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Archives pour juillet 2019



Mur murs – Agnès Varda – 1982

18. Mur murs - Agnès Varda - 1982Entre les murals.

   6.0   On sait que les murs ont des oreilles, mais Varda préfère utiliser leur façon de s’exprimer. Le titre l’annonce de façon ludique dans un joli jeu de mots : Il sera question de mur, de murs et de murmure. Ou plutôt du murmure des Murals, puisque c’est ainsi qu’on appelle ces peintures murales de la ville de Los Angeles. Ce murmure c’est évidemment celui des opprimés, qui se murmure d’ailleurs moins qu’il se crie, se scande. Il raconte, c’est sa priorité, rien n’est jamais gratuit sur ces murals. Qu’on revendique son amour pour une femme ou qu’on crache sur la violence de la guerre, ces fresques sont le témoin, parfois éphémère – En cela on rejoint aussi le travail de JR, qui sera aux côtés de Varda pour Visages Villages – du monde. Comme à son habitude, Varda commente beaucoup, parfois tout à fait inutilement, mais toujours avec poésie, malice et suffisamment de délicatesse pour ne pas se tirer la couverture. Et si la plupart des scènes sont des plans de ces murals, Varda n’oublie pas de donner directement la parole aux artistes, aux habitants des quartiers. Donc comme toujours chez elle, ça fourmille, c’est épatant et passionnant.

Les voleurs – André Téchiné – 1996

11. Les voleurs - André Téchiné - 1996Les égarés de Lyon La Duchère.

   4.0   Techiné pour moi c’est souvent des « Oui, mais je n’irais pas jusqu’à le revoir » (Pas sûr d’avoir revu ne serait-ce qu’un Techiné, tiens) mais aussi régulièrement des « Non » d’ennui absolu. Si Les voleurs fait malheureusement souvent partie de cette deuxième catégorie, j’y vois quand même des choix forts, à l’image du montage non linéaire avec des chapitres qui changent de personnage principal à chaque fois, façon Rashomon, au moyen d’une construction narrative avec ces flashbacks en étoiles. C’est très audacieux. A défaut d’être palpitant. Les voleurs, pour moi, c’est la version française de The yards, au sens très péjoratif du terme, pour le coup. La séquence pivot sur les chemins de fer est probablement la meilleure, d’ailleurs, sans doute parce qu’on y parle moins. C’est un film beaucoup trop bavard, dans son ensemble. D’autant qu’il est aussi trop hystérique, donc on est abreuvé de séquences dialoguées trop écrites, qui fonctionnent uniquement sur des échanges survoltées, parties de ping-pong verbales éreintantes. Mon autre souci c’est Auteuil. J’arrive pas avec ce mec, c’est terrible. Autant je trouve Deneuve, Magimel et les autres, même le gamin, tous très bons ici, autant lui me semble complètement à côté de la plaque, comme d’habitude.

Bébé part en vadrouille (Baby’s day out) – Patrick Read Johnson – 1994

25. Bébé part en vadrouille - Baby's day out - Patrick Read Johnson - 1994Maman, je me débarrasse des kidnappeurs.

 5.0   Difficile de parler objectivement de Bébé part en vadrouille, étant donné que j’ai plus ou moins « grandi » avec. Ce qu’on a pu se faire comme répliques avec le frangin – et encore aujourd’hui, sans savoir que ça vient de là, parfois – ça m’a fait halluciner, du style : « Si vous vous limitez à deux rôtis de porc mayonnaise par jour, peut-être que ça irait mieux, vous croyez pas ? » ou « C’est un méchant singe » ou « Et à chaque fois on est vraiment à deux doigts, hein » ou « Et si t’essayais un peu dans l’autre sens, pour voir »… Bref ça m’a rappelé de bons souvenirs, déjà. D’émouvants souvenirs, même. J’aime toujours beaucoup l’idée que le film utilise un livre pour enfant à l’intérieur de son scénario, que le film qu’on regarde se cale sur l’histoire favorite du bambin, que son périple suive celui du bébé dans son livre, dans un bus, un taxi, au zoo ou dans un immeuble en construction. Le générique sur les pages de ce bouquin j’ai trouvé ça vraiment beau, dans l’esprit de ce qu’avait fait Chérie j’ai rétréci les gosses, quelques années plus tôt, finalement.

     Il faut le voir comme un film strictement réservé aux enfants. Et en l’état il fonctionne (encore) admirablement. Déjà, il est bien fichu techniquement. On sent l’équipe d’ILM derrière les effets spéciaux, les incrustations sont parfaites : On a l’impression de voir le bébé traverser un boulevard, faire l’équilibriste sur une planche entre deux immeubles ou bien faire des câlins avec un gorille. Le gros problème, mais qui découle de la cible du film, c’est l’interprétation des kidnappeurs. Ils en font quinze tonnes. En fait, ils font comme ceux de Maman j’ai raté l’avion – Mon fils m’a très vite dit que les deux films se ressemblaient, j’étais fier, même si c’est davantage au second auquel on songe, New York, la dimension cartoon plus imposante et l’immeuble en construction final aidant – mais ils sont moins bons que David Stern & Joe Pesci. On sent que l’objectif c’est clairement de faire marrer l’enfant de sept ans – Et ça a bien fonctionné sur le mien – donc leur jeu est volontiers exagéré, leur débilité hautement prononcé.

     Certes on pourra se dire, à l’instar du film auquel il se réfère, que Bébé part en vadrouille est quasi reaganien, dans sa façon de montrer qu’à l’intérieur de ce beau tableau bourgeois rien n’entrave l’amour familial, sans compter son triomphe in-extrémis des vétérans de guerre, chez qui le bébé finit par échouer providentiellement. C’est vrai. Mais on pourrait tout aussi bien dire que c’est un peu faux, puisque si les méchants sont arrêtés à la fin ce n’est que par l’intervention improbable de ce bambin qui pousse les flics à retrouver son livre-doudou chez ses ravisseurs. Et puis d’ailleurs, le fait que le film copie un livre pour enfants vantant le mérite familial l’exonère in fine de tout message politique. C’est le livre qui est politique ou bien l’éducation que cette famille offre à son bébé, en lui lisant chaque jour ce livre, le film, lui, s’en tient à son dispositif de « bébé qui s’occupe des méchants ».

     Il est certain que moi, aujourd’hui, je suis forcément davantage touché par un film de voisinages avec petites familles modestes plutôt que par ces histoires se déroulant dans des châteaux. Car c’est aussi ce que j’aime dans le cinéma, aussi enfantin soit-il : l’ancrage dans une famille où l’argent s’avère sinon problématique très présent : Chérie j’ai rétréci les gosses, Allo maman ici bébé, Les goonies, mais aussi Kramer contre Kramer, dans un autre niveau, qui est l’un des meilleurs exemples de films familiaux prenant tout particulièrement en compte la dimension financière. Dans Bébé part en vadrouille on se dit que de toute façon la riche famille peut filer sans sourciller cinq millions de dollars de rançon aux kidnappeurs. C’est un détail, on s’en fou un peu, mais tout de même.

     Bébé part en vadrouille n’est donc qu’un produit dérivé de Maman j’ai raté l’avion. John Hugues produisait ces machins-là à la pelle, à l’époque. C’est un cinéma bien ancré dans les années 90, avec lequel j’ai grandi, donc qui m’est particulièrement cher. Le réalisateur n’est certes pas un yes man aussi efficace que le futur réalisateur de Harry Potter, néanmoins le film reste chouette, rythmé, plutôt bien équilibré.

Captain America, First avenger – Joe Johnston – 2011

01. Captain America, First avenger - Joe Johnston - 2011Le cul de l’Amérique, prémisses.

   6.0   C’était le seul opus des Captain America que j’avais déjà vu, quelques mois après sa sortie je crois. J’avais évidemment détesté. En fait c’est vachement bien. Déjà parce que c’est Joe Johnston aux commandes et qu’il imprime sa personnalité, on y retrouve nombreux de ses fétiches motifs : La machine à déformer la matière (Le Dr Zola est la version nazie de Wayne Szalinski, le gentil papa de Chérie j’ai rétréci les gosses), la rupture temporelle (Il y a du Jumanji, là-dedans), le loser héroïque et la comédie romantique. Mais aussi car c’est un beau récit de héros qui n’a d’abord rien d’un héros, la crevette de l’armée qu’on choisira de transformer en super soldat pour ses velléités courageuses et sacrificielles. Le film est passionnant aussi parce que la majorité de l’action se déroule en temps de seconde guerre mondiale – Ce qui restera inédit dans l’univers Marvel – et qu’il faut affronter un super vilain nazi tellement super vilain qu’il opère en marge des directives d’Hitler dont il était d’abord le bras droit. Evidemment tout est probablement dans les bouquins mais c’est une belle idée que Johnston exploite bien, d’autant qu’après avoir endossé les traits d’Hugo Weaving – visage à jamais associé à La Matrice – Crâne rouge devient physiquement une sorte de fusion entre Voldemort et Dark Maul. Bref, il est flippant. Dans mon souvenir le film masquait mal son ultra patriotisme, mais c’est plutôt le contraire, tant il n’est pas si tendre avec l’Amérique (Beaucoup moins que dans Iron man, par exemple) qui considère le spectacle de propagande comme le plus importants des fronts – C’est d’abord là qu’on envoie le nouveau Steve Rogers : Promouvoir les obligations de guerre lors de show ridicules où il devra jouer « Captain America ». Et puis je le disais, le film glisse souvent vers la romance – Comme c’est le cas dans chacun des films de Joe Johnston, c’est une constante dans son cinéma de grand romantique – jusque dans ce coup de fil quasi final entre Steve Rogers (avant le crash) et Peggy Carter – Et quand tu revoies ça en sortant d’Avengers Endgame, ça fonctionne à plein régime : « You know, I still don’t know how to dance ». Emouvant, forcément.

Iron man 2 – Jon Favreau – 2010

09. Iron man 2 - Jon Favreau - 2010Le MCU s’en va-t’en guerre.

   3.0   Si l’indulgence soudaine que je voue à cette saga répond très probablement au lâche mépris que j’avais pour elle depuis dix ans, il faut savoir aussi reconnaître quand c’est mauvais (Thor, le monde des ténèbres) ou raté (Docteur Strange) même si on se prend d’attachement pour l’univers en général. Et parfois c’est aussi mauvais que raté, c’est le cas d’Iron man 2. Je sauve néanmoins quelques trucs. Rourke, avec son accent russe, son perroquet et son cure-dent – mais aussi la scène sur le circuit de Monaco. Pepper Potts, la confirmation. Et bien entendu Scarlett Johansson. Même si les personnages de l’un comme l’autre sont ici totalement bâclé, à l’image du reste : Il suffit que chacun fasse son petit numéro de cabotin – Grand vainqueur à ce petit jeu : Sam Rockwell, ça vous étonne ? – et qu’on nous balance la traditionnelle séquence de destruction massive finale ici réduite à un fourre-tout explosif indigeste. Et le tour est joué.

L’incroyable Hulk (The incredible Hulk) – Louis Leterrier – 2008

04. L'incroyable Hulk - The incredible Hulk - Louis Leterrier - 2008De l’influence des rayons gammas sur le comportement d’un scientifique.

   4.0   C’est assez faible. Enfin disons plutôt que le film gâche ses promesses de départ. En effet, le choix de faire table rase des origines du personnage en balançant les grandes lignes de sa première transformation en géant vert qui fit un carnage dans le générique introductif a tout de l’idée payante. On peut même le voir comme une suite du film d’Ang Lee, qui s’arrêtait lors de la fuite de Banner vers l’Amérique du sud. Le choix de suivre ce personnage dans sa nouvelle vie-cavale dans laquelle il souhaite juste qu’on le laisse tranquille et cherche par tous les moyens l’antidote à sa schizophrénie monstrueuse permet une moitié plutôt prometteuse.

     Le semblant de raccrochage à la romance impossible aussi : En gros, Bruce Banner fuit doublement celle qu’il aime puisqu’il ne veut pas lui faire de mal, mais aussi parce qu’elle est la fille du général de l’armée américaine, soit celui qui est à ses trousses et voudrait utiliser son sang pour créer un nouveau soldat invincible – Idée relativement similaire à celle qui traverse Iron man, avec ce désir pour certains de créer cette armure d’acier à la chaîne pour qu’elle devienne l’arme de guerre ultime.

     Le film se suit bien, notamment dans sa partie favelas au Brésil, réussit la séquence de la première transformation de Banner  (la scène est bien troussée, techniquement) et promet dans son évasion à travers le Guatemala et le Mexique pour trouver ce fameux Mr Blue qui détient peut-être son sérum miracle. Sauf que dès lors tout devient lourd, ses scènes d’action aussi laides que prévisibles, son méchant n’a absolument aucun intérêt, l’abomination qui le supplante est par ailleurs super moche, sans relief, franchement il aurait mieux fallu ne pas le montrer. Quant à la bataille finale, elle est vraiment mal fichue. Dommage.

     Et puis je ne trouve pas le film indispensable au sein de la saga, j’ai même l’impression qu’il ne sert à rien. D’ailleurs, que devient Betty Ross, la petite amie de Banner ? Ce n’est jamais exploité par la suite. J’ai un peu l’impression qu’on ne creuse pas très bien le cas Hulk-Banner dans le MCU. Ensuite, concernant l’acteur, c’est un peu problématique. Enfin ça ne devait pas l’être avant, mais aujourd’hui Banner c’est Ruffalo, quoi. Il est génial dans ce rôle. Norton est bien mais comme souvent il est un peu trop dans l’emphase pour incarner à la fois la fragilité et l’intelligence de Banner. Ceci étant, ça se regarde, hein.

Iron man – Jon Favreau – 2008

07. Iron man - Jon Favreau - 2008Cas de conscience.

   5.5   En sortant d’Avengers Endgame, la moitié de la salle – J’en faisais parti – restée durant l’interminable générique de fin, se désolait de n’avoir aucune scène post générique à se mettre sous la dent – Friandise dont la saga s’est faite une habitude d’offrir. Restait ce bruit de marteau, lointain, comme étouffé. C’est tout. Grâce aux écumeurs geeks, on apprit rapidement d’où il provenait et l’hommage qu’il rendait. Il fallait revenir à Iron man : Ces coups de marteau sont ceux que l’on entend dans la grotte afghane lorsque Stark se fabrique sa toute première armure. C’est pas grand-chose, certes, mais justement, pour une saga qui ne s’est jamais fait le chantre de la subtilité, c’est assez surprenant. Je trouve ça même assez beau, en fait. C’est une belle idée de boucle – Rappelons qu’Iron man est le premier volet du MCU – aussi symbolisée par la présence discrète (dans la quasi scène finale de « tous les visages ») de Jon Favreau, réalisateur du premier opus donc, qui joue aussi Happy Hogan, le garde du corps de Stark.

     Ce premier film n’a rien de transcendant et semble être très fidèle aux comics tant la mise en scène est relativement anecdotique, passe-partout. Iron man aurait pu être réalisé par un autre yes man qu’on y aurait vu que du feu. Le film repose entièrement sur l’écriture de Lee & Kirby, et surtout sur la présence de Robert Downey Jr. qui aura créé un tel personnage qu’on ne voit vraiment pas aujourd’hui qui d’autre que lui pouvait à ce point l’incarner. Malgré tout, la première partie est sombre, l’humour inhérent au personnage n’est pas encore de mise, il faut attendre son retour d’Afghanistan et la transformation du faiseur de guerre en sauveur pour que le ton de la saga se mette en place, au détour de la relation entre Stark et Pepper Potts (Gwyneth Paltrow, sublimissime là-dedans) mais aussi de la relation de proximité que le personnage entretient avec son spectateur puisqu’on est souvent dans son casque, avec sa nonchalance et ses blagues. La trame est très classique et on voit tout venir à des kilomètres – notamment car Jeff Bridges est aussi subtil que l’était Nick Nolte dans le Hulk de Ang Lee – mais il y a un plaisir certain, ici parce que l’action est relativement lisible, là parce que les saillies burlesques sont bien disséminées et canalisées. Comme d’habitude, le final verse trop dans la prouesse pyrotechnique, en revanche la séquence d’évasion en Afghanistan est encore géniale aujourd’hui.

Un été à la Goulette (Halk-el-wad) – Férid Boughedir – 1996

09. Un été à la Goulette - Halk-el-wad - Férid Boughedir - 1996Paradis jamais perdu.

   7.5   La Goulette « c’est un mythe » pour reprendre les mots de Boughedir lui-même. C’est un lieu où trois religions monothéistes vivent en harmonie et Youssef le musulman, Jojo le juif tunisien et Giuseppe le sicilien catholique incarnent ce cosmopolitisme miraculeux : Les trois hommes n’en forment qu’un seul, en définitive puisqu’ils portent tous le même prénom. La Goulette c’est aussi ce lieu en banlieue de Tunis, qu’il a connu, comme il a connu Halfaouine, un lieu où sont gravés nombreux de ses souvenirs d’adolescence, lors de vacances estivales, qu’il envisage de restituer ici librement, avec des embryons de fiction en plus (Le défi de la perte de virginité, le retour d’une star dans son pays natal) et l’urgence réelle d’un monde menacé : Le récit s’ouvre à l’aube de la Guerre des Six Jours, sans nous le dire, puisqu’il faudra attendre la fin du film pour enfin connaître la temporalité dans laquelle baigne le récit duquel on vient à peine de s’extirper.

     C’est l’histoire du port de la Goulette, donc. Les couleurs y sont plus franches que les quartiers d’Halfaouine, on y sent aussi davantage la chaleur. L’image y est somptueuse, sans qu’on navigue non plus en pleine carte postale. Le climat est estival, solaire, les portes bleus azurs brillent de mille feux en écho à l’océan qui vient caresser le sable des plages côtières. Les trois jeunes demoiselles du film sont les plus belles créatures qui puissent exister, les nouvelles Claudia Cardinale, en somme. Cette plage devient une « nouvelle terrasse » soit un espace de séduction franc, mais aussi d’escapades familiales ou de repos solitaire. C’est ici qu’on y fait la rencontre de TSF, notamment, incarné par Michel Boujenah, sorte de fou errant accroché à une radio dont il rapporte lors de savoureux running-gags, les informations qui crachent les menaces de la guerre. Mais ici, dans ce petit ilot de paradis, les gens sont plus sensibles sitôt qu’on leur annonce le retour sur ses terres natales de « l’enfant du pays » : Claudia Cardinale. En chair et en os dans une très jolie scène de balcon.

     C’est aussi l’histoire d’un juif, d’un catholique et d’un musulman. Trois irréductibles pères de trois irréductibles filles séduites par trois irréductibles jeunes prétendants. Comme dans Halfaouine, Un été à la Goulette est l’occasion pour Férid Boughedir de développer tout un tas de personnages hauts en couleur, ici l’oncle propriétaire pervers qu’on appelle le hadj parce qu’il a fait le pèlerinage de La Mecque, l’homme à la radio qu’on appelle TSF, mais aussi la sœur délaissée pour avoir enfanté sans mari, ainsi que l’étrange et bon-vivant Miro, campé par l’acteur qui jouait Salih dans le film précédent. Et bien entendu de s’intéresser au quotidien de ces personnages centraux. On oublie les tripes pour la cérémonie de circoncision dans Halfaouine et l’on observe Jojo dans sa fabrication des briks à l’œuf. Et le film se promène ainsi d’une religion à l’autre, sans privilégier l’une sur l’autre : C’est le métissage et la douceur de vivre qu’on y célèbre. Que La Goulette soit qu’un village de surnoms illustre déjà tout.

     Mais un jour, Meriem, la musulmane, Gigi, la juive et Tina, la catholique, s’érigent contre ce pseudo paradis. Les trois jeunes demoiselles sont des femmes des temps modernes, elles sont en révolte, en quelque sorte. Contre leurs mères (qui s’écrasent), leurs pères (qui écrasent) et la Goulette et son autarcie malade de l’intérieure. Le fait d’envisager de perdre leur virginité avec un garçon d’une autre religion et sur un presque coup de dé, représente les limites de cette curieuse cohabitation multiconfessionnelle en plus d’annoncer un peu de son effondrement. Le plus beau symbole de cette révolte audacieuse sera portée par Meriem, qui va accepter de se parer du voile – comme le hadj ne cessait de lui imposer ; comme sa mère tentait de lui prescrire sans vraiment y croire elle-même – en l’utilisant à l’opposé de sa supposé vertu, soit moins pour se couvrir que pour se découvrir. Meriem trouve plus fort que de se jeter dans les bras du premier jeune inconnu, elle fait mine de respecter les codes pour les renverser brutalement.

     Le hadj est le méchant du film, un ogre beaucoup plus concret que le circonciseur qui hante les cauchemars des enfants, dans la mesure où il terrorise aussi les adultes, ceux qui ne paient pas leurs loyers, en plus de courir après les adolescentes, avec l’œil du félin. Pourtant, on ne le déteste pas. Enfin, son personnage n’est pas si détestable. On pourrait même dire qu’il a quelque chose de Jérôme (Jean-Claude Brialy) dans Le genou de Claire, dans son appétit et son orgueil, puisqu’en guise de défi d’un genou à caresser, le hadj se persuade de revoir le corps de cette demoiselle qu’il a malencontreusement aperçue nue sous sa douche. Certes il est un peu dégueulasse, mais je suis certain que Boughedir l’aime beaucoup, ce personnage, sinon il ne lui offrirait pas une si belle mort. Et puis c’est un pilier qui s’effondre – dès l’instant qu’il a « gouté » la pomme – à l’image de cet éden si singulier, c’est très beau. J’aime d’ailleurs beaucoup cette idée de voir TSF annoncer que la guerre est finie tandis qu’on a le sentiment qu’il annonce plutôt la mort du hadj, victime d’une crise cardiaque à la vue de la beauté nue de Meriem.

     Le hadj pourrait être l’ogre de Noura si l’on était encore dans Halfaouine. On peut imaginer qu’il est l’ogre des enfants d’Un été à la Goulette. On les voit peu ces enfants de « l’entre deux âges » ici mais chaque fois que Férid Boughedir s’y penche, ils semblent voguer hors du monde, les ruelles du port de La Goulette sont leurs terrasses d’Halfaouine. Et on les voit pleurer dans un escalier à l’écoute des colères des pères, assis sur un trottoir en train de chantonner un air populaire tunisien. Ils sont l’une des nombreuses délicates passerelles entre les deux films. La plus grande étant bien entendu le regard sur la sexualité, vécu dans l’un comme une simple excitation curieuse, dans l’autre comme un rite d’émancipation. Dans l’un à travers le regard de garçons, dans l’autre à travers celui des filles.

     On pourra toujours reprocher à Boughedir d’opter, dans ce film-ci autant que dans le précédent, pour des séquences beaucoup trop courtes, qui ne prennent jamais le risque d’un trouble. Boughedir le dit, il voulait tellement en dire, tellement en raconter, qu’il était impossible de trop s’étaler sur une durée normale de long métrage. Il voudrait faire un dossier complet sur la Goulette. Aujourd’hui on en ferait une série. Autre chose : A contrario d’Halfaouine qui faisait tout vivre du point de vue de Noura, donc du Férid Boughedir de douze ans, Un été à la Goulette manquerait-il d’un regard, d’un point de fuite ? Il tente d’en embrasser plein et se perd un peu dans son registre choral. Pour le meilleur, dans sa façon de faire cohabiter les religions tout en douceur et sensualité entre ces trois jeunes femmes. De façon plus lourde entre les trois pères, qui suivront un schéma basique d’amitié inséparable – avec cette essence magnifique d’amitié multiconfessionnelle – avant de se chamailler puis de finir par se réconcilier. Reste malgré ses défauts le témoignage émouvant d’un monde englouti, dont on perçoit les failles mais aussi les richesses.

     C’est une communauté mixte dont l’équilibre repose in fine sur le respect des tabous et des secrets. Par exemple on y interdit les mariages inter-religieux afin que chaque culture continue d’exister et ne se fonde pas dans une autre. Mais chacun partage néanmoins les évènements de chaque communauté. Par exemple, c’est Youssef qui offrira son aide à Jojo lorsque ce dernier, en plein shabbat, ne peut utiliser l’électricité. On y voit ici les trois mères ensemble sur la tombe d’une sainte musulmane – Un écho avec les trois filles reproduisant le même recueillement (avec une sourire malicieux magnifique) afin de faire croire à leurs pères qu’elles ne sont pas allés perdre leur virginité aux ruines de Carthage, offre un moment de légèreté assez à l’image du film, je trouve – au même titre que chacune assiste à la procession de la Madone de Trapani.

     Il y a de jolies séquences insolites qui réitèrent un peu de l’onirisme nocturne d’Halfaouine, ici dans cette équipée où les garçons regardent à l’intérieur de petits trous secrets dans les murs des maisons pour voir la face cachée du monde : Une vieille actrice qui raconte aux enfants que La Goulette est le centre du monde ; un homme qui découpe des brèves de journaux ; Une femme qui s’entretient avec des amants imaginaires. Apparitions qui semblent aussi lointaines que le monde hors de La Goulette. On se souvient de Noura qui appréciait d’un œil détaché la politique et le monde hors du sien, ici c’est pareil, les jeunes dragueurs qui rentrent toujours bredouilles volent sans cesse l’antenne radio de TSF peut-être pour l’embêter mais aussi inconsciemment afin qu’il ne rapporte pas les mauvaises nouvelles des guerres à venir. Un moment donné Boughedir pose sa caméra devant un cinéma. On y diffuse un film de Youssef Chahine. Un autre Youssef, tiens. De cette séance estivale et nocturne, certains sortent très âpretés, prêt à enquiller sur une deuxième partie de soirée, quand d’autres sont déjà en pyjama prêts à retourner se coucher. On est comme à la maison. Si l’autre monde doit entrer à La Goulette, mieux vaut qu’il le fasse par les voies de la fiction que par celles du réel.

     Le dernier plan est merveilleux : Le vendeur de cacahuètes, qu’on apercevait plus tôt se faufiler entre les familles et leurs serviettes, semble dorénavant seul sur cette plage, mais vient proposer ses gourmandises à l’une des seules familles qui est resté (pour combien de temps ?) tandis que dans le fond du plan, un immense cargo (dans lequel toutes les autres familles sont peut-être entassées ?) traverse le cadre. C’est à cet instant, sur cette fin, cet ultime plan que Boughedir nous offre une donnée temporelle – jusqu’ici le récit semblait naviguer hors du temps – et le contexte historique : Un carton final qui nous renseigne qu’on est en 1967 à la veille d’une deuxième guerre durant laquelle juifs et catholiques vont quitter la Tunisie. La Goulette, sa sublime mixité, éden cosmopolite est sur le point de s’éteindre. C’est très émouvant. Et surtout ça donne beaucoup plus de poids à ce personnage un peu fou, accroché à sa radio – car proche de ses amis (La Goulette) mais plus proche encore de ses ennemis (Le Monde) – sa folie, sa peur de la guerre et de la fin de ce monde.

Chronique également disponible ici : http://homepopcorn.fr/test-blu-ray-un-ete-a-la-goulette-realise-par-ferid-boughedir/

Le pique-nique (Nozha Raïqa) – Férid Boughedir – 1975

06. Le pique-nique - Nozha Raïqa - Férid Boughedir - 1975Papa est en voyage « galère ».

   5.0   Le moyen-métrage « Le pique-nique » réalisé en 1975 retrace moins la chronique d’un pique-nique qu’on attendait renoirien que le voyage perturbé vers ce pique-nique. Le film s’ouvre sur une voie ferrée, suit un homme dans un train et se fermera exactement de la même manière, par son retour. Il y a du Rozier dans cette affaire de parenthèse. L’homme se rend pour manger, chez un marchand plus riche que lui, un panier de raisins sous le bras. Ses pensées, parfois, nous sont offertes en voix off. Ses inquiétudes, surtout. Elles seront d’abord balayées lorsqu’il découvrira le repas concocté par ses hôtes : Comme il le fera quinze ans plus tard, Boughedir tient à montrer ce que regorgent les assiettes et cocottes : pieds de bœuf, ragoût, tarte aux anchois et poulet farci. Tout y est. L’homme salive, le voyage en voiture peut commencer. A l’arrière, les femmes se maquillent ou se montrent des photos de leurs cérémonies : La circoncision d’un neveu, le mariage d’une sœur. La voiture est minuscule mais déjà, on perçoit ces deux-mondes, thématique qui sera au cœur d’Halfaouine, L’enfant des terrasses. Et Le pique-nique surprend puisque l’on comprend vite que le film fera le récit épique de ce voyage vers un pique-nique qui n’aura jamais vraiment lieu. Vaisselles cassées et ragoût éparpillé sur les djellabas d’abord, une arrestation policière ensuite, puis une panne de bougies. Le film joue aussi beaucoup sur un burlesque de situation à la Tati lorsque ce français, qui passait par là, s’emploie pour réparer le moteur mais va tout casser plus qu’autre chose. Voiture à l’arrêt, les voyageurs se séparent. Les femmes jouent aux cartes, les hommes recherchent un puits convenable. Le poulet finira par bruler, heureusement que notre homme avait rapporté des grappes de raisins.

Halfaouine, l’enfant des terrasses (Asfour Stah) – Férid Boughedir – 1990

03. Halfaouine, l'enfant des terrasses - Asfour Stah - Férid Boughedir - 1990L’oiseau de passage.

   7.0   Férid Boughedir choisit d’ancrer son récit à Halfaouine, ce quartier de Tunis loin des circuits touristiques, au sein duquel il a grandi, ces trottoirs où il a appris à marcher, ces hammams qui le firent vivre ses premiers émois. En adoptant le regard d’un enfant, comme le fera Kiarostami la même année dans Où est la maison de mon ami ? l’auteur y apporte son propre regard d’adulte traversé par ses souvenirs d’enfance. En ressort moins d’innocence qu’un constat doux-amer : l’émerveillement des découvertes, de cet éveil des sens se mélange aux peurs et petites douleurs quotidiennes, cauchemars récurrents d’un ogre velu et réminiscences de circoncision.

     D’emblée le film nous plonge dans un hammam des femmes. Dans ce monde de voûtes et d’humidité ardente, duquel se dégage un parfum surréaliste mêlé d’érotisme, un enfant est lavé. Un autre, plus grand, regarde, avec un regard semble-t-il tout neuf, yeux écarquillées, les formes généreuses qui se déploient devant lui. En quelques plans, quelques secondes, le film annonce son programme : Noura, douze ans, se trouve entre deux âges et découvre l’univers féminin. Et bientôt on l’y en chassera.

     Mais le film délaisse un temps les vapeurs des bains pour la chaleur des toits. Un plan circulaire de Tunis dévoile les mosquées et les terrasses. D’autres plans, plus brefs, nous plongent dans les patios, abritant de nombreuses vies de famille, puis dans les ruelles et ses petits commerçants. Deux mondes distincts s’ouvrent sous nos yeux : Celui des femmes (dans les maisons) et celui des hommes (dans la rue) qui ne doivent jamais se côtoyer. Trois mondes si l’on considère les terrasses, véritable refuge et terrain de jeu des enfants, uniquement guidé par la liberté et leur imagination : En effet, les maisons collées permettent si on le souhaite de voguer d’une terrasse à l’autre, de descendre dans ces patios, ces ouvertures sur le ciel qui leur envoie l’eau et la lumière de plein fouet. Les terrasses, c’est l’autre monde de Noura. De celui-ci, personne ne pourra l’y chasser : Le plan-final, magnifique, l’illustre à merveille.

     Pourtant, c’est un monde avec sa part de dangers. L’histoire de l’ogre fait une entrée magistrale dans le récit sur un travelling supplantant le réel de la terrasse nocturne avec l’imagination de l’enfant écoutant le conte de sa mère dans sa chambre. Dès lors, ce monde imaginaire chevauchera le réel à plusieurs reprises. Noura verra un boucher qui ressemble à l’ogre de ses cauchemars, un clochard qui prend l’apparence de l’assistant de cet ogre, apparitions moins angoissantes et maléfiques que dans un film de Lynch même si l’on pense un peu au personnage du rêve de Patrick Fischler dans Mulholland drive au détour d’une apparition du clochard. Si le regard de Noura sur le réel change, il est normal que ses peurs se multiplient.

     Mais à quel moment le regard d’un enfant change ? Seule la caissière du hammam et son assistante muette – deux ogres, encore – semblent en mesure de savoir, de hurler que Noura est trop grand. Noura est en sursis dans le monde de femmes puisqu’il n’est pas encore un homme. Outre le hammam, il a accès à leur intimité, assiste aux épilations au caramel, aux maquillages, aux essayages. Mais Noura a un autre regard, maintenant, sexué, il s’intéresse aux femmes nues lorsqu’il tombe sur les revues cachées de son papa. Et bientôt il se voit confier une mission aussi colossale qu’excitante par ses amis plus grands, à savoir de leur rapporter le récit de cette partie du corps qu’elles cachent tant. Mais en observant la nudité des femmes, Noura s’intriguent d’abord des casseroles et gants de toilettes qu’elles portent à leur sexe pour les masquer, puis forcément s’expose, beaucoup trop. Le hammam des femmes c’est un ventre et l’enfant en est inévitablement éjecté dès qu’il est trop grand. Noura en fera violemment les frais.

     A l’image du boucher, du cheikh, de la muette, tous les personnages du film ont plus ou moins existés dans la mesure où le film est en majorité autobiographique. Salih, le cordonnier est le plus beau personnage du monde des hommes, le seul qui soit indomptable, guidé par une âme d’artiste et qui fait donc figure de père spirituel pour Noura. Une transition sans concession fera succéder une douce scène entre Noura et Salih par une violente scène entre Noura et son père, qui lui inflige un châtiment corporel pour avoir tenté de séduire une femme voilée avec ses copains. Halfaouine, L’enfant des terrasses compense sa douceur quasi permanente par une violence parfois très sèche, symbolisée par les coups d’un père qui ne répand que brutalité, la préparation d’un enfant pour la circoncision ou l’étalage de tripes à farcir.

      Par ailleurs le film est parfois moins à l’aise dans la chronique pure que dans le maniement de visions oniriques, d’éclats à la lisière du rêve ou du fantastique. Il y a bien entendu ces résonnances entre le réel et l’imagination de Noura (une dalle qui renfermerait un trésor, le tatouage d’un scarabée sur une épaule) qui extraient le film de son confort et se marient avec les traumatismes du garçon : On le chasse de son enfance, de l’univers chaud, maternel, ce monde où sa mère lui lèche le bras pour détecter qu’il revient de la plage, pour le plonger dans les bourrasques de baffes de son père ; Et via cette terrifiante fanfare en l’honneur de la circoncision de son petit frère, qui n’a rien d’une fête pour Noura puisque ça lui rappelle sa propre circoncision. Je regrette que ces séquences soient si courtes, néanmoins, Boughedir avait moyen d’installer un vrai trouble, de ne pas avorter trop brutalement ces instants de grâce informes si perturbants.

     Halfaouine, L’enfant des terrasses est un film d’une tendresse infinie pour les femmes. Et Férid Boughedir captera l’harmonie et la magie qui règne dans cet univers à travers le regard de cet enfant. Un moment donné, sur les toits, on le verra même les observer dans l’une de leurs tâches à travers un trou dans un mur. C’est une fenêtre sur le monde. C’est un écran de cinéma. L’auteur aime filmer les femmes entre elles, prend son temps pour embrasser leur quotidien, leurs mouvements. Ce sont leurs discussions mais aussi leurs sourires, ou plus simplement leurs gestes qui nous intéressent. Ici les préparatifs de la fête pour la circoncision du frère de Noura, les plans sont saturés de mains malaxant pastèques, merguez et tripes farcies. Là une discussion entre femmes autour de la sexualité, qui débouche sur une scène pas très subtile autour de concombres et d’aubergines rapportés par le père. Mais ça fait partie du cinéma de Boughedir, de manier la lourdeur et la tendresse, de même qu’un certain jeu théâtral, notamment entre les hommes qui sont constamment dans la représentation. Il y aura d’autres instants comme celui-ci. Dès qu’un homme entre dans le champ, le film perd un peu de sa superbe.

     Car le monde des hommes ne nous intéresse pour ainsi dire jamais – et franchement il est rendu assez minable et pathétique par la caméra de Boughedir, même si c’est un pathétique doux, assez touchant qui de plus, alimente l’imagination de Noura comme on imagine il alimenta celle de l’auteur – puisqu’il n’intéresse pas non plus Noura. C’est à l’image des conflits politiques : le garçon les voit sans (tenter de) les comprendre. Il y a des défis entre copains, mais le garçon préfère généralement les voies de son imagination. Par ailleurs, on découvre en même temps que Noura, aux trois quarts du film, alors qu’il rencontre l’homme qui alimente le feu du hammam, que les hommes aussi ont leurs horaires et le fréquentent. On l’apprend mais on n’en verra jamais rien. Aussi parce que Noura n’y est pas (encore) convié. Il évolue dans un espace-temps cruel, rejeté en somme, puisque le monde des femmes n’accepte que les enfants, celui des hommes uniquement les adultes. L’adolescent vogue dans un no man’s land. Il est expulsé une seconde fois du ventre maternel, avec la douleur de la conscience en plus. Mais le film lui trouvera une issue salvatrice. Une rencontre miraculeuse. Tout devrait se terminer assez mal, mais c’est un sourire béat qui traversera le dernier plan.

Chronique également disponible ici : http://homepopcorn.fr/test-blu-ray-halfaouine-lenfant-des-terrasses/

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