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Archives pour 28 novembre, 2019

Une intime conviction – Antoine Raimbault – 2019

18. Une intime conviction - Antoine Raimbault - 2019La lumière du doute.

   7.5   C’est un film sur le doute. Sur la victoire du doute sur l’incrimination par intime conviction. Sur l’intime conviction qu’en l’absence de preuves, la vraie justice c’est le doute. Sur un personnage qui devient ce qu’elle combat, dès l’instant qu’elle accuse au lieu de défendre. Ne serait-ce que sur cette matière plurielle et complexe, Une intime conviction, d’Antoine Raimbault fascine, impressionne. Ce n’est pas juste un Faites entrer l’accusé transposé sur grand écran. C’est un beau film sur les valeurs de la justice, un film aussi bien héritier de Cayatte que de Douze hommes en colère.

     Mais une autre idée, peut-être la plus importante, la plus personnelle et qui permet d’obtenir la bonne distance face aux faits, c’est son intérêt de créer une partie fictionnelle par l’intermédiaire du personnage de Nora. C’est un personnage qui n’existe pas du tout mais qu’on voit comme la combinaison de plein d’autres et notamment de rencontres effectuées par Antoine Raimbault lorsqu’il s’intéresse de prêt à cette affaire. Sauf que c’est évidemment bien plus que cela : Nora, c’est l’auteur. Nora, c’est le spectateur. Elle représente autant ses questionnements (à Antoine Raimbault, qui depuis l’appel, connaît les moindres secousses de ce procès, a pleinement conscience de ses zones de mystères) que les nôtres : Ce piège de la soif de vérité.

     Car ces questionnements parfois, se transforment en obsession. « J’ai fait de mon obsession pour l’affaire une obsession de cinéma, qui a engendré un personnage obsessionnel » a déclaré l’auteur. L’obsession de Nora (brillamment incarnée par l’extraordinaire Marina Fois) fait carrément flipper. Son évolution est passionnante car elle est d’abord, en ancienne jurée, persuadée de l’innocence de Jacques Viguier, avant de se persuader de la culpabilité de l’amant de Suzanne Viguier. Le film ira jusqu’au bout à son égard, jusqu’à la déshumaniser totalement quand son appétit de justice devient de l’acharnement à trouver le coupable, jusqu’à ce qu’elle devienne le miroir de l’instruction à charge. Il la déshumanise pour la lâcher au profit de l’avocat Dupont-Moretti en l’accompagnant dans sa dernière plaidoirie, magnifique, la fameuse dans laquelle il parle d’un procès qui est devenue le « Concours Lépine de l’hypothèse ».

     On se souvient au début du film, lorsque le procureur mettait en parallèle cette affaire avec le cinéma d’Hitchcock : Il y avait un double sens, puisque Viguier est un éminent cinéphile mais aussi parce que le public pouvait projeter tous ses fantasmes de récits hitchcockiens sur cette affaire. Alors, c’est plutôt Une femme disparait ou Le faux coupable ? Et si c’était Le crime était presque parfait, hein ? Qu’importe la véracité de l’utilisation, cette plaidoirie permet aussi à Antoine Raimbault de jouer de la mise en abyme, du plaisir méta à générer de la matière cinématographique, de raconter sa fascination pour la dramaturgie hitchcockienne doublé de son amour pour les films de procès.

     Le film prend plein de risques, joue d’audacieux parti-pris, parfois visibles, parfois non. Ainsi, il utilise le vrai dessin des enfants, par exemple. Il choisit de ne jamais aller du côté des jurés. Il prend Laurent Lucas pour incarner Jacques Viguier, choix aussi casse-gueule qu’il est réussi, tant cet acteur exacerbe ce doute, représente à travers ses rôles antérieurs la pure ordure autant que la victime la plus « normale ». Une sorte de Henry Fonda d’aujourd’hui. Et là il est opaque, imperceptible, paumé. Comme Viguier l’était et il l’incarne à merveille. Bref, c’est un excellent premier film, hyper ambitieux.

Vingt mille lieues sous les mers (20,000 leagues under the sea) – Richard Fleischer – 1955

05. Vingt mille lieues sous les mers - 20,000 leagues under the sea - Richard Fleischer - 1955Le monde de Nemo.

   7.5   Soit le film qui fait la combinaison de deux explorateurs, l’un de papier, l’autre de l’écran : Jules Verne & Walt Disney. Fleischer ne sera que le brillant artisan-exécuteur de cette affaire, qui repose aussi sur les présences de Kirk Douglas, Paul Lukas, Peter Lorre & James Mason. Excusez du peu. Le premier sera un courageux harponneur, les deux suivants un homme de science et son vaillant conseiller, quant au quatrième il s’agit ni plus ni moins que de l’énigmatique Capitaine Nemo, politicien fou et torturé. Un poulpe géant fera donc office de grand méchant quand Peter Lorre sera lui tout gentil, voilà en partie sur quoi s’appuyait la promotion du film, qui faisait aussi dire à Kirk Douglas qu’il allait se battre contre un requin et une tribu cannibale mais que son plus grand mérite ici allait être de pousser la chansonnette accompagné d’un ukulélé en tortue. Mais le cœur du film se joue avant, à mon sens. Dans la découverte du Nautilus (visuellement fascinant et bien aidé par le Scope et le Technicolor) dont on croit d’abord qu’il est un monstre marin qui dévaste les frégates du Pacifique avant de comprendre qu’il est un navire insubmersible qui renferme la folie d’un seul homme,  explorateur et terroriste. Rien que pour ce glissement (vers le Nautilus, vers Nemo, vers le monstre) et pour l’exploration sous-marine qui en découle, Vingt-mille lieues sous les mers est un très beau film d’aventure.

     J’aime aussi beaucoup le film pour l’imaginaire qu’il charrie et auquel il me renvoie, par nostalgie : L’intérieur du Nautilus à quelque chose de celui de la fusée dans Tintin – Faut-il rappeler que l’un des ouvrages de Jules Verne s’intitule « De la terre à la lune » ? – et des similitudes dans les personnages se ressentent, au point que l’on peut considérer que Milou est remplacé par l’otarie Esmeralda. Mais c’est aussi un cinéma maritime, que j’affectionne et qui probablement s’en inspire, que le film convoque par touches. Les portes étanches qui referment les compartiments inondés lors de l’avarie provoquée par l’explosion ne sont pas sans rappeler celles de Titanic ; Quant au voyage à travers le vaisseau, ses pièces, son ambiance métallique, son arbre d’hélice, c’est bien entendu à L’aventure du Poséidon (Peut-être Le film de mon enfance) auquel je songe ; On pourrait aller plus loin et voir les prémisses d’Alien dans ces couloirs, celles de Das boot dans l’immensité maritime qui enveloppe ce monstre d’acier. Quant à ce hublot géant, cette façon si singulière et poétique – Ah, la mort du Capitaine Nemo – qu’il a de s’ouvrir sur l’océan, il me renvoie à la structure vitrée de l’Atlantis de Stromberg dans mon James Bond préféré, L’espion qui m’aimait. Bref, tout ça pour dire que c’est un film que j’aurais probablement adoré voir et revoir, gamin, mais que de le découvrir aujourd’hui ne me le rend pas moins sympathique, au contraire.


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