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Archives pour février 2019

Roma – Alfonso Cuarón – 2018

Roma-PhotoCouvertureCleo de 70 à 71.

   9.5   Qu’un film aussi beau que celui-ci n’ait pas eu l’honneur d’une sortie cinéma traditionnelle en France m’attriste. Mais bon, on ne va pas refaire le débat, au moins ce film existe, Netflix ou pas. Et c’est une merveille.

     Il sera difficile aux anti-Cuaron d’aimer Roma. On retrouve son versant ultra virtuose et j’imagine que ceux que ça gêne déjà dans Children of men ou Gravity ne vont pas forcément passer un agréable moment ici. Il m’a fallu un peu de temps pour entrer dans le tourbillon Roma pour être honnête. Je voyais trop la forme. Et puis j’ai glissé dedans et ça ne m’a plus lâché. Aussi impressionné et terrassé que lorsque je voyage dans un Kubrick – Bien que ce ne soit pas du tout à lui que j’ai pensé en priorité devant Roma, mais plutôt en vrac à La complainte du sentier, Rocco et ses frères, Shara, La maison des bois, La règle du jeu, pour plein de petites raisons éparses, évidemment.

     Alors qu’il avait ouvertement délaissé ses terres mexicaines depuis Y tu mama tambien (2001) pour d’abord tourner le troisième opus d’Harry Potter (Le prisonnier d’Askaban) puis les deux merveilleuses hollywooderies suscitées, voilà qu’Alfonso Cuarón y revient et jusque dans son quartier d’enfance (qui donne son titre au film) en tournant principalement dans les décors réels, soient le quartier où l’auteur a grandi et les campagnes alentours, en langue mixtèque, afin d’y dresser le portrait d’une famille aisée mais en ayant l’idée ô combien ingénieuse de déplacer le centre d’attraction vers la domestique, la sublime Cleo. Puisque le film est dédié à Libo, la servante de la famille Cuarón lorsqu’Alfonso était enfant, le film, aurait pu avoir quelque chose de plus intime, ramassé, où l’auteur aurait pu se cacher derrière son récit, et pourtant c’est un film d’une ambition incroyable dans la finesse de sa reconstitution et sa manière d’embraser le réel et la fiction.

     On sait la fascination du cinéaste mexicain pour le plan-séquence et Roma n’y échappera pas. Mais c’est moins leur durée qui trouble dans un premier temps que leur structure puisque la plupart sont circulaires, géométriques, écrasants. C’est donc en utilisant divers mouvements de caméra – travelling latéraux, panoramiques – que Cuarón refuse l’aspect naturaliste de son film, mais choisit au contraire d’observer Cleo au sein de ses propres souvenirs, qu’il ne peut raconter fidèlement puisque ce sont des souvenirs d’enfants, des souvenirs lointains. Le film lui tient tellement à cœur qu’il est quasi à tous les postes : Réalisateur, scénariste, directeur de la photographie, monteur. Control freak qui peut agacer, évidemment, mais aussi toucher dès l’instant qu’il s’agit d’observer les souvenirs d’enfance d’un auteur. Netflix aura au moins permis cela : Offrir à Cuarón la possibilité de faire « le film de sa vie » et la possibilité que celui-ci soit vu par le plus grand nombre.

     Comme à son habitude, l’auteur mexicain use de grandes scènes, dans un majestueux noir et blanc, à la profondeur de champ impressionnante, où les détails pullulent dans chaque plan, qu’il soit intérieur et relativement silencieux, ou qu’il saisisse l’agitation de la ville, ce qui en un sens m’évoque constamment la trilogie d’Apu de Satyajit Ray, que l’on soit dans cette cour ou aux alentours. Plusieurs séquences font d’ores et déjà partie des plus belles que j’aie pu voir jusqu’alors. Il y a ce long plan fixe dans un cinéma où Cleo et son petit copain vont voir La grande vadrouille. Ils sont cadrés dans un infime espace en bas de l’écran, nous n’entendons pas ce qu’ils se disent mais nous savons de quoi ils parlent. C’est superbe. Au contraire, plus loin, il y a ce plan-séquence mobile où l’on suit Cleo, enceinte, assistant aux émeutes, à travers les baies vitrées d’un grand magasin. Il y a aussi la scène de l’entrainement aux arts martiaux sur un terrain de foot, ou encore celle, terrible, de l’accouchement. Et bien entendu, il y a vers la fin, ce travelling latéral incroyable sur la plage, entre les vagues. Une somme d’instants virtuoses à se damner.

     Et il y a cette scène devant un cinéma où l’on voit le père de famille sortir avec une autre femme. C’est furtif mais on le distingue bien. La scène est construite sur un long travelling latéral et alors qu’on la suit à travers les trottoirs bondés, Cleo se cache derrière une cabine téléphonique, on comprend qu’elle voit quelque chose qu’elle ne devrait pas voir. Alors le traveling se poursuit et l’efface donc du plan, pour venir capter la sortie du père, qui disparait dans la foule. En hors champ, on entend des amis du petit garçon – qui avait devancé Cleo – lui dire qu’ils ont vu son père, mais il nie sa présence. Puis Cleo le rejoint. On comprend qu’ils l’ont tous les deux vu, mais qu’ils n’en parleront plus. Et encore une fois, c’est le plan, le choix de ce type de plan à cet instant-là qui rend la scène marquante, différente de comment elle aurait été montrée ailleurs. C’est une scène qui vient en écho à celle de La Grande vadrouille. Le plan était fixe, il est ici mobile. Mais dans les deux cas, il y a beaucoup de subtilité dans le non-dit et le hors-champ. Et dans chaque cas il y a volonté d’inscrire le récit dans un terrain lié au cinéma – Cleo et le petit garçon filant voir Les naufragés de l’espace, de John Sturges – comme pour dire que les films sont plus harmonieux que la vie, disait Truffaut.

     Et c’est toute l’ambition du film, je dirais, que de tenter, par la mise en scène de relier d’un même virtuose élan, intimité et universalité, microcosme et macrocosme, en offrant à plonger au cœur d’une famille de Mexico tout en faisant résonner ses petites histoires avec la Grande, ici le mouvement révolutionnaire étudiant de juin 1971 et le massacre de Corpus Christi. A faire résonner – un peu à la manière de Pialat dans son immense chronique en pleine Grande Guerre – l’espace clos d’une maison avec l’immensité ouverte du monde. Et pour que cette résonnance s’incarne il faut observer – Et écouter, bien entendu, puisqu’il s’agit beaucoup de son dans Roma. C’est un film qui demande sans cesse d’observer. Et ce dès son générique introductif : Dans le reflet d’une flaque d’eau savonneuse, au moment où le ciel s’invite quand celle-ci retrouve sa netteté, un avion le traverse, et ce que l’on entend c’est le lointain bruit de la ville mais aussi et surtout celui de l’eau et du balai. Si le plan effectue une culbute c’est pour donner à suivre Cleo, d’entrée de jeu, qu’on ne lâchera plus. Elle pourrait être un personnage relai, utilisé pour nous emmener au cœur de cette famille. Elle l’est, oui, mais surtout elle restera quoiqu’il arrive le centre, le point d’inertie.

     Il y a plusieurs séquences qui en somme rejoignent le cinéma de Cuarón, en ce sens qu’il va s’armer de toutes les puissances du cinéma, comme c’était parfois le cas dans Gravity ou Les fils de l’homme – quand tout à coup, tu te rends compte, au deuxième, troisième visionnage que le type t’en mets plein les yeux, sans que ce soit placardé non plus, sans que ça ne t’est perturbé ton premier voyage – pour raconter une scène, une situation apparemment anodine, mais rendu fondamentale par son étirement et sa magnificence. En plus d’évoquer l’explosion de la navette Explorer dans Gravity ou la scène de guerre de l’immeuble assiégé dans Les fils de l’homme, la forêt qui s’embrase, ici, semble répondre aux tirs qu’elle subissait précédemment, au déluge de virilité mécanique qu’elle absorbait pour le recracher en flamme. Un peu à l’image de Cleo, dont le quotidien est de nettoyer le sol, la vaisselle, avant qu’elle ne perde les eaux puis plonge dans les vagues de l’océan pour renaître – un peu comme chez Naomi Kawase – de cette domination masculine. Dans les trois films de Cuarón (Et même Y tu mama tambien, d’ailleurs) qu’on pourrait relier dans une trilogie, il s’agit de faire un voyage jusqu’à la mer ou de renaître dans les eaux pour atteindre une terre providentielle.

     Auparavant, il y avait une double scène pivot au tiers du film. Deux scènes imposantes au sein desquelles les deux femmes, la bourgeoise et sa bonne, la femme délaissée et la femme enceinte, nouent une sorte de lien d’expérience d’abandon et de solitude. Deux scènes qui ouvrent sur une suivante, où chacune dans son coin refoule un temps ses vérités, cernées par le jeu des enfants. C’est la société des hommes que l’on vise. L’oppression, la virilité, la lâcheté des hommes, symbolisées évidemment par Antonio et Fermín mais aussi plus globalement par les milices estudiantines et les jeunes garçons de la famille, sans cesse dans le combat. Pourtant, plusieurs garçons sont sauvés par Cuarón dans Roma : Il y a d’abord le jeune Pepe, qui voyage sans cesse dans ses vies antérieures « Quand j’étais vieux » répète-t-il souvent. Il y a aussi l’ami de Fermín, qui permet à Cleo de le retrouver. Et bien entendu, il y a Zovek, le professeur pacifique, « lévitant » sur un pied, sur le terrain de football. Ce qui rend le film beaucoup moins misanthrope que ce qu’il est en apparences.

     Un peu à l’image des évènements de l’époque, le récit se met à dérailler, jusque dans son symbolisme qui s’alourdit – Une tasse qui se brise et dont on observe les morceaux dispersés sur le sol – et la multiplication de séquences qui déjà convoquent le drame : Une partie de tirs au pistolet entre les arbres (Impossible de ne pas penser au chef d’œuvre de Renoir), une dérangeante séduction, un incendie en forêt. C’est plus tôt que le virage opère. Le film transpire brutalement la mort, il nous prépare. Comme le faisaient déjà, jadis, Les fils de l’homme puis Gravity. En trois images, détachées dans le récit mais reliées entre elles pour ce qu’elles annoncent, Cuarón impose l’irruption de la mort. C’est d’abord un tremblement de terre dans un hôpital – Quand Cleo vient faire sa première visite de routine aux trois mois – qui s’achève sur ce plan hyper violent de couveuse recouverte de débris de parpaings. Au plan suivant, qui est n’est rien d’autre qu’un plan de transition ville/campagne, plusieurs immenses croix, comme rescapées de L’évangile selon Mathieu, ornent les bords d’une route et ouvrent sur un champ. Puis, lorsque nos personnages débarquent chez des amis, dans une hacienda, Cleo découvre la collection de chiens empaillés de la bonne. Il y a dans cet immense escalier qui relie le monde d’en-haut et celui d’en-bas quelque chose qui évoque aussi bien Le journal d’une femme de chambre, de Buñuel ou Le cuirassé Potemkine, d’Eisenstein. On sent que Cuarón embrasse une certaine histoire du cinéma. Une certaine politique au cinéma. Qui va plus loin qu’un simple clin d’œil comme il le faisait précédemment lorsque les personnages allaient voir au cinéma Les naufragés de l’espace (Là, il semble nous dire, très humblement, que tout Gravity est déjà chez John Sturges) ou dans le décalage opéré par la séquence de La grande vadrouille, qui apporte un contrepoint humoristique sur l’écran, à la terrible scène qui se joue deux rangs devant nos yeux.

     Malgré l’omniprésence de la caméra, malgré des lourdeurs comme celle du chanteur lors du feu de forêt ou les débris de parpaing sur la couveuse, malgré les nombreux plans macros sur des cacas de chien, j’ai trouvé le film bouleversant. Il y a quelque chose de Visconti, de Rocco et ses frères dans la mesure où ce naturalisme affiché ne se refuse pas au grandiose, à des plans très élaborés, à une grandeur dans certaines séquences longues. L’image cristalline du film et l’écrin sonore participent à faire de Roma une véritable expérience. De cinéma. Et c’est là tout le triste paradoxe de cette affaire, puisqu’à ce film qui semble uniquement exister et mis en scène pour la salle, ne serait-ce que dans sa somptuosité sonore et sa photographie indomptable, on lui offre la possibilité d’être vu sur un écran de télé et ce dans le meilleur des cas. Difficile d’envisager de voir un Le Guépard ou Barry Lyndon sur une tablette, non ? Bah c’est exactement pareil pour Roma.

     Bref, le choc, me concernant, n’est certes pas du même ordre que pour La La Land – lequel j’ai payé quatre tickets de cinéma pour le voir et le revoir, tandis que je n’ai revu qu’une seule fois le Cuarón que j’ai à disposition sur moi – néanmoins le comparatif s’impose dans la mesure où il m’aura fallu m’y confronter encore pour apprécier pleinement sa grandeur et accepter qu’il dialogue autant avec moi, en un sens, alors qu’à priori, ce n’est pas si évident, pas gagné d’avance : Sur le papier, un film comme First man (pour citer à nouveau Chazelle) et un film comme Gravity, ça me fait davantage rêver qu’une comédie musicale ou une chronique autobiographique. Et pourtant. Cette chronique, inspirée de l’enfance du cinéaste, prenant pour personnage central cette jeune femme, Cleodaria Gutierez (21, calle de Tepeji, Mexico : Histoire de citer encore, Akerman donc, et faire référence à l’un de mes films préférés) est l’un des plus beaux voyages auquel j’aie pu assister depuis longtemps.

Breaking away – Peter Yates – 1980

2Quatre garçons contre le vent.

   9.0   Que Peter Yates « reste » comme étant celui ayant réalisé le surestimé Bullitt (Je vais essayer de le revoir, malgré tout) n’est pas si problématique. Non, le vrai scandale c’est qu’on ne puisse voir Breaking away (La bande des quatre, en version française, mais comme c’est le titre d’un chef d’œuvre de Rivette, ce sera direct aux oubliettes et donc toujours Breaking away en ce qui me concerne) seulement maintenant : Le film ressort au cinéma depuis quelques semaines, il était invisible chez nous depuis sa sortie en 1980.

     Les grands fonds (le film que Yates fit juste avant) bien qu’assez inégal dans son ensemble, fascinait, laissait un arrière de goût de film d’aventures bien barré. Breaking away c’est autre chose. C’est surtout loin, très loin d’être la simple petite curiosité que je m’attendais à voir. C’est une merveille absolue, oui. L’un des plus beaux teen movie que j’ai pu voir, c’est drôle, lumineux, mais il y a une mélancolie, punaise. Impossible que Linklater n’est pas vu / été inspiré par ce film, pour Dazed and confused, impossible !

     La relation père/fils, par exemple, c’est magnifique, qui outre sa dimension comique, éclate le temps d’une scène, une étreinte bouleversante, sous les yeux d’une mère qui fond en larmes. Je ne parle pas de cette séquence sur le talus du stade, saisie dans un crépuscule somptueux, dans laquelle notre bande regarde et envient les footballeurs, et où l’on y sent toute leur résignation, leur impossibilité (puisqu’ils sont fils de Cutters, autrement dit d’anciens miniers) à se fondre dans le décor du campus universitaire et ses étudiants aisés. Et je parle encore moins de toutes ces séquences dans cette carrière abandonnée inondée dans laquelle la bande passe le plus clair de son temps, sans doute parce qu’elle fut le lieu de travail de leurs pères. C’est aussi un certain espace américain que le film s’empresse de filmer, un espace aussi majestueux que chaotique, paradoxe contenu dans cet étrange lac artificiel.

     Et puis tous ces acteurs  Dave, Mike, Cyril et Moocher, ces gamins de Bloomington (Indiana) ce sont avant toute chose Dennis Christopher (il joue entre autre Eddie adulte, dans la seconde partie du (télé)film Ça), Dennis Quaid (Qu’on adorera dans L’étoffe des héros ou L’aventure intérieure avant qu’il ne disparaisse complètement des projecteurs), Daniel Stern (Marvin dans Maman j’ai raté l’avion) et Jackie Earle Haley (qu’on verra notamment dans Shutter Island ou Watchmen) et la particularité c’est qu’ils sont débutants. Quelle émotion de voir tous ces acteurs (qui n’ont pas eu de très grandes carrières, soyons honnêtes, enfin nettement moins que ceux de chez Linklater) réunis là-dedans, de les voir incarner de si beaux personnages, un peu effrayés par le monde, comme ce que le monde du cinéma semble avoir fait d’eux par la suite, en quelque sorte, c’est troublant.

     Si le film fit peu de bruit c’est aussi parce qu’il sort dans une Amérique qui s’apprête à voter Reagan, une Amérique qui veut triompher et souhaite voir des héros, et pas vraiment ceux que décrit Yates, ces gamins oubliés, fils de pères ratés, qui ont davantage le profil de finir au volant d’une bagnole d’un film de Monte Hellman que celui de découvrir des extra-terrestres. Ce qui est très beau c’est que justement, ce pessimisme, Yates le renverse, pour proposer un élan plus léger, plus joyeux, aussi bien par ses jolis pics comiques (L’obsession de Dave pour la culture italienne, notamment, mais aussi une bagarre traitée sous un jour quasi burlesque : Cyril les doigts coincés dans une boule de bowling, c’est génial) que par sa mutation progressive de chronique désenchantée vers le feel-good movie résolument optimiste et chevaleresque en passant par la douce romance avortée. Parvenir à combiner un peu tout cela tout en faisant culminer quelques instants bouleversants ci et là, me rend le film infiniment précieux.

     Et puis il y a deux séquences durant lesquelles on pense un peu à Bullitt, durant lesquelles on se rappelle que Yates a crée ce qui restera comme l’une des plus impressionnantes scènes de course-poursuite de l’histoire du cinéma. Ici c’est d’abord l’entrainement de Dave sur route lorsqu’il se met « dans la roue » d’un camion. Et la course cycliste finale, évidemment, brillamment agencée dans son montage, ses rebondissements, véritables moments de bravoure étourdissant qu’on ne veut pas voir s’arrêter.

     Breaking away est un film original, drôle, émouvant, bref réjouissant à tout point de vue. Qui semble nous dire qu’il n’y a de belles victoires que si l’on dynamite les barrières sociales et les codes familiaux. Et seulement si tout cela, les épreuves comme les parenthèses, les échecs et les réussites, sont partagées ensemble. Je veux le revoir.

Passe montagne – Jean-François Stévenin – 1978

01. Passe montagne - Jean-François Stévenin - 1978La vallée.

   9.0   Stevenin est un cinéaste atypique, ses films ne ressemblent à rien de déjà vu. Il aura tourné en tout et pour tout trois films, en tant que réalisateur. Trois curiosités inégales, forcément, mais terriblement attachantes, sublimes (Passe montagne), géniales (Double messieurs) ou un peu ratées (Mischka). Un monde parfois délicat à apprivoiser tant il ne laisse de place aux repères mais dans lequel on aime se perdre, parce que c’est gracieux, nouveau, d’une liberté folle. Villeret lui-même semble échappé de chez Rozier, toujours dans un décalage rêveur, détaché, quoi de plus logique puisqu’il sort des Naufragés de l’île de la tortue.

     Au départ, il y a ce prologue fabuleux. Il y a ce camion qui roule dans la nuit bleu aube. Puis c’est une affaire de carte routière (les cartes routières jalonneront le film) où l’on suit une autoroute, en rouge, qui traverse des villages du Jura – De nombreuses annotations écrites à la main font état d’un trajet en perpétuel renouvellement. Stevenin dédie son film « aux indiens ». Puis sont insérées des images des deux acteurs, jeunes, via des photos de classe : Jacques Villeret sera Georges, Jean-François Stevenin sera Serge. Et enfin, un petit texte nous dit que les autoroutes sont faites de péages mais qu’entre ces péages et les vallées il y a des portes de service cadenassées.

     Cette porte, un moment donné Stevenin la franchira, dans ce qui est restera l’une des plus belles scènes du film et la plus emblématique du point de vue du glissement global qui nourrit le film et le cinéma de Stevenin tout entier. Le personnage sort de son patelin pour s’immiscer sur l’asphalte. C’est un camion qui d’abord le gêne sur la voie d’insertion, ce monstre de l’autre monde. Mais il parvient à arpenter cette longue ligne droite avant de plus loin, s’arrêter sur une aire de repos. Lieu de sa rencontre. Avec un homme de la route, un représentant un peu paumé, inconsciemment en quête d’aventure.

     C’est le récit d’une rencontre toute simple : Serge, mécanicien du Jura, fait la connaissance de Georges, architecte parisien, en panne sur une aire d’autoroute. Il le remorque, l’héberge et se lie d’amitié avec lui. Au début, ça parle beaucoup bagnoles, comme une version garagiste de Macadam à deux voies. Il est bien délicat de décoder le langage local et le vocabulaire mécanique. Ça me plait, j’aime la musicalité que forme cet entrecroisement de paroles, de visages, de paysages. Serge ne se presse pas pour réparer la Mercedes. Et Georges l’accompagne, oublie son quotidien, ses obligations. Il téléphone beaucoup d’abord, puis plus du tout. Il marche aux côtés de Serge dans la montagne, une folle histoire de quête de combe magique, à cheval sur trois communes.

     Il en fallait peu à Stevenin pour nous propulser dans un tel ovni (comme son personnage propulse Georges dans sa folle aventure), sonore déjà (des superpositions vraiment dingues) et spatial tant il s’imprègne de cette géographie neigeuse au relief indomptable, ainsi qu’ethnographique avec toutes ces rencontres authentiques, en patois jurassien pur et en vinasse. C’est Truffaut qui avait dit à Stevenin qu’il avait inventé un nouveau genre : « le fantastique paysan ».

     Chaque plan respire la liberté totale, l’amour pour ces contrées oubliées, cette France que le cinéma oublie de rendre visite. Parmi cette galerie de personnages magnifiques, certains retiennent plus l’attention que d’autres à l’image de ce paysan qui fait chanter son chien, de celui qui ne parle que des allemands, ou de celui qui ne cesse de répéter qu’il connait l’air chanté par l’oiseau dans sa cage. Stevenin raconte que parmi les festivals où il fut projeté, Passe montagne émut beaucoup les spectateurs de Portland, en Oregon. Et pourquoi pas, après tout, c’est un objet tellement curieux, tellement aventurier qu’il n’est pas si surprenant de le voir si bien voyager. Bref, je le revoyais sans crainte, je l’adorais déjà mais c’est encore plus beau que dans mes souvenirs. C’est un enchantement permanent, bancal et grandiose qui oscille non stop entre documentaire délirant et fable hallucinogène.

Un grand voyage vers la nuit (Dìqiú zuìhòu de yèwǎn) – Bi Gan – 2019

18. Un grand voyage vers la nuit - Dìqiú zuìhòu de yèwǎn - Bi Gan - 2019Chercher la femme.

   7.0   Un grand voyage vers la nuit est un film noir quasi abscons qui vire au film trip total, dans lequel un tueur est à la recherche d’une femme jadis aimée, dans son village natal de Kaili. On voit déjà certains s’enorgueillir de retitrer ça « Un grand voyage vers l’ennui » mais sitôt qu’on accepte sa dimension ouatée et son caractère stylisé, le nouveau Bi Gan est un voyage aussi doux que labyrinthique dans la mémoire (« Un rêve c’est une somme de souvenirs oubliés » dit le film un moment donné, ce ne sont peut-être pas les mots exacts, je cite de mémoire) et le cinéma aussi, quelque part, tant « son récit » repose sur l’originalité de son déploiement en deux parties aussi distinctes qu’elles se font écho, autant que par sa convocation de mythes, allant de Lynch (les récurrences rêve/réalité ne sont pas sans évoquer Mulholland drive) à Tsaï Ming-liang et Tarkovski, tant il est souvent question d’eau (Visage) et de ruines (Nostalghia), de chien et de zone (Stalker), de bouffe plein cadre en temps réel (La pomme évoque le chou des Chiens errants) voire de lévitation subjective (Andrei Roublev) sans oublier son amour pour le Millennium mambo, de Hou Hsiao-Hsien, qu’il remercie d’ailleurs au générique.

     Disons qu’au regard de ces références, Un grand voyage vers la nuit pourrait n’être qu’un beau film cadeau-clins d’œil et pourtant il trouve sa singularité, un vrai regard, une vraie personnalité, puisque s’il rappelle un film, en priorité, c’est bien Kaili Blues, le premier film de l’auteur. Certes, celui-ci me touche moins, me surprend moins aussi, probablement, mais j’aime beaucoup l’humilité de son geste qui a pourtant tout pour être arty-prétentieux : Principalement lors de cette deuxième partie, ce plan-séquence d’une heure, durant lequel il me semble que le film vire moins à la prouesse et à l’explicatif (Si plein de choses résonnent avec ce qu’on voit, entend dans la première partie, rien n’est jamais définitif dans le cinéma de Bi Gan, tout n’est que sensations) qu’au ludique : Il faut jouer au ping-pong puis au billard pour avancer. C’est un jeu. Un tour de magie perpétuel : Le personnage traverse une vallée à bord d’un télésiège, puis bientôt, s’envole, littéralement. Il n’y a pas de limite. Et d’ailleurs on discerne quelques tressaillements dans le plan, parfois, on peut même percevoir les instants où l’auteur s’est protégé pour éventuellement coupé – on parle de sept prises. C’est aussi ce qui galvanise dans le cinéma de Bi Gan, ça pourrait peser des tonnes, aussi bien dans le fond que dans la forme, mais il y a une légèreté qui domine, le plaisir de filmer, de raconter et de se perdre dans ce qu’il raconte, qui s’avère absolument réjouissant.

La mule (The mule) – Clint Eastwood – 2019

10. La mule - The mule - Clint Eastwood - 2019Papy Clint fait de la (bonne) résistance.

   7.0   C’est un beau film sur Clint Eastwood. Sur sa mélancolie, sur son humour, sur son vieux corps. Le voir déambuler au ralenti, un peu voûté, mais fringant malgré tout pour son vieil âge rend l’expérience très émouvante. C’est un beau film sur son visage aussi – Et en ce sens la couverture du dernier mensuel des Cahiers du cinéma a vu juste : La mule c’est beau sitôt qu’on y voit Clint – tant on se rend compte à quel point on pourrait le regarder, observer ses rides sans jamais se lasser. Le film est magnifique quand il pose sa caméra sur lui, entendre quand Clint pose la caméra sur lui, donc. Il l’est moins quand il s’agit de suivre la traque policière, franchement sans intérêt, enfin pas entièrement sans intérêt car cela permet d’obtenir deux scènes magnifiques entre Clint Eastwood et Bradley Cooper.

     Donc forcément, si l’on y va pour les cartels ou pour le thriller c’est pas la peine, La mule c’est ni Narcos ni Breaking bad, hein. On pense deux secondes à ce dernier puisque l’action se déroule au Nouveau-Mexique et que la villa d’Andy Garcia ressemble fortement à celle d’Hector Salamanca, mais ça s’arrête là. La vraisemblance du milieu des Cartel n’intéresse pas tellement Eastwood. La mule m’a surtout marqué par sa légèreté, sa cocasserie – le film est souvent très drôle – alors que j’attendais un truc très sombre, testamentaire. Il est là le testament, oui – Sa propre fille y joue même le rôle de la fille de son personnage – on voit d’ailleurs pas comment Clint réapparaitra à l’écran après ça, mais il le joue sur une tonalité douce-amère plus inattendue/explicite que dans ses films précédents, il me semble. On sourit donc régulièrement et pourtant le mec te clou le temps d’une scène incroyable dans laquelle il filme la mort de façon aussi frontale et déchirante que dans Million dollar baby. Très beau film. Le mec a 88 ans, bordel.

Une femme de Tokyo (Tokyo no onna) – Yasujirô Ozu – 1933

12. Une femme de Tokyo - Tokyo no onna - Yasujirô Ozu - 1933Notre vain quotidien.

   7.5   Où l’on se rend compte à quel point le son fut une révolution essentielle dans le cinéma et principalement donc dans celui d’Ozu. On aimerait tant entendre le bruit de ce robinet qui goutte, de cette porte qui s’ouvre, se ferme, de cette bouilloire quand elle arrive à ébullition, le vent soulevant le linge, les touches de la machine écrire, le tic-tac des horloges. Si régulièrement Ozu s’intéresse à ces « objets » du quotidien en leur offrant le gros plan, c’est aussi bien pour marquer une ellipse que pour tenter de capturer les instantanés de vie, les mœurs japonaises bref une certaine poésie du quotidien. Quoiqu’il en soit, tout Ozu est déjà là, en gestation : les cadres dans le cadre, les champ/contrechamp face caméra, les instants où les personnages se perdent dans leurs pensées et réflexions, les intérieurs aux imposantes profondeurs de champ. Et deux magnifiques rôles de femmes, aux façades joyeuses et superficielles, mais tellement complexes, secrètes et torturées si l’on creuse ces apparences. Ce sont elles qui endossent tout d’ailleurs : le sacrifice de la double vie, le poids de la prostitution pour permettre aux hommes d’étudier, le poids du secret et celui de la rancœur, jusqu’à la responsabilité de la mort  de celui dont l’honneur est bafoué quand l’indicible se dévoile. « Tu ne m’auras donc jamais comprise. Espèce de mauviette ! » seront les derniers mots, terribles, de Chikako sur le cadavre de son frère Ryoichi, c’est dire la force de ce personnage et la violence de ce final. Une femme de Tokyo est un mélo somptueux, une merveille de drame intimiste et de pamphlet national, un grand film, déjà, sur l’implosion de la famille japonaise et sur le fragile Japon des années 30.

Une femme disparaît (The Lady Vanishes) – Alfred Hitchcock – 1938

30. Une femme disparaît - The Lady Vanishes - Alfred Hitchcock - 1938Disappearance on the train.

   6.5   C’est l’un des tous derniers films britanniques d’Hitchcock avant son exil américain et il contient le germe de ses plus grandes réussites. La majeure partie de l’intrigue se déroule à bord d’un train mais avant cela, le film aura pris soin de présenter sa kyrielle de personnages au sein d’un petit village d’Europe centrale. C’est du pur théâtre de boulevard, mélangeant la comédie burlesque notamment avec les deux clients anglais impatients d’assister à leur match de cricket et la présence d’un maître d’hôtel extravagant, mais aussi la screwball comedy au moyen d’une rencontre entre deux opposés (Le couple Margaret Lockwood / Michael Redgrave pourrait être cousin du couple Katharine Hepburn / Cary Grant de L’impossible Monsieur Bébé, sorti la même année) qui vont bientôt faire équipe ensemble pour tenter de percer le mystère d’une disparition. Introduction un peu longue, un peu dispensable, mais pas inintéressante dans le processus qui vise à intégrer tout ce petit monde.

     Une scène pivot – Et une chute de pot de fleurs prétexte – va faire changer d’aiguillage au film qui va échanger ses ressorts comiques avec un climat d’étrangeté paranoïaque assez stimulant. Comme Vincent Lindon sera, soixante années plus tard, face à un entourage qui ne remarque pas qu’il s’est coupé la moustache qu’il arbore depuis toujours, Iris, qui se réveille d’une simple sieste cherche son amie, Miss Froy, que personne ne semble avoir vu, ni dans son compartiment, ni dans le wagon-bar. Si certains mentent, pour protéger un adultère ou pour ne pas rater le cricket, d’autres sont nettement plus suspects. Les discours contradictoires s’amoncellent. A ce petit jeu, soyons honnêtes, le film n’est pas tellement surprenant, on comprend rapidement chacun de ses ressorts. C’est alors que réapparaît Gilbert, l’homme rencontré à l’hôtel la veille au soir. Il était imbu et ingrat, il sera le nouveau compagnon de route d’Iris, le seul qui malgré de premiers doutes, envisage de la croire. C’est de cette alliance improvisée que le film titre tous ses meilleurs moments car le duo fonctionne merveilleusement bien.

     La dernière partie du film, qui outre de changer une nouvelle fois de genre, en basculant entièrement dans le film d’espionnage et le siège du train en pleine forêt montagneuse, est nettement plus faible, la faute à un étirement de son dispositif et à un refus de la brutalité, de la noirceur. Le film reste dans le registre comique et donc au moment de chaque coup de feu (et il y en a un paquet) chacun y va de son petit mot, sa petite vanne, c’est épuisant. Qu’importe, ce n’est pas ce que l’on retient. C’est la complicité entre Iris & Gilbert qui donne toute sa raison d’être au film. En un sens, Une femme disparait prépare La mort aux trousses et ce duo, celui que formeront Cary Grant / Eva Marie-Saint.

Maman j’ai encore raté l’avion (Home Alone 2, Lost in New York) – Chris Colombus – 1992

31. Maman j'ai encore raté l'avion - Home Alone 2, Lost in New York - Chris Colombus - 1992Un gamin dans la ville.

   5.5   Comédie de noël qui n’est qu’un copié collé du premier, mais j’y suis malgré tout assez attaché, puisque je l’ai beaucoup regardée quand j’étais gosse. Outre l’attendue séquence pièges, qui s’offre de façon autrement plus généreuse, le film a quelques idées intéressantes. Tout d’abord de délocaliser le terrain de jeu, en remplaçant la maison par New York. Ce genre de virage m’évoque deux autres suites de films, nettement plus folles, faites par deux cinéastes autrement plus talentueux que Chris Colombus : John McTiernan et Joe Dante. Le premier aussi troquait la verticalité de sa tour (Piège de cristal) pour l’horizontalité new-yorkaise (Une journée en enfer). Le second, qui prolongeait les aventures de ses gremlins en les faisant quitter l’horreur de Kingston Falls (la maison, en somme) pour l’excentricité de Manhattan. On ne va pas revenir sur ces quatre merveilles mais c’est là qu’on se rend compte que Chris Colombus n’est rien de plus qu’un honnête faiseur, déjà parce qu’il ne fait rien de New York, enfin pas grand-chose. D’autre part car il ne déplace pas les curseurs à fond, soit par manque de talent, soit par manque de liberté, mais j’imagine que c’est un peu les deux. Donc il y aura dix fois plus de pièges, mais pas dix fois plus de folie, mais tout juste un insert cartoon ici (quand Marvin se fait électrocuter, on y voit son squelette, youhou) et si, une super idée de running gag lorsque la famille de Kevin, en vacances à Miami, se retrouve à regarder La vie est belle dans une version espagnole – Tandis qu’il passait en version française dans le premier volet. C’est un peu rachitique. En fait, le film est trop comme le premier et à de rares occasions, le triture et le renverse (comme Die Hard III et Gremlins 2 le faisaient) pour être un vrai film à part entière. Mais bon, je le répète, j’y trouve mon compte (nostalgique) puisque j’ai découvert ça gamin.

Hérédité (Hereditary) – Ari Aster – 2018

37. Hérédité - Hereditary - Ari Aster - 2018The satanic host.

   6.0   Mon enthousiasme global est teinté d’une certaine amertume. En fait je ne suis pas loin de penser que la première heure (voire un peu plus) est une magnifique tuerie. J’étais pas bien – à propos ça faisait un moment que j’avais pas autant galéré à m’endormir après un film. Et c’est je crois parce que le film est fort sitôt qu’il est étrange, sitôt qu’il donne la sensation de ne pas savoir où il file, sitôt qu’il étire sa tragédie familiale sans pour autant user de ressorts ostentatoires. D’autant qu’il y a des idées de mise en scène un peu partout. On ne sait plus vraiment ce qui relève ou non du cauchemar. On ne distingue plus vraiment la frontière entre le réel et les maisons de poupées – La mère ayant la particularité de fabriquer, en version miniaturisée, des morceaux de sa vie. Et il faut reconnaître au film deux immenses qualités : D’abord l’interprétation de Toni Colette qu’on n’avait jamais vu si magnétique et capable de se déformer chacun de ses traits de visage, d’une scène à l’autre. Et bien entendu la musique hallucinante de Colin Stetson.

     Le problème c’est que le film se délite en voulant se donner une raison d’exister, en optant pour un virage outrageusement démoniaque. Ça devient un peu n’importe quoi, un catalogue de tous ce qu’on pourrait mettre dans un film d’épouvante, avec ces visions macabres standardisées par le cinéma horrifique hollywoodien, visant aussi bien le Rosemary’s baby, de Polanski que le Shining, de Stanley Kubrick, ou le Don’t look now, de Nicolas Roeg, sans jamais parvenir à leur arriver à la cheville. C’est vraiment dommage car tout le début – jusqu’au magnifique et cruel point d’orgue que constitue cette brutale séquence d’accident – est passionnant et très réussi, justement parce qu’il ne ressemble pas à grand-chose de ce qu’on connait, il prend le temps, instaure un malaise constant et s’extirpe du déroulement attendu. D’autant qu’il est rare de flipper autant, faut bien se l’avouer. Bref, ça reste un film à voir, pour les amateurs du genre, j’imagine.

Cérémonie des Oscar 2019

Guillermo%20del%20Toro%20and%20Alfonso%20Cuaron%20at%202019%20Oscars_jpg_35891190_ver1_0_1280_720     Sans que ce soit si préoccupant, cette cérémonie avait d’avance le goût d’un déroulement plus amusant/flippant que d’habitude. Il y avait cette annonce comme quoi elle serait dépourvue de présentateur. Il y avait cette polémique (caduque depuis que certains ont poussé la gueulante) de remettre des prix techniques pendant les pubs pour aller plus vite. Et bien entendu la possibilité de sacrer une plateforme de streaming. Disons que ça allait un peu plus loin qu’un simple, touchant, humain petit problème d’échange d’enveloppes – cf mon résumé 2017.

     Plus terne que la cérémonie des César : celle des Oscar. Jolie prouesse. Certes l’absence de maître de cérémonie (Une première) n’a pas joué en sa faveur, mais c’est surtout dans sa « politesse » que cette 91e cérémonie s’est engluée, dans un ennui poli autant que dans son agréable célébration de la diversité. Une ode à la réconciliation que semble parfaitement représenter celui qui gagna la plus haute récompense, à savoir Green book, de Peter Farelly, coiffant les grands espoirs et les grandes peurs que suscitait une victoire de Roma, le film Netflix, mais aussi Bohemian Rhapsody et sa production chaotique ou le film de super-héros Black panther. Dans chacun de ces cas, la polémique aurait pu gonfler. Polémique qui échappe à Green book, film antiségrégationniste, film parfait (semble-t-il, car je ne l’ai pas encore vu) dans l’Amérique (anti) Trump.

     Mieux qu’une victoire de Green book, l’académie aura fait gagner, ailleurs, ces trois autres films qui sur le papier se tiraient la bourre. Black panther s’offre trois statuettes, pour ses décors, sa musique et ses costumes. Bohemian Rhapsody en remporte quatre, assez curieusement je dois dire, puisque si celui pour Rami Malek me semble le seul valable quid des trois autres ? Le son, le mixage sonore à la rigueur, mais le montage, le MONTAGE, sérieusement ? J’en revenais déjà pas que le film soit nommé dans cette catégorie, alors qu’il la remporte, franchement. Franchement c’est du niveau d’un film de Jean-Marie Poiré le montage de Bohemian Rhapsody. Enfin c’est pas grave, fallait bien qu’on se marre un peu. Heureusement, Alfonso Cuaron a reçu quelques lauriers. Alors oui on récompense un film Netflix (Qui aura aussi glané l’Oscar du court-métrage, d’ailleurs) mais je suis tout de même ravi pour le cinéaste mexicain, qui remporte donc le meilleur film étranger, la meilleure réalisation et la meilleure photographie. Les plus belles récompenses pour un réalisateur, en somme.  

     Pour le reste, cérémonie incroyablement terne je le disais, en terme « d’animations des remettants ». A ce petit jeu l’académie aura bien fait de démarrer fort en lançant d’entrée Maya Rudolph, Tina Fey et Amy Poehler (Toutes les trois pour animer la prochaine cérémonie, qui est pour ? MOI) puis Melissa McCarthy et Brian Tyree Henry, car ensuite plus grand-chose de vraiment original ni drôle. Il faudra attendre une jolie interprétation de Shallow, par Lady Gaga et Bradley Cooper, filmée comme dans le film, des coulisses, de la scène, dans un très beau plan-séquence. Comme Convenu Shallow sera sacrée un peu plus tard meilleure chanson. Moins convenu le meilleur film d’animation qui échoit au dernier Spiderman, coiffant l’hégémonie Disney/Pixar qui squatte les victoires depuis bien longtemps – Et pourtant j’aurais adoré que ce soit pour Les indestructibles 2, enfin pour Brad Bird, surtout. Sympa aussi la récompense pour Spike Lee (meilleure adapatation) lui qui n’avait jamais eu les honneurs d’être oscarisé pour que ce soit si ce n’est « d’honneur » il y a quelques années.

     Alors ok, ces derniers temps on a beaucoup craché sur Roma, moins sur le film que sur ce comment il a été distribué chez nous, puisqu’il nous imposait l’écran télé sans nous convier à ce pourquoi il est éminemment fait : La salle. Alors ça me fait chier que ça tombe sur Roma, et par extension sur Cuaron (Ceci dit, je lui en veux un peu, il l’a bien voulu) mais c’est évidemment la suite logique depuis le scandale de Cannes, le lion d’or, les BAFTA. Alors on échappe in-extremis à la récompense la plus convoitée (Et pourtant vu la concurrence je voyais pas trop comment ça pouvait lui échapper) mais symboliquement ce qui s’est passé dit beaucoup de choses. C’est gerbant. Et c’est à l’image de l’industrie en ce moment, puisque la Fox se fait présentement rachetée par Disney. Bientôt, on aura plus d’autre choix (dans un circuit de gros sous) que Disney ou Netflix, j’en ai bien peur, et le second est apparemment moins chiant que le premier puisqu’il laisse davantage de libertés aux auteurs. Et moi, concernant Roma, c’est pas de le voir couronné (ou non) d’Oscar qui me préoccupe, mais bien entendu le fait de ne pas avoir pu faire sa rencontre sur un grand écran.

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