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Archives pour 27 avril, 2019

Paranoïa (Unsane) – Steven Soderbergh – 2018

03. Paranoïa - Unsane - Steven Soderbergh - 2018Effets hallucinogènes.

   6.0   Il est difficile de trouver une cohérence dans l’œuvre protéiforme de Steven Soderbergh. Et je n’ai pas tout vu, il enchaine le bougre. Capable de toucher à tous les genres, il va même jusqu’à offrir deux visages opposés d’un genre, exemple typique avec ses « comédies de braquages » puisque quand l’une envoie les paillettes l’autre est plus confidentielle, dans l’une on braque les trois plus grands casinos de Vegas, dans l’autre un circuit automobile de Caroline du Nord. Soderbergh peut aussi faire un biopic sur un pianiste de music-hall et un autre en deux parties sur un révolutionnaire ; une trilogie avec un paquet de stars mais aussi un moyen métrage pour le compte d’une production internationale ; un petit thriller mais aussi une machine à Oscar ; faire son Normae Rae avant de remaker Tarkovski. Sans oublier qu’il est aussi célèbre pour être le plus jeune palmé de Cannes avec Louis Malle. Ces derniers temps, il est plus indomptable encore, avait annoncé qu’il se retirait du cinéma, a pondu une superbe série en deux saisons, avant de revenir pour offrir deux films, aussi différents qu’ils sont passionnants : Le beau Logan lucky et maintenant celui-ci, Paranoia. Si l’on sent qu’il est surtout tourné pour la prouesse de son filmage à l’Iphone, c’est une pierre étrange supplémentaire dans cet édifice déconcertant. Petit film bricolé, certes, mais passionnant, qui critique les établissements psy et les sociétés d’assurance, comme pouvait déjà le faire Effets secondaires sur l’industrie pharmaceutique ; et qui se nourrit autant d’un Blair Witch – On y retrouve d’ailleurs l’un de ses acteurs pour un rôle bien flippant – que des found footage à la REC sans pour autant se laisser gagner par le found footage : L’IPhone n’intègre pas le récit, le film aurait pu être tourné autrement, c’est un choix pur, un choix comme l’était celui du Dogme pour Lars Von Trier à l’époque – On pense d’ailleurs à L’hôpital et ses fantômes, mais dans une image plus proche de celle de Breaking the waves. Un choix qui sied plutôt bien à l’univers anxiogène qui habite le film. Alors si ça fonctionne globalement, il y avait moyen d’épurer, je pense, notamment certaines futilités (les flics, la mère…) en fait on aurait gagné à ne pas sortir du point de vue de son héroïne, oublier le caractère omniscient du film, c’est là qu’on voit que Soderbergh ne maitrise pas vraiment le genre ou n’ose pas être radical, préfère les soubresauts de scénario et sa résolution au mystère et à l’impondérable. En tout cas il y a de belles idées et trouées, et parfois c’est fait avec rien, un filtre bleu oppressant dans une forêt, une vue infrarouge dans un coffre de voiture, une double scène géniale dans une cellule d’isolement. C’est souvent malin. Et Claire Foy est absolument magnétique. On note aussi une apparition brève de Matt Damon et une Juno Temple carrément méconnaissable, perso je ne l’ai pas reconnue. Je le sentais moyen, c’est en fait une assez bonne surprise.

The Story of Film, An Odyssey – Mark Cousins – More4 – 2011

03. The Story of Film, An Odyssey - Mark Cousins - More4 - 2011From birth to the future.

   6.0   Mark Cousins, irlandais critique de cinéma, entreprend avec The story of film : An odyssey, d’effectuer un voyage à travers 120 ans de cinéma, du Voyage dans la lune à Avatar, en passant par Griffith, Hitchcock, Bollywood, La nouvelle vague et Star Wars. Passer en revue des centaines de films, sur 15 heures de notules analytiques, d’anecdotes en tout genre, d’extraits de films et d’entretiens variés. C’est un travail colossal et passionnant. Ça donne envie de découvrir plein de films, d’en revoir autant.

     On pourra toujours contester l’initiative de creuser un auteur plutôt qu’un autre, c’est ma grosse gêne ici, je me trompe probablement mais j’ai l’impression qu’on s’intéresse avant tout aux filmographies de ceux qu’on écoute parler. Logique, bien entendu, mais je me demande s’il s’agit d’une obligation ou d’un long cheminement en amont. Cousins a-t-il pu faire témoigner ses auteurs préférés ou dit-il qu’ils sont ses préférés parce qu’ils témoignent ? Ainsi verra-t-on (et parlera-t-on) plutôt Samira Makhmalbaf que Jafar Panahi, Paul Schrader que William Friedkin, pour le dire grossièrement. On aura un dossier complet sur Roméo + Juliette… sans doute car Luhrmann fait partie des intervenants. Baz Luhrmann, quoi. Au secours !  

     On pourra toujours contester cet étrange montage qui insère des « images mortes » d’ici et là – filmées par Cousins lui-même – bref des images de remplissage entre des images de films et des entretiens, tout en considérant lors d’une humeur plus favorable que ces « temps morts » permettent de respirer, de digérer la somme d’informations et/ou d’émotions, de faciliter des transitions délicates : Le maître mot du projet restera de suivre la chronologie, tout en passant volontiers d’un continent à l’autre, d’un cinéma à l’autre, parfois même de revenir en arrière ou de sauter brièvement vers l’avenir pour comparer des plans, des méthodes etc.

     Si je suis ravi qu’on offre un grand chapitre à Satyajit Ray, un autre à Abbas Kiarostami, qu’on entende parler Claire Denis, qu’on me donne autant envie de (re)voir Dreyer, que Ozu et Fassbinder soient partout, que le cinéma asiatique soit autant analysé, je suis plus circonspect face aux absences de Louis Feuillade, Chantal Akerman, Jacques Tati, Hayao Miyazaki, à peine évoqués sinon pour rebondir sur d’autres auteurs. Mark Cousins n’est pas très cinéma français, apparemment : On n’entend jamais parler ni de Rohmer, ni de Rivette, ni de Guy Gilles, ni de Raymond Depardon, ni de Jacques Becker, ni de Luc Moullet.

     Chacun ses sensibilités, hein, évidemment, mais justement lorsqu’un projet revendique de tout visiter, il faut TOUT visiter. Voilà pourquoi je serais toujours plus sensible au Voyage à travers le cinéma, signé Bertrand Tavernier, car c’est surtout de lui qu’il cause, de sa propre relation avec le cinéma, de ses souvenirs, ce n’est jamais un cours magistral, ce que Story of film a tendance à vouloir être, à l’image du générique, qu’on retrouve donc à quinze reprises – Comme dans une série, les épisodes s’étirent sur une heure – et qui se gargarise un peu trop de sa géniale ambition : « An odyssey » déjà, tout est dit.

     Ces griefs mis de côté, tout ce qu’on y voit et entend est évidemment absolument passionnant, sitôt qu’on s’intéresse un peu à l’histoire du cinéma, sitôt qu’on soit curieux de voir et revoir tous les films qu’il charrie depuis plus d’un siècle. Et ludique, tant on peut régulièrement deviner où le voyage va nous emmener, rebondir.

     Et puis j’ai adoré un passage qui m’a beaucoup surpris. Vers la fin, on sent que Cousins est très méprisant envers le blockbuster et le numérique, il parle rapidement des films colossaux de Spielberg ou Cameron, mais sans les analyser vraiment, comme s’ils étaient uniquement destinés à vendre du popcorn et des figurines. C’est assez gerbant. Sur ce, il interview Claire Denis, qui après avoir parlé de ses films, en cite d’autres et annonce qu’elle aimerait être James Cameron, dans une autre vie. Car tous deux, dit-elle, qu’importe leur façon de l’appréhender, sont passionnés et guidés par le cinéma, c’est tout ce qui compte. Dès lors, c’est comme si elle avait influencé Cousins, comme si son documentaire (à charge) s’en trouvait changé, comme si le cinéma numérique trouvait grâce à ses yeux, pour le pire (Baz Luhrmann, donc) et le meilleur (Christopher Nolan, au pif). C’est très beau.


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