Uncut gems – Joshua & Ben Safdie – 2020

05. Uncut gems - Joshua & Ben Safdie - 2020Frantic time.

   8.0   Quel bonheur de retrouver les frères Safdie qui plus est avec ce niveau d’inspiration, cette folie, ce jusqu’au-boutisme qui fait le sel de leur cinéma. Ce projet de film dans le milieu des diamantaires, les Safdie le tiennent depuis longtemps. Fut un temps ça devait même être incarné par Vincent Gallo. J’en rêvais, tant pis. C’était Robert Pattinson qui était la star métronome de Good time. Ici c’est Adam Sandler. Qui sera quasi de chaque plan. Il est exceptionnel.

     Uncut gems c’est leur After hours. Véritable odyssée (principalement nocturne) d’Howard, bijoutier new-yorkais, accroc au jeu (et aux petites arnaques) dont les dettes accumulées vont le voir assailli par des créanciers pas toujours très compréhensifs, au moment où il est sur le point de faire, dit-il, l’affaire du siècle : La réception d’une pierre précieuse éthiopienne dont il s’apprête à hériter du gain lors de sa mise aux enchères. C’est aussi le moment où il va rencontrer Kevin Garnett, célèbre basketteur des Celtics de Boston mais aussi la semaine où il doit fêter Pessah dans sa famille et assister au spectacle scolaire de sa fille. En filigrane, il est en instance de divorce avec Dinah, la mère de ses trois enfants et entretient une liaison plus ou moins secrète avec Julia, l’une de ses employées.

     Le film surprend dans son ouverture puisqu’il démarre en Ethiopie, dans une mine d’opale. Un mouvement de terrain blesse un minier pendant que d’autres font la découverte d’une pierre précieuse. C’est bien fichu, troublant, mais on se croirait plus dans le Blood diamond, d’Edward Zwick que dans un film des frères Safdie. Alors, par un zoom avant (très cheap) nous plongeons dans le bleu saphir de la pierre, le traversons pour en ressortir via un zoom arrière nous extirpant de l’image d’une coloscopie. Sans doute une manière kubrickienne (mais bien safdienne) de relier ce minéral préhistorique à Howard, notre bijoutier.

     C’est sans doute de mauvais goût qu’importe – A vrai dire j’ai eu un peu peur au départ, que le film soit cynique ou trop dans la farce, un peu forcé en somme. Entrer dans une opale et sortir d’un anus, c’est osé, mais ça laisse sceptique – c’est du Safdie pur jus et le film ne cessera de marcher sur cette corde raide, brouillant les frontières et les coutumes comme ils le font toujours, empruntant un joueur de NBA ici, nous faisant débarquer dans un concert de The Weeknd là. Je crois que c’est avant tout ce qui me séduit chez les Safdie, cette sensation qu’ils sont fidèles à eux-mêmes, de bout en bout. Informe ou pas, il y a une homogénéité. Des chemins de bifurque mais zéro compromis. C’est pas Joker, quoi.

     Il n’y a plus de limite, ne serait-ce qu’en nous collant à ce personnage, aussi insupportable qu’il va s’avérer attachant. En nous faisant entrer dans le quotidien d’un pauvre type qui jouit de son fiasco : S’il perd il trouve un moyen de ne pas mourir, s’il gagne il trouve un moyen de remettre son gain en jeu, en permanence. Que le film se termine comme ça sur son sourire figé, son dernier orgasme, c’est vraiment puissant. L’immersion est telle que cette dernière scène – qui vient clore cette démente séquence du match de basket – laisse vraiment sur le carreau.

     C’est un cinéma qui pourrait être un peu racoleur, tant il joue de sa mouvance épileptique, mais il y a toujours un élément bizarre, une tournure qu’on n’attend pas. Le rôle de la maîtresse d’Howard est probablement le plus beau du film là où ailleurs on l’aurait sacrifié, au profit de sa famille. Ici c’est le contraire. C’est elle qui fait des choix, qui disparait, réapparait, se fait tatouer Howard sur les fesses, lui donne un coup de main magnifique dans un moment délicat. Son dévouement est bouleversant.

     Et Uncut gems c’est aussi, comme souvent chez les Safdie, une ballade new-yorkaise et en l’occurrence dans le Diamond district. Quartier que l’on voit peu au cinéma, que les Safdie parviennent à traduire comme un lieu de possibles, dangereux, séduisant et frénétique. Un lieu entièrement fait pour leur personnage. Et pour leur cinéma.

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