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Passe montagne – Jean-François Stévenin – 1978

01. Passe montagne - Jean-François Stévenin - 1978La vallée.

   9.0   Stevenin est un cinéaste atypique, ses films ne ressemblent à rien de déjà vu. Il aura tourné en tout et pour tout trois films, en tant que réalisateur. Trois curiosités inégales, forcément, mais terriblement attachantes, sublimes (Passe montagne), géniales (Double messieurs) ou un peu ratées (Mischka). Un monde parfois délicat à apprivoiser tant il ne laisse de place aux repères mais dans lequel on aime se perdre, parce que c’est gracieux, nouveau, d’une liberté folle. Villeret lui-même semble échappé de chez Rozier, toujours dans un décalage rêveur, détaché, quoi de plus logique puisqu’il sort des Naufragés de l’île de la tortue.

     Au départ, il y a ce prologue fabuleux. Il y a ce camion qui roule dans la nuit bleu aube. Puis c’est une affaire de carte routière (les cartes routières jalonneront le film) où l’on suit une autoroute, en rouge, qui traverse des villages du Jura – De nombreuses annotations écrites à la main font état d’un trajet en perpétuel renouvellement. Stevenin dédie son film « aux indiens ». Puis sont insérées des images des deux acteurs, jeunes, via des photos de classe : Jacques Villeret sera Georges, Jean-François Stevenin sera Serge. Et enfin, un petit texte nous dit que les autoroutes sont faites de péages mais qu’entre ces péages et les vallées il y a des portes de service cadenassées.

     Cette porte, un moment donné Stevenin la franchira, dans ce qui est restera l’une des plus belles scènes du film et la plus emblématique du point de vue du glissement global qui nourrit le film et le cinéma de Stevenin tout entier. Le personnage sort de son patelin pour s’immiscer sur l’asphalte. C’est un camion qui d’abord le gêne sur la voie d’insertion, ce monstre de l’autre monde. Mais il parvient à arpenter cette longue ligne droite avant de plus loin, s’arrêter sur une aire de repos. Lieu de sa rencontre. Avec un homme de la route, un représentant un peu paumé, inconsciemment en quête d’aventure.

     C’est le récit d’une rencontre toute simple : Serge, mécanicien du Jura, fait la connaissance de Georges, architecte parisien, en panne sur une aire d’autoroute. Il le remorque, l’héberge et se lie d’amitié avec lui. Au début, ça parle beaucoup bagnoles, comme une version garagiste de Macadam à deux voies. Il est bien délicat de décoder le langage local et le vocabulaire mécanique. Ça me plait, j’aime la musicalité que forme cet entrecroisement de paroles, de visages, de paysages. Serge ne se presse pas pour réparer la Mercedes. Et Georges l’accompagne, oublie son quotidien, ses obligations. Il téléphone beaucoup d’abord, puis plus du tout. Il marche aux côtés de Serge dans la montagne, une folle histoire de quête de combe magique, à cheval sur trois communes.

     Il en fallait peu à Stevenin pour nous propulser dans un tel ovni (comme son personnage propulse Georges dans sa folle aventure), sonore déjà (des superpositions vraiment dingues) et spatial tant il s’imprègne de cette géographie neigeuse au relief indomptable, ainsi qu’ethnographique avec toutes ces rencontres authentiques, en patois jurassien pur et en vinasse. C’est Truffaut qui avait dit à Stevenin qu’il avait inventé un nouveau genre : « le fantastique paysan ».

     Chaque plan respire la liberté totale, l’amour pour ces contrées oubliées, cette France que le cinéma oublie de rendre visite. Parmi cette galerie de personnages magnifiques, certains retiennent plus l’attention que d’autres à l’image de ce paysan qui fait chanter son chien, de celui qui ne parle que des allemands, ou de celui qui ne cesse de répéter qu’il connait l’air chanté par l’oiseau dans sa cage. Stevenin raconte que parmi les festivals où il fut projeté, Passe montagne émut beaucoup les spectateurs de Portland, en Oregon. Et pourquoi pas, après tout, c’est un objet tellement curieux, tellement aventurier qu’il n’est pas si surprenant de le voir si bien voyager. Bref, je le revoyais sans crainte, je l’adorais déjà mais c’est encore plus beau que dans mes souvenirs. C’est un enchantement permanent, bancal et grandiose qui oscille non stop entre documentaire délirant et fable hallucinogène.

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