• Accueil
  • > Archives pour février 2019

Archives pour février 2019

Sauvage – Camille Vidal-Naquet – 2018

34. Sauvage - Camille Vidal-Naquet - 2018Le garçon de la rue.

    5.5   Premier long métrage de son réalisateur, Sauvage cumule les tares de premier long autant qu’il cultive sur la durée, une certaine insolence. Il renferme des séquences parfois bateau, mais les déploie dans un enrobage plus cru que la moyenne, quelque part entre Fassbinder et Guiraudie. C’est ce paradoxe global qui le rend singulièrement maladroit, mais aussi peu aimable dans sa galerie de personnages concepts. Du coup ça reste un peu anecdotique. Mais de l’anecdote qui toutefois sort du lot, au détour de situations stimulantes. Dommage que le film multiplie à ce point les plans, refuse d’étirer davantage, de jouer la carte de la plongée plutôt que ce découpage un peu hystérique, à l’image des stroboscopes lors des deux scènes de boite de nuit.

     La scène inaugurale plaçait probablement la barre un peu haut : On y découvre un garçon dans le cabinet d’un médecin. Il a la vingtaine, est assez diminué, marqué à la fois par des bleus sur le visage et une toux inquiétante. Le médecin lui pose des questions habituelles puis enfin lui demande de se déshabiller et l’ausculte. Cette attendue banale scène de rendez-vous chez le médecin se transforme en collision de désirs à renfort de « Elle est bien dure. Je vais te soulager, mon petit chat » qui balance un énorme trouble, d’entrée de jeu. Sauf qu’après un cut brutal, on les découvre tous deux en train de se rhabiller. Et on comprend dans l’échange qui suit que toute cette mascarade relevait d’une passe sexuelle. Dès la scène suivante, on retrouve Léo (Félix Maritaud, déjà croisé dans 120bpm est prodigieux) sur le trottoir.

     C’est une introduction forte. Et pourtant, on ne peut s’empêcher de voir qu’elle annonce le programme et la tonalité du film, qui ne cessera de jouer sur les cut et n’osera jamais l’étirement, ne laissera pas le temps à l’étrangeté de s’installer. Ce n’est donc ni complétement abouti ni vraiment passionnant, mais ça reste un premier long tout à fait singulier, donc, un peu hors du temps, dominé par l’interprétation de son jeune acteur vedette et par l’évolution atypique de son personnage, tant c’est moins son fragile état de santé que son immense chagrin d’amour qui le fait doucement glisser vers l’abstraction. 

Oki’s Movie (Ok-hui-ui yeonghwa) – Hong Sang-Soo – 2011

oki2-2000x1125Fraicheur et solitudes.

   6.5   En sortant de Grass, je repensais beaucoup à Oki’s movie, un autre film d’Hong Sangsoo qui m’a peu marqué lorsque j’en ai fait sa découverte en salle, il y a de cela sept ans, mais auquel je repense régulièrement. C’est l’un de ceux (sur ces dix dernières années) auxquels je repense beaucoup, oui. La trame et le récit se sont grandement évaporés dans mon esprit mais j’en garde des images, des ambiances, des sensations. J’ai le souvenir d’une méditation existentielle en mouvement, en plusieurs actes, avec plusieurs personnages, ainsi que d’un film sur les acteurs, puisque chacun jouait différents rôles, en fonction  du chapitre, d’une nouvelle histoire, à moins qu’ils ne s’agissent de films dans le film. J’ai le souvenir d’un film énigmatique, où l’on se déplace énormément. J’ai le souvenir qu’il y faisait très froid, dans ce parc ( ?), sur ces chemins, que chaque personnage déambulait en anorak. De mémoire c’est la première fois que je voyais vraiment l’inspiration rohmérienne – Peut-être est-ce cela qui m’avait préalablement gêné, par ailleurs ? – dans le cinéma de Hong Sangsoo, que je ressentais la cohérence de cet aspect fort des courts réunis pour un long, comme on a pu le voir dans Les rendez-vous de Paris ou Quatre aventures de Reinette et Mirabelle, par exemple. J’aimerais beaucoup, beaucoup le revoir, je me rends compte.

Grass – Hong Sang-Soo – 2018

39. Grass - Hong Sang-Soo - 2018Terne petit café au bout de l’allée.

   5.0   Déception. Pas loin de penser que c’est le moins bon film de Hong Sangsoo depuis Les femmes de mes amis, sinon plus longtemps encore. Sorte de petit truc hyper fabriqué, hyper théorique, qui ne s’incarne jamais autrement que dans le plaisir de retrouver la patte du cinéaste dans un ensemble étriqué, rabougri, aussi terne que ces herbes dans les pots de fleurs, devant les cafés, dans lesquels on vient jeter ses mégots. J’aime le caractère spontané dans les films d’HSS, aussi bien les personnages que le film lui-même. Là je ne vois que son élaboration. J’ai l’impression de voir un documentaire sur la fabrication d’un film d’Hong Sangsoo, qui plus est au travers de ce personnage féminin, qui écoute les conversations de ses voisins de café et semble réécrire sur son ordinateur ce qu’elle entend. Alors en effet, c’est le quinzième Hong Sangsoo que je voie et si ça fonctionne par instants (comme une petite musique qui fonctionne, en somme) c’est en grande partie pour les échos à son œuvre entière. Il y a cette thématique nouvelle du suicide qui parcourt tout le film mais qui me semble traitée maladroitement et/ou survolée plus qu’autre chose. Et il y a des instants superflus voire carrément lourds à l’image de ce plan qui voit une femme monter et descendre un escalier et répéter le mouvement sans s’arrêter avec comme seule modification son visage, d’abord fermé qui progressivement s’illumine. Aucun intérêt. J’aime beaucoup tous les derniers films de l’auteur sud-coréen, enfin ceux que j’ai vu (Hill of freedom, Un jour avec un jour sans, Haewon et les hommes) il tourne tellement… Mais là ça ne fonctionne plus à mon goût, il a brisé quelque chose, un peu comme Rohmer quand il fait Perceval le gallois, je ne sais pas, j’ai du mal à mettre le doigt dessus, peut-être un manque d’enjeux général, à l’image de cette femme qui semble écrire sans finalité, à l’image de la neutralité de ce noir et blanc, la simplicité de son dispositif, qu’importe, ça m’a beaucoup ennuyé ça c’est sûr.

Dans nos veines – Guillaume Senez – 2009

43. Dans nos veines - Guillaume Senez - 2009Poison violent.

   5.0   Dans nos veines contient le germe de Keeper puisque deux adolescents font aussi face à une grossesse à propos de laquelle on ne saura pas grand-chose sinon qu’elle arrive à son terme et semble elle aussi sacrifiée d’avance, malgré une fin nettement plus ouverte que celle de Keeper. Dans nos veines contient surtout quelque chose qu’on ne verra plus, tout du moins à ce jour, dans le cinéma de Guillaume Senez, à savoir les violences d’un père. Le film est très sec sur ce point, très malaisant et ferait presque un beau prélude « avant la fugue » aux films de Xavier Legrand (Avant que de tout perdre, Jusqu’à la garde) si la mère ne s’effaçait pas silencieusement derrière son monstre de mari. François Civil qui campe cet ado battu, sur le point d’être papa à son tour, est génial. Mais le film est âpre, sans doute trop âpre et pas suffisamment à fleur de peau pour retranscrire les retombées de ces violences, auxquelles il choisit l’ellipse de leur calme contrepoint. Il faut vraiment attendre le dernier plan pour voir émerger une douceur inespérée, quand la petite amie (devenue mère) retrouve sa place dans l’écran, après l’avoir quitté dès le tout premier. C’est quoi qu’il en soit très prometteur comme court métrage, on peut dorénavant même dire, puisque Senez a fait deux très beaux longs métrages depuis, que cet embryon de talent résidait par petites touches dans U.H.T. et Dans nos veines.

U.H.T. – Guillaume Senez – 2012

41. U.H.T. - Guillaume Senez - 2012La révolte silencieuse.

   6.0   Ça pourrait n’être qu’un film sur la crise du lait, comme Nos batailles pourrait aussi n’être qu’un film sur la charge mentale, mais Guillaume Senez est trop attaché à la fiction. Et donc U.H.T. raconte en dix-huit petites minutes l’impact de cette crise, mais aussi d’une passion – Et en ce sens il n’est pas difficile de déplacer les curseurs au métier de cinéaste, donc de faire de ce fermier un alter égo du cinéaste – sur l’environnement familial. Cette passion, Senez la filme de façon cérémoniale, tout en lui ajoutant une dimension crépusculaire d’entrée de jeu, puisque la première image du film montre du lait répandu dans un champ. Et c’est sans doute ce qui me plait tant ici (Et qui sera confirmé dans Nos batailles) cet accablement n’est pas exempt de lumière : alors que le couple semble s’éloigner l’un de l’autre pendant tout le film (jusqu’à culminer dans la scène centrale du repas au resto brisé par la mise bas d’une génisse) la fin les réunit miraculeusement dans un geste commun, le geste de la révolution. C’est très beau. Et ce d’autant plus qu’on s’attend à tout sauf à ça. Le film est par ailleurs très sobre tout le temps, par exemple il n’évoque jamais ouvertement cette production à moindre coût, il ne racole pas mais on comprend tout. Quant à l’interprétation elle est exemplaire pour un « court » : Guillaume Senez affirmait déjà son talent de directeur d’acteurs. Même le bébé est bon, c’est dire.

Asterix, Le secret de la potion magique – Louis Clichy & Alexandre Astier – 2018

36. Asterix, Le secret de la potion magique - Louis Clichy & Alexandre Astier - 2018De la difficulté à transmettre la magie.

   4.5   L’esprit Kamelott du précédent, Le domaine des dieux, m’avait gonflé, j’avais trouvé ça hystérique et pas drôle pour un sou. On est ici dans la continuité, mais en mieux, moins foutraque, moins désagréable, toujours aussi peu drôle, mais peut-être plus attachant et dans l’air du temps, ne serait-ce que dans le choix du « jeune druide talentueux » auquel Panoramix finira par transmettre le secret de la potion magique. Même si, évidemment, on a tout deviné en cinq minutes, cet opus gagne peut-être à ne pas être une adaptation d’un chapitre existant de Goscinny ou Uderzo, à davantage se concentrer sur les irréductibles gaulois que sur les grossiers romains. Dommage que le méchant soit si nase, en revanche. Dommage aussi pour le final en clin d’œil grotesque à Goldorak, lorsque les légionnaires romains sont transformés en monstre géant pour combattre le géant Sulfurix. Et dommage que ça manque à ce point de rythme, d’idée, de passion. C’était une séance dominicale avec mon fiston, tout ce qu’il y a de plus agréable, mais pas sûr qu’on en garde un souvenir impérissable.

Gremlins 2, La nouvelle génération (Gremlins 2, The new batch) – Joe Dante – 1990

10. Gremlins 2, La nouvelle génération - Gremlins 2, The new batch - Joe Dante - 1990Welcome to New York.

   8.0   Je ne l’avais pas vu depuis quinze ans au bas mot. J’en gardais le souvenir d’une suite cartoon, épuisante. En fait c’est un régal. Et plus méta tu meurs.

     D’emblée, Joe Dante annonce la couleur. Il balance une entrée Looney tunes, avec ce logo Warner Bros crânement dans l’autodérision. Il se met ouvertement dans la peau de Daffy Duck tentant de voler la vedette à Buggs Bunny.

     Kingston Falls n’est plus. On entre dans Manhattan, on le survole comme dans l’introduction d’un film d’Hitchcock. Dante va nous emmener dans Chinatown. Refaire le premier volet ? Non. Il va même tuer le père noël. Pauvre vieillard et marchand d’antiquité qui reprenait Gizmo à Billy et qui refuse ici de laisser son bien immobilier à des investisseurs sans cœur : Des hommes en costume viennent représenter ce milliardaire en question, ils viennent avec son argumentaire, ils ont apporté une télévision. On sait combien la télé est au cœur du cinéma de Joe Dante. Elle l’était dans le premier opus de Gremlins, On se souvient que Gizmo l’appréciait déjà beaucoup. Cette fois, Dante ira plus loin aussi là-dessus, il prévient : Gizmo va découvrir Rambo. Et le 2, par-dessus le marché. Jusqu’à imiter Stallone en se confectionnant un bandeau rouge et un arc fait de trombones, élastiques et crayons. Terminé le Gizmo passif, naïf, discret. Le bon élève rejoint Joe Dante au fond de la classe, collé au radiateur. Allons nous réchauffer à leurs côtés.

     C’est toute l’Amérique capitaliste que Dante s’empresse de ridiculiser. Gremlins 2 est à Dante ce que Zombie était à Romero. Le lieu n’est d’ailleurs rien d’autre qu’un gigantesque centre commercial / centre d’affaires, géré par un milliardaire. Un chef d’entreprise qui, entre autre, fait de la publicité pour revoir et faire revoir certains chefs d’œuvre en couleur comme Casablanca – auquel cette fois on aura modifié la fin pour en faire un happy end – via une émission cheap présenté par un vieil homme (Robert Prosky, le garagiste de Christine) grimé en Dracula qui se retrouve, un peu malgré lui, à diffuser des films d’horreur colorisés. C’est un film anti-Trump avec un quart de siècle d’avance. Ce type s’appelle Daniel Clamp, difficile de ne pas y songer ne serait-ce que dans son nom, d’autant qu’il a le même style d’envergure (un gosse neuneu dans un corps d’adulte qui en impose) et recherche le même dessein : la valorisation du modèle mercantile, vulgarisation de toute forme créative, obsession militaire – le personnage termine dans les forces armées, on ne sait même pas pourquoi. Même si comme le dira Dante lui-même « Mon Trump est plus sympathique que le vrai ». On est d’accord.

     Dans cet opus, les portes automatiques deviennent récalcitrantes. Les mogwai sont nettement plus grossiers, notamment un hyperactif. Ils se goinfrent de crème glacée, squattent les stands de bonbons. Dans le premier, un gremlin finissait dans une micro-onde, un autre dans un mixeur. Ici c’est un broyeur à papier ou une marmite de pâtes. Le film assume clairement son versant cartoon, jusqu’à en oublier Gizmo, Billy & Kate qui restent assez en retrait de ce géant capharnaüm. Gizmo, malgré tout, viendra apporter sa touche rebelle en incarnant la version « To survive to the war you have to become the war » de Rambo, bandana rouge autour de la tête, se construisant un arc avec des trombones, une flèche avec un crayon, après avoir été séquestré sur les rails d’un train miniature, après être passé dans la photocopieuse, après avoir été abandonné dans les couloirs de ventilation, après avoir même été confondu (par Kate) avec le mogwai hyperactif aux yeux globuleux tournoyant sur eux-mêmes.

     Il y a aussi Christopher Lee qui rejoue quasiment Dracula, en incarnant ce savant fou passionné par les mutations génétiques. A ce niveau-là ce n’est plus un clin d’œil. Quant aux jumeaux qui l’accompagnent et disent exactement la même chose, ce sont des répliques parfaites des Dupond dans Tintin. Il y a aussi une scène d’ascenseur qui fait à la fois référence à Body double et à Shining puisque Billy & Kate sont menacés de part et d’autre par une gigantesque perceuse et une hache. Le film se ferme dans le même registre délirant que lorsqu’il a démarré : sur un logo Warner perturbé par Daffy Duck qui cette fois veux prendre la place de Porky pig. Plus tôt, les gremlins vont même parvenir à faire irruption dans la salle de projection, arrêter la bobine et faire des ombres chinoises sur l’écran : « Ils veulent voir Blanche Neige et les sept nains » nous dit cet homme, un acteur habitué du cinéma de Joe Dante. Là-dessus Hulk Hogan, assis parmi le public, se fâche, déchire son haut et viendra s’excuser auprès des spectateurs, face caméra, après que deux acteurs de Piranhas soient sorti de la projection en se plaignant de la bêtise de ce second volet. Bref, difficile de faire plus méta.

     Donc inéluctablement cette suite c’est un peu ce que Craven fera de Scream dix ans plus tard : Tout est dix fois plus dingue, méta, azimuté, subversif. Les gremlins iront jusqu’à se transformer au contact de potions de laboratoire. C’est la séquence du bar dans le premier film mais en version étirée : Plus rien ne retient Joe Dante : Un gremlin se transforme en arbre fruitier, un autre en chauve souris (occasionnant un gag lorsqu’il s’extraie par une lucarne en laissant l’empreinte de Batman), un autre en intellectuel à lunettes, un autre en araignée géante ; il y a aussi un gremlin bimbo et un gremlin exhibitionniste. C’est carnavalesque.

     C’est le film d’un amoureux du cinéma pour les amoureux du cinéma, de la pop culture. C’est un beau cadeau, mais je ne l’avais pas soupçonné jusqu’à le revoir ce soir-là.

Europe 51 (Europa ’51) – Roberto Rossellini – 1953

28. Europe 51 - Europa '51 - Roberto Rossellini - 1953Vers la lumière.

   7.5   Quand Allemagne, année zéro se ferme sur le suicide d’un enfant, Europe 51 choisit son exact contrepoint, en s’ouvrant sur icelui. Ou presque : Lors d’une réception mondaine, las que sa mère le laisse de côté pour ses invités, le fils d’un couple bourgeois se jette dans les escaliers. La chute est mauvaise mais pas mortelle, c’est une embolie qui l’emporte, dans la nuit, à l’hôpital. Il faut savoir que Rossellini venait de perdre lui aussi un enfant. En ce sens, Europe 51 est peut-être son film le plus personnel et théorique, tant il est auto thérapeutique et méta filmique.

     En effet, Irène, la maman, campée par Ingrid Bergman (qui était alors la femme de Rossellini, ce qui accentue le trouble) tente peu à peu de sortir de sa tristesse en se tournant vers un ami de la famille, un journaliste communiste, qui va lui faire découvrir une Rome dont elle ne soupçonnait pas l’existence – puisqu’elle était cloitrée dans une vie riche et futile – une Rome pour laquelle elle va bientôt investir la plupart de son temps, se dévouant aux pauvres, sans doute pour que sa déréliction se transforme en passion, sa culpabilité apathique en actes de bienfaisance.

     Quelque part, Rossellini se pose la question de comment enchainer après la trilogie de la guerre, son film sur François d’Assise, la perte de son enfant puis sa rencontre avec la star suédoise. Il me semble qu’Europe 51 est une somme de ces chemins, un film sur l’après-guerre et vers la sainteté, mais aussi un film aléatoire dans sa construction, sa progression dramatique, très moderne dans chacun de ses partis-pris, et d’ailleurs, il annonce un peu de Voyage en Italie. C’est très beau et troublant.

     A travers le récit de la résilience de cette femme, Rossellini dresse le portrait d’une Rome d’après-guerre dévastée et délaissée, filmant aussi bien la précarité que la beauté de ces quartiers les plus défavorisés – à l’image de cette femme aux enfants multiples, joyeuse, vivant dans un taudis – tout en faisant une critique acerbe d’une bourgeoisie qui refuse l’option spirituelle choisie par l’une de ses désertrices, forcément folle à lier, qu’il faudra vite sacrifier dans l’internement. La noirceur du film est infiniment compensée par la lumière de ce magnifique personnage en plein éveil à la conscience et à la sainteté.

Budapest – Xavier Gens – 2018

BudapestKürtõskalác à la crème de vomi.

   5.5   Il faut déjà signaler que si Manu Payet, Jonathan Cohen et Monsieur Poulpe ne te font pas au minimum un peu rire habituellement, c’est mort. Et si un seul des trois t’insupporte, c’est mort. C’est mort tant TOUT (les gags, les grimaces, les vannes…) reposent sur eux, leur présence, leurs excès et leur potentiel comique. Il faut attendre un moment avant de voir un peu plus que les deux premiers cités (Payet/Cohen) et enfin eux trois quand on entre à Budapest. Et c’est sans doute la vraie bonne idée du film, qui certes s’essouffle assez vite dans son outrance et ses répétitions, mais qui entre autre générosité, a la lucidité d’offrir un vrai rôle aux deux femmes (Belaïdi/Poisson : géniales toutes les deux, chacune dans leur registre), les deux femmes des « héros » au départ cantonnées dans une mécanique de faire-valoir. Ce sont elles qui vont redynamiser le film dans son dernier tiers. Je ne vais pas faire la fine bouche sur le reste (C’est souvent très, TRES lourd et gras, mais c’est le jeu) car j’ai beaucoup ri, parfois franchement, ce qui cette année, hormis avec Game night et Le grand bain, fut chose rare. Et le petit plus qui fait la « grande réussite » du truc (qui le rend regardable de bout en bout) à mes yeux, et de tout buddy movie, toute bromance, toute rom’com qui se respectent : les personnages m’ont plu, m’ont fait marrer, au moins un peu ici et là, chacun dans leur tempo, sans que j’en cherche un plus que l’autre. Le film est aussi une mine de personnages secondaires excentriques et réjouissants (dans les groupes d’EVG, l’équipe de la boite, mais aussi chez les farfelus autochtones hongrois) et ça c’est chouette. L’autre idée non moins judicieuse est d’avoir confié la réalisation à Xavier Gens, le gars lourd de Hitman ou Frontière(s), qui parvient dans la comédie avec Payet/Cohen/Poulpe  à trouver, assez curieusement, le ton et l’équilibre adéquats.

Glass – M. Night Shyamalan – 2019

27. Glass - M. Night Shyamalan - 2019Shyamalan superheroes story.

   5.5   Sceptique j’étais quant à l’évocation d’une suite à Incassable et Split, soient un film auquel je tiens beaucoup et un autre que je n’aime pas du tout.

     Sceptique je l’étais au sortir de la projection, tant Glass est longtemps davantage une suite thématique, esthétique, fonctionnelle de Split. Il n’y en a d’ailleurs que pour James McAvoy et les nombreux personnages qu’il incarne. David Dunn / Bruce Willis peine à exister là-dedans, quant à Glass / Jackson il faut du temps pour qu’il se réveille dans le récit. Il faut donc attendre pour que l’intelligence supérieure, le corps incassable et la bête schizophrène fonctionnent ensemble, que leurs appendices affectifs (La mère d’Elijah, le fils de David, la victime de Kevin) se croisent. Ce qui en soit n’est pas une si mauvais chose : les films de super héros qu’on nous balance à la pelle ces temps-ci, envoient systématiquement trop vite la purée, et se complaisent dans une débauche d’effets, de vannes de bébés et de combats aussi interminables qu’illisibles.

     Enthousiaste je le suis au fil des jours, tant je me rends compte que le film me reste en tête – et puis j’ai la sensation agréable qu’il m’a un peu échappé et qu’il regorge j’en suis persuadé de pistes théoriques passionnantes. Shyamalan fonctionne à sa manière, un peu à l’ancienne, laisse au film le temps d’infuser. Et il trouble la narration attendue : offre un premier affrontement Kevin/ Dunn donc Split/Incassable au bout de 20 minutes, avant de les enfermer dans un asile. Et d’un coup ça devient T2 ou American Horror Story (puisque tout se déroule là-dedans) face à un nouvel antagoniste, et l’on sent que le film se nourrit du cinéma 90’s et de la série d’aujourd’hui. C’est aussi ce qui fait sa faiblesse je pense.

     Le problème de Glass et quand bien même il lui arrive régulièrement au détour d’une sidération (et cette excellente dernière demi-heure en fait partie) de nous extirper d’un ennui poli (le verbiage de Sarah Paulson, les transformations répétées de McAvoy, franchement ça m’a gonflé ; Et faudrait que je le revoie pour être sûr mais j’ai la sensation que les réutilisations de scènes (coupées ou non) des précédents films n’étaient pas utiles) c’est qu’il se déploie sous un vernis monochrome la plupart du temps, et quand il tente un changement de ton, ou de couleur (la scène où ils sont réunis tous les trois dans la même pièce, par exemple) c’est pour trop vite l’abandonner. Ça manque de quelque chose d’un peu original, qui ne donnerait pas l’impression que Shyamalan n’est pas en train de se faire dévorer par les mœurs sérielles où toutes les images se ressemblent.

     Encore une fois il faudrait que je le revoie pour lever ou non ces doutes. En l’état il m’en reste de belles choses quand même et notamment donc cette étourdissante, brutale et vertigineuse dernière partie entre affrontements et twists en tout genre. Mais bon, ça n’arrive jamais à la cheville d’Incassable.

12

Catégories

Archives

février 2019
L Ma Me J V S D
« jan    
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728  

Auteur:

silencio


shaolin13 |
Silyvor Movie |
PHILIPPE PINSON - ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Playboy Communiste
| STREAMINGRATOX
| lemysteredelamaisonblanche