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Archives pour 29 janvier, 2020

Comme un chien enragé (At close range) – James Foley – 1986

11. Comme un chien enragé - At close range - James Foley - 1986Les liens du sang.

   7.5   Difficile de comprendre pourquoi « At close range » est devenu « Comme un chien enragé » chez nous, tant le chien (Brad Jr) n’est enragé que lorsqu’il est confronté au mal absolu représenté par son père (Brad Sr) en pleine folie de nettoyage meurtrier. Avant cela, c’est au contraire un garçon très doux, détaché, rêveur même s’il passe ses journées avec son petit frère (Chris Penn, belle idée) à fumer des joints, regarder la télé ou réparer des moteurs. Il est surtout bientôt un gamin éperdument amoureux et en lévitation admirative.

     Le film me touche beaucoup dans sa première partie, son aspect chronique, d’une banalité quotidienne perturbée par une double rencontre. Car c’est aussi l’occasion pour Foley de raconter une histoire d’amour en filigrane – Et Mary Stuart Masterson est magnifique. Ce n’est pas qu’un faire-valoir, c’est cette rencontre qui ouvre d’abord le film et qui participe au crescendo qu’il impose, que vient renforcer les notes éparses du Live to tell, de Madonna, quasi omniprésentes avant que le morceau ne s’impose entièrement qu’au générique final sur un plan terrible.

     James Foley s’inspire d’un fait divers sordide ayant eu lieu à Philadelphie en 1978 : Une bande de malfrats avaient engagés des gamins avant de les liquider sans procès quand ceux-ci étaient devenus trop gênant. Avant d’intégrer cette cruauté, Foley va y apporter davantage de romanesque en créant une étrange dimension père fils. Au point que cet affreux fait divers sera à peine esquissé, relayé par une fascination pour le retour du père, son magnétisme dangereux puis le refus de se plier au mal qu’il occasionne.

     Il en résulte moins un film sur les crimes en gestation qu’une autopsie des dysfonctionnements d’une famille pauvre d’une bourgade de Pennsylvanie. Le film sera en priorité l’histoire d’une rencontre tardive entre un garçon et son père – La première apparition de Christopher Walken, le premier regard que lui lance Sean Penn, cette cigarette partagée, l’affrontement électrique final, on sent que les motivations principales du film sont là, quand Brad junior construit un lien fort avec Brad Sr avant qu’il ne le détruise en lui refusant de se soumettre à ses activités criminelles.

     Quand il vire aux crimes en rafale, At close range devient tellement extrême – jusque dans sa forme : la renaissance de Brad est hyper esthétisée, par exemple – que je me demande si Foley souhaitait vraiment cela ou bien s’il voulait / devait coller à la violence du fait divers. J’ai l’impression que le film aurait été plus fort encore sans charrier autant de cruauté. Ceci étant, le film préserve son décalage. Les meurtres, en haut de la colline ou dans la voiture (dont la découpe, la musique et les contrastes sont très proches du Fleischer de Terreur aveugle ou du Roeg de Don’t look now) sont raccord avec la scène d’ouverture, ce regard azur magnétique de Sean Penn, qui scrute, se perd, fascine tant. Très beau film.

Bande à part – Jean-Luc Godard – 1964

06. Bande à part - Jean-Luc Godard - 1964Trois visages.

   7.0   Trois visages en surimpression stroboscopique – comme s’ils n’en formaient qu’un seul – ouvrent Bande à part : Ceux d’Anna Karina, Claude Brasseur & Samy Frey incarnant respectivement Odile, Arthur & Franz. Tout le programme du film est annoncé dans cette ouverture tant ils seront de chaque plan.

     Un quatrième personnage aura pourtant vite son rôle à jouer, c’est le narrateur, Godard lui-même, son phrasé et son intonation qu’on reconnait entre mille, qui accompagne les aventures de nos trois trublions. Un cinquième personnage sera tout aussi fondamental, c’est Paris, sa respiration, son mouvement, ses routes, son métro, ses trottoirs, ses immeubles, ses cafés.

     Le titre « Bande à part » est double tant il s ‘agit de raconter les aventures de marginaux se rêvant gangsters, mais aussi d’intégrer le film entre deux autres plus solaires, inventifs et incisifs, que sont Le mépris et Pierrot le fou. Entre ces deux pôles, en scope, Bande à part fait figure de parenthèse (en noir et blanc) en effet. Une bien jolie parenthèse.

     Le film est parcouru de séquences détachées qu’on pourrait dire de remplissage – puisqu’il s’agit moins de faire avancer un semblant de récit que de brosser une somme d’aventures – si elles n’étaient pas directement reliées au processus de fabrication. Il y a par exemple la longue scène de rencontre pendant le cours d’anglais puis la cage d’escalier. Et plus tard cette superbe minute de silence.

     Mais il y a deux séquences qui sont devenu cultes. Ainsi, la traversée de Louvre est un jeu vécu comme un défi, de part et d’autre de la caméra : Il faut battre le record de la durée de visite, pour nos personnages et filmer sans en avoir l’autorisation, pour le cinéaste. Malraux lui avait donnée – Il le remerciera à sa manière quand il dit qu’il faudrait décorer celui qui a repeint les façades du musée en blanc – mais pas les autorités.

     Dans le même registre et si elle s’avère beaucoup plus préparée, la séquence du Madison dans le café semble raconter deux choses : La fusion du trio d’une part et l’opération anti-dépression pour l’actrice d’autre part, puisque le film est né là-dessus, Godard voulant faire jouer Karina, sa propre femme, qui revenait de deux tentatives de suicide. Il voulait la faire jouer et la faire danser.

     Godard s’amuse beaucoup. En tant que narrateur, parfois il ouvre des parenthèses mais un moment il dit qu’il pourrait en ouvrir une mais préfère laisser parler le hors champ. Au bout de dix minutes, déjà, il s’adresse aux personnes qui entreraient dans la salle et qui ont raté le début de son film, en leur dressant un petit résumé de la situation. Exemple parmi d’autres de sa vitalité et de son inventivité permanentes.

     Une autre (double) scène m’a beaucoup plu. La mort d’Arthur, le personnage incarné par Claude Brasseur est très réussie car il semble la jouer comme il jouait un peu plus tôt à se faire tuer sur la route par son ami Franz, agonisant sur le bitume quand Sami Frey se la jouait gangster intraitable. C’est un écho très beau, cette mort puisque le jeu soudain se mêle à la tragédie.

     Alors évidemment, Bande à part c’est aussi une histoire de casse (un vol de billets dans une bâtisse bourgeoise, au sein de laquelle est employée Odile) qui tourne mal. C’est mon reproche, ce cambriolage ne m’intéresse jamais. Son déroulement non plus, d’ailleurs : Je préfère quand les personnages l’évoquent que lorsqu’ils passent à l’action.

     Le polar et Godard ça fait deux. C’est la fraicheur nonchalante de ce trio qui séduit, voilà pourquoi les meilleurs moments sont apparemment les plus anodins. Et c’est aussi ces clins d’œil à ses potes, la chanson des Parapluies de Cherbourg, la course à trois façon Jules et Jim, qui rend le tout, entre autre, infiniment réjouissant. Bref, je ne connaissais pas ce Godard, j’ai beaucoup aimé.


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