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Archives pour 31 janvier, 2019

First reformed – Paul Schrader – 2018

45. First reformed - Paul Schrader - 2018Winter is coming ?

   9.0   First reformed, rebaptisé ici Sur le chemin de la rédemption (Et pour quelles raisons, puisque le film n’a pas eu les honneurs d’une sortie salle en France ?) est un film automnal, mais un automne qui touche à sa fin, convoque déjà l’hiver : Les dernières feuilles des arbres résistent, mais la plupart sont au sol ; les premières neiges ayant déjà fait leur apparition. Le récit promet de s’étirer sur une année mais nous ne verrons que l’hiver, il annonce une grossesse mais nous ne verrons jamais la naissance. Le premier plan nous extraie de la pénombre, et à l’instar du Lumière silencieuse, de Reygadas, effectue un lent travelling avant, non pas vers une vallée ensoleillée mais vers une petite chapelle d’un village de l’Etat de New York, prête à nous accueillir.

     Si First reformed est le nom de cette Eglise, l’une des premières réformées de l’Est, dans laquelle officie Ernst Toller, jeune pasteur calviniste, il s’agit moins d’une chronique que du récit d’un doute : L’écoute du journal d’humeur d’un révérend coincé entre ses douleurs physiques variées et son refuge dans le whisky, une église financé par une multinationale faisant partie des plus gros pollueurs et des paroissiens fragiles, un espoir de plus en plus miné par le désespoir, un prêche bientôt perturbé par des vieux démons, une église qui va célébrer ses 250 ans d’existence et la fin du monde annoncé par le réchauffement climatique. Commençons par ce qui saute aux yeux : Ethan Hawke est immense.

     Autant j’avais aimé The Canyons, le précédent film de Paul Schrader, tant il dépareillait du reste de la production américaine, n’était pas qu’un simple retour académique mais une pure plongée dans l’univers du porno, qui d’emblée lui offrait une stature plus troublante que d’ordinaire, aidé par les services de Bret Easton Ellis, qui je crois, en avait écrit le scénario. Autant il me semble que First reformed va plus loin encore là-dessus en plus d’être une peinture d’aujourd’hui absolument sidérante : Soit l’histoire d’un ancien aumônier militaire, ravagé par ses doutes, l’apparition d’une maladie et par la douleur de la perte de son fils en Irak, qui se voit plus perdu encore le jour où il fait la rencontre d’une paroissienne qui lui demande de guider son mari, si déprimé par la crise écologique qu’il refuse de donner naissance à leur enfant.

     Tout est donc conté à travers un journal (sous voix off, régulièrement) puisque le révérend en question en plein doute sur sa foi (façon Les communiants, de Bergman, dans lequel un pasteur se retrouvait déjà en pleine crise de foi après le décès de sa femme et face au désir suicidaire de l’un de ses fidèles) choisit de les retransmettre par écrit une année durant, sans trop savoir ni où ça le mènera ni qui ça servira. Et ces doutes, ces peurs iront comme le film, très loin, si loin qu’il est difficile de ne pas songer à la folie de Travis Bickle dans Taxi Driver (Il faut rappeler que c’est Schrader lui-même qui avait écrit le film de Scorsese) jusqu’à un tel point de non-retour qui rend son final aussi surprenant qu’il s’avère in fine hallucinant, terrassant.

     Si le film est sans doute légitimement prisonnier de sa forme froide (format « carré » et longs plans fixes) d’une austérité et d’une lenteur accablantes sinon complaisantes, diront les plus sceptiques, il regorge d’un nombre de trouées, à l’image de cette errance dans un terrain vague portuaire cerné par des cieux rose violacés, une scène de méditation/lévitation qui évoque aussi bien Under the skin que Zerkalo, ce rendez-vous enneigé en pleine forêt décharnée d’une violence sèche ou dans ce final tout simplement sidérant (au point de se demander, un temps, s’il relève d’une facilité ou d’un coup de génie) qui lui offrent une dimension si singulière qu’elle donne aussitôt envie de s’y replonger. First reformed m’a tellement perturbé qu’il m’a fallu le revoir, dix jours seulement après en avoir fait sa découverte, afin de lever les maigres réserves qu’il avait fait naître et me terrasser comme jamais dans un final qui triomphe la vie in-extrémis.

Seul au monde (Cast away) – Robert Zemeckis – 2001

25. Seul au monde - Cast away - Robert Zemeckis - 2001Survivre pour revivre.

   9.0   La sortie de Welcome to Marwen me donne envie de revoir plein de film de Zemeckis et m’a surtout poussé à revoir celui auquel j’ai beaucoup pensé en le découvrant, puisqu’il y était déjà question de solitude forcée et de comment on tente de vaincre cette solitude, mais aussi de comment on revient de cette solitude, il s’agit bien entendu de Seul au monde, Cast away en version originale, avec un Tom Hanks sur une île, affublée d’une barbe et parlant à un ballon de volley.

     Ce qui m’a frappé c’est que Seul au monde va systématiquement à l’encontre des attentes générées par le cinéma hollywoodien traditionnel. Sa structure, d’une part, est très bizarre, déployée en quatre parties, étirées et quasi d’égale durée : Avant le crash, les premiers jours sur l’ile, les derniers jours sur l’ile, le retour. Et tout ça avec de vrais partis pris, exemple : Il se refuse à tout montage alterné. On restera donc, durant les quatre-vingt minutes centrales, entièrement avec Tom Hanks sur son île, quasi sans parole. Et pire, sans gros évènements ni gros rebondissements inhérents à ce type de récit : Car le plus étonnant là-dedans c’est que Tom Hanks est tombé sur l’ile la plus chiante du monde.

     Les plus sceptiques pensent probablement qu’il s’agit d’une facilité, de récit, de fabrication, j’imagine qu’on peut le voir aussi ainsi : En effet, le personnage est rarement en danger. Il ne rencontre ni animal flippant ni autochtone récalcitrant. Sa robinsonnade forcée n’est jamais vraiment parasitée. Et d’ailleurs on le voit peu partir en excursion dans la jungle. Mais alors, qu’en est-il de la fiction ? Comment fait-on pour passionner un spectateur, dans un film hollywoodien, faut-il le rappeler, six ans après avoir rameuter public et récompenses avec Forrest Gump, lorsqu’on place des ellipses des excursions du personnage (Lorsqu’il va sur le promontoire, notamment) ou lorsqu’on on préfère montrer son quotidien le plus prosaïque, en apparence le moins excitant : Couper des noix de coco, tenter de faire du feu, fabriquer un radeau, soigner ses petites blessures, observer la photo de sa femme sur la montre qu’elle venait de lui offrir ? C’est un pari hyper audacieux, quand on y songe.

     Et c’est passionnant. A la fois parce que Zemeckis a un vrai sens du cadre, du rythme, de la mise en scène et de l’infime espace dans lequel le personnage se retranche : Ce bord de plage entre océan et forêt ou bien cette petite grotte lorsque le temps se gâte. Jusqu’à se permettre d’utiliser très peu de musique, hormis lors de moments pivots, surtout vers la fin de son aventure. Et aussi, évidemment, parce que Tom Hanks est génial. Et ce n’est pas évident de nous faire aimer ce personnage qui au départ est une sorte de gros con de représentant autoritaire et paternaliste vantant la rapidité de sa compagnie. Il faut oser partir de ça et prendre le pari qu’on va l’adorer, ce personnage. Choisir de faire table rase de sa connerie pour le ressusciter, au point d’être terrassé par le dernier tiers du film qui plonge en plein mélodrame Sirkien.

     Le film appuie sur peu de choses, il est même plutôt dans le manque, il me semble. On aimerait voir davantage, notamment lors du retour du personnage, où tout les climax inhérents aux retours/retrouvailles sont évincés à renfort de petites ellipses, comme si Zemeckis se refusait à l’émotion, soit aussi ce que je reprocherais à Marwen aujourd’hui. Il y a presque trop de pudeur chez Zemeckis. Parfois c’est pour le meilleur, pourtant, à l’image de ce crash, anti-spectaculaire au possible puisque vécu entièrement de l’intérieur, mais aussi à l’image de cette scène où l’on voit sur des télés l’accueil des journalistes et politiques, tandis que Hanks, lui, se retrouve à nouveau seul, dans ce hall d’aéroport, à attendre sa femme qui ne viendra pas le voir. C’est à chialer. Et sans doute parce que les choix de Zemeckis sont hyper forts : Un réalisateur lambda auraient montré de but en blanc ce que Zemeckis choisit de nous offrir au second plan, sur des écrans.

     Et cette pudeur ici permet à l’auteur de se lâcher ailleurs, sur un évènement que Hanks va nous raconter à deux reprises, d’abord en l’évoquant à Wilson, son compagnon de cuir sur l’île, puis en se confiant à son ami et collègue, qui entre-temps aura perdu sa femme d’un cancer – Le film s’était permis de creuser cette relation avant le voyage qui le mena au crash, et l’inquiétude de cet homme quant à la maladie de sa femme. Plus j’y pense, plus je me dis que le vrai vertige de Seul au monde, c’est le temps et les bouleversements qu’il entraine par les absences. Hanks parle de sa tentative de suicide, de cette corde, de cette branche qui s’est cassé sur ce promontoire. Et c’est bouleversant. Une fois parce qu’il en parle, gêné, à un ballon-ami qui n’est autre qu’une autre part de lui, pour s’excuser ad aeternam sans pour autant le dire ouvertement, mais on a tout compris. Puis dans ce plan circulaire absolument extraordinaire, dans lequel Tom Hanks n’avait jamais été aussi touchant et magnétique.

     Le film ira jusqu’à refuser le happy end tant attendu mais tout en l’offrant de façon éphémère. Chuck retrouve Kelly, Tom Hanks retrouve Helen Hunt, celle qu’il avait demandée en mariage avant son départ, cinq ans auparavant. Tous deux s’aiment encore follement, mais tous deux vont accepter que leur histoire n’a plus d’avenir, puisqu’elle a déjà refait sa vie, elle s’est remarié, elle a un enfant. C’est Les parapluies de Cherbourg, quoi. Heureusement le film choisit de s’en aller sur une note plus chaleureuse, qui confirme que Zemeckis est un grand romantique mais qui rappelle qu’il n’est pas si désespéré et qu’au détour d’un carrefour et d’un symbole ailé sur une voiture, la possibilité d’un autre bonheur n’est pas exclue.

Kill Bill, volume 1 – Quentin Tarantino – 2003

32. Kill Bill, volume 1 - Quentin Tarantino - 2003La mariée était à cran.

   8.5   C’est très étrange de revoir cette moitié de Kill Bill, aujourd’hui. D’abord parce que c’est le quatrième film de Quentin Tarantino et que depuis, il a sorti quatre films supplémentaires, tellement différents et puissants chacun dans leur registre, qu’on a oublié à quel point Kill Bill, déjà, frappait un grand coup. Ensuite parce que je ne l’avais jamais revu, depuis sa sortie vidéo. Découvrir des films au cinéma ne faisait alors pas partie de mon hygiène de vie. C’est quand je vois ces films-là que j’ai un petit pincement, une pointe de regret : Découvrir un film en salle ça change souvent beaucoup de choses. C’est d’autant plus important dans ce cas-là, dans la mesure où les deux films ne sont pas sortis en même temps tandis que moi, je les ai découvert coup sur coup. Ça m’a permis de m’apercevoir que si le film avait gravé beaucoup en moi, mon esprit, lui, mélangeait très largement les deux volumes. Qu’importe, grâce à ma découverte récente de Lady snowblood, j’ai donc revu ce premier volet de Kill Bill. Celui que j’ai eu tendance à préférer à l’époque. Affaire à suivre mais ça m’étonnerait que ça change.

     Kill Bill, volume 1 peut être abordé sous l’angle de la pépite récréative mais s’il y a un enjeu il serait de l’ordre de l’hommage multiple, plus encore que d’habitude. Une obsession pour son auteur de relier des genres, des cultures de cinéma qui font ce qu’il est devenu lui aujourd’hui. On peut aussi se dire que Kill Bill joue contre ses précédents films qui jusque-là jouaient l’ambivalence du récit et la puissance des dialogues : plus formaliste, Kill Bill travaille davantage l’image, le noir et blanc d’abord, la couleur ensuite, de l’anime au duel enneigé tout droit sorti d’un western, des imposants costumes aux nombreuses giclées de sang. L’autre enjeu et pas des moindres à mon avis c’est le leurre, faire croire à un film de vengeance tout bête, d’une mariée, enceinte, laissée pour morte, mais déplacer les curseurs en faisant le pari que les plus beaux personnages seront les méchants, enfin ces personnages qui se dressent sur la route de ce personnage moteur. Oren Ishii est fabuleuse et pas seulement parce que Tarantino lui offre un chapitre pour déployer son background – dans un manga aussi violent que déchirant – elle est la cible mais aussi le cœur – la naissance de la vengeance, la naissance de l’hommage : c’est elle la Lady Snowblood des années 70.

     Il faudrait aussi parler de l’originalité de la construction – Quelle audace d’entamer cette vengeance par sa deuxième cible, parce qu’elle s’avère moins cinégénique, moins cathartique – son pouvoir de jubilation permanent, sa brièveté (ce sera le film le plus court de Tarantino avec Réservoir dogs) et sa merveilleuse façon de canaliser le hors champ. Bill est magnifique dans ce volet, justement car on ne le voit pas, il laisse la place aux femmes. Ce premier volet est surtout une affaire de femmes, par ailleurs. Et musicalement c’est à tomber et justement car là aussi il s’agit de tout mélanger, de Nancy Sinatra à Santa Esmeralda, en passant par Meiko Kaji et Bernard Herrmann. Mixture qui à l’instar des chorégraphies semblent reliées à son personnage et son évolution, donc c’est à la fois grossier et très stylisé. Formellement je jubile (pas toujours : moins fan de l’ouverture en noir et blanc hyper contrasté) ne serait-ce que dans ces savants plans-séquences, le parfait agencement de ses montées en puissance, ces mouvements de caméra impossibles dans le palais pendant le Woo hoo et que dire de ce duel final avec ce bruit régulier du bois qui une fois rempli, rejette l’eau et se cogne contre la fontaine.

     Kill Bill est parcouru d’une somme d’idées brillantes. J’imagine volontiers qu’on peut se sentir enseveli sous sa virtuosité malade, mais c’est monstrueux, vertigineux sitôt qu’on accepte le pari. Comme souvent chez Tarantino, cela dit. Moi avec le temps j’aurais tendance à dévaluer Boulevard de la mort, sans doute car ce n’est que du grindhouse, du bon, certes, mais ça manque d’enjeu, on ne dépasse jamais la dimension grotesque – D’autant que ça fait trop écho à la daube de Rodriguez, avec laquelle il « partage le programme ». Kill Bill a davantage d’amplitude. Bref c’est assez exemplaire. Ça l’est tellement, in fine, que je me demande si ce n’est pas la quintessence du cinéma de Tarantino. Si c’est évident pour certain, ça l’est moins pour moi, à priori, mais ça m’a cette fois beaucoup traversé l’esprit à la revoyure de ce premier opus de Kill Bill. Même si je sais pertinemment que Pulp Fiction n’est pas détrônable dans mon cœur, j’aurais tendance à dire que oui, Tarantino est au sommet de son art.


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