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Archives pour septembre 2019



Les cahiers d’Esther – Saison 1 – Canal+ – 2018

17. Les cahiers d'Esther - Saison 1 - Canal+ - 2018L’enfance crue.

   5.5   L’adaptation des Cahiers d’Esther rendait quelque peu sceptique. Délicat en effet de reproduire à l’écran ces petites chroniques indépendantes d’une planche bichromique autrement que sur un format de pastille façon Bref. Et c’est un peu à cela qu’on pense. Il s’agit donc de suivre le quotidien d’une fille de dix ans, par ses impressions les plus variées – Riad Sattouf s’inspirant des récits de la fille d’amis à lui. L’étrangeté quand on a lu les bandes dessinées, c’est de devoir subir un rythme en particulier. Evidemment c’est le cas pour toute adaptation de livre, mais ici c’est essentiel : Ce rythme, ce débit – puisque Les cahiers d’Esther joue beaucoup sur le phrasé de son personnage, avec ses habitudes et récurrences, ainsi que ceux de son entourage : La douce autorité nonchalante du père, la vulgarité pré-pubère du frère ou les « wesh » à répétition de la meilleure amie – est tel qu’il laisse peu de place au reste, à l’appréciation de l’animation du dessin par exemple. C’est en tout cas le genre de truc qu’il vaut mieux découvrir en deux minutes, un jour par ci un jour par-là  (comme lors de sa diffusion sur Arte) plutôt que d’un bloc (Comme j’ai pu le faire) de deux heures, je pense. Ça reste chouette quoiqu’il en soit, parce que ce ton, cette cruauté, cette brutalité, on le na voit à ce point-là absolument nulle part ailleurs. Mais d’un point de vue formel c’est un peu ingrat.

Chérie j’ai agrandi le bébé (Honey I blew up the kid) – Randal Kleiser – 1993

12. Chérie j'ai agrandi le bébé - Honey I blew up the kid - Randal Kleiser - 1993S’agirait de grandir.

   5.0   Trois ans plus tôt, Amy & Nick rétrécissaient sous le faisceau lumineux de la machine de leur père. Cette fois, c’est leur petit frère Adam, deux ans, qui passe devant le rayon laser d’une tout autre nouvelle machine, qui doit agrandir la matière. Cette inversion du rebondissement convoque une autre influence. Si Chérie j’ai rétréci les gosses prenait L’homme qui rétrécit pour modèle, c’est à un autre film de Jack Arnold auquel on songe cette fois : Tarantula. Point d’arachnides ici mais un simple bambin qui grandit lui aussi exponentiellement, au contact de tout flux magnétique. Ainsi, une tout autre problématique – qui se posait déjà chez Arnold – se pose ici : Autant il n’était pas difficile de cacher l’expérience du rétrécissement des personnages à la face du monde. Reclus dans une cave, Scott Carey tombait dans l’oubli. Egarées dans leur jardin, Amy & Nick n’inquiétaient que leurs parents. Des acheteurs marchaient sur la pelouse, un voisin venait la tondre, l’arrosage automatique créait une tempête gigantesque, une abeille emportait l’un d’eux : Nos personnages pouvaient disparaitre à tout moment d’un claquement de doigts, sans que ça ne fasse trembler le reste du lotissement pour autant. Là au contraire, c’est le monde qui est menacé dès l’instant que le bambin s’échappe et mesure quinze mètres, bientôt trente. C’est Tarantula, mais c’est bien entendu aussi Godzilla (ouvertement cité) ou King Kong : Tout un pan du cinéma de monstre convoqué dans une comédie familiale au délicat paradoxe que ce monstre, menaçant parce qu’il agit comme un bébé, à l’instinct, s’avère aussi mignon comme tout, surtout quand il pleure. Comme Tarantula il faudra bien aller vers l’intervention de l’armée, dirigée par un personnage exécrable, mais point d’exécution ici, tout va bien se finir. Si cette suite (On a repris les mêmes acteurs) n’arrive pas à la cheville de son prédécesseur c’est en partie car le récit est moins propice à créer un terrain de jeu sidérant (Il est tout de même plus puissant de voir le décor s’agrandir ou bien il aurait fallu ici tout voir du point de vue du bébé) mais aussi en partie car Randal Kleiser n’est pas Joe Johnston, qu’il n’y met pas autant de cœur à l’ouvrage. Ainsi c’est un film pour enfants mais cette fois ça ne va pas plus loin. Il n’y a pas suffisamment d’idées nouvelles pour dynamiter les attentes, à tel point qu’on fait revenir la machine du premier film pour lui faire retrouver sa taille normale. On retiendra les effets, plutôt chouettes, avec de belles variations d’échelle, notamment la scène du salon ainsi qu’un jeu autour de l’infiniment grand dans le final à Las Vegas. Et puis on passe un agréable moment, malgré tout.

Charles Manson, le démon d’Hollywood (Manson, music from an unsound mind) – Tom O’Dell – 2019

06. Charles Manson, le démon d'Hollywood - Manson, music from an unsound mind - Tom O'Dell - 2019Crimes sounds.

   6.0   Le plus dingue devant ce passionnant docu c’est de constater à quel point on a la sensation de retrouver l’ambiance du dernier Tarantino, Once upon a time in… Hollywood (J’en parle bientôt) c’est dire combien sa reconstitution de 1969 est incroyable. Mais la riche idée ici, qui saute moins aux yeux dans la traduction du titre chez nous, c’est l’angle choisi puisque toute l’histoire de Manson est racontée par le prisme de la musique, et ce n’est pas un simple gadget étant donné que c’est la musique qui fit de lui celui qu’il était au moment des meurtres de juillet. Son amour pour l’Album blanc des Beatles, sa rencontre avec Denis Wilson et bien entendu le fait qu’il se soit fait recaler par le producteur qui vivait dans la villa dans laquelle vécurent ensuite Sharon Tate et Roman Polanski. C’est un film qui regorge d’anecdotes, parcouru de nombreux témoignages, de gens de la musique, d’autres ayant fréquentés Manson (notamment une femme qui faisait partie des hippies de Spahn Ranch) bref c’est un film très précis sur « ce qui précède les crimes » mais il l’est surtout dans sa description de la folie d’un homme, ancien proxénète devenu taulard repenti persuadé qu’il sera une rock star, avant de devenir gourou d’une secte hippie puis de complètement perdre la boule, sitôt qu’il comprend que la gloire musicale, à laquelle il était persuadé d’aboutir, lui échappe.

1982, A Hollywood summer – Jacinto Carvalho & Johan Chiaramonte – 2019

09. 1982, A Hollywood summer - Jacinto Carvalho & Johan Chiaramonte - 2019Ou mal prêcher un converti.

   3.0   Docu-doudou ultime. Pour l’américain ayant vécu et kiffé cet été-là – puisque chez nous les films sont pour la plupart sorti bien après – ça doit raviver tout plein de souvenirs. Mais bon c’est quand même léger comme truc, pas hyper poussé, ça manque d’interventions intéressantes, le summum étant atteint avec celles de deux programmateurs (qu’on voit souvent en plus, c’est eux qui parlent le plus) qui en gros ne cessent de répéter que cet été était mortel, que les films étaient mortels, que les souvenirs qu’ils ont de tout ça sont mortels. Ok et ? Quant aux neuf films en eux-mêmes (Conan, Mad Max 2, E.T., The Thing, Poltergeist, Tron, Star Trek 2, Rocky III et Blade Runner) on passe cinq minutes sur chaque donc autant dire que dalle, entre reconstitutions de scènes très bizarres et arrêts sur image cheapos. Il doit y avoir un extrait pour chaque, c’est tout. Heureusement que certains témoignages relèvent le niveau (Celles de Carpenter, Cundey ou Lisberger) car franchement c’est quasi sans intérêt.

Quand passent les faisans – Edouard Molinaro – 1965

Jean Lefebvre, Bernard BlierEscrocs mais pas trop tôt.

   6.0   Le voilà mon Molinaro préféré. A ce jour, du moins. Ça s’essouffle un peu sur la fin mais ça reste très chouette, très drôle, hyper rythmé, bien écrit. Les dialogues d’Audiard sont parfaitement distillés, parfois tonitruants et ne contaminent pas le récit comme c’est malheureusement souvent le cas ailleurs. Et Bernard Blier est génial. Il forme un super duo avec Jean Lefebvre. Quant aux seconds rôles Meurisse/Serrault, ils sont tellement parfaits qu’ils parviennent à s’imposer, leur voler un temps la vedette puis leur laisser à nouveau le champ libre. C’est du juste dosage et ce n’est pas si évident sur le papier, avec ces gais lurons-là.

The usual suspects – Bryan Singer – 1995

05. The usual suspects - Bryan Singer - 1995Déplaisir coupable ?

   5.0   Je n’avais pas revu ce « classique hollywoodien » des années 90 depuis l’adolescence. A l’époque ça m’en touchait une sans faire bouger l’autre, je ne comprenais pas trop ce qu’on pouvait y trouver de plus qu’un polar moyen rehaussé d’un twist malin, un polar par ailleurs éventé sitôt que l’on en connaisse sa résolution. Tout le contraire d’un Seven, qui préserve, encore aujourd’hui, sa puissance au fil des visionnages. Déjà à l’époque je préférais Fincher à Singer. Avec une vue globale sur leur carrière respective, on peut humblement dire que je ne me suis pas trompé : Qui fait Bohemian Rhapsody, aujourd’hui ? Bref, je continue de penser que Singer est un très mauvais cinéaste, mais il peut dépanner. Ses X-men sont très réussis, mais curieusement, déjà, le meilleur ce n’est pas de lui – Le plus mauvais non plus, c’est vrai. Vingt ans ou presque plus tard, je pense exactement la même chose d’Usual suspects, malheureusement : C’est pas mal, mais c’est tout. Le film est très bizarre dans sa narration, trop volontairement foutraque, à l’époque ça devait être original mais aujourd’hui on ne voit plus qu’un truc mal fichu, un truc qui ne trouve jamais l’équilibre qui nous permettrait d’être embarqués avec ses personnages (franchement on se fiche absolument de tous) dans ses nombreux tiroirs et sa temporalité disloquée. Qu’importe les lieux (une prison, un parking, un bateau, un commissariat…) ça manque d’une ambiance forte, cohérente avec les soubresauts de ce récit malade. C’est un beau film de scénario – Christopher McQuarrie à la plume – donc déjà en 95 le problème c’était Bryan Singer.

La veuve noire (Black widow) – Bob Rafelson – 1987

10. La veuve noire - Black widow - Bob Rafelson - 1987Sans danger apparent.

   4.0   Deux industriels meurent, léguant leur fortune à leur femme. Alexandra Barnes, agent fédéral, découvre des similitudes dans la mort des deux hommes et remonte jusqu’à une même veuve aux multiples identités. Ça pourrait faire partie de cette vague de thrillers hollywoodiens qu’il m’arrive d’affectionner mais je n’ai jamais réussi à entrer dans celui-ci, la faute à un manque de structure, de cohérence romanesque. Du reste, difficile d’y trouver ne serait-ce qu’une miette du Bob Rafelson, de Five easy pieces. On a vraiment l’impression que ça pourrait être fait par n’importe qui, un peu comme certains films de Schrader de la même époque, type Vengeance intime ou Etrange séduction. Ceci étant, Debra Winger & Theresa Russell sont parfaites, l’édifice s’il en est, repose entièrement sur elles.

Le dossier Odessa (The Odessa file) – Ronald Neame – 1975

04. Le dossier Odessa - The Odessa file - Ronald Neame - 1975A cause de l’assassinat.

   6.5   Juste après L’aventure du Poséidon, Ronald Neame se lance dans un genre tout aussi typique des années 70 : Le récit d’espionnage et de chasse aux nazis, un an avant le Marathon man, de John Schlesinger. Dans l’un Dustin Hoffman, dans l’autre Jon Voight : Les deux compères révélés par Macadam cowboy. Voight incarne ici Peter Miller, journaliste en quête de l’affaire du siècle. Le 22 novembre 1963, tandis que de l’autre côté de l’Atlantique le président Kennedy est assassiné, Miller suit une ambulance qui le mène au pied d’un immeuble dans lequel un ancien survivant des camps de concentration vient de mettre fin à ses jours. Il récupère le journal de bord du vieil homme, dans lequel celui-ci raconte les atrocités vécues ainsi que les exactions gratuites du boucher SS  Eduard Roschmann. Il semble que ce dernier soit toujours en vie, caché sous une nouvelle identité crée par une organisation secrète « Odessa » permettant aux anciens nazis de se relever. A mesure qu’il enquête sur le réseau, Miller est de plus en plus menacé, échappant ici à un attentat dans le métro commandité par l’organisation qui l’a repéré, puis enlevé par un commando du Mossad qui va le prendre sous son aile et le persuader d’infiltrer Odessa afin de la neutraliser. Malgré quelques invraisemblances et un rythme un peu brinquebalant, c’est un super film, bien documenté, rondement mené, qui aurait toutefois mérité au choix : Une fin moins grandiloquente (une sorte de rebondissement qui sort un peu du chapeau) ou un partage d’emblée des motivations entières du personnage principal afin d’accepter cette grandiloquence. Certes ça rend plus crédible cette investigation folle mais ça donne un personnage complètement différent de celui que l’on suivait et auquel on s’attachait, c’est dommage. Chouette film, néanmoins.

Toy story 4 – Josh Cooley – 2019

01. Toy story 4 - Josh Cooley - 2019Cowboy destiny.

   8.0   Nous avions laissé Toy Story 3 sur une fin parfaite, lumineuse, bouleversante : Andy avait grandi, et après moult péripéties de ses jouets loin de sa chambre, il choisissait pour eux ni la poubelle ni le grenier, mais de les transmettre à Bonnie, qui avait trouvé le petit shérif. Woody compris – Non sans hésitation et déchirement. Que pouvait-on faire de plus ? Voilà pourquoi l’annonce d’un quatrième volet en chantier m’avait rendu sceptique, pour rester poli. Et puis le film se faisant, avec l’équipe habituelle (Cooley, Stanton, Lasseter…) il devient rapidement, logiquement l’un de ceux que je veux voir à tout prix cet été. Mon fils l’a vu en juillet. Moi je l’ai raté en août. Finalement nous y sommes allés (ou retournés) le premier jour de septembre. La veille de sa rentrée : C’était parfait. Soyons honnêtes, j’ai eu les yeux embués du début à la fin. Je n’exagère pas, la scène du flashback (idée magnifique) avec l’adieu de Woody à la bergère, sous la voiture, encerclés d’un rideau de pluie, j’étais déjà en miettes. C’est du niveau de la scène d’adieu (aussi sous la pluie) dans Seul au monde, pour moi. Sauf qu’elle intervient au bout de cinq minutes de film. On sait que ce n’est pas gratuit (jamais chez Pixar) donc que c’est une amorce pour une éventuelle retrouvaille, et cette promesse est en soi déjà déchirante. Toutefois, la vie reprend son cours. Le flashback s’évapore avec notre souvenir de Bo la bergère. Quant à Andy c’est du passé, puisque c’est bien de Bonnie dont il s’agit maintenant, Woody compensant sa quasi inutilité (il est relégué au placard puisque chez Bonnie, le shérif sur Pile-poil c’est Jessie) en protecteur du nouveau jouet fétiche, construit par Bonnie lors du terrifiant jour d’adaptation à la maternelle : Fourchette. De quoi alimenter un terreau que la franchise n’avait pas encore utilisé jusqu’alors : Le jouet jetable. Et pourtant, qu’il s’agisse de l’histoire de cette rudimentaire fourchette en plastique, de celle d’une poupée oubliée chez un antiquaire pour un défaut de fonctionnement, ou de celle de Duke Kaboom, le jouet décevant, C’est la destinée de Woody qui est au centre du récit. On comprend assez vite l’essentiel : Toy Story avait bouclé la boucle Andy, mais pas celle de Woody. Le générique d’ouverture racontait déjà beaucoup puisque d’une part la chanson choisie est la même que celle qui ouvrait le premier opus en 1995, d’autre part car il prend soin de montrer le cowboy à différents âges de « son enfant » Andy jusqu’au passage de relais à Bonnie. C’est un épisode pour Woody. Afin que lui aussi finisse par voler de ses propres ailes à moins qu’il soit plutôt question de tomber avec panache.

Kill Bill, volume 2 – Quentin Tarantino – 2004

14. Kill Bill, volume 2 - Quentin Tarantino - 2004L’amour sous la violence.

   8.0   La sortie du deuxième volume de l’histoire de la mariée vengeresse s’accompagnait d’une imposante attente, celle de la double promesse qui irriguait le final de Kill Bill, volume1 : Si enfin on voyait Bill, du moins entendait-on sa voix, cette entrée dans le champ n’arrivait pas seule puisque c’est un secret en forme de confidence (C’est le seul moment du film où on n’est plus aux côtés de Beatrix Kiddo) que Bill et à fortiori Tarantino font au spectateur.

     Alors qu’on la pensait, comme tous ceux présents à la cérémonie, évaporée dans le massacre de la chapelle de Two Pines, on nous apprend que la fille de la mariée est bien vivante. De quoi alimenter deux horizons majeurs pour cette suite, l’un que l’on partage avec Beatrix depuis le tout début, à savoir tuer Bill, le titre ne ment pas, c’est bien vers lui que le récit, aussi chamboulé soit-il, converge ; l’autre qu’elle ne soupçonne pas elle-même, ce qui permet d’une part de la rendre plus fragile, d’autre part d’avoir une avance sur elle, elle qui était si rapide et si imprévisible sitôt enrôlée par le grand Pai Mei, dont on verra aussi ici les entrainements douloureux mais salvateurs.

     Pourtant, le film s’ouvre sur la chapelle, justement. Comme dans le premier volet, sauf qu’ici il ne s’agit plus de montrer le massacre mais de suivre la discussion que Bill et Beatrix entretiennent juste avant ce qui aurait dû être une cérémonie de mariage, juste avant que Bill soit rejoint par les autres membres des Vipères assassines. Beatrix annonce qu’elle abandonne son rôle de tueuse à gages et Bill reste en retrait, silencieux, désenchanté, amoureux déçu, aussi, probablement. La séquence est en noir et blanc là aussi, pourtant c’est Sergio Leone que l’on convoque clairement d’emblée, dans la façon de faire entrer les personnages dans le cadre, la découpe des plans, la durée de la scène, la place du son : On se souvient qu’il y avait déjà de cela dans l’affrontement avec Oren Ishii.

     Mais là où Tarantino se confondait en virtuosité, fétichisme et grandiloquence dans le premier volume, il répond par la simplicité désenchantée dans le second. Par exemple, le massacre de la chapelle passe en hors champ après un long travelling arrière comme dans Frenzy, d’Hitchcock. S’il reprend l’exiguïté de celui qui l’opposait à Vernita Green, le grand combat dans la caravane entre Beatrix et Elle Driver est plus sec, plus frontal. Dans ce volet on n’accompagne plus les « boss » de bastons avec quatre-vingt-huit cinglés mais d’un simple mamba noir. Quant à l’affrontement final tant attendu : Il n’est que diatribe (Magnifique David Carradine) et sa violence en point d’orgue est brève, tranchante mais sans effusions de sang.

     Pour comprendre la froide détermination de la mariée, il fallait intégrer l’imposant flashback de sa transformation sous forme de rite initiatique. Quoi de mieux pour Tarantino, qui s’est toujours octroyé le plaisir d’une narration éclatée – Rappelons d’ailleurs qu’il y avait déjà, dans le premier volume, un flashback en manga, concernant le trauma du personnage d’Oren Ishii – d’intégrer ce retour en arrière dans un moment du présent où sa survie semble plus que compromise ? En effet, surprise par Budd, soudain plus stratège et lucide que le ton désabusé qu’il affichait jusqu’alors (« Cette fille a le droit de se venger. Et nous méritons de mourir ») la mariée se voit enterrée dans un cercueil de bois après s’être fait flingué à bout portant au fusil contenant des cartouches de gros sel.

     Plutôt que de rejouer ou de continuer l’action du premier opus, Kill Bill, volume 2 sera son complément le plus inattendu. Cinq nouveaux chapitres, certes, mais il ne s’agit plus de viser le cinéma d’arts martiaux mais le western spaghetti. On n’écoute plus Meiko Kaji mais Ennio Morricone. L’amour, éclatant, passionnel, contrarié, remplace la violence cathartique. Seul l’affrontement sauvage entre Uma Thurman et Daryl Hannah rappelle qu’on est bien dans la suite d’un double programme ouvert par Kill Bill, volume 1.

     Mais le décalage ne s’opère pas uniquement dans la forme puisque l’idée c’est aussi de rendre le personnage incarné par Uma Thurman plus humaine (il faut en faire une mère) donc la plonger dans un dédale de souffrance (Pai Mei d’abord, Bud ensuite) tout en perçant les mystères de sa puissance. Si l’ultime monologue du film, signé Bill, convoque l’ambivalence du super-héros ce n’est pas anodin : La super-héroïne ici accouche d’une maman sur le point de rencontrer sa propre fille.

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