Le monde perdu (The lost world, Jurassic Park) – Steven Spielberg – 1997

13. Le monde perdu, Jurassic Park - The Lost World, Jurassic Park - Steven Spielberg - 1997Hammond’s Plan.

   7.0   C’est l’équivalent d’un Indiana Jones et le temple maudit. En beaucoup moins bien, évidemment, mais l’idée est là. Soit un deuxième volume qui se révèle être un divertissement pas toujours hyper fin et soigné, mais excellent dans son genre, efficace, inventif, sans temps mort. Et ce fut un moment très agréable de le revoir l’an passé, puisque je ne l’avais pas fait depuis sa sortie, je me rends compte – Il fait partie de ces films dont je ne suis plus certain de les avoir découvert au cinéma, d’ailleurs. James Cameron sortait Titanic trois mois plus tard, ceci explique sans doute cela. Depuis je l’ai revu encore, puisque mon fils l’adore. Il me dit « Il faut que tu le revoies encore, Papa et tu verras, tu vas finir par préférer celui-là au premier ». Alors t’es mignon, chouchou, j’aime bien le film, mais non. NON.

     Le monde perdu s’ouvre sur une jolie scène d’introduction – qui m’avait beaucoup marqué, dans son exécution : La force du hors-champ, essentiellement – où la petite fille d’une famille de touristes anglais en croisière en escale sur une ile (Isla Sorna, dont on apprend qu’elle se situe à quelques miles d’Isla Nublar) se voit agressée par une horde de compsognathus : De tous petits dinosaures ressemblant à de gros oiseaux (Une référence à ceux d’Hitchcock, peut-être ?) ayant la particularité non négligeable d’être carnivores. On n’en voyait pas dans le film précédent ; Le monde perdu sera aussi l’occasion de combler ces manques : Et notamment la très belle apparition des stégosaures, qui rappelle aussi celle du brachiosaure dans Jurassic Park.

     Comment faire revenir des savants et des scientifiques sur une ile qui les a décimés ? En fait, il ne sera plus question de visite d’habilitation : C’est une expédition sur l’ile d’à côté (qui faisait naître les dinosaures avant de les envoyer dans le futur parc, apprend-on) organisée par Hamond visant à monter un dossier photo afin de préserver son écosystème et faire barrage à Ludlow, son neveu, arriviste malveillant, qui souhaite ouvrir un nouveau parc sur San Diego en vue de renflouer les caisses d’Ingen, la société en faillite de son oncle. Ian Malcolm y sera sollicité et envoyé contre son gré, c’est-à-dire en opération de sauvetage, puisque toujours aussi imprudent, Hamond a d’abord envoyé une paléontologue, qui n’est autre que la petite amie du savant. Hamond trouve toujours son chemin, en fait.

     S’il souffre de la comparaison avec Jurassic park, on peut constater vingt ans plus tard que Le monde perdu supporte bien le poids des années. Ce n’est jamais génial, jamais au niveau du premier car le curseur comédie est beaucoup trop poussé, les personnages ne sont pas très intéressants ni suffisamment développés. Mais il y a des moments forts. Je retiendrai la scène du « monte en l’air » avec les arbres qui s’agitent en-dessous et rappellent King Kong – qui sera plus ouvertement cité à la fin (le monstre dans la ville) et qui était déjà cité dans le premier, quand les jeeps franchissaient la grande porte. Je retiendrai surtout la belle scène centrale au-dessus du vide, attaque de caravane en miroir évident de la première attaque des jeeps du premier film : Avec deux tyrannosaures, puisque c’est un 2. Ce qui nous conduit à ce que le film trouve de plus passionnant, soit bien entendu tout le côté méta, toujours présent chez Spielberg mais rarement autant qu’ici.

     Je pense qu’il faut le revoir ainsi. Sous l’angle théorique. Donc de la dérision. Ce n’est pas un hasard, je crois, si juste avant « la scène de la caravane » une fois que les deux tyrannosaures sont venus récupérer leur petit, Malcolm nous prévient : « Attention, ça va faire mal ! ». Une belle idée, comme celle qui le voit plus tard apparaitre dans le coin de l’écran au ralenti quand Ludlow pensait voir arriver la bête. Un peu moins heureux étaient ce bruit de train et ce bâillement de Malcolm couvrant le cri d’horreur de la mère horrifiée dans la scène introductive. Il y a de toute façon un problème de ton comique, un peu à l’image de la vanne sur les cheeseburgers ou de la scène qui voit la petite défoncer un vélociraptor en faisant tranquilou ses barres d’agrès. Le premier film avait lui aussi ses incohérences ou ses saillies grossières (Lex rétablissant le courant électrique par exemple) mais ce n’était jamais à ce point.

     La mise en abyme est évidemment totale si l’on considère le cas John Hammond et qu’on le met en parallèle sur les deux films. Puisque Spielberg c’est lui ou cette part de lui qu’il craint, peut-être. Assez clairement décrit ainsi depuis le premier film dans lequel on peut dire qu’il était d’abord l’adulte enfant jonglant avec un jouet trop imposant pour lui. Il disait même à plusieurs reprises qu’il « a dépensé sans compter » : Il veut montrer son parc / son film à des chercheurs / des spectateurs tout en restant dans le domaine du spectacle / film pour enfants. Ce qui est finalement un peu contradictoire avec Spielberg dans la mesure où lui, on le sait, dépense intelligemment.

     Dans Le monde perdu, la place de John Hammond est très différente : Le personnage s’efface complètement, n’apparaît que dans une longue scène introductive – un peu à la manière de celle dans l’amphithéâtre des Aventuriers de l’Arche perdue – et fait comprendre qu’il ne contrôle plus rien, rejoue plein de choses de son premier parc comme Spielberg rejoue plein de choses de son premier film, en multipliant la dose : Il insère dix fois plus de méchants, dix fois plus de dinos, mais garde finalement qu’un personnage du premier Jurassic Park, un seul, le sceptique, Ian Malcolm, dont on va suivre les rapports houleux avec sa fille née d’un premier (?) divorce. Spielberg semble dire que le cœur à l’aventure n’y est pas vraiment. On le comprend il sort à peine de l’éreintant projet que fut La liste de Schindler.

     Le monde perdu est un film plus foutraque. Mais on sent toujours Spielberg derrière ça malgré tout. Le temps d’une scène comme celle de la caravane suspendue au bord de la falaise, on sait que Tonton Steven est aux commandes, on ne retrouvera jamais cette tension et cette virtuosité dans les opus suivants, jamais. Alors ça se joue sur une scène, mais on peut même dire que ça se joue sur un plan, soit celui où l’on suit le personnage qu’on va sacrifier – C’est violent, d’ailleurs, de le tuer lui, c’est un vrai gentil, rien à voir avec ceux qui y passent dans le premier volet – qui entre par le fond de la caravane et nous emmène jusqu’aux trois personnages à la verticale, accrochés comme ils peuvent aux parois au-dessus du vide. C’est aussi cela, Le monde perdu : une attraction forte.

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