Archives pour mars 2019



Ulysse & Mona – Sébastien Betbeder – 2019

29. Ulysse et Mona - Sébastien Betbeder - 2019La fragilité des conquérants.

   6.5   C’était fin février, je faisais une pause dans mes rattrapages César, pour aller voir Ulysse & Mona, le dernier Betbeder, certes un peu mineur dans sa filmographie, mais tout à fait réjouissant malgré tout, et même plutôt émouvant dans son dernier tiers. Je rêve d’un monde parallèle où l’on verrait des films comme celui-ci aux César, et pas forcément celui-ci (Betbeder a fait mieux, je me répète) mais où il serait devenu « la norme » de choisir entre, je sais pas moi, Maya de Mia Hansen-Love, Suite armoricaine de Pascale Breton, Paul Sanchez est revenu ! de Patricia Mazuy, Tonnerrre de Guillaume Brac, Vincent n’a pas d’écailles de Thomas Salvador et par exemple, Deux automnes, trois hivers de Sébastien Betbeder. Le rêve. On peut toujours rêver.

     Si Ulysse & Mona est une (semi) réussite plus ténue, ce n’est pas bien grave, au contraire, c’est cool d’avoir la possibilité, l’accès en salle à un film comme celui-ci aujourd’hui, en ces temps de comédies fanchouillardes merdiques à la pelle. Ulysse & Mona est donc une comédie, oui, dans la veine du dernier Salvadori, une comédie douce-amère donc, mais dotée d’une humilité supplémentaire, une originalité qui le place dans aucun courant, aucune mode. Un film capable de citer ouvertement l’un des plus beaux du monde : The Swimmer, de Frank Perry, lors d’une scène qui a tout pour virer au ridicule mais qui s’avère magnifique. Un film qui n’appuie jamais sur le burlesque mais qui le temps d’une scène t’en délivre à se tordre, dans une station essence : Une scène très drôle mais qui par ailleurs sonne très réaliste et tragique aussi dans ce qu’elle raconte de la France d’aujourd’hui. Et c’est aussi ce qui me plait dans le cinéma de Betbeder à savoir qu’il est capable d’être irrésistible mais accompagné d’une mélancolie terrible, c’était déjà le cas dans ses précédents films.

     C’est l’histoire d’une rencontre insolite entre une étudiante aux Beaux-Arts et un artiste contemporain oublié de tous, excepté de cette étudiante aux Beaux-Arts, qui souhaite tellement le rencontrer qu’elle fait sa rencontre (Sur un terrain de tennis, après avoir traversé une forêt) et l’aide à retrouver les chemins de la création. Et c’est ainsi que Mona sera l’instigatrice de sa résurrection et l’accompagnatrice de voyage d’Ulysse, qui à l’instar de Burt Lancaster dans le film de Frank Perry, va revoir ceux qu’il a cabossés, laissés de côté, jadis, pour vivre sa vie d’artiste. Le récit est par ailleurs affublé d’un « truc » narratif non pas superflu, mais qui charge sans doute trop la mule. La simple idée des retrouvailles et du voyage à deux suffisait, à mon humble avis. Disons que cet élément facilite l’intégration de Mona dans la vie d’Ulysse, mais j’aurais préféré que ça s’opère autrement.

     Et il y a Eric Cantona. Il fait de curieux choix, Canto, au cinéma. Au milieu d’autres aventures cinématographiques plus discutables, il choisit de jouer chez Ken Loach (Looking for Eric) ou chez Yann Gonzalez (Les rencontres d’après minuit) voire déjà chez Betbeder, dans Marie et les naufragés. Quoiqu’on pense de ces trois films – Personnellement, je ne les aime pas beaucoup – On ne va pas dire qu’il se risque, mais il fait des choix, disons plus salutaires que n’importe quelle star (du sport ou autre) vieillissante. J’imagine qu’il ne fait pas ces films pour le cachet, quoi. Quoiqu’il en soit, le rôle lui va à merveille. Quant à Manal Issa qui incarne Mona, qu’on a vu dans Nocturama, elle est absolument géniale de candeur et détermination. C’est un tout petit film, mais un beau.

Jurassic park III – Joe Johnston – 2001

24. Jurassic park III - Joe Johnston - 2001Isla Sorna, Spinosaurus et volière à ptéranodons.

   6.5   Je craignais que ce soit trop « un film de Spielberg pas réalisé par Spielberg » et je suis ravi de voir que c’est surtout un film de Joe Johnston tant on pense finalement moins au Monde perdu qu’à Chérie j’ai rétréci les gosses ou à Jumanji. Le garçon qu’on vient récupérer dans la jungle c’est très clairement Alan Parrish. Quant à la dimension comédie d’aventure on retrouve largement, dans son déroulement (les rebondissements, les personnages qui se séparent puis se retrouvent) le jardin des Szalinski. C’était déjà deux supers films de jungle, d’ailleurs, à leur manière, sauf que dans l’un il fallait rétrécir les personnages pour les y plonger tandis que dans l’autre il fallait faire venir la jungle à la ville, en jetant des dés. Il y a chez Joe Johnston une fascination pour le grand méchant, qu’il n’a pas perdue ici non plus. Il y avait le scorpion dans Chérie j’ai rétréci les gosses. Il y avait le chasseur Van Pelt dans Jumanji. Ici, le grand méchant c’est un dinosaure, forcément. Et là tenez-vous bien : Joe Johnston a les cojones d’en faire un méchant tel, qu’il butera l’emblème de celui de Spielberg, le tyrannosaure. Il s’agit donc du Spinausaure. Et c’est pas l’Indominuis rex et autres conneries qu’on a inventé ensuite, non c’est un vrai dinosaure, crocodilien, de la stature du T.rex, de force similaire. C’est juste qu’il affronte le T.rex et lui tord le cou, brutalement. C’est génial. J’imagine Spielberg en train d’écarquiller les yeux quand Johnston lui pond cette idée. Bref, il imprime sa patte. Et il l’imprime aussi sur les effets spéciaux, qui sont plus rudimentaires, mais qui font partie de la fabrication Johnston, qui fait davantage héritier de Jack Arnold qu’artisan du numérique. D’ailleurs le film s’ouvre sur une scène en clin d’œil direct à l’ouverture de L’homme qui rétrécit, avec ce bateau qui traverse la brume. Et surtout et bien que ce ne soit pas ce qui soit de plus réussi ici – car sans doute Johnston s’est vachement plus amusé avec les dinosaures – c’est une comédie de remariage voire de la screwball comedy. Soit déjà ce qu’étaient Chérie j’ai rétréci les gosses et Jumanji, chacun dans leurs styles. Ce qui m’amène à croire que le final, dans les eaux, est un hommage hénaurme à African queen, de John Huston. Je m’emballe sans doute hein, mais j’adore ce mec. Peut-être même plus que le Spielberg du Monde perdu, tant sur le simple terrain de jeu d’aventure pour toute la famille,  pour le dire grossièrement, il me semble infiniment plus généreux, même si l’écriture, la production et le tournage de ce film restent on ne peut plus chaotique. Certes. Je n’attendais tout de même pas qu’il s’impose autant sur un Jurassic park, troisième du nom. C’est donc une (très) bonne surprise. Pour moi, en tout cas. Mon fils, lui, ne cesse de me répéter « Le 3 il est nul, papa » : Il ne s’est pas remis qu’on lui tue son tyrannosaure d’amour.

La fabrique d’Arnold Schwarzenegger – Jérôme Momcilovic & Camille Juza – 2019

16. La fabrique d'Arnold Schwarzenegger - Jérôme Momcilovic & Camille Juza - 2019Last chameleon hero.

     6.0   La fabrique d’Arnold Schwarzenegger est un documentaire absolument passionnant, qui brasse quatre décennies de l’Amérique à travers le portrait d’un de ses plus curieux emblèmes.  Un personnage absolument fascinant. Un gamin autrichien qui devient Monsieur Muscle sur Venice Beach, avant d’être Mister univers, Terminator et Conan le barbare, et enfin gouverneur de Californie. Il a su se fondre partout, devenir l’emblème de l’ère Reagan, être propulsé en politique par Bush et avoir une femme qui vient de l’écurie Kennedy. Que Cameron lui ait offert deux rôles d’un même personnage-cyborg, une fois tueur, une autre fois protecteur, offre une piste théorique absolument vertigineuse. Voilà qui donne furieusement envie d’approfondir en lisant le bouquin du même Jérôme Momcilovic.

Chérie je me sens rajeunir (‎Monkey Business) – Howard Hawks – 1953

32. Chérie je me sens rajeunir - ‎Monkey Business - Howard Hawks - 1953Trêve de singe.

   5.5   Plutôt un agréable moment, mais dans le panier comique de Hawks, je rapproche davantage ça de Les hommes préfèrent les blondes que de L’impossible monsieur Bébé. Malgré son extravagance réjouissante, ça reste gentiment anecdotique. Le trio Cary Grant, Ginger Rogers, Marylin Monroe fait tout le film. On sent que Hawks est en fin de carrière, qu’il maitrise parfaitement le genre, le rythme, la dynamique comique, qu’il est ravi de s’y replonger une fois de plus, sans trop se fouler non plus. Et surtout que son désir premier, avec cette idée d’élixir de jouvence, est de faire replonger ses personnages dans l’enfance, de faire un film qui de toute évidence retombe en enfance, puisqu’il s’agit de jouer les peaux-rouges avec d’autres enfants, de se maculer de peintures de chantier, de grimper sur les tables, de bouder, crier, se chamailler, faire les bébés, sans limites. Cary Grant et ses grimaces, sont irrésistibles.

Histoire d’une trahison (Another country) – Marek Kanievska – 1985

19. Histoire d'une trahison - Another country - Marek Kanievska - 1985Le cercle des communistes disparus.

   4.5   Guindé à l’anglaise mais pas désagréable dans l’ensemble, Another country raconte l’internat des Cinq de Cambridge, bref les prémisses, soit le quotidien d’un collège aux meurs rigoureuses en plongeant au sein de cet univers corseté par l’intermédiaire de Tommy Judd (Colin Firth, dans son premier rôle, il a vingt-quatre ans) et ses désirs d’évasion communiste et son ami Guy Bennett (Ruppert Everett) et ses expériences homosexuelles avec d’autres internes. J’ai toujours une gêne quand je vois des films aussi propres sur eux, formellement, qui tentent de raconter quelque chose d’aussi corrosif, décalé, ça me rappelle cet autre truc aussi terne qu’il est surestimé, Le cercle des poètes disparus. Ça reste des machins à statuettes, complètement impersonnels, qui traitent de tabous en tâchant d’y rester parfaitement à distance. Un film plus puritain que révolutionnaire, en somme.

Place publique – Agnès Jaoui – 2018

05. Place publique - Agnès Jaoui - 2018Le sens de la gêne.

   3.0   J’ai beaucoup pensé au Sens de la fête, le film de Nakache & Toledano, avec Jean-Pierre Bacri dans un rôle ingrat assez similaire. Sauf que c’est vraiment nul, là. Comme quoi il vaut toujours mieux un bon film de droite qu’un mauvais film de gauche.

     Place publique, le nouveau Jaoui, c’est comme d’habitude, sans intérêt, beauf et cynique, mais il a deux idées, deux longs plans, à ses extrémités : Une ouverture ratée (mais osée) sur La Rage, de Kenny Arkana. Et une conclusion magnifique, sur Osez Joséphine, de Bashung, qui te fait un temps regretter que le film ne soit pas sur ce tempo-là, mi-mélancolique mi-cocasse, au lieu d’être en continu mi-figue mi-raisin, pour rester poli, avant de réaliser qu’on s’en fiche un peu, tant l’intérêt du film et celui de ses personnages est proche du néant.

     Mais un petit plaisir dans ce marasme que celui de voir Eric Viellard aka Fabien dans L’ami de mon amie, d’Eric Rohmer : On le voit beaucoup trop peu, ici comme en général et c’est dommage, il dégage un vrai truc.

L’espion qui venait du surgelé (Le spie vengono dal semifreddo) – Mario Bava – 1966

08. L'espion qui venait du surgelé - Le spie vengono dal semifreddo - Mario Bava - 1966Décongelé, recongelé.

   2.0   Si au détour de quelques rares plans – Et encore faut vraiment bien chercher – on retrouve le génie plastique de Bava, cette commande (Une suite à Dr Goldfoot and the bikini machine, sorte de mélange de James Bond et de beach movie, plus bis que bis) est une comédie d’espionnage absolument consternante. Contaminé par un duo comiques italiens lourdingues de chez lourdingues, un montage hystérique, des accélérations à tout va, des gags de cirque, ce film est une vraie expérience, notamment toute la séquence foraine, celle de la montgolfière ou encore celle du missile, sublimes frissons de la honte. On peine à croire que Bava, la même année, réalisait le magnifique Opération peur. Mais bon, j’imagine qu’il faut aussi penser à manger. En définitive la qualité du film est proportionnelle à son exceptionnel titre français. Par ailleurs, la restauration est très étrange, d’un plan à l’autre ça change, un coup l’image est hyper lissée, les couleurs sont très marquées, un coup elle parait abimée, fade, à peine retouchée voire parfois carrément dégueulasse. Heureusement, plaisir des yeux, il y a Laura Antonelli, dans un de ses premiers rôles. Dommage, j’ai vu le montage italien, parait-il qu’on la voie davantage dans la version américaine – Oui le film existe en deux versions très différentes, puisque Bava un peu vénère contre Antonelli l’a volontairement coupé du film quand il pouvait, et les américains se sont eux chargés de dégager le maximum des scènes avec les deux zozos – mais bon, faut pas déconner, je ne vais pas m’infliger ça de nouveau uniquement pour la voir.

Lukas – Julien Leclercq – 2018

11. Lukas - Julien Leclercq - 2018The boring bouncer.

   3.0   Comme d’habitude avec Leclercq ça n’a presque aucun intérêt. Je ne comprends pas ce qu’on peut trouver à ce réal, qui n’est qu’un recycleur, parfois un peu habile (Gibraltar) parfois carrément grotesque (L’assaut). Le mec fait du sous Marchal, quoi, c’est dire le niveau. Ici, tout ce qui pouvait rendre le truc un tout petit peu intéressant, à savoir la dimension théorique autour de Jean-Claude Van Damme, tout ça est mal traité, voire pas traité du tout. Le film aurait pu utiliser son corps en tant que matière cinématographique, mais non, lui ou quelqu’un d’autre ça ne change rien. C’est pas La mule, quoi. Leclercq est trop occupé à dynamiser l’action à renfort de clins d’œil, au point qu’il en oublie d’écrire des dialogues, tous hallucinants de ridicule. L’ouverture cite donc The wrestler (le garde du corps filmé de dos dans les coulisses d’une boite de nuit) mais aussi Miami vice : Mais la sublime chorégraphie nocturne en étoile qu’en tirait Mann est ici saccagée par une image racoleuse et un découpage affreux. La toute fin, elle, cite tellement ouvertement celle de Drive, que c’en est gênant. Ce ne sera d’ailleurs pas la seule référence au film de Refn, puisque lors d’une course-poursuite dans un parking, Leclercq fait s’arrêter la bagnole toux feux éteints comme le faisait Gosling dans l’ouverture magnifique de Drive. Un moment donné, il y a une fabrication de faux billets, évidemment on pense à Police fédérale Los Angeles, et évidemment ça n’aide pas vraiment le film de Julien Leclercq. Et la dernière partie dans l’entrepôt rappelle davantage la fin de la saison 2 de Braquo ou celle d’Equalizer, avec Denzel Washington. Ça lui va mieux d’être comparé à des daubes, finalement.

Death wish – Eli Roth – 2018

44. Death wish - Eli Roth - 2018Bourrinade tranquille.

   4.5   Je me retrouve un peu comme un con, devant le nouveau film d’Eli Roth, « cinéaste » que j’aime bien pour son côté sale gosse, maladroit, inconséquent, rigolo et crado, dans la mesure où il s’attèle au remake d’un film avec Charles Bronson super méga connu, mais que je n’ai jamais vu. Pire je ne savais pas qu’il en était le remake avant de le lancer, puisque je n’ai pas fait le rapprochement, ne sachant pas que le titre original d’Un justicier dans la ville c’était Death wish. Il me semble avoir entendu dire que le film de Michael Winner était aussi ambigu que suicidaire, surtout très sombre puisque bien qu’il nettoie la ville, Bronson ne retrouvait jamais les agresseurs de sa femme et sa fille. J’en viens donc au premier aspect qui me chiffonne ici, et qui me chiffonne même sans avoir connaissance de l’original et de son déroulement : Death wish, d’Eli Roth est un film un peu sage, non ? Enfin, le film aborde clairement la question de l’auto-justice, du port d’armes, la prépondérance des réseaux sociaux et des médias, mais en terme d’action, de scènes violentes, de scènes de vengeance, tout ça, il ne propose pas grand–chose de stimulant : L’agression initiale se termine hors-champ, les nombreuses ripostes du personnage sont relativement brèves et on ne sait pas bien si le film traite ça de façon très sérieuse ou s’il est dans la parodie. Et là on retrouve l’aspect schizophrène de Roth, qui dissémine quelques instants gores, mais tellement brefs, qu’on se demande si elles ne forment pas de petites récompenses des studios pour s’être bien comporté le reste du temps. Il faut dire que le film lui est arrivé entre les mains un peu par hasard, puisque c’était Stallone qui devait s’en occuper, que c’était Matt Damon qui devait le jouer. En résulte un produit très étrange, donc, beaucoup trop rutilant (comme le crane de Bruce) alors qu’on voudrait qu’il soit poussiéreux – mais en un sens il est le produit de son époque, il sent beaucoup trop la javel, pas assez la sueur et le sang – mais assez fascinant d’un point de vue théorique quant à la présence de Bruce Willis : Il campe un monsieur tout le monde, alors qu’on s’attend à voir un John Mc Clane, mais il se transforme, sweat capuche à l’appui, en justicier solitaire à la David Dunn. Je trouve le film un peu raté car déséquilibré dans ses choix et sa progression narrative, mais en tant que série B qui réfléchit sur le statut de justicier aux Etats-Unis aujourd’hui il s’en tire bien, même si c’est trop sage pour du Eli Roth et même si dans un registre similaire de pure série B, John Wick l’envoie carrément au tapis.

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