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Archives pour 11 avril, 2019

La cabale des oursins – Luc Moullet – 1992

27. La cabale des oursins - Luc Moullet - 1992Passe montagne noire.

   8.0   En traversant les plaines du Nord pas de Calais par le train, Moullet fut intrigué par ces petites montagnes charbonneuses érigées au milieu des champs, sur des plateaux ou parfois non loin des villes. Il décida de s’y intéresser puis d’en faire le sujet de son film : Pourquoi un tel mépris pour les terrils en France ?

     Pourquoi ces collines articielles faites de résidus miniers ne font elle pas partie du patrimoine, au même titre que les pyramides d’Egypte ou les sommets alpins ? Parce que ce sont des créations involontaires de l’Homme ? Et pourquoi est-il interdit d’y grimper ? Pourquoi n’existe-t-il pas de chemins de randonnée pour les arpenter ?

     Cette « honte » du terril gêne beaucoup Moullet, qui ira les approcher, les filmer, les escalader mais aussi observer leurs particularités puisqu’aucun ne se ressemble. Certains sont coniques quand d’autres sont des trapèzes. Certains sont recouverts de flore, de forêts ou de curieuses fleurs luxuriantes, quand d’autres sont brutes de roche noire.

     Le titre n’est pas très parlant si l’on n’a pas vu le film. En fait, sur les cartes des reliefs, les terrils sont généralement représentés par d’étranges dessins circulaires ressemblant à des oursins. Et si les altitudes sont notées sur les cartes (celles des routes, des villages, des butes) les oursins, eux, n’ont pas de relief, alors que les plus imposants s’érigent à quatre-vingt mètres de hauteur. La cabale parce que tout ceci est forcément un complot : Les hommes ne veulent pas voir leurs œuvres résiduelles.

     Moullet au contraire est fasciné par ces terrils. Et il va nous transmettre cette fascination – Je veux dorénavant les voir, les arpenter à mon tour – au point qu’à mesure, le film en fasse presque des interventions divines. Son goût pour « les listes » pousse Moullet à compter le nombre de terrils qu’il rencontre et à choisir son préféré d’entre tous, en l’occurrence un tout petit terril dont il dit admirer « la sveltesse toute Mozartienne ».

     Il proposera même un petit jeu en nous demandant à observer deux images et choisir lequel est une roubine des Alpes, lequel est un terril du Nord. C’est tout Moullet. Mélanger le documentaire géologique avec l’interactivité ludique et l’humour méta-filmique : S’adresser par instants au spectateur de façon à ce que lui aussi fasse partie du voyage.

     Moullet raconte qu’il voulait rendre hommage au charbon et donc à son papa, qui confectionnait des vêtements pour les charbonniers. Et il termine avec l’espoir qu’un jour ces éminences grises seront les plus importants sites touristiques de France. Toujours le sens de la mesure. Néanmoins, quand on sait que certains sont devenus des pistes de ski artificielles, et quand on sait qu’une demande de placer les terrils en patrimoine de l’UNESCO est faite en 2010, on se dit que Moullet avait vingt ans d’avance.

Essai d’ouverture – Luc Moullet – 1988

25. Essai d'ouverture - Luc Moullet - 1988Les secrets du bouchon maudit.

   6.5   Tandis qu’il a plusieurs projets de longs qu’aucun producteur ne souhaite financer, Moullet tourne Essai d’ouverture peu après L’empire de Médor, dans la salle à manger du producteur. Les plans scrutent les gestes, rien que les gestes, pendant que la voix de Moullet en off commente ses actions, avec son ton aussi monotone que malicieux qu’on lui connait. Il s’agit de tenter d’ouvrir le bouchon en alu récalcitrant d’une bouteille de Coca Cola. Moullet se moque encore et toujours de l’absurdité de notre quotidien autant qu’il navigue dans l’autodérision : Dans la présentation il explique qu’il est apraxique donc qu’il lui est difficile de faire ses lacets ou dévisser un bouchon alors qu’il est tout à fait capable de faire rire des salles ou courir un marathon. Il dit que Spielberg aurait traité ce grand sujet de société (Moullet dit s’inspirer du Lutrin, le poème « héroïcomique » de Boileau) en cinq minutes tandis que lui aurait adoré faire un film épique de trois heures, si on lui avait donné l’autorisation. Sur ce que j’ai vu, je suis tenté d’y voir là le film d’aventures définitif de Moullet – autant qu’Une aventure de Billy the kid naviguait dans les eaux du western – bref c’est un peu son Indiana Jones à lui. La bouteille dans la casserole d’eau bouillante, ça marche mais le Coca n’est pas bon. Dans le congélateur ça fonctionne aussi mais ça fait des glaçons. Et finalement, après un essai avec une machine improbable – Je me demande si Moullet, finalement, n’est pas l’héritier de Charley Bowers – et nombreuses tentatives découvertes qu’il faut un élan et un excellent coup de poignet, puis réussites à la chaine, Moullet montre qu’il peut ouvrir trois bouteilles en même temps. L’aventurier a gagné. Happy end.


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