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Archives pour 27 février, 2019

Un grand voyage vers la nuit (Dìqiú zuìhòu de yèwǎn) – Bi Gan – 2019

18. Un grand voyage vers la nuit - Dìqiú zuìhòu de yèwǎn - Bi Gan - 2019Chercher la femme.

   7.0   Un grand voyage vers la nuit est un film noir quasi abscons qui vire au film trip total, dans lequel un tueur est à la recherche d’une femme jadis aimée, dans son village natal de Kaili. On voit déjà certains s’enorgueillir de retitrer ça « Un grand voyage vers l’ennui » mais sitôt qu’on accepte sa dimension ouatée et son caractère stylisé, le nouveau Bi Gan est un voyage aussi doux que labyrinthique dans la mémoire (« Un rêve c’est une somme de souvenirs oubliés » dit le film un moment donné, ce ne sont peut-être pas les mots exacts, je cite de mémoire) et le cinéma aussi, quelque part, tant « son récit » repose sur l’originalité de son déploiement en deux parties aussi distinctes qu’elles se font écho, autant que par sa convocation de mythes, allant de Lynch (les récurrences rêve/réalité ne sont pas sans évoquer Mulholland drive) à Tsaï Ming-liang et Tarkovski, tant il est souvent question d’eau (Visage) et de ruines (Nostalghia), de chien et de zone (Stalker), de bouffe plein cadre en temps réel (La pomme évoque le chou des Chiens errants) voire de lévitation subjective (Andrei Roublev) sans oublier son amour pour le Millennium mambo, de Hou Hsiao-Hsien, qu’il remercie d’ailleurs au générique.

     Disons qu’au regard de ces références, Un grand voyage vers la nuit pourrait n’être qu’un beau film cadeau-clins d’œil et pourtant il trouve sa singularité, un vrai regard, une vraie personnalité, puisque s’il rappelle un film, en priorité, c’est bien Kaili Blues, le premier film de l’auteur. Certes, celui-ci me touche moins, me surprend moins aussi, probablement, mais j’aime beaucoup l’humilité de son geste qui a pourtant tout pour être arty-prétentieux : Principalement lors de cette deuxième partie, ce plan-séquence d’une heure, durant lequel il me semble que le film vire moins à la prouesse et à l’explicatif (Si plein de choses résonnent avec ce qu’on voit, entend dans la première partie, rien n’est jamais définitif dans le cinéma de Bi Gan, tout n’est que sensations) qu’au ludique : Il faut jouer au ping-pong puis au billard pour avancer. C’est un jeu. Un tour de magie perpétuel : Le personnage traverse une vallée à bord d’un télésiège, puis bientôt, s’envole, littéralement. Il n’y a pas de limite. Et d’ailleurs on discerne quelques tressaillements dans le plan, parfois, on peut même percevoir les instants où l’auteur s’est protégé pour éventuellement coupé – on parle de sept prises. C’est aussi ce qui galvanise dans le cinéma de Bi Gan, ça pourrait peser des tonnes, aussi bien dans le fond que dans la forme, mais il y a une légèreté qui domine, le plaisir de filmer, de raconter et de se perdre dans ce qu’il raconte, qui s’avère absolument réjouissant.

La mule (The mule) – Clint Eastwood – 2019

10. La mule - The mule - Clint Eastwood - 2019Papy Clint fait de la (bonne) résistance.

   7.0   C’est un beau film sur Clint Eastwood. Sur sa mélancolie, sur son humour, sur son vieux corps. Le voir déambuler au ralenti, un peu voûté, mais fringant malgré tout pour son vieil âge rend l’expérience très émouvante. C’est un beau film sur son visage aussi – Et en ce sens la couverture du dernier mensuel des Cahiers du cinéma a vu juste : La mule c’est beau sitôt qu’on y voit Clint – tant on se rend compte à quel point on pourrait le regarder, observer ses rides sans jamais se lasser. Le film est magnifique quand il pose sa caméra sur lui, entendre quand Clint pose la caméra sur lui, donc. Il l’est moins quand il s’agit de suivre la traque policière, franchement sans intérêt, enfin pas entièrement sans intérêt car cela permet d’obtenir deux scènes magnifiques entre Clint Eastwood et Bradley Cooper.

     Donc forcément, si l’on y va pour les cartels ou pour le thriller c’est pas la peine, La mule c’est ni Narcos ni Breaking bad, hein. On pense deux secondes à ce dernier puisque l’action se déroule au Nouveau-Mexique et que la villa d’Andy Garcia ressemble fortement à celle d’Hector Salamanca, mais ça s’arrête là. La vraisemblance du milieu des Cartel n’intéresse pas tellement Eastwood. La mule m’a surtout marqué par sa légèreté, sa cocasserie – le film est souvent très drôle – alors que j’attendais un truc très sombre, testamentaire. Il est là le testament, oui – Sa propre fille y joue même le rôle de la fille de son personnage – on voit d’ailleurs pas comment Clint réapparaitra à l’écran après ça, mais il le joue sur une tonalité douce-amère plus inattendue/explicite que dans ses films précédents, il me semble. On sourit donc régulièrement et pourtant le mec te clou le temps d’une scène incroyable dans laquelle il filme la mort de façon aussi frontale et déchirante que dans Million dollar baby. Très beau film. Le mec a 88 ans, bordel.

Une femme de Tokyo (Tokyo no onna) – Yasujirô Ozu – 1933

12. Une femme de Tokyo - Tokyo no onna - Yasujirô Ozu - 1933Notre vain quotidien.

   7.5   Où l’on se rend compte à quel point le son fut une révolution essentielle dans le cinéma et principalement donc dans celui d’Ozu. On aimerait tant entendre le bruit de ce robinet qui goutte, de cette porte qui s’ouvre, se ferme, de cette bouilloire quand elle arrive à ébullition, le vent soulevant le linge, les touches de la machine écrire, le tic-tac des horloges. Si régulièrement Ozu s’intéresse à ces « objets » du quotidien en leur offrant le gros plan, c’est aussi bien pour marquer une ellipse que pour tenter de capturer les instantanés de vie, les mœurs japonaises bref une certaine poésie du quotidien. Quoiqu’il en soit, tout Ozu est déjà là, en gestation : les cadres dans le cadre, les champ/contrechamp face caméra, les instants où les personnages se perdent dans leurs pensées et réflexions, les intérieurs aux imposantes profondeurs de champ. Et deux magnifiques rôles de femmes, aux façades joyeuses et superficielles, mais tellement complexes, secrètes et torturées si l’on creuse ces apparences. Ce sont elles qui endossent tout d’ailleurs : le sacrifice de la double vie, le poids de la prostitution pour permettre aux hommes d’étudier, le poids du secret et celui de la rancœur, jusqu’à la responsabilité de la mort  de celui dont l’honneur est bafoué quand l’indicible se dévoile. « Tu ne m’auras donc jamais comprise. Espèce de mauviette ! » seront les derniers mots, terribles, de Chikako sur le cadavre de son frère Ryoichi, c’est dire la force de ce personnage et la violence de ce final. Une femme de Tokyo est un mélo somptueux, une merveille de drame intimiste et de pamphlet national, un grand film, déjà, sur l’implosion de la famille japonaise et sur le fragile Japon des années 30.


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