeLorean un moment donné.

     On pourra toujours penser que la mécanique procédurière et les scènes traumatiques sont un peu lourdes, au même titre que certains personnages, notamment les antagonistes nazis ou bien cette voisine dont l’histoire (on sait simplement qu’elle a perdu un enfant) aurait mérité d’être davantage développée, en effet il me semble que Zemeckis aurait pu se passer de certaines choses pour en déployer d’autres, mais ce n’est jamais vraiment problématique tant le cœur du film, c’est d’abord la dimension queer de son délire tarantinesque et ensuite sa résurrection dans la réalité par l’histoire d’amour, qui rejoue un peu celle de Seul au monde, d’ailleurs, en évacuant son fantasme (la retrouvaille de sa femme pour l’un, épouser sa jolie voisine pour l’autre) pour le déplacer vers un autre, plus inattendu. Il y a une façon de faire confiance aux émotions du spectateur, cette façon d’être persuadé que l’on acceptera tous les parti pris que le film va nous offrir, assez touchante en fin de compte. Enfin bref, c’est fort, c’est super beau, super émouvant, le film réussit à peu près tout alors qu’il est méga casse-gueule.

Une affaire de famille (Manbiki kazoku) – Hirokazu Kore-eda – 2018

38. Une affaire de famille - Manbiki kazoku - Hirokazu Kore-eda - 2018Choisir sa famille.

   8.0   Kore-Eda étoffe à nouveau sa grande thématique de la famille recomposée par la force des évènements, en faisant ici une sorte de croisement assez improbable entre le cinéma d’Ozu et celui d’Ettore Scola. L’auteur ne martèle rien avant son cruel épilogue, le récit se déploie avec une grâce, une douceur assez bouleversante. On pense d’abord que les membres de cette famille sont reliés par des liens génétiques, dans leur apparente complicité. Mais on comprend bientôt qu’en fait, non, c’est la vie, la malice et la cruauté de la vie qui les a rapprochés. Que chez eux : On choisit sa famille. On le comprend par l’intermédiaire de Yuri, cette petit fille à l’abandon, que les Shibata vont recueillir. Le film pourrait s’en tenir à son simple, mais déjà passionnant récit d’apprentissage, pourtant il va s’élargir au quotidien de tous les membres qui composent cette petite cabane du bonheur, dans laquelle Kore-Eda filmera avec beaucoup d’amour sa poésie quotidienne, son chaos, ses rires, ses repas.

     Osamu et Shota pratiquent le vol à l’étalage, c’est là-dessus que le film s’ouvre, dans un supermarché, de façon aussi douce et ludique, qu’elle est brillante d’un point de vue mise en scénique (une séquence sans parole) sans pour autant qu’on en oublie l’amertume liée à cette précarité. L’étrange complicité qu’ils affichent, notamment dans leurs déambulations qui marquent le retour au foyer après la réussite de leur vol, ne laisse de place aux doutes : Ils sont père et fils. Leurs menus larcins seront bientôt accompagnés d’une nouvelle recrue, la petite Yuri, qui prend vite le pli. Et ça ne fait vite aucun doute : C’est la fille d’Osamu et la sœur de Shota. Pour nous, en tout cas. Pour eux c’est plus compliqué et c’est un sujet aussi récurrent qu’épineux, c’est la grande idée du film à mes yeux que de confronter Shota, qui grandit, à la fois face à un questionnement sur son identité et face à cette jalousie nouvelle, comme celle d’un frère qui voit marcher une petite sœur sur ses plates-bandes.

     Le film s’intéressera aussi à Aki, une adolescente, qui outre d’adorer les massages de la grand-mère, travaille dans un peep show. Le film est parfois plus sombre qu’il ne le laisse paraître. Et pourtant, de ce lieu glauque, il n’en fait pas un portrait dégueulasse pour autant, en laissant même surgir, l’espace d’une scène magnifique de tendresse, un embryon de relation avec un garçon venu pour ses charmes, qui en acceptant cette fois le canapé plutôt que de rester derrière la vitre, révèle un besoin d’affection et une tristesse absolue qui déchire le cœur de façon totalement inattendue. Et rappelle que la famille  Shibata se construit aussi contre la violence et la méchanceté du monde. Quand Nabuyo et Osamu se demandent pourquoi, avec tout ce qu’elle a vécu, Yuri est si « bonne » tandis qu’eux sont si « mauvais » c’est tout un paradoxe qu’elle soulève, au cœur du récit tout entier : Oui Nabuyo et Osamu sont largement condamnables, surtout au regard de l’éclairage criminel final, mais on a surtout envie de retenir le doux portrait que Kore-Eda a dressé d’eux avant et l’harmonieux tableau familial dont ils étaient les dignes représentants.

     Il y a aussi Hatsue, cette vieille dame, chez qui tout ce petit monde s’est installé. Ce petit appartement provient semble t’il d’un héritage, mais les services sociaux tentent de lui récupérer. Et il y a donc Nabuyo qui travaille dans une blanchisserie. Pendant une grande partie du film, elle est pour nous la femme d’Osamu et la mère d’Aki, ainsi que celle de Shota. Ça ne fait aucun doute non plus. Si l’on apprend que Shota fut plus ou moins trouvé comme fut trouvé Yuri, la relation entre Nabuyo et Osamu existe bel et bien : Et dans une séquence assez inédite dans le cinéma de Kore-Eda, ils vont faire l’amour, seuls dans la maison alors qu’il pleut averse dehors. Et c’est magnifique. Aussi bien de voir cette circulation du désir, la gêne d’Osamu, l’excitation de Nabuyo et toute la légèreté qui se dégage de ce moment, guetté lui aussi, pourtant, par la mélancolie avant le retour inopiné des enfants. Je me demande si ce n’est pas ce que j’ai vu de plus beau dans tout le cinéma de Kore-Eda, c’est dire.

     Si j’ai un léger bémol à soumettre, il concernerait la fin du film, les vingt dernières minutes qui me paraissent un poil explicatives, mécaniques et beaucoup trop chargées du point de vue des rebondissements (même si hyper audacieuses, en y repensant, c’est paradoxal) au regard de ce qui précède, donc pour coller dans la continuité du récit et de l’ambiance mystérieuse du film. Il me semble que le film détruit de façon un peu lourde ce qu’il avait su construire de façon si méticuleuse : à l’image de ces deux séquences (le feu d’artifice et la plage) où le plan réunit volontairement cette drôle de famille, pour en faire un tableau un peu plus marginal et spontané que celui, plus stéréotypé, arboré sur l’affiche, constituent le point d’orgue déchirant du « vivre ensemble » déployé par le film mais aussi le point de convergence de la grande problématique du cinéma de Kore-Eda tout entier.

     Et c’est d’autant plus touchant que cette famille bricolée entre en écho avec le portrait bricolé qu’en dresse Kore-Eda, qui ne cesse, film après film, de construire une galerie de personnages complexes et véritables remparts contre l’hypocrisie du monde. Bref c’est un film magnifique. Que je pourrais vite revoir, en fait. Qui fait son chemin dans mon esprit comme rarement ce fut le cas à ce point avec les films de Kore-Eda. Une affaire de famille constitue, avec Nobody knows, ce que j’ai vu de plus fort et abouti, lumineux et cruel  de sa part à ce jour. Et le petit plus, c’est qu’il fait une superbe palme d’or, la plus belle depuis Kechiche, je pense.

Border (Gräns) – Ali Abbasi – 2019

23. Border - Gräns - Ali Abbasi - 2019Let me feel.

   6.0   Tina a un odorat exceptionnel qui l’aide beaucoup pour son travail de douanière. Un jour, elle rencontre un homme qui lui paraît suspect, Vore. Synopsis Wikipedia, concis, précis, qui intrigue sans dévoiler. J’aime beaucoup.

     Il y a une vraie étrangeté tout au long de Border, qui tient moins à cette idée de filmer frontalement la difformité qu’à tenter de faire qu’elle devienne la normalité du film. Ou tout du moins à briser cette frontière (border, le titre international) ou bien à flirter avec les limites (gräns, le titre original suédois). « Les humains ne sont pas tous méchants » dira un moment Tina, le personnage du film, mais quand ils ne sont pas épouvantablement laids (ça transpire la pédopornographie par tous les pores mais c’est aussi parce que Tina détecte (renifle) ce mal-là) ils n’existent pas, sont soit relégués au rang de machine sans affect (les flics, notamment, qui n’éprouvent rien de rien, même par rapport à ce que Tina pourrait instaurer de malaise) soit ridicules et petits, comme c’est le cas de Roland, le compagnon de Tina, un peu fou de ses chiens et de sa télé, un peu alcoolique aussi.

     Mais Tina va bientôt rencontrer quelqu’un, au physique aussi ingrat que le sien. La grande originalité de Border c’est de faire de cette rencontre entre deux inadaptés une invitation à sinon modifier, perturber notre regard, au moins le temps du film, sur nos certitudes face à la différence, ainsi que face à la monstruosité. Ambition qui évoque aussi bien le sublimation du laid chez Reygadas, la poésie collective du Freaks de Browning ou les apparitions sublimes de l’homme éléphant d’Under the skin. Ce n’est jamais aussi fort et réussi que dans ces films, mais il y a une tentative de briser l’aspect fantasy des trolls en forêt pour en proposer quelque chose de plus terre-à-terre, en écho avec la monstruosité du genre humain : Beaucoup d’évocation de bébés difformes, violés, maltraités dans le film. C’est un peu lourd, un peu déviant, j’aime assez. Un moment donné, Tina, je crois, dit qu’elle ne comprend pas qu’un couple apparemment sans histoire, avec leur maison Ikea-like puisse être capable de renfermer autant d’horreur. Il est rare, au cinéma, de fissurer à ce point le vernis suédois des apparences. Enfin j’avais pas vu une critique aussi prononcée depuis Snow therapy, en gros.

     Deux autres films viennent aussi en tête : Un autre film suédois, Morse, bien entendu. Rien d’étonnant puisque le récit vient d’une nouvelle du même auteur, John Ajvide Lindqvist. Reste à savoir, maintenant, si Ali Abassi deviendra un cinéaste aussi transparent que Tomas Alfredson. Et l’autre film est mexicain, c’est La région sauvage, dans sa gestion étonnante du fantastique et sa fable sur le désir. La bonne nouvelle c’est que Border est bien plus intéressant que ces deux films-là. Notamment son ambiance, pesante, hyper malsaine, boostée par une atmosphère sonore et musicale assez dingue. Il y a une vraie tension, dérangeante mais assez inexplicable, avec des plans sortis de nulle part. Je suis sorti désarçonné je dois dire, presque flippé, pourtant malgré sa violence très frontale, le film sait aussi trouver des instants de douceurs, dans le regard de Tina, dans ses gestes, principalement avec les quelques animaux pacifiques qui traversent le film : Un cerf, un renard. Une bien curieuse découverte, donc.

Volontaire – Hélène Fillières – 2018

13. Volontaire - Hélène Fillières - 2018À séductions égales.

   6.0   Des sœurs Fillières en 2018 je choisis ce film (plutôt que La belle et la belle) et sans hésiter. Et pourtant sur le papier (et au cours des premières minutes) ça fait peur puisqu’on s’attend à la fois au petit cahier des charges très français et à un tract pour la Marine Nationale. Écueils que le film n’évite pas entièrement et c’est aussi ce qui fait sa singularité : Il ne cherche ni à fustiger ni à embellir son cadre, mais s’en tient à son dispositif qui repose davantage sur ses personnages : Trouver de la sensualité dans la rigidité.  Certes Hélène Fillières n’est pas Claire Denis mais il n’est pas interdit de songer à Beau travail, devant Volontaire, dans sa façon de filmer les corps et les désirs, mais aussi de laisser planer silences et mystères, bref rendre compte d’une certaine suspension qui déjà casse son austérité de façade. Reste le pourquoi de ce cadre d’une base militaire ? Je pense que ça ressemble à un défi. Prendre le cadre le plus rigide qui soit et en faire un cadre de cinéma plus doux, un berceau de désirs malgré sa froideur apparente, un berceau d’attirances croisées (sans âge, sans sexe) malgré ses tensions hiérarchiques. Tout n’est pas réussi puisqu’il y a parfois des longueurs et des tics illustratifs (Ce mur à sauter sans élan, par exemple) mais l’ensemble est beau, mais parfois tout aussi troublant que beau, à l’image de ce final plutôt osé. Diane Rouxel et Lambert Wilson (Car le film repose beaucoup sur ce trouble que l’un fait naître à l’autre et vice-versa) sont parfaits.

Halloween – David Gordon Green – 2018

HalloweenRemballe ton couteau et ton masque, Michael.

   1.5   C’est honteux. A te faire regretter les nombreuses suites plus insipides les unes que les autres. On a ici le cas typique d’un type qui veut hurler à chaque plan qu’il a vu le chef d’œuvre de Carpenter et qui le saccage de ses sabots boueux. On voudrait lui hurler qu’il n’a rien compris au chef d’œuvre de Carpenter. Que sa suite d’Halloween ne vaut pas mieux que le prélude de The Thing, par Matthijs van Heijningen. Et encore, ce serait lui faire trop d’honneur que de les comparer. Franchement, ce mec n’aime pas Carpenter, c’est pas possible autrement. Pas une scène qui soit potable, c’est hallucinant, que des mauvais choix. Rarement vu un film aussi gênant du seul point de vue technique : Pas une image, un plan, un éclairage, une transition, un dialogue, un jeu d’acteur, un jump scare n’est à sauver. Tout est raté, je trouve ça hallucinant d’en avoir lu du bien ici ou là. Enfin au moins j’aurais bien rigolé : Je n’avais jamais vu autant de fins de séquences dégueulasses dans un film, c’est à chaque scène, tellement risible qu’on n’est pas loin de Scary movie. Tout est nul. Même Jamie Lee Curtis est nulle. C’est le film de la honte, l’hommage de la honte.

Allons enfants – Stéphane Demoustier – 2018

17. Allons enfants - Stéphane Demoustier - 2018Les naufragés couche-culotte des jardins de La Villette.

   5.5   Ce qui me séduit le plus là-dedans c’est peut-être bien le sort réservé au couple Vimala Pons / Anders Danielsen Lie perdu dans une intrigue tellement secondaire que leur histoire (passée, car on comprend qu’ils sont séparés) est à peine esquissée. On aimerait donc en savoir davantage que cette affaire de chaussures, mais la gêne qu’il affiche, les larmes qu’elle tente de masquer, c’est quelque chose de très beau, de presque garrelien, frustrant mais beau, osé dans la mesure où le cœur du film ce sont ces deux enfants – qui sont aussi les deux enfants de l’auteur dans la vie – et qu’il s’en tient : Les émois des grands, le film s’en moque. Allons enfants donne à suivre leur expérience chacun de leurs côtés (puisqu’ils se perdent lors d’une partie de cache-cache) selon un montage alterné plutôt équilibré, laissant à chacun le temps d’occuper l’espace, à chaque situation le temps de s’étirer. Il vaut mieux ne pas trop s’attarder sur le pourquoi de leur solitude/séparation, le film faisant alors vite office de procès aux nounous, gardiens, policiers, chauffeurs de taxi et plutôt donc y voir une sorte de film à hauteur d’enfant, qui tente de jouer sur la peur d’enfants (et non la nôtre d’adulte) en y parvenant plutôt bien, tout en se logeant dans la continuité errante du Petit fugitif, du Ballon rouge, de Rentrée des classes ou plus récemment du beau Takara. Il lui manque sans doute un peu de poésie, c’est tout. Le film tient par sa durée (un peu plus et ça devenait long) et la caution « trop mignon » de la petite fille. Et aussi parce qu’on y voit beaucoup le parc de La Villette. Bref, un « court » (59 minutes, tout de même) bien plus intéressant que Terre battue, le seul long de Stéphane Demoustier.

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