Archives pour août 2020

Rentrée des classes – Jacques Rozier – 1956

13. Rentrée des classes - Jacques Rozier - 1956Du côté de la rivière.

   8.0   Qu’on a regardé, mon fils et moi, dans la lignée du Petit fugitif, complément de programme idéal. Je rêvais de lui montrer, j’aime beaucoup ce court. Incroyable de voir combien tout Rozier est déjà là, en gestation. Tout cet art de la fugue éphémère se trouve déjà dans ces vingt merveilleuses minutes, dans un récit à l’échelle de l’enfance et à hauteur d’enfant, à travers cette fuite improvisée du quotidien, du monde et de ses règles, ici de l’école et des camarades de classe.

     Pour les impressionner et surtout qu’on ne le traite pas de poule mouillée, un petit garçon jette son cartable du haut d’un pont, dans la rivière varoise. Mais sans cartable, impossible d’entrer dans l’établissement. Alors le voilà qu’il se met à suivre le cours d’eau à travers la forêt, semble s’y perdre pour finalement prendre plaisir à s’y perdre, faire la rencontre d’un serpent d’eau qu’il rapportera en classe pour une blague. C’est le fantasme de l’école buisonnière à l’état pur. Une parenthèse onirique.

     Si on peut y voir un héritage du Zéro de conduite, de Jean Vigo ainsi que les prémisses directes de Maine Océan – Et si René, ce petit garçon c’était le contrôleur Gallec quelques années auparavant ? – il y a dans cet échappée miraculeuse le miroir de son auteur, qui n’aura eu de cesse de tenter d’emprunter d’autres routes, d’autres lignes, percer les mystères de la fuite au cinéma. Quand il apporte un élément de l’autre monde (la rivière) dans la réalité (la salle de classe) tout s’agite, s’égosille, s’embrase et s’évapore. C’est très beau.

Le petit fugitif (Little fugitive) – Ray Ashley, Ruth Orkin & Morris Engel – 1953

12. Le petit fugitif - Little fugitive - Raymond Abrashkin, Ruth Orkin & Morris Engel - 1953La grande évasion.

   9.0   Découvert en salle lors de sa ressortie il y a tout juste onze ans, Le petit fugitif n’a dès lors cessé de me hanter mais je ne l’avais jamais revu. C’est chose faite, qui plus est en le faisant découvrir à mon garçon, qui a le même âge que Joey, le petit fugitif en question. C’était parfait.

     Joey Norton, sept ans, vit avec sa maman et son frère Lennie dans un quartier de Brooklyn. Suite à une mauvaise blague « des grands » Joey file seul à Coney Island où il va errer entre les plages et les manèges.

     C’est l’histoire d’un cow-boy en socquettes, accompagné d’un harmonica (celui de son frère qu’il croit avoir tué) qui disparait avec sa tristesse, apprend à monter à cheval, tirer au pistolet et à se faire de l’argent en échange de bouteilles vides consignées.

     C’est un vrai western à hauteur d’enfant. Doublé d’une chronique miraculeuse qui nous fait voyager dans le New York des années 50, d’abord entre les terrains vagues et les gratte-ciels de Brooklyn, puis entre les attractions et les stands de hot-dog de Coney Island.

     Un vibrant film sur l’enfance et sur une ville, construit à trois par Ray Ashley, Morris Engel & Ruth Orkin, chacun dans son rôle de prédilection : Le scénario pour Ashley, la réalisation pour Engel et le montage pour Orkin, son épouse. En théorie. Car tous œuvreront finalement sur tous les fronts.

     Epaulé de sa caméra ultralégère, Engel, photographe de formation, spécialisé dans le photoreportage, pourra filmer son héros au plus près, dans chacun de ses mouvements, saisissant chacune de ses grimaces, parfois même au beau milieu de la foule, créant un vertige documentaire.

     Bref, c’est film aussi touchant qu’il est indispensable. Et fondateur du cinéma indépendant américain (difficile de ne pas y voir une référence pour les films de Cassavetes, Shadows notamment) et l’un des déclencheurs de la Nouvelle Vague en France puisqu’il est impossible de ne pas y voir l’ébauche des Quatre-cents coups.

Calme blanc (Dead calm) – Phillip Noyce – 1989

11. Calme blanc - Dead calm - Phillip Noyce - 1989We don’t need a bigger boat.

   7.0   Suite à un accident de voiture, un couple (Nicole Kidman & Sam Neill) perd leur enfant. Pour s’en remettre, ils prennent le large sur un voilier dans le but d’être seuls au monde sur une mer d’huile pendant plusieurs semaines. Un jour, ils aperçoivent un autre bateau en détresse, un homme s’en extraie dans un canot et les rejoint, paumé et traumatisé. Le reste de son équipage aurait succombé à une intoxication alimentaire et suite à une avarie de moteur, le voilier était sur le point de sombrer.

     Evidemment, thriller oblige, c’est un leurre. Le naufragé est un gros psychopathe qui les a tous décimés. Et Billy Zane (qu’on adorera détester dans Titanic quelques années plus tard) est parfait pour ce rôle, un beau gosse absolument flippant, imprévisible, pervers, complètement halluciné. Il incarne un cauchemar absolu qui réussit à faire oublier la tragédie initiale, aussi bien aux personnages parents qu’à nous, spectateurs, qui tremblons pour leur survie en pleine mer.

     Et c’est sur cet aspect que le film marque les esprits. C’est un huis clos à ciel ouvert, se déroulant exclusivement (après la brève introduction hospitalière) en mer. Une traversée de l’enfer dans un lieu paradisiaque. Et c’est ce double paradoxe (la rythmique hitchcockienne et la transformation du décor) qui illumine complètement Calme blanc, cette dimension ironique que l’on retrouve jusque dans son titre original ou francisé.

     Le film est adapté du roman éponyme de Charles Williams, édité chez Série noire, qui devait déjà être porté à l’écran par Orson Welles, intitulé The deep, avec Jeanne Moreau, mais qui restera un projet inachevé. L’autre particularité du film est aussi d’être campé par trois interprètes très connus, ayant joués dans des films populaires, mais ce n’était pas encore le cas à l’époque : Prête à tout, Jurassic park ou Titanic sont encore loin.

     Ayant beaucoup vu ce film quand j’étais ado, j’en avais fait un peu overdose, mais je suis content de l’avoir revu aujourd’hui : C’est vraiment un thriller classique comme il s’en faisait à la pelle durant cette époque, mais il est dans le haut du panier et notamment pour son efficacité, son cadre (L’océan à perte de vue, deux bateaux, trois personnages) et une admirable montée de tension et une telle gestion du suspense qu’on lui passe diverses incohérences liées au genre.


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