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Archives pour 10 janvier, 2020

Mad Men – Saison 5 – AMC – 2011

5.01&5.02&5.035.01, 5.02 & 5.03.

19/11/19

     C’est toujours un exercice délicat pour une série que d’allonger, de façon isolée, son format. Le rythme s’en trouve modifié, la construction aussi. Il faut un tout nouvel équilibre. Cette cinquième saison s’ouvre donc sur un double épisode, quatre-vingt-dix minutes, la durée d’un long métrage et l’on s’étonne à peine de penser, quand il se termine, qu’il est bien plus intense, aussi bien du point de vue du fond que de la forme, que 95% de ce que le cinéma peut nous offrir. Un « film Mad Men ». On en rêvait.

     Bisou-Bisou n’est peut-être pas le meilleur épisode de Mad Men, mais il ouvre des pistes passionnantes pour cette saison à venir – la relation entre Megan & Don, notamment mais aussi la place de plus en plus « draperesque » de Pete – en plus de s’articuler autour de ce que promet plus ou moins son titre, à savoir une chanson entonnée par Megan en guise de cadeau d’anniversaire à son homme. Surprise dans la surprise (on sait qu’il abhorre ça) puisqu’il n’était même pas au courant de cette petite soirée en l’honneur de ses quarante printemps. Enfin, les quarante printemps de Don, pas ceux de Dick Whitman, n’oubliera-t-il pas de lui mentionner. Zou Bisou-bisou est d’ores et déjà l’un des sommets érotiques de la série et ce n’est ni Harry ni Stan qui diront le contraire. La scène-nettoyage, n’en parlons pas. Sans parler de Roger chantonnant « Frère Jacques » à Don, le lendemain au bureau. Caviar.

     En outre, la saison s’ouvre sur une imposante ellipse puisque nous sommes propulsés en mai 66 post Memorial day, en plein pendant les manifestations des Noirs. On apprend que Megan & Don se sont mariés. On découvre Joan en train de pomponner. Et bien entendu on assiste aux beaux lendemains d’une agence fleurissante ou presque, s’octroyant de nouveaux gros poissons. Il y a une maitrise narrative absolument déconcertante, ne serait-ce que sur le miroir entre la séquence introductive chez Y&R et la séquence finale chez SCDP où chaque fois les Noirs montent dans les bureaux à cause d’une mauvaise blague, des bombes à eau d’un côté, une fausse annonce d’embauche de l’autre. Terrifiantes années 60.

     L’épisode suivant permet de revoir Betty, qui n’apparaissait pas du tout dans le double épisode introductif. Et c’est un choc. Betty a mangé Betty. Ils ont bien intégrés la grossesse de January Jones, pas de problème là-dessus. Alors, Betty est-elle malade ? Le récit s’articule autour d’une possibilité de cancer de la thyroïde avant de révéler in extremis son caractère bénin. C’est assez curieux mais c’est aussi dans l’esprit de Mad Men de ne pas s’attarder sur ce genre de péripétie qui n’en est pas vraiment une. Cela permet malgré tout de véhiculer une douce proximité entre Betty & Don.

     Difficile de faire des pronostics mais j’ai l’impression que la série enclenche assez clairement, mais tout doucement,  ses adieux. On y parle ouvertement de la mort. De la crainte de voir des enfants grandir sans leur mère. C’est un épisode qui marque une rupture forte au sein des couples, qu’il s’agisse de Betty & Henry, de Megan & Don voire de Trudy & Pete. Affaire à suivre.

5.04&5.05&5.065.04, 5.05 & 5.06.

22/11/19

     Le retour de Greg du Vietnam occasionne d’abord une belle effusion de joie, des retrouvailles joyeusement consommées, la contemplation d’une harmonie familiale qui n’est vite qu’un leurre quand Joan apprend qu’il s’est porté volontaire pour rempiler parce que « là-bas on a besoin de moi » dit-il. Il en faut peu à Joan, qui préserve sa dignité, toujours et le met dehors, définitivement. Au moins, concernant le bébé, la question de la paternité ne pose plus trop de problème.

     C’est un épisode qui va aussi creuser ce nouveau personnage qu’est Michael Grinsberg. M’étonnerait qu’il ne soit que de passage. Il est intelligent autant qu’il est borderline, semble agacer Don à tel point qu’il est pas loin de le virer pour avoir improviser un slogan et envoyer la réunion sur un terrain inattendue, indifféré Peggy avant qu’il ne se confie à elle sur ses origines d’enfant né et élevé dans un camp de concentration.

     Ensuite il y a Don. Il est malade comme un chien. Mais il croise une ancienne conquête, très entreprenante, dans l’ascenseur, alors qu’il est aux côtés de Megan. Plus tard il rentre chez lui pour dormir. Puis il est réveillé par cette ancienne conquête, la fait rentrer pour la remettre dehors, avant qu’elle ne revienne, lui fasse l’amour et qu’il l’étrange puis la l’abandonne sous le lit. WTF ? Puis Megan le réveille avec des croissants. Il a rêvé. Tout ? On ne sait plus. C’est un peu bizarre venant de Mad Men, mais pourquoi pas.

     Avec son atmosphère de meurtres sordides de Chicago, Mystery date m’a soudain rappelé qu’on était dans la sombre période américaine, celle des meurtriers en série, que Fleischer avait si bien captées dans L’étrangleur de Boston, que la série Mindhunter avait su prendre à bras le corps aussi. Fascination et danger planent. On en rigole (au bureau) on en fait des cauchemars à la maison (Sally, réfugiée sous le canapé du salon). Cela permet surtout à Peggy, qui comme souvent travaillait tard, d’être surprise par Dawn, la secrétaire (qui dormait dans le bureau de Don pour ne pas avoir à rentrer seule la nuit) et de l’inviter à dormir chez elle. Toutes deux discutent de quotidien et de réussite mais soudain il y a un silence autour d’un sac. Rien de plus. Mais la série, une fois encore, s’est permis d’ouvrir une « trappe de la honte » quand Peggy observe Dawn et comprend silencieusement qu’elle a compris.

     Une fois de plus, c’est un épisode dense, passionnant, mais il respire, il n’est jamais plein, indigeste. C’est du pur Mad Men, en somme. Le suivant est plus indomptable. Tandis qu’il semble au préalable très heureux d’inviter Don à diner, sans doute pour lui étaler son petit bonheur sous les yeux, Pete traverse une crise existentielle : Il est perturbé par une petite fuite d’évier récalcitrante (que Don finira ironie du sort par lui réparer), flirte avec une étudiante lors des séances de code de la route (qui tombera finalement dans les bras d’un autre étudiant beau-gosse) et ne supporte pas de devoir laisser l’affaire Jaguar à Lane, qu’il juge incompétent.

     Il va tellement péter un plomb qu’il va accepter de se battre contre Lane. Leur règlement de compte est d’ores et déjà l’un des moments les plus drôles de Mad Men : Il suffit de voir les visages hébétés de Bert, Roger & Don ; enfin surtout de voir Roger s’allumer une cigarette, comme s’il assistait à un match de boxe, puis dire finalement « J’avais parié sur Lane ». J’ai failli en tomber de mon canapé tellement je riais. Mais le plus important c’est évidemment l’issue de cette baston de cour de récréation quand Pete (au visage en sang) & Don se retrouvent dans l’ascenseur. Le « I have nothing » de Pete semble plutôt vouloir dire « Why I’m not you ? ». Et Don reste muet, face à ces larmes et ce visage tuméfié. C’est terrible.

     Far away places est un parfait épisode de moitié de saison. Un peu plus « expérimental » dans sa structure qu’à l’accoutumé puisqu’il s’agit de passer la journée et la soirée en compagnie de Peggy, puis Roger puis Don. Chacun aura son quart d’heure de (non) gloire. Peggy ira se noyer dans la fumette au cinéma après avoir foiré le rendez-vous avec Heinz. Roger testera les vertus du LSD avec sa femme dans une soirée mondaine, avant de mettre fin à leur relation. Quant à Don, supposé passer du bon temps avec Megan chez Johnson’s, un super restaurant qui est aussi l’un de ses fidèles clients, il va passer la pire scène de ménage de sa vie. Episode assez fascinant, une fois de plus.

5.07&5.085.07 & 5.08

03/12/19

     Punaise, la violence du dernier plan d’At the codfish ball, le septième épisode de cette cinquième saison. Voir la mère de sa belle-mère tailler une pipe à l’ami de son père, on n’ose à peine imaginer le chamboulement que ça puisse faire sur un enfant. Pauvre Sally. En tout cas elle est vraiment au centre de cette saison. Quasi autant que Megan, qui reste le personnage fort et ce d’autant plus qu’elle semble dévorer Don, aussi bien d’un point de vue professionnel, puisque c’est elle qui trouve une idée de pub et de slogan, c’est aussi elle qui rattrape in extremis Heinz qui était sur le point de se tirer, mais aussi sur le plan intime puisque c’est de sa famille dont il est question, ses parents qu’elle doit gérer et qui parlent souvent français ce qui laisse Don irrémédiablement de côté.

     De son côté, Pete est tombé dans les bras d’une quasi inconnue : La femme de son voisin de banquette dans le train du matin. Ce qui devait arriver arriva. Sa métamorphose en Don prend littéralement forme. Mais cette storyline est loin d’être ce que la saison a produit de plus passionnant.

     Revenons à Megan, puisque l’épisode suivant lui fait une fois de plus la part belle : Le passage express de ses parents semble avoir rappelé à la jeune femme qu’avant son mariage elle poursuivait le rêve de devenir actrice. Enfin surtout son père qui ne supporte pas de ne pas l’avoir vu devoir gravir les échelons. Aussi soudaines que furent ses fiançailles avec Don, Megan va claquer la porte SCDP pour plonger dans les auditions et se consacrer entièrement à son rêve. Reste à savoir comment Don va le prendre, mais vu sa réaction face à Tomorrow never knows, que Megan lui conseille d’écouter s’il veut savoir ce que c’est que la musique aujourd’hui, mystère et doute subsistent. Ce plan d’ascenseur, quelques minutes plus tôt, reste assez terrifiant et ce qui est très beau c’est qu’on rejoint Don nous aussi, dans la mesure où ce rêve de devenir actrice semble tomber comme un cheveu sur la soupe – D’aucuns diront que c’est un problème narratif, moi je crois qu’il agrémente la perdition de Don, prépare son éloignement à venir de Megan ( ?) ainsi que le nôtre.

     Vraiment c’est magnifique, une fois de plus. Et souverain : On sent que la série a conscience qu’elle a toutes les cartes en main pour tout boucler intelligemment et calmement. Enfin ça va on a le temps, il reste deux saisons et demi.

5.095.09

12/12/19

     Plus ça va, plus je me demande si j’ai vraiment envie de voir un épisode centré sur Betty. C’est un peu triste. Elle rivalise de jalousie et de connerie (jusqu’à utiliser ses enfants) dans celui-ci, croyant briser quelques chose entre Megan & Don, voire entre Megan & Sally à propos de révélations qu’elle fait à cette dernière sur « la troisième femme » de son père, Anna. Il y a beaucoup de tristesse sur ce personnage : Elle n’est ni vraiment heureuse avec Henry, c’est le moins que l’on puisse dire, ni vraiment en phase avec l’image qu’elle renvoie, qui a toujours été son obsession principale. Observer l’épanouissement de celle qui la remplace (dans un ménage qui de son temps ne s’épanouissait pas) la déprime complètement, elle qui passe dorénavant son temps chez Weight Watchers. Du coup il y a une nouvelle dynamique intéressante, même si on est bien content de passer un peu de temps chez SCDP. L’affrontement silencieux entre Don & Ginsberg est aussi savoureux que prometteur. C’est marrant, on peut vraiment voir ce dernier comme le pendant masculin de Peggy. De vrais bosseurs. La différence c’est que dans ce monde-là (les années Johnson) l’homme est plus problématique que la femme. Don s’en tire bien, pour l’instant, mais pour combien de temps ? Hâte de savoir où la série nous emmène avec ça.

5.105.10

23/12/19

     Voici un épisode curieux, qui se joue en plein Pearl Harbor day (December 7) dans lequel on va retrouver, par l’intermédiaire d’Harry Crane, Paul Kinsey (oublié depuis la saison 3) égaré chez Hare Krishna. Dans lequel Don ira chez Jaguar avec Joan, qui vient de recevoir une notification de divorce. Dans lequel on retrouve Lane, qu’on n’avait pas vu depuis le début de la saison, qui va arpenter un terrain dangereux : Je ne suis pas sûr que s’il l’apprend, Don lui pardonnera le fait d’avoir copié sa signature pour encaisser un chèque à plusieurs zéros couvrant des dettes fiscales personnelles. Il est donc questions de primes à distribuer ou non. Mais aussi de Mohawk Airlines, qui se met en stand-by et de Jaguar, qui semble promettre monts et merveilles. C’est quitte ou double mais comme on arrive en fin de saison, j’aurais tendance à dire que tout va planter. Reste à savoir comment SCDP va rebondir. Evidemment rien n’est fait. C’est un petit épisode (de transition) pour du Mad Men. Mais c’est évidemment largement au-dessus du lot commun.

5.115.11

24/12/19

     L’ambiance générale de l’agence évolue désormais dans une profonde torpeur. Et ce sont les femmes qui à la fois en paient le prix mais qui restent maîtresses de leur destinée comparé aux hommes figés dans leurs petits secrets (Lane), affrontements polis (Grinsberg/Draper) et machisme répété à peine masqué (Pete). Il s’agit quand même d’un épisode durant lequel les hommes votent pour que Joan se prostitue – Certes pas directement : Ils se mettent d’accord pour lui offrir 5% des actions SCDP en échange de ses services à un gros porc influent de chez Jaguar. Tous sauf Don, qui, appréciant de relever de l’exception, reprend des couleurs. Seulement provisoires, évidemment, puisque d’un côté il est démasqué par Megan qui comprend qu’il ne veut surtout pas qu’elle réussisse en tant qu’actrice. Et son ébranlement sera triple quand il comprendra que Jaguar est dans la poche moins pour ses performances oratoires que pour les services sexuels de Joan, puis lorsqu’il recevra (dans un final bouleversant) la démission de Peggy qui préfère tenter sa chance chez le concurrent, qui lui promet un poste de directrice commerciale. Difficile de savoir où ça va. J’ai l’impression qu’SCDP est redoré grâce au « triomphe Jaguar ». Mais pas certain que tous assument « les causes » ni les réverbérations de ce nouvel éclat.

5.12&5.135.12 & 5.13

26/12/19

     Commissions and fees, l’épisode 12, est un tel chef d’œuvre – l’un des cinq plus beaux qu’ait offert la série depuis son lancement, je pense – qu’enchainer The Phantom le treizième pourtant fulgurant, dans la foulée, fait perdre un peu de sa force à une saison qui aura toutefois été relativement exemplaire.

     C’est quoiqu’il en soit une excellente fin de saison, à la fois hyper mouvementée (le 12, donc) et complètement amorphe (le suivant) qui semble ouvrir péniblement des brèches (Cet agrandissement des locaux de l’agence n’augure rien de cohérent, d’ailleurs chacun se retrouve dans un plan titanesque seul face à sa baie vitrée, c’est terrible) tout en refermant chacun dans sa solitude, qu’elle soit brièvement extatique (Roger, Peggy, Megan) ou carrément déprimante (Don, Joan, Pete). C’est vraiment d’une tristesse folle.

     Mais l’épisode 12 restera sans doute davantage tant il a su faire chevaucher tout cela dans un brio hallucinant, aussi bien la venue de Sally qui s’organise une rencontre avec Glen, les retombées tragiques de « l’emprunt » de Lane (Cette porte de sortie que lui offre Don, et qu’il va saisir à sa façon, mon dieu avec d’abord ce suicide manqué dans la Jaguar, dans la JAGUAR, l’ironie totale, et puis ce fondu enchainé qui le voit allongé dans une tasse de café, la lecture de la lettre…C’est beaucoup pour mon petit cœur, j’adorais ce personnage) et les différents points de rupture frôlés, ici entre Megan & Don, là entre Pete & Beth.

     Points définitivement atteint dans l’épisode suivant, forcément, qui rivalise de grandes idées de mise en scène, notamment lorsque Don laisse Megan à sa répétition, lui tourne le dos jusqu’à ce qu’elle soit minuscule derrière, quasi inexistante. Cette dernière question, ces trois derniers mots, d’une inconnue dans un bar réveillent tout : L’homme à maîtresses, le Don face au néant de sa vie professionnelle (difficile de savoir ce qu’il veut vraiment, s’épanouir ou s’évaporer, grossir ou se barrer) et celui qui s’engouffre vers une solitude de plus en plus visible et inéluctable, vers sa mort – que vient renforcer symboliquement ceux qu’il a « indirectement tués » : le suicide brutal de Lane ainsi que le fantôme de son propre frère.

     Très sincèrement, je me demande si Mad Men n’est pas en train de devenir ma série préférée. Je pourrais d’ores et déjà tout revoir, là.


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