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Archives pour 26 avril, 2019

Fatale (Damage) – Louis Malle – 1992

07. Fatale - Damage - Louis Malle - 1992L’ange noir.

   6.0   C’est un film qui m’avait beaucoup marqué, quand j’étais adolescent. Au point que pendant longtemps, Binoche pour moi c’était Anna Barton, dans Fatale. Mais aussi parce que j’avais l’habitude de voir Jeremy Irons en Simon dans Une journée en enfer et que son rôle ici (Stephen Fleming, ministre marié qui plonge dans une relation aussi torride qu’elle est impardonnable, avec la petite amie de son fils) me fascinait justement parce qu’il était aux antipodes, même si en y réfléchissant il se fait dans l’un comme dans l’autre balader (Par un flic valeureux ou une femme fatale) par « une mouche dans le lait, un petit rouage qui grippe, un emmerdeur » pour citer John McClane, dans Piège de cristal. Enfin c’est plus subtil que dans mon souvenir sur ce point de vue, Anna est moins une femme fatale qu’une amoureuse franche, capable d’aimer follement mais avec toujours cette possibilité de tourner la page – mantra qu’elle s’impose depuis que son frère s’est suicidé par amour pour elle. Le film est moins subtil dès qu’il s’agit de tout surligner à renfort de séquences miroir, d’échos visuels, de paroles très écrites. Car ce suicide jadis répondait évidemment à une passion secrète. Dans ce canevas il n’est pas difficile de deviner la trame qui se construit en écho à celle du passé. On apprendra donc que Martyn, le fils de Stephen, ressemble beaucoup au frère d’Anna, comme si de lui attribuer une place de remplacent ne suffisait pas. Dans mon souvenir, le film se fermait sur Stephen, nu comme un ver, étreignant son fils qui venait de tomber les étages d’un immeuble londonien après avoir découvert sa promise dans les bras de son père – Plutôt avec son père dedans. Désolé. En fait il y a encore plein de choses derrière, dont un départ silencieux d’Anna, toute de noir vêtu arpentant la ville et l’avenir non sans chagrin, mais aussi une confrontation entre Stephen et sa femme, mère dévastée, d’une puissance inouïe : « Why didn’t you kill yourself ? ». Et puis un épilogue, qui se déroule on ne sait où, en forme de purgatoire, franchement plus discutable. Certes le film est beaucoup trop froid, même ses scènes de sexe sont froides, mais il y a toujours quelque chose « de sale dans le sage » qui continue de me séduire.

Panique à Needle Park (The Panic in Needle Park) – Jerry Schatzberg – 1971

02. Panique à Needle Park - The Panic in Needle Park - Jerry Schatzberg - 1971Fragile love in New York.

   6.0   C’est un beau film, cru, précis, sans ornements musicaux, nourri à la longue focale, ce qui en fait un objet bien loin d’autres films prenant la drogue comme décor, inutile de les citer. Celui qui s’en rapproche et qui je pense lui doit beaucoup c’est Mad love in New York, des frères Safdie. Mais en définitive je crois préférer le foisonnement créatif des Safdie, défauts compris, au réalisme brut et répétitif de Panique à Needle Park, qui certes s’embarrasse peu de romanesque, c’est bien, mais qui échoue aussi dans sa production de réel, avare qu’il peut être dans son style, son image. Il est rare qu’une scène dure. Il n’est pas si évident de se souvenir d’un lieu traversé tant chacun d’eux semblent respirer pareil et naviguer dans les mêmes teintes monochromes de rues tristes et appartements décatis. Les visages eux-mêmes sont un peu oubliés. Chez les Safdie il y a de la vie, de la chaleur, du mouvement. Dans Macadam cowboy et Permanent Vacation aussi, je les cite puisque j’ai pensé à eux, sans doute parce que ce sont aussi des films qui font glisser leurs personnages dans un New York désillusionné. Il y a une scène au mi-temps du film de Jerry Schatzberg emblématique et symptomatique de l’ensemble : C’est le premier shoot d’Helen. Le ton est plus indolent, naturel, silencieux, on entre dans son attirance et son désarroi. C’est un zombie par amour. Elle se shoote pour entrer dans le monde de Bobby. Mais au lieu de nous inviter à ce voyage, Schatzberg coupe, nous emmène dans la rue durant la scène suivante, où Bobby découvrira en observant le regard d’Helen qu’elle est passée de son côté. Le film n’est jamais assez radical. On pense parfois qu’il va l’être, mais il se dégonfle. C’est un beau film, malgré tout. Mais je suis un peu déçu, j’en attendais une montagne.


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silencio


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