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Archives pour 29 novembre, 2019

Sorry we missed you – Ken Loach – 2019

08. Sorry we missed you - Ken Loach - 2019De durs lendemains.

   8.5   Etant donné que je n’ai vu aucun de ses films (souvent estimés) réalisés durant les années 90, je me contenterai de dire que Sorry we missed you est le plus beau Ken Loach depuis vingt ans. C’est une merveille, du niveau de Family life. Mais c’est aussi sans doute son plus déprimant, tant il semble dire qu’on est allé trop loin, que la rébellion est vaine, que la société est morte. Et qu’on finira tous acculés, à bout de souffle, à l’image de ce terrible dernier plan. Ça tombe bien, c’est le Loach que j’aime, moi. Il n’a jamais été un cinéaste formaliste loin s’en faut, mais il peut parfois sortir une idée comme celle-là, cet écran noir vertigineux d’une puissance infinie, qui semble tout dire de notre monde et qui te met sur le carreau, te laisse éprouvé, avec ta colère et tes larmes.

     Les Turner vivent dans la banlieue de Newcastle. Abby est aide-soignante à domicile pour personnes âgées. Ricky, quant à lui, enchainait les petits boulots précaires, jusqu’au jour où il découvre l’opportunité de devenir chauffeur-livreur franchisé. A son compte ? Pas vraiment, c’est un mirage. Il doit prendre un crédit afin de s’acheter un camion, doit se plier aux exigences d’une agence de vente en ligne qui paie à la course, est observé dans chacun de ses déplacements – Ce véhicule surveillé dans lequel il n’a même pas le droit de faire monter sa propre fille. Et mieux vaut ne pas compter ses heures si l’on veut finir le mois et être bien vu de ces supérieurs condescendants.

     C’est quasi de l’esclavage moderne. Un esclavage au sein duquel on te fait croire que tu es complètement libre. Où l’on te dit que tu ne travailles pas « pour » mais « avec ». Sauf quand il t’arrive une couille, évidemment, dans ces cas-là il n’y a plus ni pour ni avec, il n’y a plus rien, on te laisse impuissant dans ta pisse et ton sang. Il s’agit de vendre de la pseudo liberté individuelle afin de briser tous les élans collectifs, puisque chacun travaille de son côté. Un néo-libéralisme aussi transparent qu’il est malsain, qui annihile le lien entre les gens, au sein du milieu professionnel mais surtout au sein de la famille. Quand il n’y a que rentabilité, c’est la structure familiale qui s’effondre.

     En plus de l’ubérisation de la société, il me semble que le film raconte assez bien cet état d’appauvrissement de la société, cette idée que la classe moyenne haute de jadis est devenue la classe moyenne basse d’aujourd’hui. Il y a par ailleurs un background judicieusement placé un moment (Une jolie discussion entre Abby et l’une de ses patientes) où l’on comprend que les Turner ont manqué de pouvoir s’acheter une maison dix années auparavant, mais qu’ils sont restés locataires suite à la crise, au point maintenant de devoir vendre leur voiture familiale afin d’investir dans une camionnette de livraison, et d’espérer garder leurs jobs afin de pouvoir payer leur loyer.

     Et le film s’intéresse aux répercussions sur le couple, leur quotidien jusque dans leur intimité pure. Parvient à faire exister chacun d’eux, dans leurs boulots respectifs, accaparants, exténuants. Mais aussi au sein de la cellule familiale toute entière, avec ces deux enfants qui en souffrent et traduisent leur tristesse chacun à leur manière, petite délinquance pour l’un, déprime retenue pour l’autre. Les comédiens sont toujours exceptionnels dans les films de Ken Loach, mais que dire de ces deux gamins ? Ce garçon qui sèche les cours, se réfugie dans le tag et s’érige contre (la non-réussite de) son père ; cette petite fille, brillante, qui observe, se tait et panique quand on crie. Elle t’arrache les larmes à chacune de ses apparitions.

     C’est sa faculté à tenir une ligne claire qui impressionne tant. Cette qualité quasi obsessionnelle qu’il a de tracer une trajectoire et de s’y tenir coute que coute. Qu’importe alors que la démonstration se fasse à renfort de sabots, qu’il faille en passer par des tournures moins subtiles, des portes enfoncées plutôt qu’ouvertes, pour qu’elle tienne il faut que le processus aille jusqu’au bout. Couches sur couches, répercussions de clés de camionnette perdues, rendez-vous scolaire fortuit, convocation au commissariat, clientèle récalcitrante, conflit entre collègues. Le naturalisme loachien a toujours été moins réaliste que militant, il serait dommage de lui faire le procès aujourd’hui tandis qu’il a 83 ans et qu’il livre là l’un de ses films les plus intenses.

Sex education – Saison 1 – Netflix – 2019

23. Sex education - Saison 1 - Netflix - 2019A la prochaine étape !

   8.0   S’il y a bien une série sur laquelle je n’avais guère fondé d’espoir – malgré tout le bien qu’on n’avait pu m’en dire, ici ou là – c’est bien celle-ci, ce teen show british. Je n’y croyais pas du tout. Mais passé le sentiment dubitatif provoqué par le pilot en demi-teinte, trop plein, trop provocateur, trop extravagant, il faut pourtant se rendre à l’évidence : Sex education est une merveille de teen show comme on en rêvait. Drôle, émouvant, moderne, frontal.

     C’est en soi déjà une belle réponse à American pie. Dans le film de Paul & Chris Weitz, il s’agissait de savoir si Jim et ses potes allaient oui ou non respecter leur pacte et tremper leur biscuit avant la fac. Dans la série de Laurie Nunn on suivra Otis en espérant qu’il parvienne enfin à se branler. C’est un peu plus complexe que ça, évidemment, mais j’aime bien l’idée de la boucle enclenchée par une masturbation manquée puis réussie : On sort du cadre habituel de la première fois / première baise.

     Otis, seize ans, fils d’une sexologue, vit dans un quartier aisé. Maeve, le même âge, sans parents, vit dans une caravane. Il est transparent, elle est populaire. Il est vierge, on la surnomme « la croqueuse de bites ». Le découvrant en train de donner des conseils à Adam qui est incapable d’atteindre l’orgasme, Maeve va embringuer Otis dans un business assez singulier de thérapie sexuelle au Lycée, en improvisant un cabinet thérapeutique clandestin dans des chiottes abandonnées.

     Chaque épisode – à la manière de Six feet under, avec les morts – s’ouvrira sur un rapport difficile entre deux nouveaux personnages, afin qu’on voit plus tard, l’un ou l’autre, voire les deux, demander les services thérapeutiques de Maeve, qui gère la logistique et d’Otis, qui écoute et conseille. Et très vite, un lien se crée entre eux deux, un lien pratique qui se transforme rapidement en relation plus confidentielle – Ils se confient l’un à l’autre sur leurs problèmes personnels – sorte d’amitié perturbée par des sentiments plus forts, faisant naître un amour impossible in fine assez bouleversant. L’épisode de l’avortement est probablement celui par lequel j’ai compris que Sex education (qui par instants me rappelle le sublime Adventureland, de Greg Mottola ou la non moins sublime série Freaks & geeks, de Paul Feig) et moi, c’était gagné.

     Il n’y en a pourtant pas que pour Maeve & Otis, puisque la série se focalise en réalité sur quatre personnages : Otis, Maeve, Adam & Eric. Adam est le fils du proviseur, c’est un cancre et un tyran solitaire, ayant la particularité d’être généreusement membré. Eric est le meilleur ami d’Otis, il est gay, assume pleinement son homosexualité mais supporte plus difficilement le regard des autres sur son homosexualité. Si ces deux personnages se greffent à merveille à Otis & Maeve, il faudra aussi compter sur beaucoup d’autres, à commencer par les parents (ou le frère, pour Maeve) dont on comprend vite qu’ils sont le reflet de leurs enfants ou la figure tutélaire trop imposante, mais aussi sur Lilly la clarinettiste, Jackson le nageur, Jakob le plombier, Ola la caissière du supermarché. C’est passionnant à tout point de vue. Pour chacun d’entre eux.

      Sex education fait un bien fou. Avec son écriture absolument brillante, ses personnages hauts en couleur, sa maestria à contourner tous les stéréotypes et sa modernité, tout simplement. C’est à la fois très cru et très doux, sale et solaire, suranné et moderne, réaliste et merveilleux, à l’image de l’écrin scolaire et résidentiel dans lesquels le récit évolue ou de ces sanitaires désaffectés. L’imposante colorimétrie n’empêche pas une profonde noirceur.

     Laissons-là décanter, mûrir, traverser le temps, se développer encore, mais pas impossible, si tout se passe bien, qu’on y retrouve une force similaire à celle d’un Freaks & geeks, le plus grand teen show de l’histoire des teen show.


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