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Archives pour septembre 2019



Escape game (Escape room) – Adam Robitel – 2019

09. Escape game - Escape room - Adam Robitel - 2019Et par ici la sortie.

   3.0   Quasi aucun intérêt dans cet énième thriller horrifique dans l’air du temps, qui intègre le truc méga à la mode des Escape game, et va donc tranquillement cartonner tout en ne coutant rien. On retient tout de même quelques petites choses qui nous évitent l’ennui total. Comme les personnages traversent des « mondes » et doivent résoudre des énigmes pour accéder au suivant et ne pas mourir – Ici les décors explosent, s’effondrent ou asphyxient – il faut donc, pour l’auteur, travailler le(s) décor(s), à défaut de brosser des personnages qui ne soient pas plus abrutis les uns que les autres, comme dans la majorité de ces produits de ce genre, la saga Saw étant l’un des plus fidèles exemples.

     Mais les décors ne sont pas très intéressants, malheureusement. Froid, chaud, crade, renversé, hallucinogène. Ce n’est pas très inventif comme programme. Pourtant l’un d’eux va éveiller un peu plus notre attention. Il s’agit du décor renversé, qui d’emblée, moi, m’a renvoyé à L’aventure du Poséidon. La table de billard rappelle celles du grand salon. Les effondrements rappellent les explosions ponctuelles du film de Ronald Neame. Et surtout, la mort du personnage, en sacrifice, accroché à un fil de téléphone rouge n’est pas sans évoquer celle traumatisante du révérend Scott. Je me suis senti séduit dans mes faiblesses, là. Mais cette scène est par ailleurs l’occasion d’un supplément de vertige pas négligeable. En 4dx j’imagine qu’on doit pas trop faire le malin.

     Malheureusement, en misant sur un background traumatique global bien lourdingue et en oubliant la côte romanesque de ces pièces aux histoires à tiroirs, le film n’offre pas grand-chose. Hormis la première salle (et encore), celle du billard et celle de l’hallu (beaucoup trop vite torchée), rien à se mettre sous la dent. C’est dommage car la première méritait une attention aux objets, à leur fonctionnement, à nous faire jouer un vrai escape game, à faire du spectateur un personnage à part entière afin d’apprécier plus facilement la suite. La salle renversée méritait un bien meilleur quadrillage de l’espace – mais on ne va pas faire la fine bouche, c’est la séquence la plus intéressante du film. Reste celle de l’hallucination, la tentative  est belle, son exécution beaucoup moins. On devrait flipper, suffoquer, on est juste exténué par le régime d’images et le désagréable volume sonore.

     Inutile de de parler du côté « On joue à qui sera le prochain à mourir » oui on est là par moments. Et inutile aussi d’évoquer le twist de fin : C’est absolument navrant, catastrophique, d’une bêtise crasse, pur foutage de gueule. Le film s’échine à reprendre la trame de Saw – avec une image toutefois moins putassière – mais il rate complètement ce qui faisait la semi-force de Saw. C’est con. Au final, on pense aussi parfois à Destination finale – Et y aura probablement autant de suites et déclinaisons tant le film est rentable (neuf millions de budget, 155 millions de recettes), d’ailleurs il n’était pas sorti qu’on annonçait déjà un 2 – mais la foisonnance, le gore et l’humour en moins. Et puis disons que s’il est tentant de le faire avec Destination finale, on ne fera jamais une soirée « Escape game » pour se marrer entre potes. A la place on ira faire un Escape game.

Comme des bêtes 2 (The secret life of pets 2) – Chris Renaud – 2019

03. Comme des bêtes 2 - The secret life of pets 2 - Chris Renaud - 2019Passe-moi les croquettes.

   3.5   La confrontation avec cette suite, en salle, part d’une étape malchanceuse puisqu’elle intervint après avoir raté, de très peu, la séance de Toy Story 4 qui en ce jour de pluie fit le plein lors d’une projection de 14h au Lido, de Royan, érigé depuis deux ans en simili-multiplex Pathe-like bref une usine familiale qui sent beaucoup trop le popcorn. A cet horaire, le quatrième volet de la saga Pixar n’était pas seul à faire salle comble : Le roi lion, Dora et C’est quoi cette mamie, aussi. On pouvait s’en aller la queue entre les jambes, nous sommes restés – Energie tranquille du mois d’août aidant, même dans la lose la plus totale – et nous sommes rabattus sur ce qui restait : Comme des bêtes 2 au détriment de Playmobil, le film. Voilà pour la genèse. C’était simplement pour dire qu’on n’avait pas vraiment choisi : Un médiocre lien mkv au retour de vacances nous aurait amplement suffit.

     Au final, ça vaut quoi, Comme des bêtes 2, cette suite du sympathique autant qu’il est dispensable Comme des bêtes ? Difficile de le sauver autrement qu’en disant « Mon fils de sept ans riait de bon cœur à mes côtés » ou « c’est du cinéma fast-food, assumé, conscient de sa médiocrité et de (la médiocrité de) sa cible ». Autant le premier dynamitait rapidement son argument vente en faisant sortir les animaux domestiques dans un terrain de jeu plein de surprises : New York. Un peu façon Toy Story mais en (mille fois) moins bien, inventif, jubilatoire, tout ce qu’on voudra. Autant ici, difficile d’y détecter une once d’originalité tant tout, du simple petit rebondissement, à l’intrigue globale, en passant par les vannes et les références disséminées, sent le réchauffé. En fait, c’est simple, il suffit de voir l’équipe choisie pour les voix de la version française pour situer l’ambiance et la qualité du film : La bande à Fifi. Ils ont l’air sympathiques, je dis pas, mais depuis Babysitting, hilarant, dynamique et malin found footage dans l’air du temps, qu’ont-ils fait ? Des déclinaisons de cet humour lourdingue, un peu comme les films du Splendid après Le père noël est une ordure, en gros.

     Bon je m’égare, mais en gros, Comme des bêtes 2 reprend pile poil cet univers régressif, couplé d’allusions à tout ce qui fonctionne dans la beauf-culture (films de super-héros, clips de raps, vidéos lolcats) pour faire une déclinaison animalière et animée de Babysitting, grosso merdo. Augmenté d’une inspiration Disney (Rox & Rouky / Cars) mal digéré notamment quand Max, le frêle Jack Russell se retrouve avec ses maitres à la campagne et rencontre le valeureux berger allemand Rico qui va le transformer en lui enseignant les vertus du courage, afin de lui permettre de revenir dans la storyline centrale : Une bête histoire de gérant de cirque machiavélique qui s’en prend à un pauvre bébé tigre, méchant qui est une sorte de déclinaison pure de Scar (les loups autour de lui remplacent les hyènes) voire de Pitch, des Cinq légendes.

     Dans l’abondance de mini-saynètes beaucoup trop hystériques pour moi, la séquence de l’appartement des chats errants m’a relativement plu, les délires en cape du lapin blanc nettement moins, sans doute parce que je préfère le discret clin d’œil au grossier coup d’épaule, mais aussi parce que je suis moins Superman (Balancer le thème du film, en 2019, c’est chaud franchement) que Gremlins, et que cette petite vieille, quelque part, me rappelle un peu Mme Deagle. Le film préférant la saynète (l’esprit vidéos de zapping et autres bêtisiers) au récit, on fait pareil et on essaie de trouver des embryons de satisfactions esseulées ici et là. Ça passe, avec une énorme indulgence.

Didier – Alain Chabat – 1997

Copie de 02. Didier - Alain Chabat - 1997Un grand Miam.

   7.0   Beaucoup vu à l’époque. Et ça me fait toujours plaisir de le revoir aujourd’hui. C’est le prolongement de l’humour des Nuls, qui sera à son apogée cinq ans plus tard dans Mission Cléopâtre. Mais je crois que je le préfère à Mission Cléopâtre in fine. Là on sent qu’il y a un désir pour Chabat de jouer avec son propre corps, avec Charlot et Keaton en référents, c’est plutôt jouissif, même si pas toujours fait avec une grande finesse, ne serait-ce que dans l’utilisation musicale de Ragasonik. Il rate des trucs. Mais il tente tellement.

     Et si c’était dans sa satire de l’univers footballistique que le film s’en sortait le mieux ? Ce n’est pas le Coup de tête, d’Annaud mais l’on sent du cœur à l’ouvrage dans la pluralité de ses saynètes qui s’échinent à régulièrement égratigner les coulisses du monde du ballon rond – Le milieu des agents, en particulier, puisque c’est le métier de Jean Pierre dedans, agent au sein du Sporting club de Bastia. Le match au Parc des Princes en point d’orgue sera à la fois le sommet et le décalage tant Chabat verse allégrement dans le non-sens post Nuls (Son personnage y retrouvera ses traits canins sur un baiser revenu de loin) et virevolte entre le terrain, les tribunes, les vestiaires, les commentateurs, le banc de touche, les dirigeants, les spectateurs et les supporters, avec une dynamique endiablée dans le montage absolument réjouissante.

     Avant cela c’est du corps d’Alain Chabat dont il est évidemment question. Et c’est très probablement Didier qui lui aura permis d’aller si loin, de se ridiculiser et/ou de se donner allègrement en spectacle. Je pense qu’il y a d’abord de cela chez Chabat, dans chaque projet, c’est le dénominateur commun : Jouer les trublions chaque fois dans un nouveau personnage / corps / costume avant de brosser un récit autour, ici raconter une page de l’âge de pierre, là les démêlées gaulo-romano-égyptiennes, d’investir la magie des fêtes ou le monde du football. C’est jouer un primate guérissologue, Jules César, le père-noël ou un chien. Le plaisir de Chabat, acteur et créateur, se loge dans cet espace enfantin-là. Anthony Marciano l’a compris en le faisant jouer dans Les gamins, aux côtés de Max Boublil, le rôle d’un quinquagénaire en pleine crise de régression adolescente.

     Et pourtant, malgré les apparences de films égocentrés voire de petit caprices régressifs, il y a toujours de la place pour les autres personnages, c’est ce qui s’avère être le plus beau chez Chabat, en fin de compte. Il suffit de se rappeler le nombre de personnages et à fortiori de célébrités qui nourrissent Mission Cléopâtre, c’est un vivier hallucinant. Il a beau incarner César, en temps d’apparition à l’écran il est loin d’être le premier.  Didier c’est moins évident mais c’était déjà le cas puisque Bacri, l’agent bougon et l’amoureux maladroit, est formidable ; Isabelle Gélinas est merveilleuse. Et tous les seconds rôles, entre Soualem, Abelanski, Lauby, Balasko, Dieudonné, ont chacun leurs instants de grâce. Sans parler de la vanne autour du nom Hazanavicius, que Jean-Pierre improvise et donne à Didier, enfin Didje. Les deux Hazanavicius, Serge et Michel, sont aussi de la partie, l’un est joueur, l’autre consultant. Il y a toujours mille choses à voir dans les films de Chabat. C’est cette générosité qui fait plaisir à voir et à revoir.

Nombreuses répliques font partie de mon langage courant :

« Bon il est où ce con de chien là maintenant ? »
« Pourquoi vous grattez ? »
« J’adore ses costars à Richard »
« Mettez une jambe, une gambas… »
« Qu’est-ce qu’elle fait dans la vie, à part nichons ? »
« C’est aujourd’hui où tout le monde a décidé de me faire chier »
« L’arrêt du cul. Net. Sans bavure »
« Inoffensif, faut pas trop me chercher quand même »
« Ah ça me fait des bonnes journées avec toi »
« Houla, ça chicore la chicorette »
« Je sais pas chez toi, mais chez nous on a un sacré paquet de connards »

Evidemment hors contexte c’est moins évident.

Et il y en a tant d’autres.

Urgences (ER) – Saison 9 – NBC – 2003

11. Urgences - ER - Saison 9 - NBC - 2003“With a Little Help from My Friends”

   8.5   Avec ou sans Mark, c’est toujours aussi génial. Pas le temps de faire notre deuil, la saison s’ouvre dans le chaos, puisque les urgences sont évacuées la faute à une probabilité de cas de variole pendant que certains sont en quarantaine dans l’hôpital, comme Chen, Pratt (dont le rôle va devenir principal durant cette saison, notamment parce qu’on le suit jusque chez lui, quand il doit aider son frère qu’il prend en charge), Abby ou Carter. La relation entre ces deux personnages sera au centre de cette salve d’épisodes. Pourtant, dans cette ouverture pas comme les autres, c’est un autre tremblement qui nous surprend : Lors d’une évacuation par hélicoptère, Romano, maladroit, se retrouve le bras sectionné par l’hélice de l’engin. Fallait au moins ça pour nous faire provisoirement oublier l’absence de Marc. Le cas Romano évolue donc, puisqu’il passe de « personnage qu’on adore détester » à celui, bouleversant, de chirurgien terrifié à l’idée de ne plus jamais opérer. Il devient l’une des deux pierres angulaires de cette saison. L’autre, c’est bien entendu Abby, personnage devenu aussi central qu’un Mark, en fin de compte : Ses espoirs et déboires sentimentaux avec John, ses problèmes avec sa mère, puis bientôt son drogué de frère.

     Au rayon des originalités formelles, deux épisodes suivent une étrange chronologie. Hindsight, le 9.10 choisit d’inverser la linéarité, propose de suivre la fin au début, jusqu’au début à la fin, afin de comprendre les évènements qui mènent à l’ouverture de l’épisode. Comme Irréversible, en gros. Mais ça ne fonctionne pas du tout, c’est du gadget, c’est sans queue ni tête en plus d’être infect à regarder. Au contraire, When night meets day, le 9.21 (qui est aussi le 200e épisode de la série) réussit pleinement sa narration originale, en alternant des scènes se déroulant à deux moments d’une même journée, de jour et de nuit, notamment en suivant Pratt et Carter (avant leurs éventuels départ dans un autre hôpital pour l’un, au Congo en mission humanitaire pour l’autre) soigner les mêmes patients durant leur garde respective. Ça donne la sensation de vivre une double garde, vingt-quatre heures au sein des Urgences. C’est très fort. Bref c’est une immense saison une fois de plus, qui se ferme en Afrique, pour un épisode incroyable tournée dans une ONG. Avec tout ça, on avait presque oublié Mark. Presque. Car rien ne sera jamais plus pareil, maintenant.

Doubles vies – Olivier Assayas – 2019

19. Doubles vies - Olivier Assayas - 2019Les destinées littéraires.

    5.0   Qu’importe le genre, l’idée, le monde qu’il s’échine à peindre, il y a une musicalité dans le cinéma d’Assayas qui me parle systématiquement, même dans ses films les plus ratés et/ou ennuyeux. Ici c’est le cas, le film est trop bavard, trop étiré dans le vide : je me fiche de tout ce qui tourne autour du milieu de l’édition (des discussions sur la place de l’e-book, l’autofiction, la post-vérité), des rapports entre l’écrivain et son éditeur, pire des rapports croisés de l’un avec la femme de l’autre, mais il y a un certain débit dans le vaudeville qui me séduit, une interprétation qui se répond bien alors que sur le papier Binoche/Canet/Macaigne j’y croyais pas du tout.

     Et surtout Doubles vies m’a ému grâce au personnage de Nora Hamzawi, notamment la toute fin. Bref le film je l’aurais vite oublié (comme j’avais très vite oublié Fin août, début septembre (1998) mais il me faudrait le revoir) mais c’est loin, très loin d’être la purge qu’on me vendait. Il y a de gros moments de gêne, c’est vrai – la scène où l’on parle de Juliette Binoche, entre autre – mais le film reste relativement bienveillant avec chacun de ses personnages et sur une note homogène ce qui l’éloigne fort heureusement de cet autre film mondain récent, aussi avec Binoche, qu’était Un beau soleil intérieur.

Les invisibles – Louis-Julien Petit – 2019

20. Les invisibles - Louis-Julien Petit - 2019Les femmes de la rue.

   4.0   Autant j’avais été séduit par Discount, le précédent film de Louis-Julien Petit – avec une troupe d’acteurs similaires d’ailleurs – car malgré sa facture de feel good movie banal le film faisait exister ses personnages. Là c’est le contraire, je trouve que tout est raté. Les personnages semblent sortir d’un catalogue. Ou plutôt ils ne sont pas si différents du précédent film, mais nettement plus stéréotypés ou mal incarnés, au choix. En effet, on a l’impression que nos employés de supermarché discount sont arrivés dans ce centre d’accueil pour femmes sans abri. Il faut d’ailleurs dire que le film choisi de mélanger des comédiennes professionnelles (Lamy, Masiero, Lvovsky, Lukumuena) avec des femmes ayant vécu dans ces centres d’accueil. Et ça ne fonctionne pas. D’autant que je vois le syndrome Polisse en permanence : Il faut de la vignette. Un peu de cynisme mais pas trop, un peu de virulence mais pas trop. Une scène touchante est systématiquement compensée par une scène truculente afin de passer du rire aux larmes et vice-versa. Et surtout, le plus désagréable là-dedans c’est l’obsession pour la petite vanne, qui fait rire les autres personnages (pour nous dire de rire aussi) ça n’arrête pas, c’est pénible. Bref, On n’a pas forcément envie d’en dire du mal, car il y a une envie d’éclairer les invisibles du monde, avec un regard chaleureux, mais le film en lui-même n’est vraiment pas terrible.

Convoi exceptionnel – Bertrand Blier – 2019

18. Convoi exceptionnel - Bertrand Blier - 2019Buffet congelé.

   2.0   Catastrophique. Je n’attends plus rien de Blier loin s’en faut, mais le retrouver à ce point de vacuité-là, lui l’auteur de Buffet froid, de Préparez vos mouchoirs, de Calmos, c’est triste, terrible. Une gêne constante, 1h19 durant. Que ça fasse vieux encore, je comprends enfin je ne lui en veux pas : Le bruit des glaçons faisait vieux, déjà, mais ça scintillait encore par instant. Le problème majeur il est que ce Blier-là n’a plus rien ni de bizarre ni d’original, que cette forme d’absurdité on la voie bien meilleure ailleurs (chez Dupieux, par exemple) et que ce petit délire métafictif est tellement à la mode (Rien que dans le dernier Jarmusch…) que de voir Blier, qui a toujours fait en sorte d’être loin des modes, tomber dedans rend son cinéma aussi vide de sens que de magie. Et c’est d’ailleurs ce que sont devenu Clavier et Depardieu aujourd’hui, ce Clavier-là semble échappé d’Une heure de tranquillité de Patrice Leconte et ce Depardieu de The end, de Guillaume Nicloux. Ils ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils furent. Si en prime Blier recrache un condensé de ses vingt précédents films (en cent fois moins bien), là franchement, je trouve ça grotesque, car il n’est que question de ça dans Convoi exceptionnel, d’un auteur qui s’imagine qu’une simple compile low-cost fera l’affaire. Au mieux c’est indigent, au pire c’est insultant.

La dernière folie de Claire Darling – Julie Bertuccelli – 2019

17. La dernière folie de Claire Darling - Julie Bertuccelli - 2019La vie en fuite.

   4.0   Des quatre films de mon « rattrapage de films français sortis en 2019 » c’était celui qui me tentait le moins. Pourtant j’aime beaucoup Depuis qu’Otar est parti et La cour de Babel, de Julie Bertuccelli : Deux films aux antipodes puisque le premier est son premier long de fiction, quant au second il raconte le quotidien des élèves d’une classe d’accueil à Paris. Car au préalable, Julie Bertuccelli est une documentariste. On peut tout attendre d’elle, mais justement j’avais du mal à imaginer Catherine Deneuve dans l’un de ses films, à moins que son rôle soit double et pivot, comme le Depardieu de Welcome to New-York, que son corps devienne le reflet du film, ce que je n’ai jamais vu ici. Charlotte Gainsbourg me gênait déjà dans L’arbre. En effet, il y a dans son cinéma une mécanique qui respire bien mieux sitôt qu’elle évolue en marge de stars. Et en effet, passé une première demi-heure intrigante, par son drôle de ton, son curieux rythme, on finit par retrouver les rails d’un film aussi vieillot qu’ennuyeux – avec lourds flashbacks – dans lequel je ne retrouve plus rien de la réalisatrice des deux beaux films suscités. C’est le genre d’histoire (de fantôme) qui doit émouvoir un peu, pourtant, mais ça m’a constamment laissé à distance.

Le bureau des légendes – Saison 4 – Canal+ – 2018

09. Le bureau des légendes - Saison 4 - Canal+ - 2018Les damnés ?

   7.0   Bien voire très bien, mais pour une raison que j’ignore je trouve que c’est la saison la plus faible : Il faut dire que les saisons 2 et 3 comptent parmi ce que j’ai vu de plus beau dans ma vie de sériephage. J’étais moins dedans, disons. Si j’aime beaucoup découper mes visionnages de saisons (Ce que je fais pour mes rattrapages de Urgences ou Mad Men, par exemple) ici j’ai dû faire une pause d’un mois au milieu, avant ou après l’épisode 6, je ne sais plus, ce qui n’est pas super bon signe me concernant. Disons que cette saison m’a parfois ennuyé là où les précédentes m’avaient laissé sur le carreau. Ceci étant, ça reste de très grande qualité.

     En guise de semblant de piste de cette semi-déception, un ami m’a dit ceci : « Il semble que Rochant commençait à être très fatigué après avoir signé trois saisons de grande qualité en tout juste trois ans; il a voulu déléguer et confier les rênes de la série à d’autres mais ça n’a pas marché et il est donc revenu au travail quasiment dans l’urgence, ce qui se perçoit un peu dans la saison ». Que ça se vérifie ou non, c’est intéressant car je n’ai pourtant pas vraiment senti une baisse de qualité d’écriture ou de mise en scène, à priori, mais j’ai senti une baisse d’intérêt de ma part, ce qui doit bien être généré par quelque chose. J’ai cru que « c’était moi » mais peut-être pas tant que ça apparemment.

     Cette saison gagne en mécanique de guerre-cybernétique ce qu’elle perd en aura romantique. Il reste bien quelques miettes, puisque Malotru rencontre la belle Samara, Marina n’a bientôt d’yeux que pour Misha, et que l’on sait tout ça terriblement fragile, mais la crainte de l’effondrement (la perte de personnages, la mort du service) est tel qu’on s’effondre nous aussi. L’égarement touche tout le monde : Les personnages, le récit, le spectateur. Les flashbacks employés à de nombreuses reprises participent de cet égarement : Ils ne fonctionnent pas vraiment, soit ils sont trop explicatifs, soit beaucoup trop confus.

     Deux terrains fonctionnent mieux que les autres. D’abord la terre syrienne, avec Jonas (Artus) et Jean-Paul (Grégory Fitoussi, pas si évident de reconnaitre notre Pierre Clément d’Engrenages) où la série trouvera donc ses meilleures inspirations, entre sommets d’angoisse et superbes scènes d’entretiens. Ensuite en explorant la cyberguerre avec les russes, offrant une place de choix à Sylvain (le toujours parfait Jules Sagot) ainsi qu’à César (Stéfan Crepon) jeune hacker choisi pour infiltrer le réseau moscovite. En revanche, tout ce qui se joue dans les bureaux de la DGSE ennuie poliment. A moins que ce soit la faute à l’arrivée de JJA qui vampirise tout.

     Ce qui est plutôt réussi, réaliste mais in fine antiromantique, c’est justement l’intervention de ce personnage incarné par Mathieu Amalric, directeur du service de contre-espionnage et enquêteur au sein de la DGSE au point qu’il va traquer un réseau fragilisé (qui vit encore dans le deuil d’Henri Duflot) et lui révéler ses failles. C’est un personnage infect pour le spectateur puisqu’il menace notre galerie de personnage, les réduit à l’irresponsabilité (le sauvetage de Debailly coute que coute) et fragilise leurs différents pouvoirs à nos yeux au point de nous faire vivre, comme eux, un véritable purgatoire. Son imposante présence est à double tranchant, un peu à l’image de cette saison, qui à mes yeux restera en demi-teintes.

Ring (Ringu) – Hideo Nakata – 2001

13. Ring - Ringu - Hideo Nakata - 2001Quelques jours en septembre.

   6.0   J’aimais bien le film américain (Le cercle, de Gore Verbinski) sorti quand j’étais ado. Sans doute parce qu’il y avait Naomi Watts, mais pas que : J’ai le souvenir d’un truc correct, bien fichu, un peu confus, un peu trop explicatif, mais doté d’une chouette ambiance, glauque, pesante. Ça fonctionnait. Et puis j’adorais l’idée de regarder un film dans lequel des personnages regardaient un film qui leur donne sept jours à vivre. Alors évidemment, tout était déjà là, chez Nakata, quatre ans plus tôt, en plus ramassé, plus mystérieux. Et si là aussi l’emballage semble avec le recul sensiblement aussi conventionnel, il y a un drôle de rythme, une « odeur » qui ne tient qu’à lui : ça pourrait appuyer sur quelques effets, sortir l’artillerie de l’angoisse bateau (pas de jump scares, notamment) mais le film séduit par son habile sens du cadre et du silence qui génèrent cet inconfort continu. C’est un bon film, mais je continue de lui préférer assez largement Dark water.

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