Archives pour avril 2019



Les diablesses (La morte negli occhi del gatto) – Antonio Margheriti – 1974

04. Les diablesses - La morte negli occhi del gatto - Antonio Margheriti - 1974Témoin félin.

   4.0   On sent dans le titre français qu’on a voulu un peu cibler les amateurs de gothique, beaucoup vanter la dimension érotique. Mensonger à mort puisqu’on ne verra pas plus qu’une Jane Birkin en nuisette et furtivement le sein de Doris Kunstmann – qu’on verra quatre ans plus tard en épanadiplose des Bronzés font du ski : Oui, Mme Schmidt c’est elle ! Le titre original (La mort dans les yeux du chat) joue lui davantage la carte du giallo, répondant forcément au Chat à neuf queues de Dario Argento. Et mine de rien, le film essaie d’être un peu tout ça. Le tueur au couteau, la caméra subjective lors des meurtres, l’enquête policière, le whodonit, tout cela nous oriente vers le giallo. Pourtant l’ambiance serait bien plus héritière d’un Edgar Allan Poe ou du gothique d’un Bava, surtout celui plus tardif de Lisa et le diable, La maison de l’exorcisme. Les diablesses s’amuse à multiplier les lieux (Un meurtre, un lieu différent, en gros, tant qu’on tourne autour du manoir) et à investir toutes les possibilités qu’offre cette bâtisse (Jardin, chambre, cave, salon…) tout en agrémentant chaque scène ou presque d’un bestiaire bien fourni : Un magnifique chat, évidemment, le témoin, mais aussi un singe (super méga cheap, d’ailleurs), des chauves-souris, des rats. Il y a de jolies saillies, des instants assez beaux, quand on évite les bavardages ou tout simplement quand on évite de raconter quoique ce soit. Car malheureusement le scénario (une sombre histoire d’héritage et de secrets de famille) est abscons, on ne comprend ni les motivations des personnages ni les relations entre chacun d’eux – d’autant qu’ils semblent se multiplier et font leur entrée dans le récit souvent très bizarrement. Mais le film est probablement charcuté. Par exemple, il y a une scène où le personnage partage son rêve mais le montage français nous prive de ce rêve, donc nous prive de la connivence qu’on pourrait entretenir avec elle en nous plaçant au même niveau que ceux qui l’écoutent. Enfin bref je ne pense pas que ce soit indispensable, sinon pour creuser la filmo de Margheriti et voir dans le même film (italien) Jane Birkin et Serge Gainsbourg. Moi c’est le premier de ses films que je voie, j’imagine / j’espère qu’il a fait mieux.

Sharknado – Anthony C. Ferrante – 2013

10. Sharknado - Anthony C. Ferrante - 2013« Apocalypse my ass! »

   2.0   J’essaie de comprendre, par simple curiosité masochiste. Comprendre pourquoi il existe déjà six films pour cette franchise, tous réalisés par le même gars, tous joués par les mêmes acteurs (Tara Reid d’American Pie, Ian Ziering de Beverly Hills, faut bien manger, je sais, mais bon) et comprendre ce qui les pousse à rempiler. Comprendre ce qui motive un scénariste dans l’idée saugrenue d’une requins-tornade; ce qui motive un réalisateur à filmer ça avec un budget riquiqui. Ça m’interpelle vraiment. Du coup j’ai même regardé le making off et les mecs prennent leur bousin très à cœur, je veux dire qu’ils parlent de technique, de lumière, de plans, de jeu d’acteur, c’est vraiment flippant quand on voit le résultat. Alors j’imagine que ça se vend comme on vend les produits dérivés des émissions de télé-réalité. En attendant, outre la nullité des effets spéciaux, il y a surtout des « acteurs » qui jouent n’importe comment, un montage fait à la tronçonneuse que même Jean-Marie Poiré trouverait indigent, et tout simplement aucun humour si ce n’est John Heard (Peter McAllister dans Maman j’ai raté l’avion) ne se séparant jamais de son tabouret porte-bonheur, si ce n’est des punchlines du style « Bien fait pour ta gueule sale putain de requin » et surtout aucun second degré, pas de discours méta (si ce n’est que le film semble piétiner Jaws un peu partout notamment lors d’un fameux « We’re gonna need a bigger chopper. ») bref pas grand-chose. On ne demande pas de la crédibilité mais juste des idées, des trucs un peu insolites quoi, c’est un peu comme devant Les anges de la télé-réalité (je cite ça au pif, hein) on leur demande pas de nous émouvoir mais faut au moins qu’ils soient profondément débiles sinon ça n’a pas grand sens. Je voulais au moins voir celui-là car il jouit d’une petite réputation de nanar culte, mais franchement à part si t’as trois grammes dans le sang, je ne vois pas trop ce qui peut faire marrer là-dedans. Allez hormis à la toute fin lorsque le héros est avalé par un requin puis lui tronçonne l’intérieur du ventre pour en sortir puis extirper sa nana qui venait aussi de se faire dévorer : Là oui, ça va tellement loin dans le nawak que c’est drôle. Dommage que ce soit si rarement drôle.

Cartel – Ridley Scott – 2013

01. Cartel - Ridley Scott - 2013Tout ce qui brille.

   4.0   C’est raté. La faute en particulier à un manque d’intérêt total pour ses personnages, mais aussi à de gros problèmes de rythme : Certes les scènes sont longues, ça change du tout-venant, mais elles ne débouchent sur rien, ne créent pas d’ambiguïté, n’offrent jamais la contrepartie de leur durée, de cette attente, ce flottement, cet étirement. N’est pas Tarantino qui veut. Avec Cormac McCarthy au scénario – son premier pour le cinéma, puisque jusqu’ici ce sont ses livres qu’on adaptait – on espérait moins de bavardages mais des saillies d’une grande noirceur et la place pour de beaux détails visuels et une inscription dans l’espace – ce qui déjà fonctionnait nettement moins dans La route, le film de John Hillcoat que dans La route, ce bijou de livre. Mais le film est assez pauvre là-dessus aussi. Il fait briller les bijoux et se contente de planter sa kyrielle de stars (Penelope Cruz, Jarvier Bardem, Cameron Diaz, Michael Fassbender, Brad Pitt) dans le plan, c’est tout. Et il compense son économie romanesque en tunnels de parlotte. Les Coen s’en sortaient autrement mieux avec le Cormac McCarthy de No country for old men. Quant au milieu des cartels, il n’existe uniquement qu’en entité abstraite où chacun se succède, libère la place pour le suivant, belle idée sur le papier, mais à l’écran ça n’offre que de la succession, jamais de l’incarnation. On sent que Scott admire Breaking bad – Jusqu’à aller chercher Dean Norris aka Hank, le temps d’une scène inutile – mais jamais ça n’a le dixième de la force de la série de Gould & Gilligan, mise en scène comprise. Et c’est dans l’action aussi brève soit-elle chaque fois que le film réveille un peu, puisqu’il ne lésine pas dans ses mises à mort : On décapite, on strangule, on jette aux ordures. C’est bref mais les images en question restent – à l’image du bolito, ce curieux fil de fer qui se resserre jusqu’à la mort un peu comme l’engrenage qui s’abat sur chacun des personnages condamnés du film. D’autant qu’il dérange aussi dans ses trouées plus sensuelles, avec une introduction sous la couette plutôt très jolie et un peu plus loin une scène de lap dance sur un pare-brise franchement osée jusqu’à l’embarras au point que ça m’a rappelé le très bon Killer Joe, de Friedkin. Pour qu’aussitôt, malheureusement, le film replonge dans ses travers verbeux et abscons. Alors oui le casting est beau, mais comme un beau bijou bien cher, on n’en voit pas trop l’intérêt.

Pique-nique à Hanging Rock (Picnic at Hanging Rock) – Peter Weir – 1977

15. Pique-nique à Hanging Rock - ‎Picnic at Hanging Rock - Peter Weir - 1977« A dream within a dream »

   7.5   La première demi-heure est un émerveillement, le film ne touche pas terre. Il est mystérieux, impalpable, jusque dans sa mise en scène, ses (dé)constructions, ses plans qui surprennent sans cesse, jusque dans chaque parole de ses personnages. Jusque dans ce rocher abstrait, divin, absorbant, démente apparition antédiluvienne. Jusque dans cette incroyable flûte de pan qui accompagne cette plongée fantastique et sensuelle, tend vers l’étrange et le rêve éveillé. Ensuite le récit se fige mais fascine pourtant toujours, se fait plus lancinant que lévitant on va dire, demande à observer l’impact de ces disparitions sur ce pensionnat affecté, sur ceux qui restent, sont simplement troublés ou complètement anéantis. C’est Walkabout qui croise The Leftovers. Et c’est très beau. Superbe découverte.

Jurassic world, Fallen kingdom – Juan Antonio Bayona – 2018

36. Jurassic world, Fallen kingdom - Juan Antonio Bayona - 2018Eviter l’extinction.

   6.0   Si Fallen kingdom manque singulièrement de point de vue et il faut je pense mettre ça sur le compte de Trevorrow, plutôt que sur Bayona qui fait ce qu’il peut avec le matériau narratif qu’on lui impose, il trouve des élans plus personnels dans la mise en scène, via quelques scènes clés – La bataille finale sur le toit du manoir, entre les gargouilles et la charpente en verre c’est un éclat d’horreur gothique qui redonne un peu de magie, de caractère à une saga trop souvent bien dans ses pantoufles – ou de vraies visions – La créature qui entre dans la chambre de la petite fille et la suit jusque dans son lit, le prélèvement sanguin sur le tyrannosaure endormi – qui ne sont certes pas aussi puissantes que celles de Spielberg mais suffisamment bienvenues dans ce qui avait tout pour être un décalque de Jurassic world.

     Au sein de cette relative bouffée d’air frais, il faut malheureusement en passer par du déjà-vu à l’image du nouveau super dinosaure (Indoraptor : Fusion de vélociraptor et d’Indominus Rex), du dispositif militaire qu’on nous ressert encore,  du milliardaire arriviste sur qui repose les artifices d’un scénario ultra balisé. Sans parler de la thématique de l’enfant clone évoquée mais pas du tout exploitée. Les personnages ne sont toujours pas très bien dessinés, même s’il sera par instants amusant de voir l’informaticien peureux et la paléo vétérinaire valeureuse former un chouette duo, apportant un vent de fraîcheur.

     La bonne idée narrative de cet opus c’est de recréer l’Extinction du Crétacé : Les dinosaures vivent paisiblement sur Isla Nublar mais l’irruption imminente d’un volcan menace de les exterminer. Si l’on retient peu de cette séquence catastrophe c’est probablement qu’elle en fait trop, syndrome post King Kong, de Jackson, cherche à contenter et les fans de Jurassic park et ceux de Jurassic world. C’est comme si Bayona avait laissé les reines à Trevorrow. En revanche cette séquence grandiloquente s’achève sur une image, celle que l’on retiendra d’un ensemble assez peu stimulant, un cri, celui d’un bracchiosaure sur une jetée, dévoré par les flammes et le nuage volcanique.

     La scène est déchirante. Et c’est sans doute parce qu’il s’agit du bracchiosaure, qui outre d’être le plus sympa d’entre tous, se paie le luxe d’être celui sur lequel l’original de Spielberg cristallise notre découverte, puisqu’il est le premier à s’offrir à nous, pleinement, de jour, aux personnages (Impossible d’oublier les yeux écarquillés, les bouches béantes et les mains tremblantes de Laura Dern & Sam Neill dans les voitures) et donc aux spectateurs. Bayona nous offre la même vision mais inversée cette fois, macabre : Les yeux des personnages sont gagnés par les larmes, au même titre que les nôtres. C’est une icône qui disparaît, un mythe qui s’effondre à nouveau, sauf qu’on est dorénavant là pour le voir.

     Comme le précédent il m’a fallu le revoir, mais je l’ai davantage apprécié cette fois, essentiellement parce que j’y vois un auteur derrière la caméra, Bayona, qui tente d’imprimer un peu de sa personnalité, de son univers mais qui forcément n’y parvient qu’à de rares instants, lors de jolies séquences éparses et la plupart du temps se fait dévorer par le monstre, le studio. On peut dire qu’il s’est passé quelque chose. La saga n’a pas retrouvé sa superbe, mais une certaine dose de promesse et d’attachement – Preuve en est que j’ai tout revu avec grand plaisir – ce qui ma foi, n’est déjà pas si mal.

Jurassic world – Colin Trevorrow – 2015

35. Jurassic world - Colin Trevorrow - 2015Indominanar de luxe.

   5.0   16/07/2015

     Je suis un peu perdu. En tant que divertissement pur je suis client. En tant que film Amblin je trouve ça faiblard. En tant que Série Z je trouve ça raté. Et en tant que film hommage je trouve ça gentillet. Disons qu’il y a vraiment tout ce que l’on peut imaginer voir dans la suite tardive d’une saga portée disparue, ça fait vraiment office de best of : il y a des références bien trop distinctes, un lot de gags pour bébé à répétition, on doit tout voir et tout comprendre en permanence, on nous sert des personnages principaux sans épaisseur (Rendez-nous Grant, Malcolm, Hamond !) et des enfants insupportables. Pourtant je n’adorais pas Tim & Lex à l’époque (Rien à voir avec Elliot, Gertie & Michael dans E.T. quoi) mais là, punaise. Le néant.

     Et dans le même temps, l’adolescent en moi est plutôt satisfait, il a suffisamment de scènes savoureuses pour godiller, de moments flippants pour s’accrocher à ses accoudoirs, de dinosaures pour recoller au rêve qu’avait offert tonton Spielberg. Et puis l’idée de départ – Le parc est dorénavant devenu un parc d’attraction – est vraiment intéressante. Reste que ça s’écroule souvent dans le grand n’importe quoi, gâche des moments de bravoure qu’un réalisateur ne serait-ce que moyen aurait érigé en sommet de cinéma d’épouvante et/ou d’action (la sortie de l’Indominus Rex, le combat final)… Quand je repense à ce type sur sa moto au milieu des Raptors j’ai juste envie de rigoler. Et quand je vois cet étrange dinosaure marin avalant le requin devant l’estrade, je pense à Jaws3 autant qu’à Birds au moment de l’attaque des Ptérodactyles. Que Jurassic World convie les trésors ou les nanars, il est toujours décevant à trop surligner. Un peu comme l’hommage que je vois venir à tous les coups : L’ancien parc dans le parc, pour ne citer que ça.

12/03/2019

     Moins désagréable que lors de sa sortie en salle, en fait ça gagne presque à être revu sans rien en attendre, et là, dans ce cas, à la fois ça se regarde plutôt bien, mais surtout c’est un produit parfaitement de son temps, dans le même moule que les marvelleries qu’on nous sert chaque trimestre.

     Le gros raté de cet opus à mes yeux, ce sont les dinosaures. Tout est pourtant fait pour qu’ils soient les stars : Les personnages n’ont aucun relief. Sauf qu’on se fiche complètement des dinosaures, bizarrement. On n’est pas ému quand les raptors crèvent à la fin. Seul Blue tire son épingle du jeu. Et la seule image émouvante du film c’est de voir les brachiosaures dévorés dans la plaine. Mais ils n’existent pas, c’est l’image qui est terrible, pas eux en tant que dinosaures-personnages. Bref c’est aussi un peu raté de ce point de vue-là. On est loin de ce qu’offrait l’original avec le tyrannosaure, le tricératops ou le dilophosaure.

     Reste que Trevorrow a bien compris que le public (qui avait boudé le troisième épisode en partie là-dessus) veut revoir le tyrannosaure. Donc il lui offre une super scène héroïque à la toute fin. Mais il y a trop de dinosaures, trop de chantilly : quatre vélociraptors, un mosasaure et un Indominus. Bref impossible pour le T. Rex d’être la star.

     Bon, je dis ça mais j’aime quand même bien la fin. Enfin je veux dire après la scène des motos (avec Omar Sy sur un quad derrière, wtf ??) dans la forêt qui est à chier. Disons qu’on en a pour notre argent, le pot (de popcorn) est bien garni.

Shéhérazade – Jean-Bernard Marlin – 2018

33. Shéhérazade - Jean-Bernard Marlin - 2018Les amants de la ville.

   7.0   Zachary sort tout juste de prison. Un jour, il fait la rencontre de Shéhérazade, jeune prostituée qui bientôt l’accueille. Il deviendra son proxénète, son protecteur. Et ils tomberont fou amoureux l’un de l’autre. L’ouverture, c’est Scarface. Sad Disco, de Keli Hlodversson supplante Giorgio Moroder, mais il amène aussi un désir de liberté, de révolution. Ensuite on vire au naturalisme écorché, rougeâtre, la chaleur de Marseille flambe tout, la mobilité de l’objectif s’accorde avec le climat sauvage de la rue. Faut s’accrocher. Mais on sera vite récompensé. Quelle énergie, quelle foi dans le cinéma, c’est hallucinant. C’est un peu comme si le cinéma des frères Dardenne rencontrait celui de Larry Clark. C’est fauché comme les blés et pourtant hyper travaillé, osé, aventureux. Il n’y a pas un plan qui relève d’un compromis, pas une scène qui ne desserre les sangles de l’ultra détermination. Le film tente plein de trucs tout le temps, filme Marseille comme jamais on n’avait vu Marseille sur un écran, n’hésite pas à être cru, âpre, constamment en mouvement, constamment sur la brèche. Et puis c’est une histoire d’amour. Une vraie. De celles qui traversent tous les naufrages. Retenons bien le nom de ces deux jeunes acteurs : Kenza Fortas & Dylan Robert. Ils sont incroyables. Il faudra compter sur Jean-Bernard Marlin, c’est évident.

Dilili à Paris – Michel Ocelot – 2018

28. Dilili à Paris - Michel Ocelot - 2018La petite fille et les mâles-maîtres.

   6.0   J’ai toujours trouvé Ocelot un peu juste. Enfin je n’avais vu que Kirikou. Là il me semble qu’il va plus loin, ne serait-ce que dans sa peinture du début de siècle, son premier plan (Dilili, petite fille franco-kanake dans un zoo humain parisien) et toute la dernière partie (sur la soumission des femmes) vachement osée. Pour le reste c’est un voyage visuellement très beau – Et une technique d’animation visant à incruster l’animation dans des photos de lieux – dans le Paris de la Belle époque avec de nombreuses rencontres avec les personnalités qui la rythmaient : On croise entre autre Marie Curie, Marcel Proust, Louis Pasteur, Toulouse-Lautrec, Camille Claudel, Claude Monet, Erik Satie, Auguste Renoir etc. Elles n’apportent rien au récit, concrètement parlant, en revanche elles permettent un beau voyage pédagogique, elles font un beau décor de cinéma. Avec en filigrane la dimension politique sur l’émancipation des femmes, on peut dire que c’est le parfait produit pour les sorties scolaires.

Le Ventre de l’Amerique – Luc Moullet – 1996

30. Le Ventre de l'Amerique - Luc Moullet - 1996Entre Jean & John.

   7.0   Les Etats-Unis sont la grande puissance mondiale. Mais ce qui plait à Moullet, évidemment, c’est moins de montrer sa franche réussite que celle de l’ennui et l’obésité, montrer qu’il existe une Amérique profonde, très loin du rêve qu’elle véhicule à Hollywood. Il choisit d’aller filmer Des Moines, dans l’Iowa. S’il a choisi Des Moines c’est entre autre par plaisir politico-cinéphile puisque la ville se situe sur la route, à égale distance, de Winterset, ville de naissance de John Wayne et Marshalltown, ville de naissance de Jean Seberg. J’ai beaucoup pensé au We blew it, de Thoret, devant Le ventre de l’Amérique, qui joue du road movie au travers des miettes d’un rêve voire de son illusion, coincé dans un monde aussi désuet qu’il peut l’être dans nos campagnes, à Foix ou ailleurs. C’est une ville qu’on verrait bien aujourd’hui ériger ses drapeaux à la gloire de Trump. Si elle semble autarcique et hyper véhiculée, comme un village perdu dans lequel l’autoroute n’arriverait pas, à l’instar de celle que l’on voit dans le Cars de Lasseter, elle ne dégage pourtant rien de familial, aucune chaleur humaine – Les dernières minutes à ce titre sont cinglantes : Un chauffeur de bus aide une femme en fauteuil roulant à descendre de son véhicule, puis l’abandonne là sur le parvis de rien, immense parking faisant office de désert de béton, où la vie semble disparue depuis longtemps, où l’on contemple la mort avant l’heure. On se croirait presque dans les fictions récentes de Virgil Vernier, on pense beaucoup à Andorre, Mercuriales ou Sophia Antipolis. D’autant que la voix off de Moullet se fait plus rare, moins ironique, elle constate parfois amèrement. Les images sont trop fortes. La banalité l’emporte : Le centre de Des Moines abrite un quartier de gratte-ciel, c’est un centre propice au travail, un pôle d’activité dépourvu de lieux d’évasion – On y trouve aucun café, aucun lieu de culture – bref il n’y a pas de vie ici, les gens apparemment se croisent dans d’immenses corridors au premier étage des immeubles. Puis sur trente kilomètres, dispatchées en étoile, se trouvent des routes jonchées par des habitations – Dans lesquelles Moullet finira par entrer, en reporter curieux et silencieux, assistant à un diner. Même si l’emphase de Moullet frappe probablement encore, ça semble être d’une tristesse infinie ici. Parmi le tas d’idées qui jalonnent le film, j’aime celle d’avoir filmé un train de marchandise de son entrée dans le plan à sa sortie du plan. Même si on ne voit pas ce plan en entier – Il est découpé en deux parties : On voit l’entrée, puis plus tard la sortie – je ne peux m’empêcher de penser à RR, de James Benning, qui lui aussi raconte beaucoup de l’Amérique qu’on voit moins, à sa manière. Pouvoir effectuer des ponts comme celui-ci, entre Moullet et Benning, est aussi un grand plaisir cinéphile, j’imagine.

Runaway train – Andreï Kontchalovski – 1986

18. Runaway train - Andreï Kontchalovski - 1986Effroi blanc.

   6.0   Andreï Kontchalovski aura eu une carrière très étrange. Difficile en effet de faire le lien entre ses premières fresques russes et Tango & Cash. Lui, le fils de l’écrivain Serguei Mikhalkov et frère du cinéaste Nikita Mikhalkov, qui aura entre autre écrit avec Tarkovski, c’est en utilisant un scénario de Kurosawa qu’il aura imprimé sa présence au sein du paysage hollywoodien. S’il se clôt sur une citation de Skakespeare, Runaway train n’a pourtant rien du parfait film d’auteur cherchant à faire les yeux doux aux festivals de renom. Il y a quelque chose de pourri dans ce film, qui ne cherche pas à être aimable, ne convoite ni les morceaux de bravoure, ni n’offre une place séductrice à ses acteurs. Magnifique casting pourtant : Jon Voight, Eric Roberts, Rebecca de Mornay. On dirait l’un de ceux que les thrillers des années 90 sauront nous concocter par la suite. Mais les personnages sont aussi disgracieux qu’antipathiques, du coup on s’y attache peu. L’ensemble est assez réussi, mais je suis un peu déçu. C’est vraiment le genre de film que j’aurais mieux fait de découvrir ado. La mise en scène n’est pas toujours très inspirée – à l’image de la séquence du tunnel et du pont, hyper mal fichue alors que tout y est pour te sortir un truc d’anthologie – c’est beaucoup trop cisaillé, il y avait mieux à faire du train et des lieux qu’il traverse je pense, et mieux à faire que ces incessants parallèles avec le centre d’aiguillage. J’aime beaucoup la fin, malgré tout, la séquence avec l’hélicoptère et surtout les dernières secondes avec ce serpent d’acier qui semble glisser entre glace et tempête dans un enfer blanc glaçant.

12345

Catégories

Archives

avril 2019
L Ma Me J V S D
« mar   mai »
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930  

Auteur:

silencio


shaolin13 |
Silyvor Movie |
PHILIPPE PINSON - ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Playboy Communiste
| STREAMINGRATOX
| lemysteredelamaisonblanche