La chaîne (The defiant ones) – Stanley Kramer – 1959

10. La chaîne - The defiant ones - Stanley Kramer - 1959Chat noir, chat blanc.

   8.0   Deux prisonniers s’évadent du fourgon cellulaire accidenté, qui était chargé de les emmener dans leur nouveau lieu de détention : un noir et un blanc, retenus par une chaîne. Les deux hommes se détestent mais vont devoir surmonter leurs différences et s’entraider s’ils veulent échapper au shérif du comté qui tente de les rattraper.

     On pense d’abord que le film va exploiter son malicieux pitch jusqu’à l’os. Au contraire, il va l’évacuer, le laisser en filigrane afin de développer davantage, notamment la chasse à l’homme avec le groupe de police et de chiens à leur recherche – façon Rambo, il y a là aussi des flics pourris et d’autres nettement plus mesurés : Superbe portrait d’un shérif droit, qui parvient difficilement à contenir la bêtise de ses troupes.

     Mais c’est lors de ses deux imposantes escales que le film s’avère le plus inspiré. D’abord dans ce village qui s’apprête à les pendre, où ils seront sauvés par un homme, un seul, capable de comprendre leur détresse et de leur donner un coup de main dans leur évasion. Puis dans cette maison isolée où ils rencontreront une mère abandonnée, accueillante avant qu’elle ne révèle ses manigances intéressées.

     Dans le village – au sein duquel ils avaient envisagés de voler quelques denrées – ligotés à la poutre d’une cabane, Sidney Poitiers & Tony Curtis nous évoquent soudain Samuel L.Jackson & Bruce Willis dans Une journée en enfer. Le plan qui les cadre dos à dos est similaire, les vannes raciales sont les sensiblement les mêmes. Je suis tenté de penser que McTiernan a vu La chaine, de Stanley Kramer.

     Un autre qui a pu s’en inspirer, mais en lui ôtant sa problématique centrale un noir / un blanc c’est Patrice Leconte, qui avec Les spécialistes racontait les mésaventures enchainés de deux forçats – incarnés par Gérard Lanvin & Bernard Giraudeau – évadés d’un convoi accidenté. Dans ce film aussi, une fois détachés, ils n’allaient plus se quitter. J’ai grandi avec ces deux films. Et si aujourd’hui j’en aime un infiniment plus que l’autre, je ne pouvais pas ne pas les évoquer ici tant j’ai passé l’intégralité du Kramer à penser à eux.

     Quoiqu’il en soit j’ai adoré La chaine, de Stanley Kramer. Plus encore que le très beau Devine qui vient diner, qu’il réalisera dix années plus tard. Sans doute car je préfère l’univers en mouvement de l’un (forêt, village perdu, glaisière, marécages, voie ferrée) au huis clos familial de l’autre. Quand bien même les deux films aient une base similaire. Et puis La chaine est un buddy movie parfait, quasi séminal : Les deux héros partagent une chaine et se détestent. Et lorsque celle-ci se brise, l’amitié les gagne.

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