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Archives pour 13 février, 2019

Gremlins 2, La nouvelle génération (Gremlins 2, The new batch) – Joe Dante – 1990

10. Gremlins 2, La nouvelle génération - Gremlins 2, The new batch - Joe Dante - 1990Welcome to New York.

   8.0   Je ne l’avais pas vu depuis quinze ans au bas mot. J’en gardais le souvenir d’une suite cartoon, épuisante. En fait c’est un régal. Et plus méta tu meurs.

     D’emblée, Joe Dante annonce la couleur. Il balance une entrée Looney tunes, avec ce logo Warner Bros crânement dans l’autodérision. Il se met ouvertement dans la peau de Daffy Duck tentant de voler la vedette à Buggs Bunny.

     Kingston Falls n’est plus. On entre dans Manhattan, on le survole comme dans l’introduction d’un film d’Hitchcock. Dante va nous emmener dans Chinatown. Refaire le premier volet ? Non. Il va même tuer le père noël. Pauvre vieillard et marchand d’antiquité qui reprenait Gizmo à Billy et qui refuse ici de laisser son bien immobilier à des investisseurs sans cœur : Des hommes en costume viennent représenter ce milliardaire en question, ils viennent avec son argumentaire, ils ont apporté une télévision. On sait combien la télé est au cœur du cinéma de Joe Dante. Elle l’était dans le premier opus de Gremlins, On se souvient que Gizmo l’appréciait déjà beaucoup. Cette fois, Dante ira plus loin aussi là-dessus, il prévient : Gizmo va découvrir Rambo. Et le 2, par-dessus le marché. Jusqu’à imiter Stallone en se confectionnant un bandeau rouge et un arc fait de trombones, élastiques et crayons. Terminé le Gizmo passif, naïf, discret. Le bon élève rejoint Joe Dante au fond de la classe, collé au radiateur. Allons nous réchauffer à leurs côtés.

     C’est toute l’Amérique capitaliste que Dante s’empresse de ridiculiser. Gremlins 2 est à Dante ce que Zombie était à Romero. Le lieu n’est d’ailleurs rien d’autre qu’un gigantesque centre commercial / centre d’affaires, géré par un milliardaire. Un chef d’entreprise qui, entre autre, fait de la publicité pour revoir et faire revoir certains chefs d’œuvre en couleur comme Casablanca – auquel cette fois on aura modifié la fin pour en faire un happy end – via une émission cheap présenté par un vieil homme (Robert Prosky, le garagiste de Christine) grimé en Dracula qui se retrouve, un peu malgré lui, à diffuser des films d’horreur colorisés. C’est un film anti-Trump avec un quart de siècle d’avance. Ce type s’appelle Daniel Clamp, difficile de ne pas y songer ne serait-ce que dans son nom, d’autant qu’il a le même style d’envergure (un gosse neuneu dans un corps d’adulte qui en impose) et recherche le même dessein : la valorisation du modèle mercantile, vulgarisation de toute forme créative, obsession militaire – le personnage termine dans les forces armées, on ne sait même pas pourquoi. Même si comme le dira Dante lui-même « Mon Trump est plus sympathique que le vrai ». On est d’accord.

     Dans cet opus, les portes automatiques deviennent récalcitrantes. Les mogwai sont nettement plus grossiers, notamment un hyperactif. Ils se goinfrent de crème glacée, squattent les stands de bonbons. Dans le premier, un gremlin finissait dans une micro-onde, un autre dans un mixeur. Ici c’est un broyeur à papier ou une marmite de pâtes. Le film assume clairement son versant cartoon, jusqu’à en oublier Gizmo, Billy & Kate qui restent assez en retrait de ce géant capharnaüm. Gizmo, malgré tout, viendra apporter sa touche rebelle en incarnant la version « To survive to the war you have to become the war » de Rambo, bandana rouge autour de la tête, se construisant un arc avec des trombones, une flèche avec un crayon, après avoir été séquestré sur les rails d’un train miniature, après être passé dans la photocopieuse, après avoir été abandonné dans les couloirs de ventilation, après avoir même été confondu (par Kate) avec le mogwai hyperactif aux yeux globuleux tournoyant sur eux-mêmes.

     Il y a aussi Christopher Lee qui rejoue quasiment Dracula, en incarnant ce savant fou passionné par les mutations génétiques. A ce niveau-là ce n’est plus un clin d’œil. Quant aux jumeaux qui l’accompagnent et disent exactement la même chose, ce sont des répliques parfaites des Dupond dans Tintin. Il y a aussi une scène d’ascenseur qui fait à la fois référence à Body double et à Shining puisque Billy & Kate sont menacés de part et d’autre par une gigantesque perceuse et une hache. Le film se ferme dans le même registre délirant que lorsqu’il a démarré : sur un logo Warner perturbé par Daffy Duck qui cette fois veux prendre la place de Porky pig. Plus tôt, les gremlins vont même parvenir à faire irruption dans la salle de projection, arrêter la bobine et faire des ombres chinoises sur l’écran : « Ils veulent voir Blanche Neige et les sept nains » nous dit cet homme, un acteur habitué du cinéma de Joe Dante. Là-dessus Hulk Hogan, assis parmi le public, se fâche, déchire son haut et viendra s’excuser auprès des spectateurs, face caméra, après que deux acteurs de Piranhas soient sorti de la projection en se plaignant de la bêtise de ce second volet. Bref, difficile de faire plus méta.

     Donc inéluctablement cette suite c’est un peu ce que Craven fera de Scream dix ans plus tard : Tout est dix fois plus dingue, méta, azimuté, subversif. Les gremlins iront jusqu’à se transformer au contact de potions de laboratoire. C’est la séquence du bar dans le premier film mais en version étirée : Plus rien ne retient Joe Dante : Un gremlin se transforme en arbre fruitier, un autre en chauve souris (occasionnant un gag lorsqu’il s’extraie par une lucarne en laissant l’empreinte de Batman), un autre en intellectuel à lunettes, un autre en araignée géante ; il y a aussi un gremlin bimbo et un gremlin exhibitionniste. C’est carnavalesque.

     C’est le film d’un amoureux du cinéma pour les amoureux du cinéma, de la pop culture. C’est un beau cadeau, mais je ne l’avais pas soupçonné jusqu’à le revoir ce soir-là.


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