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Archives pour décembre 2020

Les galettes de Pont-Aven – Joël Séria – 1975

12. Les galettes de Pont-Aven - Joël Séria - 1975« Tu sens la pisse toi… Pas l’eau bénite ! »

   7.0   Sans être familier du cinéma de Séria (Je le confesse, je n’ai jamais vu Comme la lune) ni de ses Galettes de Pont-Aven, je dois reconnaître que c’est un (drôle de) film unique en son genre, truculent, gaulois, misogyne, libertaire, pittoresque. Un film vers lequel il m’arrive souvent d’avoir envie de revenir. C’était ma troisième fois, je crois, pas plus.

     Le film s’en remet beaucoup à l’immense Jean-Pierre Marielle, qui campe ici un représentant en parapluies et ombrelles, érotomane dépressif, se rêvant peintre à la Gauguin, plongé dans un road-movie forcé (son véhicule est immobilisé après qu’il ait tapé un sanglier, bien que les autochtones lui certifient qu’il n’y a pas de sanglier dans la région) et plutôt statique, dans le fin fond de la Bretagne. Il y fera tout un tas de rencontres pas banales : Un peintre pervers, une pute bigouden, un pèlerin perché. Et réapprendra à vivre. Oublier sa vie morne de Saumur pour une vie folle à Pont-Aven.

     Ce qui me plait tant c’est le pouvoir que le film dégage en tant que document d’une époque et d’un lieu. De la France giscardienne et de la campagne bretonne. J’y retrouve ce qui me fascinera tant dans Un moment d’égarement, de Claude Berri, aussi avec Marielle : Cette attention aux intérieurs, les nappes cirées, les papiers peints, les meubles télé-bar, la déco en général.

     Et le reste : Les routes, les bourgs, les vrais gens, les voitures, les bars, les cigarettes, les moustaches, les toisons pubiennes bien garnies et les culs. Les vraies galettes. Le sujet du film, puisque Marielle aka Henri Serin en est dingue : « J’ai jamais rien vu de plus beau, on dirait un Courbet » dit-il à Angéla. « Oh comme elles sont fermes ! On dirait des petites pommes » dit-il à Marie.

      « Ah nom de dieu de bordel de merde ! » Voilà un film impossible à refaire aujourd’hui. Ne serait-ce que pour ce qu’il véhicule de la quête de bonheur vagabond de son personnage : La peinture, les culs des femmes et vendre des galettes sur la plage en arborant fièrement le marcel blanc.

Last action hero – John McTiernan – 1993

Austin O'BrienDe l’autre côté.

   7.0   Entre deux opus de Die Hard, John McTiernan se lance dans un projet tout autre, une sorte de méta comédie d’action – la même année où Joe Dante propose Panic sur Florida beach – mixant Terminator avec La rose pourpre du Caire, grosso modo.

     Danny, un gamin de New York écume les séances de ciné, essentiellement celles où il peut suivre les aventures de son héros préféré, Jack Slater, une sorte de simili Inspecteur Harry, flic justicier particulièrement doué dans la réplique qui tâche : « T’aimes l’omelette ? Tiens, j’te casse les œufs »

     Un jour, son projectionniste préféré lui offre un billet très spécial, qui va le propulser dans le film, aux côtés de son héros à Los Angeles, dans un univers parallèle où Danny en sait beaucoup trop sur chacun des personnages, puisqu’il a vu les épisodes précédents. Idée séduisante dont McTiernan ne se satisfera pas, misant sur le pouvoir du billet magique pour effectuer le trajet inverse, envoyant bientôt le héros du film (qui n’y sera plus du tout invulnérable) et d’autres personnages malveillants dans le vrai monde.

     Le film est un objet aussi foutraque que réjouissant, un pur divertissement popcorn, complètement déglingué, foisonnant, épuisant. Une vraie parodie de blockbuster, qui digère ce qu’il dénonce tout en tenant les promesses que le genre défend : Superbes scènes d’action, scénario complexe (l’efficacité de Shane Black), répliques badass, background, Némésis (Tom Noonan, toujours parfait) et références cinéphiles en pagaille, de L’arme fatale à Amadeus, en passant par Le septième sceau, de Bergman.

     A la barre, un Schwarzenegger hors pair, aussi drôle qu’émouvant, dans ce rôle plein d’autodérision ; et un gamin à la fois cynique et émerveillé, parfait alter égo du spectateur et de son auteur.

     Aussi jubilatoire soit-il, l’objet reste disons plus conceptuel qu’un Die Hard, qui eux fonctionnent pleinement sur tous les niveaux. En concurrence avec Jurassic Park lors de sa sortie, Last action hero fit bien entendu un énorme bide et ne gagna son statut de film culte que bien après.

Genèse d’un repas – Luc Moullet – 1980

07. Genèse d'un repas - Luc Moullet - 1980L’empire alimentaire.

   8.0   Sur la table devant lui, pour le déjeuner : Une boite de thon, une omelette et des bananes. L’idée pour Moullet, après avoir décortiqué l’anatomie des rapports sexuels dans son précédent film, c’est de savoir d’où vient ce que l’on mange. De savoir VRAIMENT d’où vient ce qu’il mange. De connaître la chaine industrielle et à fortiori les mécanismes du capitalisme qui ont conduit ce thon, cette omelette et ces bananes dans son assiette.

     Et Moullet fait du Moullet, qu’il touche comme ici à un sujet disons plus grave, plus complexe. Il est aussi drôle que sérieux, aussi léger que glaçant. Et prophétique tant le film est encore très actuel, tant il dénonce la mondialisation, l’exploitation des pays du Tiers monde par les pays riches, celles des salariés par les gérants de firmes, le tout avec la simplicité d’un regard d’enfant, qui part de son assiette et remonte le temps. C’est un voyage dans le temps, Genèse d’un repas. Il faut trouver où le thon a été pêché, l’œuf pondu, la banane cueillie.

     C’est un film-enquête. Une immersion dans le système mercantile. Grossistes, importateurs, fabriquants, ouvriers, Moullet ira interviewer tout le monde. Ira comparer les conditions de travail en France et en Amérique du sud. Filmera les femmes sous-payées, les dockers équatoriens de dix ans. Cette quête absolue du profit au détriment des conditions des travailleurs. Il découvre que l’on peut pêcher du thon à Dakar, le préparer à Dakar, le mettre en boite à Dakar puis le vendre en France en l’étiquetant « Pêcheur breton ». L’autre boite qui annonce clairement sa provenance de Cote d’Ivoire se vend moins bien, nous annonce ce responsable de supermarché.

     Moullet oblige, le film s’ouvre sur une note d’intention très pragmatique, visant à rappeler que le projet est né d’une simple interrogation et que le CNC donna quarante millions de centimes à Moullet pour y répondre. Et il se ferme sur un constat amer et franc, de politique néo-colonialiste, qui consiste à dire qu’on est tous l’exploiteur de quelqu’un, que c’est en consommant qu’on exploite, lui le premier, énumérant tout ce qui lui permit de fabriquer ce film : La joue de bœuf et le pétrole pour la pellicule, les interviewés payés différemment qu’il soit équatorien, sénégalais ou français etc. Film génial.

Germinal – Claude Berri – 1993

14. Germinal - Claude Berri - 1993Des mineurs.

   6.5   L’ambition est salutaire. Et on ne peut pas dire que Berri en ait manquée à cette période-là puisqu’après avoir mis en image L’eau des collines, le dyptique de Marcel Pagnol (Jean de Florette & Manon des sources) et avant d’avoir adapté (ce qui restera comme son chef d’œuvre) la vie de Lucie Aubrac pendant la Résistance, il s’engage dans un projet monstre en adaptant Emile Zola. 

     Embauché dans les mines de Montsou, dans le Nord de la France, le jeune Etienne Lantier (Renaud) découvre les conditions de travail épouvantables et la souffrance d’une population misérable et déshéritée. A la suite d’une baisse des salaires décrétée par la Compagnie, sous prétexte de crise économique, Lantier, plein d’idées socialistes, appelle les mécontents à faire la grève et à constituer une caisse de prévoyance.

     C’est une grande fresque sur la lutte ouvrière. Berri alterne assez cruellement la misère sociale de ceux qui vivent dans les maisons délabrés des corons, affrontent la famine et passent leurs journées dans le charbon ; et l’opulence de ces manoirs appartenant aux familles d’entrepreneurs miniers employant au moindre coût des milliers de familles entières de travailleurs.

     Techniquement c’est fort. Avec son budget colossal (pour l’époque) Germinal fut un temps le film le plus cher du cinéma français : On parle de huit mille figurants. La reconstitution est réussie, les costumes sont parfaits. Quant aux conditions de vie dans les corons, on y croit, tout simplement. Par ailleurs le tournage a lieu dans des décors impressionnants et notamment la fosse Arenberg.

     Mais le film manque un peu d’incarnation (les acteurs donnent trop ou pas assez) refusant le souffle lyrique par une écriture trop fonctionnelle et une mise en scène beaucoup trop corsetée, préméditée. J’espérais un truc un peu plus sale et chaotique, un voyage dans l’enfer des mines. Le film est trop académique, mais en tant que film populaire, ça reste toujours préférable à dix mille autres trucs sans intérêt.

Mank – David Fincher – 2020

05. Mank - David Fincher - 2020Impair.

   5.5   Avec Mank (son premier film depuis Gone girl) Fincher entreprend de raconter une partie de l’histoire d’Herman Mankiewicz, celle qui le relie à Citizen Kane, dont il participa à la genèse puisqu’il fut coscénariste.

     L’ambition première c’est de faire un film à la Citizen Kane. C’est mon premier problème : Je ne dois pas être assez fan du film de Welles pour apprécier vraiment celui de Fincher. Pire, j’ai la désagréable sensation de voir un film uniquement fait pour les initiés, incapable d’intéresser le spectateur néophyte, ni pour le cinéma des années 30, ni pour les histoires qui se déroulent en coulisse – ici la collaboration tumultueuse entre Mankiewicz et Welles, mais aussi celle avec Louis B. Mayer, ainsi que l’évolution d’Hollywood et l’ébullition politique.

     Mon autre problème concerne la construction et l’écriture, tant Mank me semble pas hyper digeste. Outre les incessants va-et-vient, la somme conséquente de personnages, le peu de romanesque, je ne ressens rien devant Mank, rien.

      Autre chose : J’ai le sentiment que le film me vend un scénario ou plutôt de l’intérêt pour les scénarios, les scénaristes, créant une plus nette identification à Mankiewicz qu’à Welles. Très bien. Mais hormis les lignes de scénario en début de scène, j’y vois que de la contradiction, de l’obsession formelle, un fétichisme pas franchement passionnant : Du travail de post-prod qui tente constamment de récréer le cachet pellicule avec le numérique, de viser Welles plutôt que Mankiewicz, en somme.

      Dernier gros problème, qui découle peut-être de l’imposant projet (adapter le scénario de son père, Jack Fincher) je ne retrouve pas tellement Fincher là-dedans, ni par ce noir et blanc trop lisse, ni par l’émotion, ni par son ambiance sonore : Aucune utilité de prendre Trent Reznor & Atticus Ross, franchement. Ceci étant, c’est un film courageux, j’admire le geste, mais j’y suis resté complètement en retrait.

Bronx – Olivier Marchal – 2020

11. Bronx - Olivier Marchal - 2020Avis de mistral.

   4.0   Certes, j’étais jeune, mais je me souviens que 36 quai des orfèvres m’avait impressionné lors de sa sortie, en 2004. Son face à face Auteuil/Depardieu, BRI/BRB, sa dimension opératique, son univers à la fois métallique et glauque, ses retournements de situations, sa sécheresse, sa cruauté, ses nombreux personnages secondaires.

     C’était ni du Michael Mann ni du James Gray (que je ne connaissais pas encore) mais il y avait une manière originale de proposer du polar en France, et de brosser le monde de la police, un peu à la manière de Boukfrief, qui la même année, s’était lui aventuré sur le terrain des convoyeurs de fond.  Et puis il y avait quelque chose d’assez excitant et salutaire à voir cet ancien flic débouler dans le cinéma, avec sa patte, cette ambition, cette virtuosité. Le film est ce qu’il est, probablement douteux sur de nombreux points, mais fidèle à lui-même.

     Dans la foulée j’avais rattrapé Gangsters, son premier long, plus confidentiel, plus fauché aussi, qui marquait par son exiguïté topographique, son interprétation survitaminée, son écriture minimaliste et sa brutalité. Un de ces jours je tenterai de revoir ces deux films.

     Puis après ça, plus rien. Soudain tout était nul, des produits décalqués de ces deux films, avec tout l’attirail en trop : flingues, noirceur, burnes, dialogues, gueules cassées, travellings sans intérêt. Tu croyais découvrir un nouveau Corneau, mais en fait c’était un Arcady. Films et séries comprises. De MR73 aux Lyonnais, en passant par Braquo et Section zéro.

     En 2020, Marchal sort Bronx. Sur Netflix. En fait, au départ le film appartenait à Gaumont qui devait le sortir en salle, avant de le céder finalement à la plateforme because Covid. C’est sans doute pas plus mal. Enfin moi je serais jamais allé voir ça en salle, donc peu m’importe, mais vraiment je trouve que c’est un produit de télévision, que ça doit se consommer ainsi. Je ne vois vraiment pas l’intérêt de sortir ça en salle.

     Bronx s’appuie sur un fait réel, pour mieux s’en débarrasser ensuite : La tuerie du bar du téléphone, survenue dans le 14e arrondissement de Marseille, en Octobre 1978. Il l’injecte dans sa fiction en tant que point d’ancrage, pour ne produire encore et toujours qu’un affrontement entre deux services de police, avec ses entités loyales et ses agents corrompus, pris en tenaille dans la guerre des gangs, entre corses et caïds du quartier nord. Rien de neuf si ce n’est qu’il est troublant de voir Marchal emprunter une lumière si vive et un Marseille doux, solaire, minimaliste, en contraste avec la violence permanente qui s’y joue.

     Le film dissémine menaces bien grasses et sommes de cadavres. Il s’ouvre sur le flashforward d’un suicide – de Stanislas Mehrar, qu’est-ce qu’il fou là ? – et se ferme sur une somme de petits règlements de compte. Car quand le film semble fini, Marchal libère une dernière cartouche et tue tout le monde. Chaque survivant fragile que le film déploie. Tous. Un par un. C’est évidemment Le Parrain (avec une surprise de taille : Une godmother en haut de la pyramide, incarnée par… Claudia Cardinale, enfin ce qu’il en reste) qu’on vise, mais n’est pas Coppola qui veut. Et ces minutes ne dégagent rien, aucune puissance, aucun intérêt. C’est totalement gratuit.

     Et en matière de répliques beaufs, on est bien servis une fois de plus. Avec tout plein d’insultes et de proverbes, c’est très drôle. Deux parmi d’autres, signées d’un habitué du cinéma de Marchal, Alain Figlarz, dit « le gros » ici :

« A force de fréquenter les cadavres, tu vas finir par te marier avec un cercueil »

« Si je peux te donner un conseil, tu te casses d’ici avant que je te fasse arracher les yeux et les couilles et que je les donne à bouffer à mes chiens »

     Au rayon références, Marchal sort l’artillerie lourde. D’entrée combat de joutes verbales entre Lanvin & Gautry sur Anna Karenine, de Tolstoi. Oklm. Puis Bronx tente une scène à la Seven, celle de la course-poursuite, sans la pluie mais avec un type à poil. Puis c’est Michael Mann qu’on entrevoit ci et là, encore et toujours. Et bien sûr, Le parrain, pour finir. Accompagné par Immortels de Bashung. On sent que Marchal se donne les moyens pour avoir de la classe. Ça ne fonctionne pas, mais il faut saluer la tentative. Un peu à l’image de la séquence de la fusillade à l’aube sur la plage : On ne voit strictement rien, on ne comprend rien. Et ça vaut pour chaque scène d’action du film, tout est raté.

     Bref, la recette Marchal est toujours la même. Du polar, qui tâche. A chaque fois néanmoins, il ajoute un peu de gras.  Bronx est donc un nouveau maxi best of, condensé en deux heures : Quelque part il vaut mieux se farcir celui-là que les huit heures de Section zéro ou  celles de la série Marseille, qui ressemblait déjà beaucoup à du Marchal et à laquelle on pense beaucoup devant Bronx. Il y a une vraie ambition de fresque policière, quoi qu’il en soit.

     Je suis prêt à parier que Marchal abreuvera la plateforme tous les ans, maintenant. Il est bien chez Netflix. Il a posé son cul sur les sièges rouges, ses verres de whisky sur les tables en chêne massif, ses flingues sur les étagères en marbre, sa plaque d’ancien inspecteur de la PJ dans un cadre à moulures dorées, et il peut tranquillement dire à tout le monde, cigares Montechristo entre les lèvres, d’aller se faire enculer.

On the rocks – Sofia Coppola – 2020

06. On the rocks - Sofia Coppola - 2020Lost in exaltation.

   5.5   En repêchant Bill Murray au sortir du piètre dernier Jarmusch, Sofia Coppola tente de réinvestir le terrain de l’une de ses plus belles réussites : Lost in translation. Exit Tokyo, place à New York. A travers l’histoire d’une mère de famille, écrivaine en panne d’inspiration qui soupçonne son mari en pleine réussite professionnelle (au sein d’une étrange boite qui festoie ses milliers de followers) de la tromper avec son associée, Coppola fille va refaire Somewhere et donc nous plonger dans une retrouvaille entre une fille et son père.

     Et tout ce qui se joue autour de cette relation fera tout l’intérêt du film, à défaut d’en être le cœur, qui sera une banale histoire de soupçon d’adultère et de comédie de remariage. Quel plaisir en effet de revoir Bill Murray cabotiner de la sorte dans un rôle taillé sur mesure, de séducteur compulsif, papa maladroit et tardif, vieil homme errant, nonchalant mais brisé malgré tout. Il est drôle, émouvant, parfait. Le film lui doit presque tout. Presque oui, car Rachida Jones n’est pas en reste, à sa façon – tant c’est un rôle plus ingrat – dans ce portrait délicat d’une femme tourmentée, arrivée à un carrefour où tous les feux virent au rouge.

     Dommage que le film soit si grossier dès qu’il s’agit notamment de multiplier les apparitions d’une copine, plutôt une autre maman d’élève, en plein délire de régression adolescente, mais aussi de vieilles cyniques avachies sur des sofas. Dommage que l’on appuie tant sur ces marqueurs quotidiens d’une vie moderne décharnée, via des inserts peu subtils d’un aspirateur autonome ou d’un Thermomix. Coppola vaut beaucoup mieux que ça, ne serait-ce que lorsqu’elle crée de cette opulence obscène un sublime ballet pop, dans Marie Antoinette.

     Difficile de savoir où elle en est : The bling ring marquait un retour fulgurant ; Les proies un égarement en forme d’hommage pénible. On the rocks est un bonbon, délicieux un moment, indigeste l’instant suivant. Le milieu du film est plutôt chouette, parfois très drôle (le contrôle de police) merci Bill, mais la partie Mexique fait tout retomber et le final nous laisse un goût de « Tout ça pour ça ? » très gênant.

Explorers – Joe Dante – 1985

17. Explorers - Joe Dante - 1985Rêves brisés.

   4.5   La première partie du film est plutôt réussie, dans l’esprit d’Amblin, où l’on retrouve ce qu’on aime chez E.T. ou dans Les Goonies, même si Dante a déjà fait et fera nettement mieux. Au casting, trois gamins, Darren, Wolfgang & Ben : Jason Presson, le regretté River Pheonix et le génial Ethan Hawke. Tous trois sont très bien, mais il leur manque une vraie complicité, une harmonie que le film ne prend pas le temps d’installer.

     Des gamins qui se débrouillent comme ils peuvent et qui entre deux bastons, se réfugient dans de vieux films de science-fiction et rêvent de gigantesques circuits imprimés. Des gamins qui semblent former un parfait autoportrait de Joe Dante, en somme. Une fois reproduit, le circuit imprimé ouvre un champ de force : Une petite sphère incontrôlable qui dévaste la cave d’un des gamins : La plus belle scène du film. Plus important, celui qui rêve transmet à celui qui reproduit. Le voyage ne vaut que s’il est partagé.

     Le récit s’emballe. Un vaisseau spatial artisanal portera le nom d’une chanson de Springsteen, Thunder road. Si l’on cherche bien on retrouve dans ce voyage une esthétique à la Mario Bava, bien qu’on reste loin, très loin de la beauté visuelle de La planète des vampires. Mais la rencontre tant attendu avec les extraterrestres brise l’élan. Tout est affreux ou presque, un calvaire d’aller jusqu’au bout.

     Inexorablement, Explorers évoque E.T. et perd absolument sur tous les plans. D’autant plus au niveau de ces personnages, enfants, comme adultes. Il suffit d’évoquer le personnage incarné par Dick Miller (l’habitué du cinéma de Dante) qui reprend peu ou prou celui que jouait Peter Coyote, chez Spielberg : soit un adulte, double du héros enfant, émerveillé lui aussi, mais qui arrive trop tard.

     Le film a la mérite (quelque peu suicidaire) de mettre le spectateur au diapason de ses personnages, finalement déçus par leur voyage qui les mène à rencontrer des extraterrestres pathétiques, fan de pop culture terrienne, dont un qui n’a pour seules lignes de parole des répliques de films ou de pub. Des gamins humains qui rencontrent des gamins aliens fascinés par les humains au moyen de leurs programmes télévisés.

     Revenons à la conception : C’est le colossal succès de Gremlins qui offre à Joe Dante tous les pouvoirs. La Warner l’approche pour lui confier Batman (qu’hérita finalement Burton) mais c’est la Paramount avec le scénario d’Explorers, signé Eric Luke, qui attire son attention. Même Wolfgang Petersen, qui sort de L’histoire sans fin, est mis sur la touche au profit de Joe Dante. Tout est là. Mais le film est un échec cuisant.

     Le film est raté, la construction chaotique, le scénario inachevé, les effets spéciaux à peine finalisés, les décors torchés à la va-vite. Curieux, tant le film abrite tout un tas de prodiges de la technique. En réalité, la sortie d’Explorers est avancé par le studio et les nuits blanches en salle de montage ne suffiront pas : le film est mal-fichu, charcuté de partout. Dante devait en faire une version director’s cut, mais le négatif n’existe plus.

     Explorers reste néanmoins un film de Dante, ne serait-ce que dans sa volonté de brouiller les pistes du rêve et de l’imaginaire hollywoodien, de casser les codes du film familial et des croyances enfantines. Voici ce qu’en dit Dante lui-même : « Ben espérait apprendre les secrets de l’univers et en fin de compte, il n’obtient qu’une copie carbone de lui-même. C’était un concept assez peu spielbergien… en fait, c’est de l’anti-Spielberg. Le film va contre l’idée qu’on regarde les étoiles en y cherchant Dieu, alors que tout va bien ici et maintenant. Et le public a été déçu, comme l’étaient les enfants dans le film. »

Titicut follies – Frederick Wiseman – 1967

02. Titicut follies - Frederick Wiseman - 1967Amérique aliénée.

   7.0   Pour son premier long métrage, Wiseman pose sa caméra à Bridgewater, hôpital psychiatrique pour criminels aliénés, dans le Massassuchets. Il obtient le droit d’y tourner pendant une durée d’un mois. Il y dénonce les effroyables conditions de vie des patients, moqués verbalement et harcelés physiquement par soignants et gardiens du pénitencier.

     Le style minimaliste de Wiseman se met en place : Aucune voix off, aucun carton, pas de musique, pas de commentaire, mais une science brute du montage qui crée un pamphlet subtil contre l’Amérique des puissants, et un portrait douloureux des éternels oubliés du système.

     Outre des entretiens variés, souvent condescendants, les sévices en tout genre, consistant par exemple ici à faire hurler un patient qui répète sans cesse le même mot, le film montre des instants insoutenables telle cette intubation pour nourrir de force un condamné, tandis que des images quasi subliminales, nous le montrent gisant mort dans un cercueil. La sonde en caoutchouc enfoncée dans le nez laisse place à une pince déposant du coton sous des paupières.

     L’ironie dans tout ça, c’est que le Titicut follies fut interdit dès sa sortie en salle aux Etats-Unis, censuré par la Cour Suprême qui estimât que le film portait atteinte à la vie des patients incarcérés. Film indispensable, évidemment.

Panic room – David Fincher – 2002

26. Panic room - David Fincher - 2002Confiné passe-partout.

   5.0   Je ne l’avais jamais revu, contrairement aux autres films de Fincher. C’est mineur (pour du Fincher) mais ça fonctionne bien, la mécanique est huilée, les rebondissements copieux et bien disséminés, le scénario de David Koepp efficace, et la demeure (ainsi que sa chambre de survie) est un personnage à part entière. Quant aux caractérisations des personnages, si elles sont un brin outrancières et fonctionnelles (la claustrophobie de la mère, le diabète insulino-dépendant de sa fille) elles participent aux diverses montées d’angoisse. Jodie Foster & Kristen Stewart y sont par ailleurs très investies. Chez les cambrioleurs aussi, il s’agit de faire entrer trois types très différents : Un bon (Forrest Whitaker), une brute (Dwight Yoakam) et un truand (Jared Leto). Un peu schématique mais imparable.

     J’ai toutefois un gros problème avec l’utilisation du numérique là-dedans. Il semble qu’il ait révolutionné l’industrie, qu’il ait été prévisualisé en 3D avant même son tournage, permettant de faire naître une caméra omnisciente et des plans impossibles, d’une pièce à l’autre, d’un étage à l’autre, à travers le plancher ou des objets, serrures ou anse de cafetière. C’est sans doute techniquement révolutionnaire mais ça n’apporte pas grand-chose en terme d’ambiance, au contraire ça crée une certaine distance, moi ça me sort complètement du film en tout cas. Disons que ce thriller en huis-clos serait plus fort, à mon avis, si l’image était plus cheap, plus sale, mais c’est sans doute à cause de mon amour des survivals un peu dégueu, ou de mon admiration pour la morosité pluvieuse de Seven.

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