Mad Men – Saison 4 – AMC – 2010

4.01&02&034.01, 4.02 & 4.03

27/11/18

« Qui est Don Draper ? »

    Cette saison s’ouvre sur ces mots, prononcés par un journaliste, venu pour interviewer Don Draper, qui ne se livrera évidemment pas, mais dira que l’intégralité de son temps sert à la croissance de l’entreprise. Ça manque de glamour, ce que l’article n’oubliera pas de mentionner, faisant par la même occasion une pub assez ingrate pour la firme.

     Thanksgiving approche et sa suite logique : Noel, puis le nouvel an. Si on avait laissé la série au lendemain de l’attentat de Kennedy, on comprend rapidement que ce n’est pas 1963 qui s’achève ici mais 1964. Mad Men s’est encore permis une ellipse. Une année durant laquelle une nouvelle agence répondant au nom de SCDP (pour Sterling, Cooper, Draper & Pryce) a vu le jour et vit depuis un danger permanent puisque les actionnaires ne cesseront de le répéter durant ces trois premiers épisodes : les deux/tiers du chiffre concerne le dossier Lucky Strike. Surtout depuis que Draper envoie bouler ceux qui refusent son audace, je vais y revenir.

     Qui dit nouvelle agence, dit nouveau décor. C’est d’abord très déstabilisant : ça manque de stores vénitiens, de moquette dans le bureau de Cooper, d’une grande pièce carrée centrale cernée par les bureaux vitrés individuels, mais on va vite s’y faire, d’autant qu’on retrouve bientôt les festivités d’antan, les danses endiablées, les déguisements, les cadeaux. On retrouve aussi Freddy, qui revient avec un portefeuille à 2M.

     Mais le premier épisode est surtout l’occasion d’effectuer une passionnante mise en abyme par l’intermédiaire de Don : Suite à une interview désastreuse pour son image, il ira jusqu’à remballer des clients pudibonds avant de se racheter en revendiquant ses ambitions et en se dévoilant davantage à un journaliste du Times. Le message est clair : C’est une promesse, les créateurs annoncent que Mad Men ne se reposera pas sur ses lauriers. Tant mieux, attendons de voir, maintenant.

     Avec Betty tout cela ne s’est pas arrangé, bien au contraire. Ils vont se croiser deux fois durant l’épisode 2, la première lorsqu’il vient chercher les enfants pour le week-end, la seconde lorsqu’il lui redépose. Leur relation semble tellement loin, maintenant. C’est à peine s’ils se regardent pour chaque remarque qu’ils s’envoient. La série aura finalement choisit tout l’opposé de ce à quoi des aveux promettent : depuis que Don a révélé à Betty sa véritable identité, elle s’est définitivement éloigné. Il s’est ouvert pour rien.

     Quant au dernier épisode de 1964, on y voit essentiellement Don alors qu’il effectue un voyage professionnel vers Acapulco, faire une escale en Californie pour aller visiter Mme Draper, la vraie, dont il apprendra, par l’intermédiaire de sa sœur qui préfère lui cacher la vérité, qu’elle est mourante. Le monde s’ébranle sous Don. On comprend (et il le dira lui-même) que cette relation était bien plus que ce qu’elle laissait apparaître : Don avait besoin de la présence de cette femme. Ces voyages lui permettaient de desserrer la cravate et de redevenir celui qu’il est, dans le fond. De redevenir Dick Whitman.

4.04&054.04 & 4.05

22/09/19

Inutile de revenir sur le trou béant qui sépare mes visionnages des épisodes 4.03 et 4.04. Il n’y a pas d’explication. Ou si : J’avais soudain perdu l’envie de lancer du Mad Men, c’est aussi simple que cela. Peut-être que le 4.03 faisait office de fin de quelque chose pour moi. Qu’importe. Ces temps-ci je pensais beaucoup à Mad Men, donc c’est reparti.

     Cet échange de regards entre Peggy & Pete qui clôt l’épisode ajoute un supplément de mélancolie à ces quarante-cinq minutes qui n’en manquaient pas. La vie de ces deux-là, qui auraient jadis pu finir ensemble, ne résonne plus qu’en oppositions, désormais. Pete apprend qu’il va être papa. Il l’apprend du père de Trudy tandis qu’il était sur le point de lui dire qu’ils arrêtaient la collaboration avec Clearasil. Quant à Peggy, sa rencontre avec Joyce incarnée par Zosia Mamet, la sublime Shoshanna de Girls, l’embarque dans une fête warohlienne (au doux son d’un Velvet underground-like) où elle fera la rencontre d’un rédacteur branché plutôt sensible à ses charmes. Affaire à suivre. On apprend par ailleurs la mort de Malcolm X, on peut donc en déduire que les faits se déroulent en février 1965. A noter aussi que ce bel épisode est réalisé par John Slattery.

     « Je ne sais pas m’en occuper. Je suis soulagé quand je les ramène. Et après ils me manquent » : Cette phrase de Don, au sujet de sa culpabilité à propos de l’éducation de ses enfants déchire le cœur, une fois de plus. Voici un épisode « The Chrysanthemum and the Sword » qui marie l’intimité des parents Draper, au téléphone ou chez la psy, leur discorde au sujet de leur fille Sally, qui, en plein rejet de l’ordre, des modèles, de l’éclatement familial à moins qu’il ne soit simplement question d’entrée dans l’adolescence, en profite pour se couper les cheveux et se masturber publiquement, avec le débat japonais chez SCDP à propos d’une potentielle signature de Honda : Roger Fait beauf-barrière puisqu’il est resté bloqué sur le « différend » de la seconde guerre mondiale. A moins qu’il ne jouisse de mettre des bâtons dans les roues de Pete. Je peux le comprendre. Episode absolument génial.

4.06&074.06 & 4.07

01/10/19

Un flashback surprenant fait irruption dans les premières minutes de « Waldorf stories » le sixième épisode de cette quatrième saison. Il va nous raconter la rencontre entre Roger Sterling et Don Draper quand le premier vient récupérer une fourrure pour Joan, dans le magasin du premier. C’est un épisode qui renforce, si besoin était, la ténacité de Don malgré les apparences. Il fallait en effet beaucoup de sang-froid pour affronter cet homme qui lui fait signe qu’il a de l’avenir dans la publicité avant de le renvoyer platement à sa fragile condition. Il lui en faudra là aussi pour affronter à nouveau Roger qui souhaite faire entrer le fils d’un oncle qui n’a semble-t-il pas vraiment le profil (recherché par Don) pour faire partie de la boite, d’autant que son book est rempli de gentils plagiats. Et il lui en faudra encore davantage lorsqu’il devra tenir, encore bourré de la cérémonie de récompense de la meilleure publicité, sa réunion autour du slogan d’une entreprise de céréales. Mais c’est aussi le moment de montrer combien la ténacité de Don a ses revers de médailles, ne serait-ce que dans le récit que fait Peggy d’une pub qu’elle a créé et qu’il s’est accaparé en modifiant un simple détail, sans jamais la remercier. Et si la série nous disait que Don devient Roger ? C’est aussi ce qui témoigne de la jalousie de Roger pour Don, qui rappelle qu’il n’y a pas de récompense pour son travail. Si Mad Men en gardait indéniablement sous le pied pour l’épisode à suivre, toute la séquence où Peggy est cloitrée (nue) à l’hôtel avec Stan pour chercher les meilleurs slogans, est un pur régal.

     « The suitcase » se déroule un 25 mai. On le sait pour deux raisons. Tout d’abord parce que c’est l’anniversaire de Peggy. Ensuite parce que c’est le jour du match de boxe historique entre Ali & Liston : Le 25 mai 1965. Pendant que la plupart des employés SCDP a filé voir le combat en question, Peggy – qui a pourtant un rendez-vous galant avec son petit ami, sans soupçonner que c’est un diner de famille qui l’attend – se retrouve coincée au bureau par Don qui lui impose de trouver le meilleur slogan Samsonite. Et c’est aussi un combat qui attend la pauvre Peggy. Les mots de Don seront parfois très durs, avant que tout finisse par retomber dans une ambiance beaucoup plus alcoolico-mélancolique. Car c’est une journée spéciale pour lui aussi, un épisode qui le verra repousser un coup de téléphone terrible et boire ad nauseam pour oublier d’avoir à passer ce coup de téléphone terrible. Et pendant qu’Ali met KO Liston en quatre-vingt-dix secondes sur le ring, Duck Philipps bourré, reviendra mettre son bourref-pif à Don, bourré aussi, sous prétexte que Peggy ne veuille pas le suivre dans sa volonté d’émancipation professionnelle parallèle. C’est un épisode dans lequel Don ira vomir, sa tristesse et la boisson. Un épisode où il finira par s’effondrer sur Peggy puis éclater en sanglots devant elle, avant de finir par trouver, le lendemain, le slogan idéal qu’il recherchait, en le combinant à la Une sportive. Une fin d’épisode qui verra Don choisir de laisser la porte ouverte, une fin à double signification : Son cœur est ouvert, béant de tristesse mais pourtant il s’est ouvert à Peggy, qui dans un sublime moment de transmission spirituelle (Le fantôme d’Anna qui traverse le bureau, c’est somptueux) pourrait être celle qui connaîtra Don, Dick donc, aussi bien que cette mère spirituelle qui s’en est allé. C’est déchirant. J’ai terminé en miettes. Officiellement l’un des trois plus beaux épisodes de la série, toute saison confondue. 

4.08&094.08 & 4.09

17/10/19

C’est un épisode qui marque un tournant – Rien d’étonnant en soi, après l’épisode précédent. Don semble avoir vieilli, dans sa façon d’observer les autres, mais aussi de tousser après quelques longueurs de piscine. Et sa voix, en off, accompagne ces quarante-cinq minutes, une première que de le voir se confier dans un journal intime. Si ça peut sembler perturbant au premier abord, là aussi on peut mettre en lien ce besoin d’écrire avec le douloureux départ d’Anna : Don n’a plus personne à qui se confier.

     Aussi, cet épisode est marqué par l’idée du fossé. Entre les hommes et les femmes, entre les créateurs et les secrétaires. Et entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, pour reprendre les termes de l’amie de Betty qui lui rappelle que sa vie est probablement plus belle que sa vie à lui. Pourtant c’est l’ambiguïté qui domine. Comme lorsqu’ils se croisent au restaurant. On ne sait pas bien si Betty dit détester Don parce qu’elle ne supporte pas de le voir impuni ou si, quelque part, elle le regrette. C’est troublant. Le « We have everything » qu’elle lâche en posant un baiser à Henry ressemble beaucoup plus à une volonté d’auto-persuasion qu’à une prise de conscience que la pseudo certitude de son ton laisse paraître.

     A noter que nous sommes arrivés à l’été 65. Et pour la première fois, il me semble on y évoque assez clairement – et à plusieurs reprises, dans les discussions ainsi qu’à la télévision – le Vietnam.

     « The beautiful girls » joue davantage sur un  terrain conceptuel, puisque c’est un épisode quasi entièrement féminin, qui se clôt d’ailleurs sur un très beau plan dans un ascenseur captant les trois regards forts, chacun dans une direction, de Joan, Peggy & Faye que nous avons méticuleusement suivies quarante-cinq minutes durant : Trois femmes actives aux trajectoires bien différentes. Trois femmes dont on peut clairement douter qu’elles puissent partager quoique ce soit de plus un jour.

     Les prémisses de ces scissions étaient lancées dans l’épisode précédent, lorsque Peggy prenait la défense de Joan, en virant Joey, avec autorité, mais se heurtait à la colère froide de Joan, qui ne supportait pas d’être prise pour la petite secrétaire qu’il faut défendre, d’autant qu’elle est obnubilée par sa tristesse de voir partir son homme au Vietnam.

     Curieux épisode qui d’une part verra débarquer Sally en pleine fugue – J’ai toujours eu un faible pour les instants où Sally et Don passent du temps ensemble dans Mad Men – et qui verra mourir Miss Blankenship. Et en son absence c’est Megan, la réceptionniste, qui s’impose. Elle semble s’occuper de tout et de tout le monde, du cadavre d’une secrétaire et de la tristesse de la fille de son patron. Comme si elle forçait son entrée. C’est très beau. C’est la première fois, véritablement, qu’on « voie » ce personnage. Qu’elle existe. M’est avis qu’on la reverra davantage.

4.10&114.10 & 4.11

30/10/19

Que dire si ce n’est que j’ai encore l’impression d’avoir assister à un épisode somptueux, charnière, puissant, avec « Hands & Knees » qui fait le pari de mettre à genoux trois de ses actionnaires, de façon aussi violente qu’imprévue. Lane tente de présenter sa petite amie, une serveuse noire du Playboy club, à son père, mais ça ne se déroule pas comme il l’escomptait. Don se voit persécuté par des officiers de police à cause d’une réhabilitation de sécurité demandée par un de leurs clients, ce qui menace la dissimulation de son identité et son secret de désertion et le pousse (« Je suis fatigué de tout cela » dit-il)  à tout révéler à Faye, quand il échappe à une énorme crise de panique sous les yeux de la jeune femme, et demander à Pete de noyer le poisson auprès de ses contacts en plus de virer son nouveau budget à 4 millions, un peu trop scrupuleux. Quant à Roger, il apprend d’une part que Joan est enceinte et que ça le concerne directement puisque Greg est au Vietnam, d’autre part qu’il perd Lucky Strike : Dans les deux cas, il n’y peut rien. Cette fois, son charme blagueur et ses jolis chèques n’y feront rien, American Tobacco et Joan sont libres. Superbe scène de retour en bus pour Joan, une sorte de plan à la Edward Hopper, complètement suspendu, à la fois déchirant et mystérieux. C’est un épisode tout en tension, mais ce qui frappe c’est la direction artistique. Mad Men est souvent irréprochable sur ce point, mais lorsque chaque plan est à ce point extraordinaire, il faut le mentionner. J’avais l’impression d’être dans un film de Todd Haynes, quarante-cinq minutes durant, jusque dans les moindres détails : La robe de grossesse de Trudy, nom de dieu. Le film s’en va sur « Do you want to know a secret », des Beatles, car oui, la bonne nouvelle de cet épisode pour Don, c’est qu’il récupère deux places pour aller voir le groupe britannique avec Sally. Que dire de plus, devant tant de perfection, franchement ? D’autant que l’épisode suivant, efficace, marque les conséquences de tout cela, tout en faisant entrer dans le jeu celles qu’on avait oubliées dans la danse : Peggy, en pleine love story et Megan, qui confirmation, s’impose tellement vite dans le récit (standardiste puis secrétaire remplaçante de Mme Bkankenship, elle désire à l’avenir, dit-elle ouvertement, faire ce que Peggy fait) qu’elle tombe déjà dans les bras de Don. Quoiqu’il en soit, une odeur de fin du monde s’est installée une nouvelle fois dans l’Agence. Elle s’est relevée d’impasses mais celle-ci semble bien gratinée. Et on va pas se le cacher, on est un peu inquiet pour Roger.

4.12&134.12 & 4.13

08/11/19

     Que de bouleversements dans ce season finale. Enfin dans ces deux derniers épisodes, en fait, tant ils se complètent brillamment. Déjà dire que je ne m’attendais pas, quatre épisodes en arrière – quand je disais qu’on allait sans doute davantage voir Megan – à ce qu’elle et Don soient fiancés pour la fin de saison. Tout est un peu trop rapide, au même titre que le déménagement de Betty & Henry (Et fatalement leurs enfants, Sally est inconsolable) – Ce dernier verre de fortune qu’elle partage avec Don dans la cuisine déserte, juste avant l’arrivée de l’agent immobilier : Magnifique. Ou le retour éphémère et intéressée de Midge (la belle Rosemarie DeWitt, qu’on n’avait pas vue depuis quand, la première saison ?) qui ne peint plus que pour payer ses doses d’héroïne. Ou le congé brutal de la bonne Carla : C’est fou ce que j’ai pu aimer Betty, jadis, tant son égocentrisme capricieux m’agace profondément maintenant. Ou les licenciements en masse chez SCDP (Cette réplique d’ores et déjà cultissime de Roger : « Well, I’ve gotta go learn a bunch of people’s names before I fire them ») accompagnés du départ précipité (m’étonnerait que ce soit définitif, quand même) de Bert Cooper, après la publication non moins soudaine de la lettre de Don contre l’industrie du tabac. Tout est à l’image de Sterling, Cooper, Draper & Pryce au sein du monde publicitaire : Pris dans un étau à la fois salvateur et dangereux provoqué par un monde en pleine mutation. Les temps changent vite, et pourtant il y a de la lumière dans cette fin de saison. Sur Don, notamment – Même si le virage (Megan) est suspect, un peu trop impulsif alors qu’il était en train de construire quelque chose de solide et franc avec Faye. Il y a du Two lovers dans l’air, là-dedans. Lumière aussi sur Joan, promue. Et sur SCDP, aussi, grâce en partie à Peggy, à la lettre de Don et à la complicité subtile entre lui et Pete. Les deux derniers épisodes de cette saison, « Blowing smoke » et « Tomorrowland » sont respectivement réalisés par John Slatery (Il en fait pas mal, in fine, faut bien qu’il compense la paresse de son personnage, j’imagine) et Matthew Weiner, himself. Deux merveilles narratives et esthétiques, qui parachèvent une saison frôlant la perfection.

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