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Archives pour novembre 2019



Joker – Todd Phillips – 2019

18. Joker - Todd Phillips - 2019Defeated clown.

   3.5   Le cinéma est si fort qu’il a parfois le pouvoir de briser les a priori. Mais parfois, ces a priori sont trop imposants ou le film pas suffisamment audacieux. Joker nourrissait chez moi plus de craintes que d’excitation, rien de grave c’est parfois ce qu’il faut pour être cueilli. Toute la mythologie DC autour de Batman et son clown antagoniste m’a toujours poliment indifféré. Quant à Joaquin Phoenix, il me pose problème, sitôt qu’il n’est pas canalisé par (au hasard) un James Gray : J’avais beaucoup souffert devant A beautiful day, et pas seulement à cause de l’atrocité formelle signée Lynne Ramsay, non je voyais aussi beaucoup trop son jeu empesé insupportable. Et cerise sur le gâteau, j’avais quand même du mal à avaler qu’on ait pu récompenser d’un lion d’or le réalisateur de Retour à la fac, Starsky & Hutch, Very bad trip (1, 2 & 3 !!!) et Date limite. Mais bon, les anomalies existent et jusqu’à très récemment : La somptueuse série Chernobyl a bien comme créateur / showrunner le réalisateur de QUATRE épisodes de Scary movie, ça ne s’invente pas. « L’Histoire » retiendra par ailleurs que les deux gros buzz 2019 ont été fait par Craig Mazin & Todd Phillips, tous deux coscénaristes de Very bad trip 3. Ils ont écrit le trois, ensemble. Le trois, cette daube. Ça ne s’invente pas non plus. 

     Au sortir de Joker – J’ai attendu quelques semaines avant de commencer à écrire quoi que ce soit, sait-on jamais qu’une NeonDemonite me reprenne – je suis resté pour le moins dubitatif. Mais il y avait au moins ce motif de satisfaction : Joker restera très probablement le film le plus intéressant de Todd Phillips. Difficile de penser qu’il est à la barre, en fait, tant la « réussite » semble surtout découler d’un travail d’équipe, au sommet duquel on placera en priorité le chef opérateur, l’acteur vedette et la compositrice, qui en font énormément, pardon, qui en font des CAISSES. La photo, (le rire de) Joaquin Phoenix et les cordes de Hildur Guonadottir dévorent tout. Cette musicienne – sorte de Zimmer violoncelliste – était bien moins emphatique dans Chernobyl. Tiens, tiens. Ce n’est hélas pas mes seuls problèmes avec Joker. Il y a aussi qu’il évoque beaucoup BEAUCOUP (trop) La valse des pantins, qui est un Scorsese que je n’aime pas tellement. J’ai aussi pensé au Network, de Lumet, mais pareil – décidemment ça veut pas – c’est un film qui m’ennuie beaucoup. C’est la lourdeur globale qui me gêne essentiellement, cette impression que chaque scène et chaque influence mal digérée pèsent quinze tonnes, en plus d’être noyées dans un ensemble affreusement programmatique.

     Alors évidemment, le film désamorce continuellement le programme, compense ses mauvais éclats par des beaux, mais il n’empêche que ça manque cruellement de prise de risques, de nuances, de mystère. Sans parler de cette désagréable sensation de le voir sans cesse crier son originalité, dire pardon gueuler qu’il révolutionne le genre, qu’il se départit de l’usine DC à faire des univers étendus – Ce que faisait Mangold de Wolverine dans Logan était bien plus intéressant et radical, il me semble, sans pour autant le marteler dans chaque plan. Todd Phillips reste in fine le bourrin qu’il était dans Very bad trip – film dont le capital sympathie reposait uniquement sur les comédiens, son rythme soutenu et son générique final. Je me souviens, tiens, de cette affreuse séquence casino, véritable raccourci scénaristique et immondice mise en scénique. J’ai repensé à cette scène dans Joker quand on nous révèle qu’Arthur ne vit pas d’idylle avec sa voisine. Qu’on nous le révèle – C’est dommage car le film instaure le doute, partout – soit. Mais qu’on nous le révèle, comme ça, dans un montage explicatif, surligné au stabylo, franchement c’est limite rédhibitoire pour moi.

     Le film a des qualités, bien sûr, à l’image du crescendo global, mariant le soulèvement de la rue avec la libération d’Arthur qui offre l’étincelle qui manquait – Le film a quelque chose de très ancré en 2019 qui saisit, sur la contestation populaire généralisée, il faut bien le reconnaître, au point qu’il s’est immiscé dans cette révolte puisque certains manifestants arborent un peu partout des masques à l’effigie du Joker – pour que la ville s’embrase. Et ses percées de violence sont si peu nombreuses qu’elles impressionnent à chaque fois, sans tomber dans une complaisance déplacée. Le meurtre du présentateur, dans son exécution, fait vraiment lien avec le personnage d’Arthur, jouant moins la carte de la sécheresse pour choquer le chaland que sur son absurdité brutale – Un peu comme avec son collègue dans son appartement ou avec les types dans le train, un peu plus tôt. Malgré tout, c’est un film qui raconte moins la contestation populaire économique du monde entier que, un peu malgré lui, l’autosuffisance du pseudo critique moderne et ses youtubeurs qui se ressemblent TOUS parlent et défendent les mêmes films, se réunissent dans une partouze déloges incontrôlées visant à faire leur propre éloge du soi-disant bon goût. Je m’égare sans doute, mais j’ai vraiment l’impression que le film, via Arthur, raconte ça, une erreur dans un système aliéné, c’est très troublant.

     Quoiqu’il en soit, le Gotham de Phillips n’a donc plus rien de celui de Burton ni de Nolan. Le Gotham de Phillips voudrait autant ressembler au New York de Taxi driver – L’influence la plus évidente, ici – qu’au Londres de V pour Vendetta ou au Bruxelles, de Jeanne Dielman – Ou plutôt à News from home, puisqu’il y a New York et la « conversation » avec maman. Relier le blockbuster à Chantal Akerman, c’est l’ambition revendiquée de Todd Phillips. Joker selon Phillips, incarné par Phoenix, n’est plus vraiment comique, encore moins sadique, c’est un pauvre type égaré dans une société malade, de plus en plus sectaire, totalitaire, une sorte de croisement entre Travis Bicke & John Rambo. Il y a une volonté de faire table rase de l’identité du Joker, qu’il ait été incarné par Jack Nicholson, Hearth Ledger ou Jared Leto. De revenir aux origines et de montrer que sa folie et sa capacité de super vilain sont motivées par les dérives d’une société qui le rejette, lui et son handicap – Un rire nerveux, affreux, mignon ou terrifiant, vient parfois couvrir ses gênes et son émotion. Toute la première partie, en somme très convenue et répétitive, vise à faire traverser des situations extrêmes – Agression dans la rue, humiliation télé, perte de son emploi, la suppression de son suivi psy – afin qu’Arthur, peu à peu, devienne le Joker. Et l’idée séduisante c’est aussi de le voir traverser des instants qui ne sont « peut-être » que dans sa tête.

     Ce qui est triste c’est de voir si peu le film sortir des rails. Par exemple, c’est très décevant de le voir choisir d’arpenter la voie de l’origin story de Batman en parallèle, tellement sans intérêt, vu et revu, mais tellement fait pour contenter le fan-service et éventuellement rattacher le tout dans un univers plus étendu. En fait, le film me gêne aussi parce qu’au fond il ne choisit pas, ni d’être radical, ni d’être populaire. On dit qu’il va à contre-courant des modes, qu’il veut faire un Joker qui n’a pas besoin de Batman pour exister, mais ce n’est pas vrai, c’est juste qu’il le fait avec un masque et qu’il le porte grossièrement. C’est un film petits bras, pas du tout subversif ni insolent, encore moins sulfureux, qui veut tellement être un anti-Marvel qu’il en oublie d’être plus qu’une miette moribonde de Taxi driver. Sauf que Scorsese voulait tout changer quand il pond Taxi driver en 1976. Ça suintait de chaque plan. Soit pas du tout ce que je vois dans le film de Todd Phillips, très sage, qui ne choisit pas vraiment, croit faire quelque chose de radical mais noie sa réalisation dans un torrent de surlignage à peine plus fou que les films de superhéros habituels issus des studios. Il n’y a jamais de malaise dans Joker, on sait quand tout va exploser, on nous martèle sans cesse, par un effet de style, une musique etc.

     On va me dire que le film ne mérite pas qu’on décortique ses défauts tandis qu’on le fait pas sur les productions Marvel. Oui, mais c’est incomparable pour moi : Infinity war, Endgame, Ant-man ou Thor Ragnarok – pour citer ceux que j’aime beaucoup – n’ont pas eu de lion d’or à Venise. Et encore moins de classification R-Rated. Je vois le film enfler et se glorifier d’être le plus grand succès R-Rated depuis Deadpool et tout le paradoxe est là : C’est un film persuadé d’être la cible des adultes mais je ne vois pourtant pas ce qu’il a de plus « adulte » qu’une production Marvel, moi. Bref c’est un film qui m’a poliment indifféré sur le moment et qui m’énerve dix fois plus depuis que j’en suis sorti. Car franchement, qualités et récompenses comprises, c’est le film le plus lourdingue vu depuis La forme de l’eau, de Guillermo del Toro. Au final, Joker restera donc pour moi une incompréhension digne des récentes douches froides que furent En liberté, de Salvadori ou Under the silver lake, de David Robert Mitchell ou The house that Jack built, de Lars Von Trier. A ceci près que la douche est un peu moins froide dans la mesure où c’était une attente uniquement motivée par le buzz. J’aime pas des masses passer à côté d’un enthousiasme général mais c’est ainsi. Franchement je ne comprends pas comment on peut trouver ça bien, alors l’ériger en chef d’œuvre absolu, bon…

Pirates des Caraïbes, La Malédiction du Black Pearl (Pirates of the Caribbean, The curse of the Black Pearl) – Gore Verbinski – 2003

06. Pirates des Caraïbes, La Malédiction du Black Pearl - Pirates of the Caribbean, The curse of the Black Pearl - Gore verbinski - 2003Le manège désenchanté.

   3.5   Comme dirait Hubert Bonnisseur de La Bath : « Je n’arrive pas à aimer cela ». Je vois l’idée, l’efficacité du produit, l’aspect feu d’artifice qu’il offre généreusement, le pourquoi de son succès planétaire, bref, sa volonté de faire un divertissement parfait pour petits et grands. Mais dans les faits, ça ne prend pas – en tout cas pas sur moi : C’est trop hystérique, trop informe, trop grimaçant – Johnny Depp n’était pas encore complètement insupportable mais le film enclenche cela – et trop perverti par l’esprit Disney, lisse, sans audace.

     Alors oui, le spectacle maritime à renfort d’explosions et d’une figuration assez dantesque impressionne – Jerry Bruckheimer est à la production – mais il n’est pas secondé, ni par le récit (aucun intérêt) ni pas les personnages, tant on se fiche d’absolument tout le monde, Jack, Elizabeth & Will compris. Mon plus gros problème c’est la dimension ô combien quelconque de la réalisation, sans aucun relief, sans réelle virtuosité, sans double lecture. Pour avoir vu Vingt-mille lieues sous les mers dans la foulée, il me semble que Fleischer, aussi transparent soit-il sur ce projet, apporte un savoir-faire, une fraicheur qu’un cinéaste lambda n’aurait pas su apporter afin de canaliser la machine. Pirates des Caraïbes, aussi mouvementé soit-il, reste un film tristement plat. Devant lequel on s’ennuie tant on voit chaque rebondissement venir, tant on sait quand chaque scène va se terminer, au même titre que l’on peut prévoir chaque mini-gag, vanne ou grimace. C’est une attraction à Disneyland, rien de plus. Gore Verbinski n’est pas un auteur très intéressant quoiqu’il advienne, mais il me semble qu’il réussira (après les trois volets de Pirates des Caraïbes) quelque chose avec Rango, qu’il me faudrait revoir, ceci étant.

     En fait c’est un film de piraterie tout simple, qui n’a de semi-subversif que son personnage de capitaine Jack Sparrow, androgyne électron libre, alcoolique et farfelu, flibustier à l’allure dansante, aux dreadlocks dégueulasses et au mascara coulant. De là à en faire une icône post-moderne de pirate le plus cool de l’histoire du cinéma, le terme est fort. Il n’empêche qu’il relève à lui seul un genre (Le film de pirates) qui semblait enterré. C’est le pari de Disney que de trouver cet acolyte-énergumène pour tout vampiriser, aussi bien les autres personnages, le récit de piraterie que la mise en scène de Gore Verbinski, qui n’est, on l’imagine, qu’un pauvre exécutant sur ce projet. Bref c’est un joli manège, une belle mixture de bateau pirate et de train fantômes, prototype tout à fait prêt à prendre vie dans une attraction Disneyland.

     Pas sûr d’avoir le courage de regarder les opus suivants, d’autant que dans mon souvenir, ils (Les deuxième et troisième, pas vu ensuite) sont moins intéressants que celui-ci, perdent complètement la fraicheur qu’il dégage.

Orange is the new black – Saison 5 – Netflix – 2017

22. Orange is the new black - Saison 5 - Netflix - 2017« Full Bush, Half Snickers »

   4.5   Repousser le visionnage d’une saison et/ou la fin d’une série peut vouloir dire qu’on ne veut pas que ça se termine, que l’on souhaite trouver l’instant propice de la retrouvaille. Il m’arrive ça avec The wire : Je rêve de voir la dernière saison et dans le même temps, j’aime l’idée qu’il me reste toujours une partie de The wire à découvrir. Pour Orange is the new black, que je suivais assidument jusqu’à la diffusion de la quatrième saison, c’est autre chose. J’avais aimé cette saison mais déjà j’y ressentais un essoufflement et la crainte qu’elle ait trouvé son émouvant climax avec l’émeute générale et la mort de l’une de ses détenues phares.

     Trois ans plus tard, alors que la série vient de faire ses adieux après sept saisons, je me lance finalement dans cette retrouvaille tardive. Mais dès les premières minutes, je sens que moi, je suis passé à autre chose. Ce n’est pas le cas de la série, malheureusement, qui n’aura jamais été aussi paresseuse, suffisante, étirant les répercussions de cette émeute soit le siège de la prison par les détenues, sur une saison toute entière. Non, ce n’est pas une blague. Les quatre premiers épisodes vont jusqu’à se dérouler durant la toute première nuit. Si encore on utilisait à dessein cette temporalité resserrée, qu’il y transpirait une vraie sensation de chaos, mais ce n’est jamais le cas. Litchfield fait davantage office de cours de récréation qu’autre chose. Il parait que l’action de ces treize épisodes s’étale sur trois jours, mais on ne ressent jamais cela.

     La série continue de faire comme d’habitude, un épisode centré sur un personnage, où l’on continue de découvrir son passé au moyen de flashbacks, de façon à ce que ça résonne avec l’action du présent. Mais le problème c’est que la plupart de ces flashbacks n’ont aucun intérêt tout simplement parce qu’ils sont écrit par-dessus la jambe. Le cœur n’est plus dans ce qui faisait la force de la série à savoir le développement étoilé. Si encore on était ravi de retrouver Litchfield, mais non. Ca n’avance pas. On fait du surplace. On regarde ça d’un œil lointain, pour ne pas dire éteint et si l’on tient c’est en grande partie car on apprécie encore chacun de ces personnages, quand bien même ils n’aient, pour la plupart, plus grand-chose à raconter. Piper n’est plus que l’ombre d’elle-même – Mais quel intérêt de lui octroyer encore un flashback ? A contrario, Taystee est devenue le vrai personnage pivot, l’héroïne de la saison, ne serait-ce que pour sa colère, sa tristesse et ses prises de positions. C’est elle qui tient ici le visage de la révolte.

     Heureusement les deux derniers épisodes sont meilleurs, ils sauvent un peu les meubles. Mais c’est un peu tard. Bref, je ne m’étais pas trompé : La fin de la saison 4 marquait un vrai tournant, dramatique, créatif. Le reste ne serait plus que du remplissage – J’espère me tromper, évidemment et retrouver Litchfield en pleine forme. Je verrai les deux saisons restantes à l’occasion, mais bon, la série est clairement passé de « J’aime bien, mais ce n’est pas une priorité » à « Si vraiment y a rien d’autre à faire ». C’est triste.

Adieu, Jean Douchet.

76765487_10156976967492106_7189280069544574976_oTristesse.

     Je me souviendrai pour toujours de ces ciné-clubs à Enghien, autour de « Brigadoon », « L’arche russe » ou « Sauve qui peut la vie », qu’il animait avec passion, malgré son déjà grand âge.

     Il était l’un des plus importants passeurs de notre temps. Un amoureux de cinéma tel qu’on ne pouvait que l’être nous aussi.

     La dernière fois que j’ai pu l’écouter c’était pour « Le mépris ». J’y allais moins pour le film (que je connais par cœur) que pour l’entendre, lui, en parler. Il a tant nourri ma cinéphilie.

     Si sa santé le lui avait permis, il aurait animé, sur la saison 2019/2020, un cycle consacré à Bergman. J’aurais aimé l’entendre encore.

     C’est un mois de novembre difficile. Huit jours seulement après les douloureuses obsèques de mon grand-père, c’est Jean Douchet, un autre « grand-père », spirituel, qui s’en va.

     J’espère qu’ils se rencontreront de l’autre côté et qu’ils parleront cinéma, car mon grand-père aussi était un amoureux des films.

Crawl – Alexandre Aja – 2019

30. Crawl - Alexandre Aja - 2019La maison a des dents.

   5.5   Belle idée que de relier à la fois le survival et le film catastrophe, le huis clos et le film de crocodile. Je signe tout de suite, moi. Néanmoins, Aja est au petit trot, il pouvait nettement mieux faire. Comme compenser sa générosité générale par de purs éclats de sidération, par exemple. Ses crocodiles sont magnifiques, en plus, dommage de ne pas en profiter pleinement : Ça manque de scènes réellement marquantes. Comme à son habitude, Aja n’a pas son pareil pour emballer sa marchandise. Elle est certes de piètre qualité, ici, mais c’est encore l’emballage qui fait office de cache-misère. Un beau cache-misère – Beau tandis qu’on l’espérait magistral.

     Crawl se limite ainsi ou presque à deux personnages, une fille et son père, Kaya Scodelario & Barry Pepper (parfaits tous les deux), ainsi qu’à un lieu, une maison, en commençant par la cave pour terminer sur le toit. Cette verticalité reprend toute la problématique du film, qui reprend celle de Pluie d’enfer – digues qui éclatent comprises : Les pluies torrentielles inondent bientôt la ville entière. Je pense qu’on oubliera ce film – On l’oublie aussitôt en sortant de la salle, d’ailleurs – mais il a au moins le mérite de créer une ambiance, une tension avec trois fois rien, sans trop d’esbrouffe.

     J’aime bien Alexandre Aja mais si j’ai un vrai regret ici, c’est qu’il ne choisisse pas d’en faire un truc plus radical, purement viscéral. On sent qu’il n’ose pas. J’ai l’impression que de faire du personnage central une nageuse professionnelle le dédouane un peu trop des scènes improbables qui la voient nager pour échapper aux crocodiles. Ian Thorpe lui-même manquerait de jus. Ça manque d’inventivité. Comme le fait d’en faire une super-prédatrice, pourquoi ça découle de son tempérament habituel ? Il me manque cet état de mutation qui me plait beaucoup dans le survival. Néanmoins, Crawl est plutôt bien troussé pour un survival et carrément cool pour un film de crocodiles.

     Je me suis rendu compte d’un truc devant Crawl : En fait, je ne suis pas du tout familier des films de crocodiles, sous-genre à part entière – comme celui du requin – qui regroupe Lake placid, Le crocodile de la mort, Solitaire, Black water ou Killer crocodile. Et je n’ai vu aucun de ces films. Moi on me dit crocodile, on me dit cinéma, je pense Tabou, de Miguel Gomes. Ou Jumanji. Ou « Bon écoutez mon petit. Là j’viens de tuer un croco ».  Mais rien qui n’entre dans le genre, en fait. J’ai bien vu Megashark vs Crocosaurus, mais doit-on en parler ? Bref, difficile de juger Crawl à l’aune de son sous-genre, mais j’imagine qu’on a rarement vu de si beaux aligators.

Stranger things – Saison 3 – Netflix – 2019

20. Stranger things - Saison 3 - Netflix - 2019Do you copy ?

   6.0   Mon intérêt pour cette série va déclinant – effet de surprise évaporé, sans doute – néanmoins je continue d’y retrouver parfois les bribes, certes un peu vaines, d’un plaisir nostalgico-régressif. Je retrouve cela notamment avec un duo, bientôt improvisé quatuor, en pleine tentative d’espionnage après avoir déchiffré un code russe. Une trajectoire qui s’inspire encore et toujours des Goonies – La trouvaille d’une carte au trésor – et qui se déploie très bien au contact de ces simples vendeurs de glaces. On sort du cadre bestial, horrifique pour tomber dans quelques chose de plus léger encore que la sauce habituelle Stranger things, qui a le mérite de mettre en avant deux nouveaux personnages, féminins, Robin & Erica, incarnées par Maya Hawke & Priah Ferguson, soient celle qui vend des glaces et sa plus fidèle cliente (la petite sœur de Lucas) qui les mange. Elle apporte autant de sang neuf que de jeunesse adéquate et naïve. Ceci étant, si cette saison fonctionne globalement moins bien, c’est aussi parce que son petit groupe, ce noyau formé par Dustin, Lucas, Mike & Will, a grandi. Perdu en fraicheur. C’est comme si Brand était moteur dans Les goonies, en somme. Non, il faut que ça reste des gamins, que ce soit eux qui gardent à la fois le pouvoir et la volonté candide. Sauf que ces gamins n’ont plus l’âge de Choco, Data & Mickey : C’est un peu moins efficace, disons. Ce qui en revanche est très intéressant et rehausse mon jugement, c’est que la série en a pleinement conscience. Ainsi, ses jeunes personnages tentent plusieurs fois de rejouer à Donjons & Dragons comme avant, mais ça ne fonctionne plus. Ils sont devenus des adolescents, avec d’autres aspirations, qui se nomment évidemment Eleven, Max et Suzie – Ce climax avec les chiffres de la constante de Planck que Dustin lui soutire en chantant Neverending story, c’est magnifique. Une belle transmission se joue dans le dernier épisode lorsqu’ils finissent par offrir leur jeu à la jeune Erica – qui aura espérons-le un rôle aussi déterminant à jouer dans la saison suivante – comme Bonnie supplantait Andy dans Toy Story 4 après qu’il lui ait transmis ses jouets. Il faut des petits pour convier les grands, c’est la base solide de Stranger things depuis le début : Gamins, ados, adultes réunis contre le monstre. Les charmes de la série s’amenuisent, certes, mais ça reste un idéal blockbuster estival.

En cas de malheur – Claude Autant-Lara – 1958

Jean Gabin, Brigitte BardotL’horloger, l’avocat, l’étudiant et la belle.

   4.5   Bien qu’il fût considéré par Truffaut comme étant le meilleur film de Claude Autant-Lara, En cas de malheur est un cinéma d’un autre temps qui devait déjà semblé d’un autre temps à l’époque de sa sortie en période de Nouvelle Vague tant ça ne fait que sonner comme un théâtre de boulevard. Autant-Lara adapte donc Simenon avec son classicisme terrifiant, sa lourdeur didactique, ses répliques caricaturales, et sa platitude formelle habituelle, en espérant que Bardot & Gabin feront le boulot. Mais curieusement (ou justement) on finit par faire le deuil d’un film aussi brulant que du Simenon (la base narrative peut largement faire un chef d’œuvre, franchement) et aussi puissant que du Clouzot – Bardot fera La Vérité, deux ans plus tard et comment dire, c’est autre chose – pour apprécier le joli cabotinage du duo. Ce n’est évidemment pas suffisant mais faute de grives…

Marie pour mémoire – Philippe Garrel – 1968

10. Marie pour mémoire - Philippe Garrel - 1968Le vent de l’ennui.

   3.0   Au moins, après ce truc, Garrel (qui n’a alors que dix-neuf ans) ne pouvait pas faire pire. C’est vraiment un essai pénible d’étudiant imbu. Il y a toutefois un sens singulier du cadre et de l’accompagnement des personnages. J’aime aussi les deux séquences très douces et longues entre Marie et sa maman. C’est tout. Quelques passerelles formelles, narratives, thématiques (la société malade, la jeunesse déphasée, l’ennui, la solitude, l’américanisation, la folie, la grossesse, le suicide…) et autobiographiques peuvent néanmoins être faites avec son cinéma à venir – Seul intérêt que moi j’y trouve et qui me fait croire que découvrir Garrel de façon chronologique, donc par Marie pour mémoire, peut s’avérer périlleux sinon rédhibitoire. Et à ceux qui l’ont fait et souffert, je leur dit « Accrochez-vous, la suite peut valoir le coup ! »

Frankenweenie – Tim Burton – 1984

03. Frankenweenie - Tim Burton - 1984Sparky, la résurrection.

   7.0   Une bien belle découverte que celle de Frankenwinnie, version de 1984, là aussi, un film court, un essai (pour son auteur) dans le domaine de la prise de vues réelles, un superbe premier pas qui me conforte dans l’idée que Burton c’était mieux avant. Frankenwinnie est en quelque sorte son adaptation de Frankenstein, avec Victor, un petit garçon (Les amateurs de L’histoire sans fin reconnaitront Bastien) qui va réanimer son bull-terrier Sparky (mort renversé par une voiture) au moyen de l’électricité. Burton, qui travaille alors chez Disney, va faire un film loin de l’imagerie du studio, une sorte d’ovni de petit magicien gothique, à l’image de cette superbe introduction qui voit les parents (qui sont magnifiques et interprétés par Shelley Duvall et Daniel Stern, qui quatre ans auparavant jouaient respectivement dans deux de mes films préférés : Shining et Breaking away) qui applaudissent (« Mon fils est un nouvel Hitchcock », s’exclame son père) la projection du film amateur de leur fils, qui voit déjà son chien à l’interprétation d’un monstre. Burton filme en noir et blanc, avec une élégance terrifiante, l’univers froid des banlieues américaines – Le film préfigure déjà Edward aux mains d’argent – en séparant le monde des adultes et celui des enfants, afin de s’intéresser à ce garçon solitaire à l’imaginaire horrifique surdéveloppé, alter égo de son auteur, comme l’était Vincent un peu plus tôt. Je me pencherai ultérieurement sur la version long-métrage intégralement en stop motion que Burton en a tissé en 2012 même si d’une part, j’ai du mal à m’intéresser au cas Burton de l’après Ed Wood et d’autre part, je n’en vois pas trop l’intérêt, là, tout de suite d’autant que j’aime l’idée que ce Frankenwinnie pose les jalons des films-live de Burton à venir.

Vincent – Tim Burton – 1982

02. Vincent - Tim Burton - 1982L’ange du bizarre.

   6.5   Soit l’histoire d’un enfant de sept ans – Comment ne pas percevoir l’enfant Tim Burton lui-même ? – qui s’appelle Vincent Malloy mais qui rêve d’être Vincent Price, son acteur favori – qui officiera en tant que narrateur ici. Un enfant qu’une mère rigide punit, souhaite normaliser tandis que lui désire faire des films d’horreur, remplacer son chat par un monstre, transformer sa petite sœur en zombie, plonger sa tante dans la cire, bref avoir une vie comme les personnages des récits d’Edgar Allan Poe, son auteur préféré. C’est un beau film en noir et blanc, plein de trouées horrifiques, de secousses déconcertantes et trucages variés,  dont l’esthétique gothique navigue entre l’expressionnisme allemand d’un Murnau, d’un Lang, avec des visions d’un Epstein. Très fort de charrier un imaginaire aussi crue, limpide et tant de promesses dans un essai de six petites minutes, qui s’achève sur la dernière phrase du Corbeau, le poème de Poe, jadis adapté à l’écran par Roger Corman, dans lequel jouait Vincent Price.

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