Speed – Jan de Bont – 1994

01. Speed - Jan de Bont - 1994« Don’t get dead »

   8.0   Jan de Bont restera très probablement comme l’excellent « technicien » ayant opéré à la photo sur des films importants, notamment chez Paul Verhoeven ou John McTiernan. Il était aussi chef’op sur le meilleur opus de L’arme fatale (le troisième volet) de Richard Donner. Si, ça compte. En tant que réalisateur, si sa carrière s’éteint brutalement (ou presque puisqu’il réalisera dans la foulée Hantise et la suite de Lara Croft : Cqfd) suite au bide colossal que fit la navrante suite de Speed, on se souviendra du film d’origine, donc, ainsi que de Twister. Enfin moi je m’en souviendrai, c’est certain. D’abord parce que j’ai grandi avec. Ensuite parce que ça supporte plutôt bien le temps et les revoyures, il me semble. Je suis ravi d’avoir revu Speed. Ça faisait longtemps.

     C’est l’un des plus beaux films d’action offert par le Hollywood d’avant l’ère numérique. Mais c’est aussi un beau méta film prophétique. Il y a d’abord la figure du méchant, incarné par Dennis Hopper (en roue libre, comme dans ses réalisations d’antan, parfait) dont on sait qu’il fut jadis par ses films l’un des pionniers du Nouvel Hollywood. Il y a quelque chose de passionnant à le voir là avec ses bombes prêt à briser l’élan héroïque sur lequel se fonde le film d’action moderne. Un bouton lui suffit à réduire nos héros en cendres. Un bouton lui suffira d’ailleurs à anéantir le doux Jeff Daniels, bon gars, blessé, sympa, blagueur, super side-kick à la Al Powell (Piège de cristal) comme il en a souvent joué dans les films, mais tellement tristement débile dans sa chute (il meurt en fouillant la maison du méchant, maison piégée, évidemment) ce qui lui donne deux rôles de débile et de « Harry » cette année-là avec Dumb & Dumber. Se faire tuer à distance dans un film, c’est franchement scandaleux pour un personnage aussi cool et important – C’est lui qui découvre l’identité du poseur de bombes.

« Interro surprise, super-flic ! »

     Keanu Reeves est une autre de ces pistes. Il faut rappeler que Speed est le remake d’un film japonais, Super Express 109, de Jun’ya Satō. Choisir l’acteur eurasien Keanu Reeves comme acteur principal ici c’est un peu faire le choix du clin d’œil. Masqué, certes, mais il existe. Quant à Jack Traven il est un peu une déclinaison de Johnny Utah, de Point Break doublé d’une prémisse de Thomas Anderson, dans Matrix. Et Speed, en effet, est le trait d’union entre le film de Bigelow et celui des Wachowski. Autrement dit : Les années 90 c’est Keanu Reeves. Et puis, le fait que Jeff Daniels, qui incarne donc son collègue et meilleur ami dans Speed soit celui qui meurt, fait écho à une autre combinaison, tragique : Il faut savoir que River Phoenix, l’ami de Keanu Reeves depuis qu’ils ont tourné ensemble My own private Idaho, de Gus Van Sant, meurt lui aussi, vraiment, pendant que son ami bosse sur le tournage de Speed. Il ne fait pas parti du film, certes, comme Harry (Jeff Daniels) ne fait pas partie de l’action, mais on pense fort à eux.

     Tout est à double sens dans le film de Jan de Bont. Tout est pensé pour raconter autre chose que le simple petit divertissement offert par le malin scénario, qui peut aussi tout à fait satisfaire, selon l’humeur, selon l’âge – Je m’en satisfaisais pleinement étant gamin.

     On peut s’amuser à rendre les rebondissements et tiroirs du scénario tout aussi conceptuels. Speed ne fonctionnant si et seulement si le concept, à savoir le triple jeu machiavélique – Qui n’est pas sans rappeler celui de Simon, dans Die Hard III – du méchant fonctionne et perdure (Si la bombe explose, dans l’ascenseur, dans le bus ou dans le train, le héros meurt donc le film s’arrête ; traduction : ça ne peut que bien se finir) il est donc impossible d’entacher sa marche, qu’on fasse un « bond de bus » sur une bretelle d’autoroute inachevée, qu’on subisse une mini-explosion de secours beaucoup trop pratique ou qu’on apprenne l’existence d’un système vidéo qui crache l’image mais pas le son : Tout a valeur de titiller le scénario tout en le résolvant systématiquement. Quand bien même, cette dernière idée est plus que séduisante tant elle permet d’injecter une image mensongère (une parcelle d’enregistrement) pour gagner sur le terrain du méchant qui utilise toutes les sources d’images (caméras de surveillance, retransmissions journalistiques des hélicos) pour suivre son opération à distance. 

     Le film de McTiernan est par ailleurs plus puissant là-dessus : Le jeu est un leurre, il cache un dispositif plus fort encore, flirtant là aussi avec la vengeance (comme prétexte, non comme moteur) mais vers une autre forme de finalité : Celle d’un soldat qui souhaite qu’on le prenne pour un psychopathe – faire croire qu’il a piégé une école afin d’avoir le champ libre pour braquer une banque – à l’instar des voleurs de Piège de cristal, qui passent au préalable pour des terroristes.

« Prenez-le, le téléphone »

     C’est sûr, Speed s’embarrasse moins de creuser davantage que son rythme trépidant et le mobile de son bad guy. Les personnages secondaires, même si parfois assez charismatiques, sont réduits à évoluer en pantins de scénario au service du quatuor central : Jack, Annie, Harry, Howard. On note la présence de l’excellent Joe Morton, qui jouait Dyson dans T2, autre borne (intersidérale, pour le coup) du cinéma d’action dans les années 90. Ainsi qu’Alan Ruck aka Cameron de Ferris Bueller. En appréhendant une fois encore tout sous l’angle théorique, on serait tenté de dire que Speed respecte à la lettre le cahier des charges du film d’action lambda, jusqu’au langoureux baiser final. Oui, c’est vrai. Et c’est sans doute ce qui le rend plus beau : Tout ce qu’il tente est bien plus réussi (et osé : Le générique d’ouverture, je ne m’en souvenais pas, annonce la couleur : On suit l’extérieur de la descente (dans les entrailles) d’un ascenseur, trois minutes durant avec les crédits et le super score de Mark Mancina : La vitesse et la dimension spectaculaire seront posées, précises, plus géométrique que grandiloquente) que la moyenne. L’action est limpide, les plans parfaitement agencés.

     Et quand il explore le terrain de l’invraisemblable il le fait avec une telle énergie qu’on lui pardonne vite que le suspense crée décolle d’une invraisemblance. Lorsque Jack s’en va explorer la bombe sous le bus avec l’un de ces engins à roulettes de garagiste, la séquence en montage alterné est géniale, anxiogène, prend littéralement à la gorge comme si on y était : On est dans le bus avec les passagers flippés guettant le filin qui retient Jack au camion, puis sous le bus, avec Jack tout près des roues, on sent la vitesse et le bitume lui cramer son futal et ses godasses.

« Putain de merde !
- Zut alors »

     Et Speed c’est aussi une affaire de look et d’ambiance, bien de son temps. Le gilet pas glamour et les chaussures de sécurité de Sandra Bullock. La chemise ouverte et trop grande de Keanu Reeves, sur son tricot de corps blanc qui devient bientôt gris cambouis. Même les coiffures (trop courte pour lui, trop carrée pour elle) sont particulièrement de mauvais gout. Sans compter l’esprit un peu beauf du film, dans ses saynètes rigolotes mais grotesques : La réquisition de la Porsche noire pour monter dans le bus, la scène de la poussette de boites de conserves et canettes – Ou comment, une fois de plus, rendre le rebondissement plus théorique que vraisemblable. Ainsi que dans le nombre de grossièretés qui y sont scandées, il faut que ça jure pour que ça soit plus viril. Jack lui-même fait vulgaire à mâcher continuellement son chewing-gum. Et contrairement à McTiernan qui jouera lui aussi avec la diversité de façon autrement plus subtile dans Die Hard III, De Bont est plus bourrin, plus simpliste disons : L’Amérique entière se trouve dans ce bus. Tous les âges, toutes les nationalités, les humeurs et les caractères sont bien représentés.

« Il est indécrottable, ça force l’admiration ! »

     Contrairement au film japonais dont il est le remake, qui se déroulait dans un train, et contrairement aussi à la comédie française (« A fond », avec José Garcia) qui s’en inspire, qui se déroule dans un monospace, l’idée géniale de Speed, du moins dans sa longue partie centrale (La séquence du bus s’étire sur plus d’une heure) est d’imposer une vitesse conséquente à un véhicule lent.  C’est aussi la technique cinématographique que l’on convoque : Comment donner de la rapidité à l’image sans dénaturer sa vitesse intrinsèque ? C’est toute la problématique du cinéma d’action (Depuis les courses chez Keaton, chez Feuillade…) et donc de Speed, qui annonce par son titre la couleur. Il n’a définitivement pas volé sa place dans les 100 meilleurs « Heart-Pounding Movies » de l’American Film Institute.

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