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Archives pour janvier 2020



Mad Men – Saison 5 – AMC – 2011

5.01&5.02&5.035.01, 5.02 & 5.03.

19/11/19

     C’est toujours un exercice délicat pour une série que d’allonger, de façon isolée, son format. Le rythme s’en trouve modifié, la construction aussi. Il faut un tout nouvel équilibre. Cette cinquième saison s’ouvre donc sur un double épisode, quatre-vingt-dix minutes, la durée d’un long métrage et l’on s’étonne à peine de penser, quand il se termine, qu’il est bien plus intense, aussi bien du point de vue du fond que de la forme, que 95% de ce que le cinéma peut nous offrir. Un « film Mad Men ». On en rêvait.

     Bisou-Bisou n’est peut-être pas le meilleur épisode de Mad Men, mais il ouvre des pistes passionnantes pour cette saison à venir – la relation entre Megan & Don, notamment mais aussi la place de plus en plus « draperesque » de Pete – en plus de s’articuler autour de ce que promet plus ou moins son titre, à savoir une chanson entonnée par Megan en guise de cadeau d’anniversaire à son homme. Surprise dans la surprise (on sait qu’il abhorre ça) puisqu’il n’était même pas au courant de cette petite soirée en l’honneur de ses quarante printemps. Enfin, les quarante printemps de Don, pas ceux de Dick Whitman, n’oubliera-t-il pas de lui mentionner. Zou Bisou-bisou est d’ores et déjà l’un des sommets érotiques de la série et ce n’est ni Harry ni Stan qui diront le contraire. La scène-nettoyage, n’en parlons pas. Sans parler de Roger chantonnant « Frère Jacques » à Don, le lendemain au bureau. Caviar.

     En outre, la saison s’ouvre sur une imposante ellipse puisque nous sommes propulsés en mai 66 post Memorial day, en plein pendant les manifestations des Noirs. On apprend que Megan & Don se sont mariés. On découvre Joan en train de pomponner. Et bien entendu on assiste aux beaux lendemains d’une agence fleurissante ou presque, s’octroyant de nouveaux gros poissons. Il y a une maitrise narrative absolument déconcertante, ne serait-ce que sur le miroir entre la séquence introductive chez Y&R et la séquence finale chez SCDP où chaque fois les Noirs montent dans les bureaux à cause d’une mauvaise blague, des bombes à eau d’un côté, une fausse annonce d’embauche de l’autre. Terrifiantes années 60.

     L’épisode suivant permet de revoir Betty, qui n’apparaissait pas du tout dans le double épisode introductif. Et c’est un choc. Betty a mangé Betty. Ils ont bien intégrés la grossesse de January Jones, pas de problème là-dessus. Alors, Betty est-elle malade ? Le récit s’articule autour d’une possibilité de cancer de la thyroïde avant de révéler in extremis son caractère bénin. C’est assez curieux mais c’est aussi dans l’esprit de Mad Men de ne pas s’attarder sur ce genre de péripétie qui n’en est pas vraiment une. Cela permet malgré tout de véhiculer une douce proximité entre Betty & Don.

     Difficile de faire des pronostics mais j’ai l’impression que la série enclenche assez clairement, mais tout doucement,  ses adieux. On y parle ouvertement de la mort. De la crainte de voir des enfants grandir sans leur mère. C’est un épisode qui marque une rupture forte au sein des couples, qu’il s’agisse de Betty & Henry, de Megan & Don voire de Trudy & Pete. Affaire à suivre.

5.04&5.05&5.065.04, 5.05 & 5.06.

22/11/19

     Le retour de Greg du Vietnam occasionne d’abord une belle effusion de joie, des retrouvailles joyeusement consommées, la contemplation d’une harmonie familiale qui n’est vite qu’un leurre quand Joan apprend qu’il s’est porté volontaire pour rempiler parce que « là-bas on a besoin de moi » dit-il. Il en faut peu à Joan, qui préserve sa dignité, toujours et le met dehors, définitivement. Au moins, concernant le bébé, la question de la paternité ne pose plus trop de problème.

     C’est un épisode qui va aussi creuser ce nouveau personnage qu’est Michael Grinsberg. M’étonnerait qu’il ne soit que de passage. Il est intelligent autant qu’il est borderline, semble agacer Don à tel point qu’il est pas loin de le virer pour avoir improviser un slogan et envoyer la réunion sur un terrain inattendue, indifféré Peggy avant qu’il ne se confie à elle sur ses origines d’enfant né et élevé dans un camp de concentration.

     Ensuite il y a Don. Il est malade comme un chien. Mais il croise une ancienne conquête, très entreprenante, dans l’ascenseur, alors qu’il est aux côtés de Megan. Plus tard il rentre chez lui pour dormir. Puis il est réveillé par cette ancienne conquête, la fait rentrer pour la remettre dehors, avant qu’elle ne revienne, lui fasse l’amour et qu’il l’étrange puis la l’abandonne sous le lit. WTF ? Puis Megan le réveille avec des croissants. Il a rêvé. Tout ? On ne sait plus. C’est un peu bizarre venant de Mad Men, mais pourquoi pas.

     Avec son atmosphère de meurtres sordides de Chicago, Mystery date m’a soudain rappelé qu’on était dans la sombre période américaine, celle des meurtriers en série, que Fleischer avait si bien captées dans L’étrangleur de Boston, que la série Mindhunter avait su prendre à bras le corps aussi. Fascination et danger planent. On en rigole (au bureau) on en fait des cauchemars à la maison (Sally, réfugiée sous le canapé du salon). Cela permet surtout à Peggy, qui comme souvent travaillait tard, d’être surprise par Dawn, la secrétaire (qui dormait dans le bureau de Don pour ne pas avoir à rentrer seule la nuit) et de l’inviter à dormir chez elle. Toutes deux discutent de quotidien et de réussite mais soudain il y a un silence autour d’un sac. Rien de plus. Mais la série, une fois encore, s’est permis d’ouvrir une « trappe de la honte » quand Peggy observe Dawn et comprend silencieusement qu’elle a compris.

     Une fois de plus, c’est un épisode dense, passionnant, mais il respire, il n’est jamais plein, indigeste. C’est du pur Mad Men, en somme. Le suivant est plus indomptable. Tandis qu’il semble au préalable très heureux d’inviter Don à diner, sans doute pour lui étaler son petit bonheur sous les yeux, Pete traverse une crise existentielle : Il est perturbé par une petite fuite d’évier récalcitrante (que Don finira ironie du sort par lui réparer), flirte avec une étudiante lors des séances de code de la route (qui tombera finalement dans les bras d’un autre étudiant beau-gosse) et ne supporte pas de devoir laisser l’affaire Jaguar à Lane, qu’il juge incompétent.

     Il va tellement péter un plomb qu’il va accepter de se battre contre Lane. Leur règlement de compte est d’ores et déjà l’un des moments les plus drôles de Mad Men : Il suffit de voir les visages hébétés de Bert, Roger & Don ; enfin surtout de voir Roger s’allumer une cigarette, comme s’il assistait à un match de boxe, puis dire finalement « J’avais parié sur Lane ». J’ai failli en tomber de mon canapé tellement je riais. Mais le plus important c’est évidemment l’issue de cette baston de cour de récréation quand Pete (au visage en sang) & Don se retrouvent dans l’ascenseur. Le « I have nothing » de Pete semble plutôt vouloir dire « Why I’m not you ? ». Et Don reste muet, face à ces larmes et ce visage tuméfié. C’est terrible.

     Far away places est un parfait épisode de moitié de saison. Un peu plus « expérimental » dans sa structure qu’à l’accoutumé puisqu’il s’agit de passer la journée et la soirée en compagnie de Peggy, puis Roger puis Don. Chacun aura son quart d’heure de (non) gloire. Peggy ira se noyer dans la fumette au cinéma après avoir foiré le rendez-vous avec Heinz. Roger testera les vertus du LSD avec sa femme dans une soirée mondaine, avant de mettre fin à leur relation. Quant à Don, supposé passer du bon temps avec Megan chez Johnson’s, un super restaurant qui est aussi l’un de ses fidèles clients, il va passer la pire scène de ménage de sa vie. Episode assez fascinant, une fois de plus.

5.07&5.085.07 & 5.08

03/12/19

     Punaise, la violence du dernier plan d’At the codfish ball, le septième épisode de cette cinquième saison. Voir la mère de sa belle-mère tailler une pipe à l’ami de son père, on n’ose à peine imaginer le chamboulement que ça puisse faire sur un enfant. Pauvre Sally. En tout cas elle est vraiment au centre de cette saison. Quasi autant que Megan, qui reste le personnage fort et ce d’autant plus qu’elle semble dévorer Don, aussi bien d’un point de vue professionnel, puisque c’est elle qui trouve une idée de pub et de slogan, c’est aussi elle qui rattrape in extremis Heinz qui était sur le point de se tirer, mais aussi sur le plan intime puisque c’est de sa famille dont il est question, ses parents qu’elle doit gérer et qui parlent souvent français ce qui laisse Don irrémédiablement de côté.

     De son côté, Pete est tombé dans les bras d’une quasi inconnue : La femme de son voisin de banquette dans le train du matin. Ce qui devait arriver arriva. Sa métamorphose en Don prend littéralement forme. Mais cette storyline est loin d’être ce que la saison a produit de plus passionnant.

     Revenons à Megan, puisque l’épisode suivant lui fait une fois de plus la part belle : Le passage express de ses parents semble avoir rappelé à la jeune femme qu’avant son mariage elle poursuivait le rêve de devenir actrice. Enfin surtout son père qui ne supporte pas de ne pas l’avoir vu devoir gravir les échelons. Aussi soudaines que furent ses fiançailles avec Don, Megan va claquer la porte SCDP pour plonger dans les auditions et se consacrer entièrement à son rêve. Reste à savoir comment Don va le prendre, mais vu sa réaction face à Tomorrow never knows, que Megan lui conseille d’écouter s’il veut savoir ce que c’est que la musique aujourd’hui, mystère et doute subsistent. Ce plan d’ascenseur, quelques minutes plus tôt, reste assez terrifiant et ce qui est très beau c’est qu’on rejoint Don nous aussi, dans la mesure où ce rêve de devenir actrice semble tomber comme un cheveu sur la soupe – D’aucuns diront que c’est un problème narratif, moi je crois qu’il agrémente la perdition de Don, prépare son éloignement à venir de Megan ( ?) ainsi que le nôtre.

     Vraiment c’est magnifique, une fois de plus. Et souverain : On sent que la série a conscience qu’elle a toutes les cartes en main pour tout boucler intelligemment et calmement. Enfin ça va on a le temps, il reste deux saisons et demi.

5.095.09

12/12/19

     Plus ça va, plus je me demande si j’ai vraiment envie de voir un épisode centré sur Betty. C’est un peu triste. Elle rivalise de jalousie et de connerie (jusqu’à utiliser ses enfants) dans celui-ci, croyant briser quelques chose entre Megan & Don, voire entre Megan & Sally à propos de révélations qu’elle fait à cette dernière sur « la troisième femme » de son père, Anna. Il y a beaucoup de tristesse sur ce personnage : Elle n’est ni vraiment heureuse avec Henry, c’est le moins que l’on puisse dire, ni vraiment en phase avec l’image qu’elle renvoie, qui a toujours été son obsession principale. Observer l’épanouissement de celle qui la remplace (dans un ménage qui de son temps ne s’épanouissait pas) la déprime complètement, elle qui passe dorénavant son temps chez Weight Watchers. Du coup il y a une nouvelle dynamique intéressante, même si on est bien content de passer un peu de temps chez SCDP. L’affrontement silencieux entre Don & Ginsberg est aussi savoureux que prometteur. C’est marrant, on peut vraiment voir ce dernier comme le pendant masculin de Peggy. De vrais bosseurs. La différence c’est que dans ce monde-là (les années Johnson) l’homme est plus problématique que la femme. Don s’en tire bien, pour l’instant, mais pour combien de temps ? Hâte de savoir où la série nous emmène avec ça.

5.105.10

23/12/19

     Voici un épisode curieux, qui se joue en plein Pearl Harbor day (December 7) dans lequel on va retrouver, par l’intermédiaire d’Harry Crane, Paul Kinsey (oublié depuis la saison 3) égaré chez Hare Krishna. Dans lequel Don ira chez Jaguar avec Joan, qui vient de recevoir une notification de divorce. Dans lequel on retrouve Lane, qu’on n’avait pas vu depuis le début de la saison, qui va arpenter un terrain dangereux : Je ne suis pas sûr que s’il l’apprend, Don lui pardonnera le fait d’avoir copié sa signature pour encaisser un chèque à plusieurs zéros couvrant des dettes fiscales personnelles. Il est donc questions de primes à distribuer ou non. Mais aussi de Mohawk Airlines, qui se met en stand-by et de Jaguar, qui semble promettre monts et merveilles. C’est quitte ou double mais comme on arrive en fin de saison, j’aurais tendance à dire que tout va planter. Reste à savoir comment SCDP va rebondir. Evidemment rien n’est fait. C’est un petit épisode (de transition) pour du Mad Men. Mais c’est évidemment largement au-dessus du lot commun.

5.115.11

24/12/19

     L’ambiance générale de l’agence évolue désormais dans une profonde torpeur. Et ce sont les femmes qui à la fois en paient le prix mais qui restent maîtresses de leur destinée comparé aux hommes figés dans leurs petits secrets (Lane), affrontements polis (Grinsberg/Draper) et machisme répété à peine masqué (Pete). Il s’agit quand même d’un épisode durant lequel les hommes votent pour que Joan se prostitue – Certes pas directement : Ils se mettent d’accord pour lui offrir 5% des actions SCDP en échange de ses services à un gros porc influent de chez Jaguar. Tous sauf Don, qui, appréciant de relever de l’exception, reprend des couleurs. Seulement provisoires, évidemment, puisque d’un côté il est démasqué par Megan qui comprend qu’il ne veut surtout pas qu’elle réussisse en tant qu’actrice. Et son ébranlement sera triple quand il comprendra que Jaguar est dans la poche moins pour ses performances oratoires que pour les services sexuels de Joan, puis lorsqu’il recevra (dans un final bouleversant) la démission de Peggy qui préfère tenter sa chance chez le concurrent, qui lui promet un poste de directrice commerciale. Difficile de savoir où ça va. J’ai l’impression qu’SCDP est redoré grâce au « triomphe Jaguar ». Mais pas certain que tous assument « les causes » ni les réverbérations de ce nouvel éclat.

5.12&5.135.12 & 5.13

26/12/19

     Commissions and fees, l’épisode 12, est un tel chef d’œuvre – l’un des cinq plus beaux qu’ait offert la série depuis son lancement, je pense – qu’enchainer The Phantom le treizième pourtant fulgurant, dans la foulée, fait perdre un peu de sa force à une saison qui aura toutefois été relativement exemplaire.

     C’est quoiqu’il en soit une excellente fin de saison, à la fois hyper mouvementée (le 12, donc) et complètement amorphe (le suivant) qui semble ouvrir péniblement des brèches (Cet agrandissement des locaux de l’agence n’augure rien de cohérent, d’ailleurs chacun se retrouve dans un plan titanesque seul face à sa baie vitrée, c’est terrible) tout en refermant chacun dans sa solitude, qu’elle soit brièvement extatique (Roger, Peggy, Megan) ou carrément déprimante (Don, Joan, Pete). C’est vraiment d’une tristesse folle.

     Mais l’épisode 12 restera sans doute davantage tant il a su faire chevaucher tout cela dans un brio hallucinant, aussi bien la venue de Sally qui s’organise une rencontre avec Glen, les retombées tragiques de « l’emprunt » de Lane (Cette porte de sortie que lui offre Don, et qu’il va saisir à sa façon, mon dieu avec d’abord ce suicide manqué dans la Jaguar, dans la JAGUAR, l’ironie totale, et puis ce fondu enchainé qui le voit allongé dans une tasse de café, la lecture de la lettre…C’est beaucoup pour mon petit cœur, j’adorais ce personnage) et les différents points de rupture frôlés, ici entre Megan & Don, là entre Pete & Beth.

     Points définitivement atteint dans l’épisode suivant, forcément, qui rivalise de grandes idées de mise en scène, notamment lorsque Don laisse Megan à sa répétition, lui tourne le dos jusqu’à ce qu’elle soit minuscule derrière, quasi inexistante. Cette dernière question, ces trois derniers mots, d’une inconnue dans un bar réveillent tout : L’homme à maîtresses, le Don face au néant de sa vie professionnelle (difficile de savoir ce qu’il veut vraiment, s’épanouir ou s’évaporer, grossir ou se barrer) et celui qui s’engouffre vers une solitude de plus en plus visible et inéluctable, vers sa mort – que vient renforcer symboliquement ceux qu’il a « indirectement tués » : le suicide brutal de Lane ainsi que le fantôme de son propre frère.

     Très sincèrement, je me demande si Mad Men n’est pas en train de devenir ma série préférée. Je pourrais d’ores et déjà tout revoir, là.

Men in black International – F. Gary Gray – 2019

39. Men in black International - F. Gary Gray - 2019Black H&M.

   1.0   Puisque j’étais déjà peu attaché à l’univers d’origine, l’idée qu’on remplace Will Smith & Tommy Lee Jones ne m’effrayait pas d’autant qu’avec le couple Chris Hemsworth / Tessa Thompson, il y avait la promesse d’une sympathique retrouvaille avec le duo insolite de Thor Ragnarok, l’un des meilleurs opus de l’écurie Marvel. Bref, j’étais à priori pas le client idéal, mais ça ne pouvait pas vraiment m’agacer non plus.

     On ne va pas y aller par quatre chemins, c’est une catastrophe. C’est laid, pas drôle une seule seconde, tout est traité par-dessus la jambe, téléphoné, surligné, rien ne fonctionne, c’est interminable, effrayant de suffisance et de médiocrité : Le seul truc qui arrache un semi rictus c’est une blague en clin d’œil à Thor, c’est dire. F. Gary Gray, l’auteur de ce nouveau chapitre, reste le tâcheron coupable du dernier Fast & Furious en date, donc rien d’étonnant à ce qu’il offre cette grosse bouillie estivale sans aucun sens du rythme, sans nouveauté ni idée de mise en scène. Poubelle.

Titanic – Herbert Selpin & Werner Klingler – 1943

25. Titanic - Herbert Selpin & Werner Klingler - 1943Un allemand dans la foule.

   4.5   La première chose qui me vient à l’esprit devant cette première ( ?) version cinématographique de l’histoire du Titanic, c’est combien Cameron est un cinéaste qui ne laisse rien au hasard : Je ne pensais pas effectuer de ponts entre ces deux films (aux trajectoires pour le moins différentes) et pourtant il y en a, au détour de quelques plans, quelques idées scénaristiques – on y retrouve déjà une affaire de bijou – peut-être même via certains personnages. Les similitudes sont légion, vraiment. C’est juste que c’est pas le même budget ni les mêmes ambitions. Le plan où Rose monte dans un canot et observe Jack s’éloigner en contre-plongée était déjà dans ce film-là, sauf qu’ici on se contrefiche des personnages en question. Bref, j’en conclus que le réalisateur d’Abyss avait donc vu cette commande de Goebbels. De là à dire que le plus grand succès de tous les temps est un remake d’un film de propagande nazie il n’y a qu’un pas ou presque : On tremble devant l’un quand l’autre indiffère ; L’un dure quatre-vingt dix minutes et semble durer trois heures, tandis que l’autre c’est le contraire ; L’un raconte les souvenirs d’une vieille femme, l’autre plutôt ce qui mène à la commission d’enquête qui suivit le naufrage. Bref c’est la chronique d’une rencontre et la puissance du spectacle contre le récit éclaté et la dimension politique. Ismay est un peu ridicule chez Cameron, mais rien à voir avec ce qu’il dégage ici, de cupidité et lâcheté, d’égoïsme et d’inconscience. C’est que le film, en bonne propagande, dresse ce portrait de l’Angleterre aristocrate (avec des personnages qui parlent évidemment tous allemand, c’est n’importe quoi) mais il ira jusqu’à intégrer dans le récit un beau et bon personnage, Petersen, une sorte de deux ex machina, doux et prévoyant, ayant le bon œil et la critique sur tout (Sur la vitesse du paquebot, le danger de cette mer de glace, le manque de canots…) et qu’il a cette particularité d’être le seul personnage allemand. Bref ça en fait un film de son temps, à la fois unique et consternant. Mais plutôt bien fait techniquement, même si la partie où le bateau sombre est un peu trop vite expédiée.

Wolverine, Le combat de l’immortel (The Wolverine) – James Mangold – 2013

37. Wolverine, Le combat de l'immortel - The Wolverine - James Mangold - 2013Griffes en carton.

   4.0   Approche curieuse « du second round » d’une saga dont je n’avais à priori strictement rien à faire (Surtout après l’horrible X-men,, L’affrontement final, et même si X-men, Le commencement était plutôt chouette) puisqu’après avoir vu (et ô surprise beaucoup aimé) Logan, qui est censé être le troisième volet Wolverine (et dixième film de la Saga X-men, tu suis ?), voilà que je retrouve le super héros aux griffes d’acier dans le second opus Wolverine aussi réalisé par ce beau diable de James Mangold, petite valeur sûre d’Hollywood s’il en est – Wolverine Origines étant réalisé par Gavin Hood, le responsable de Mon nom est Tsotsi, je vais sans doute avoir du mal à franchir le cap.

     Bref, j’étais plutôt confiant. Mais j’ai vite déchanté. Tout en trouvant ça assez honorable. Comprendre : On est cent coudées sous Logan (qui restera, je le crains, une anomalie) mais dans le peloton en ce qui concerne ce type de production. Rien de honteux dans l’ensemble, donc, voire même des choses intéressantes, visuellement essentiellement, mais aussi du point de vue du rythme : On sent que Mangold aime prendre son temps, qu’il n’est pas juste là pour faire du fan-service. Ses scènes d’action sont tendues, limpides, bien emballées, notamment le combat sur le toit d’un train puis la scène du parasite.

     Dommage que, la faute à un scénario aussi consternant qu’abyssal – et des méchants nullissimes, qu’ils s’agissent de ninjas, de La vipère ou la cyber-armure renfermant d’un officier japonais que Logan avait sauvé à Nagasaki : Inutile de dire qu’on voit tout venir à des kilomètres ! – le film s’en aille dans une dernière demi-heure indigeste et absconse. J’essaie d’être indulgent car Hugh Jackman a la classe et parce que Mangold essaie de sauver le bousin comme il peut – Sauf à la fin où il faut croire qu’il s’est mis en pilotage automatique – mais ça reste (de ce que j’ai vu) son film le moins intéressant.

Six underground – Michael Bay – 2019

16. Six underground - Michael Bay - 2019No gang no bang.

   5.5   Je n’avais pas vu un film de Michael Bay depuis au moins dix ans. J’aimais bien Rock, quand j’étais gamin. Bad boys, Pearl Harbor & Armageddon beaucoup moins, déjà. Qu’il réalise ensuite un Transformers (l’une de mes pires « expériences » de salle, quand j’y repense) pourquoi pas, c’est parfois touchant les caprices. Mais cinq ? On va dire que ça a eu raison de ma curiosité. Mais Six underground m’interpellait. Son curieux casting aidant, probablement.

     Et c’est un peu au-delà de ce que j’en attendais : Une sorte de plaisir coupable, joyeusement régressif, absolument idéal. Quelque part entre les meilleurs opus de Fast & Furious (5&6), la saga Ocean’s (la dernière réplique de Six underground sera d’ailleurs : « Pourquoi on ne s’est pas contenté de braquer un casino ?) et l’horizontalité d’un Wanted (le truc barré avec Angelina Jolie) / la verticalité d’un Skyscraper (le truc paresseux avec  Dwayne Johnson).

     Ça relève toujours d’un certain défi rétinien, le cinéma de Michael Bay. Celui-ci n’y échappe certes pas, pourtant il m’a semblé qu’il n’avait jamais été aussi homogène et limpide dans ses enchainements. Le film serait-il plus digeste sur plateforme qu’en salle ? Tiendrait-on enfin le parfait film Netflix ? Je plaisante qu’à moitié, j’ai pris plaisir à faire des pauses afin de reposer mes yeux et mes oreilles. Alors que ça me semblait tout à fait aberrant avec le dernier Scorsese, par exemple. 

     Quoiqu’il en soit, j’ai trouvé le film super drôle. Il pourrait simplement regarder ses cascades et ses explosions mais ses excès pyrotechniques sont sans cesse désamorcés par son humour omniprésent, un peu beauf évidemment, un peu méta surtout tant il cite à outrance (du cinéma comme de la série) ce qu’on pourra toujours trouver lourdingue (au même titre que les placements produits volontairement ultravisibles) mais qui moi m’a semblé parfaitement en phase avec l’esprit récréatif et gras du film.

     Et puis c’est cru, ça fait plaisir. Bourrin et cru : On y voit beaucoup de sang, des corps martyrisés, du déchiquetage au ralenti. Et le film s’appuie sur trois gros morceaux de bravoure, étirés dans trois lieux différents : En Italie, en Chine puis dans un pays imaginaire – comme si Bay nous disait : Même ça j’en n’ai plus rien à carrer. Il y a d’abord une gigantesque course-poursuite, l’assaut du dernier étage d’un gratte-ciel et un affrontement sur un yacht de luxe, avec chaque fois une idée, ici la piscine, là une histoire d’aimant géant.

     Il y a des baisses de régime, entre ces trois gros morceaux, des moments où l’on décroche et où on a envie de faire autre chose, mais dans l’ensemble c’est un divertissement du dimanche soir tout à fait séduisant, à consommer puis à oublier. Les acteurs s’amusent. Bay s’éclate car il a carte blanche et ça se sent. Et la récréation coute tout de même cent-cinquante millions de dollars.

Le traître (Il traditore) – Marco Bellocchio – 2019

12. Le traître - Il traditore - Marco Bellocchio - 2019Il boss pentito.

   6.0   Bellocchio raconte l’histoire de Tommaso Buscetta, éminent caïd repenti de la Cosa Nostra qui entreprit en 1986 de balancer tout le monde lors d’un maxi-procès tenu à Palerme. Il dira qu’il ne bafouait pas son code d’honneur imposé par l’omerta puisqu’il s’attaque à ceux qui selon lui, ne l’ont déjà pas respecté. Le récit couvre deux décennies de sa vie, son exil au Brésil (au cours duquel deux de ses fils restés en Italie sont assassinés par le clan Corleonesi), son arrestation pour trafic de drogue et un emprisonnement de huit ans, ses entretiens avec le juge Falcone et bien entendu le procès (l’entonnoir du film) qui aboutira aux centaines de condamnations de parrains siciliens.

     Le début du film n’est pas très inspiré : Présentation caricaturale des visages, des familles ; Décompte de cadavres (de personnages présentés en intro) via un petit chronomètre absolument sans intérêt ; narration anarchique ; apparitions animalières franchement grossières. Bellocchio ne retrouve jamais de sa superbe déployée dans Vincere, car on n’est malheureusement pas loin du téléfilm de luxe ici, tant l’action est sèche et réduite à une succession de faits, brefs et précis, jamais ornementés. Et tant la photo est souvent terne, dévitalisée : On sent que Bellocchio n’a qu’une obsession, ne jamais glamouriser cette grande famille de la mafia, ces hommes qui la font, ni même leur procès.

     Mais lors du point d’orgue de la longue scène du tribunal transformé en véritable arène, on retrouve un certain vertige, farcesque et opératique. Et Favino, l’acteur principal, est exceptionnel. Puis aussitôt le film reprend les rails factuels, ne déborde plus et s’en va très dignement en n’oubliant pas de rappeler que son héros est une belle pourriture, comme les autres. Il en résulte un film très froid, concis, carré. Le traitre, c’est l’anti Parrain de Coppola, en somme. C’est bien car ça impressionne, c’est tout à son honneur, mais ce refus de glamour dans le récit, d’idées de mise en scène, crée une forte distance et peu d’émotion. Le temps est parfois long, c’est le revers de la médaille.

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