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Les nuits blanches du facteur (Belye nochi pochtalona Alekseya Tryapitsyna) – Andrey Konchalovsky – 2015

15. Les nuits blanches du facteur - Belye nochi pochtalona Alekseya Tryapitsyna - Andrey Konchalovsky - 2015Panique au village.

   2.5   Ce titre dostoïvskien m’inspirait bien plus que le nom de son auteur, cinéaste impossible à identifier, lancé par Tarkovski avant de qu’il ne touche et dérive dans le cinéma hollywoodien, puis qu’il revienne sur ses terres natales. On comprend vite que le film ne sera en rien dostoïevskien. Qu’il sera aussi hybride que le parcours de son auteur. Difficile de comprendre, là aussi, ce que souhaite filmer Kontchalowski. Ce personnage solitaire, la communauté locale (campée par des non-professionnels puisqu’ils habitent tous réellement les lieux) ou ce petit bout de terre, de L’oblast d’Arkhangelsk, en bord du lac Kenozero, dont on ne peut accéder que par bateau ? Un peu des trois probablement, mais il rate les trois. A vouloir faire le « récit documentaire » du quotidien de ce facteur qui, lors de sa distribution du courrier, se mêle au quotidien des gens du village, qu’il accompagne d’une discussion, un souvenir, une confession durant le partage d’une cigarette, un petit déjeuner ou une simple promenade, le film se trahit en permanence d’un point de vue formel : Sa reconstitution de ces petites saynètes quotidiennes s’accompagne de plans ridiculement poseurs, placements de caméra improbables quand on navigue en intérieur, de grands angles beaucoup trop préparées quand on se situe dehors, d’autant que les couleurs sont saturées de fluo, c’est affreux. La courte focale est sans doute sensée créer un supplément de vertige documentaire mais tout est bien trop mécanique et désincarné pour que ça fonctionne. C’est la même chose pour les apparitions fantaisistes : Quand il n’y a rien à voir ou pas grand-chose, sur cette barque avec ce petit garçon pétrifié ou dans base de lancement spatiale, que le film garde son mystère entier, il tient éveillé ; en revanche, quand il est plus explicite, tout s’écroule, à l’image des hallucinations du chat gris sans intérêt, de la séquence du rêve/souvenir dans l’école (L’idée est belle, mais Kontchalowski fait sa comme un tâcheron) ou encore de ce plan qui voit s’envoler une fusée en arrière-plan, qui rappelle un peu les troublantes et superbes apparitions de vaisseaux spatiaux dans le Still life, de Jia Zhang-ke, mais qui revête ici qu’un écart de petit malin, une sorte de gadget aussi inutile que tout le film lui-même. D’ailleurs le film ne s’en tient pas à sa dimension semi documentaire et semi improvisée : lorsqu’on comprend qu’il balance un peu de fiction là-dedans avec une histoire de moteur volé et de départ d’une sœur vers la ville, on se dit que Kontchalowski n’a vraiment pas grand-chose à raconter.

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