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Archives pour 12 mai, 2020

La forteresse noire (The keep) – Michael Mann – 1984

03. La forteresse noire - The keep - Michael Mann - 1984Weird village.

   4.5   Grâce à Thief, Mann reçoit plein de scénarios de polars. C’est pourtant ce conte gothique qui l’intéresse, ce projet fou à la croisée du film de guerre et du film d’horreur. Il s’envole pour un tournage dans une carrière d’ardoise abandonnée du Pays de Galles, dans laquelle on achemine l’équipe et le matériel par grue. Et il crée ce village qui semble échappé du Moyen-âge, abritant une forteresse qui aurait survécu à l’expressionnisme allemand – Avec ce mur immense, qui rappelle Les trois lumières, de Fritz Lang. Un monument surnaturel, au design passionnant, puisqu’on apprend vite que son architecture est inversée : Ses pierres les plus solides sont à l’intérieur comme si la menace se trouvait davantage dedans que dehors.

     Il s’agit donc d’un village roumain, qui se voit investi par une faction nazie faisant escale, avant qu’il ne se penche de trop près sur les pouvoirs de la forteresse et réveillent une créature démoniaque. Ainsi, chaque nuit, celle-ci tue des soldats de garde, les aspire et laisse derrière qu’une carcasse calcinée, conduisant le chef SS à faire appel à un professeur juif afin de traduire une étrange inscription, tandis qu’en parallèle on suit le voyage d’un mystérieux gardien depuis la Grèce. Difficile de résumer The Keep, mais disons simplement que ça fait pas très Mann, dans les grandes lignes. Un cinéaste comme Jack Arnold aurait sans doute tiré meilleur parti d’un récit comme celui-ci dans les années 50.

     Quoiqu’il en soit, voilà un film qui m’intrigue depuis toujours. Depuis que je suis gamin. Je me souviens de la côte maximale que lui attribuait Télé câble sat hebdo par exemple. Pourtant, par un étrange concours de circonstance – enfin pas si étrange puisqu’il n’est pas si évident à trouver, que Mann le renie plus ou moins, et qu’il a l’aura d’un film très, très malade – je n’avais jamais vu ce film au titre original qui évoque The thing, de Carpenter, au titre français qui rappelle plutôt La forteresse cachée, de Kurosawa. C’est sans doute un peu écrasant pour The Keep, mais je les ai toujours un peu associés, je crois. Et si l’on met de côté ses deux téléfilms, il s’agit alors du seul Mann qui me faisait défaut depuis la sortie de Hacker.

     J’en rêvais autant que je le craignais. J’aurais préféré avoir un avis plus carré, l’adorer sans scrupule ou le détester sans vergogne, mais finalement je suis partagé. Car aussi bancal se révèle le résultat, le potentiel est bien là. Cette ouverture verticale dans la brume c’est quasi Aguirre qui réapparaît. Le convoi de camions qui la supplante, roulant pleine boue, ça respire le Sorcerer. Ça manque sans doute déjà d’un parti pris plus tranché – les séquences sont beaucoup trop brèves, on sent que ça découpe sévère en coulisse – mais impossible de ne pas ressentir une envie de cinéma, une inclinaison mégalo et une invitation dans les ténèbres. Malheureusement le film se gâte vite. Déjà avant de rencontrer Molasor, alors après…

     Le plus problématique est in fine d’accepter qu’il a dans son sillage trois imposantes bornes. D’abord, j’en parlais, la promesse d’un The thing dans les Carpates, avec une créature qui n’imite pas ses hôtes mais qui se nourrit de la haine nazie, pure incarnation du fascisme, qui projette de les anéantir en échange de sa libération. Ensuite que le film soit entouré de deux autres invitations plus convaincantes, aussi populaires qu’audacieuses, riches que légères, que sont Les aventuriers de l’arche perdue et Le temple maudit. S’il ne piétine pas non plus ses plates bandes, s’aventurer sur un terrain plus propice à Spielberg n’était pas chose aisée. Ce d’autant plus lorsqu’on est plutôt un cinéaste urbain ayant fait ses débuts dans le néo noir. Et pour finir d’oublier qu’on décèle dans The keep, formellement du moins, les restes, les miettes d’un Blade runner. Et puis musicalement Tangerine dream y déploie des ébauches de trésor qui évoquent ceux de Vangélis ; Quant à Alberta Watson, forcément ce visage, ce regard rappellent ceux de Sean Young, mais Eva Cuza n’est pas Rachel, loin s’en faut. A vrai dire, on s’en fou même un peu beaucoup de chacun de ces personnages, dans La forteresse noire. C’est l’un des nombreux problèmes du film, qui semble d’ailleurs n’être qu’un amas de problèmes. Il y a des films à problèmes comme Apocalypse now. Et il y a les films à problèmes comme The Keep.

     S’il a tout du film ovni, il faudra se contenter de l’imaginer, tant on assiste surtout à son naufrage. Et quand on sait les secrets de sa fabrication – décès du spécialiste des effets visuels durant le tournage, pré production entamée avant que le scénario soit terminé, une réécriture permanente, un tournage interminable, de gros incidents météorologiques, un montage saccagé de moitié par la Paramount qui souhaitait un film d’une heure et demi quand Mann leur a pondu un pavé de 210 minutes – rien de surprenant, encore qu’il est miraculeux de voir un résultat aussi prometteur et passable, raté mais fulgurant. Autre problème de taille : Les effets spéciaux, cheap à souhait, avec notamment l’apparition gênante de son monstre en caoutchouc, poussent le film sur les rives, non pas du nanar, mais du chef d’œuvre manqué, qui fit par ailleurs un bide colossal. On sait ce qui suit, évidemment, mais on peut largement dire que Mann revient de très loin.


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silencio


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