Archives pour mars 2021

Basic instinct – Paul Verhoeven – 1992

22. Basic instinct - Paul Verhoeven - 1992Total dizziness.

   8.5  A l’instar de Brian de Palma, le cinéaste hollandais – qui vient de faire une entrée fracassante à Hollywood avec Robocop puis Total Recall – réactive le maître du suspense. Seulement le temps d’un film, lui. D’Hitchcock, il choisit Vertigo, auquel on pense en permanence devant Basic Instinct : Avec son ancrage à San Francisco, bien sûr, ainsi que l’obsession blonde VS brune, la femme fatale, le héros pris dans un vertige qui le dépasse, Jerry Goldsmith (et son superbe thème entêtant) qui semble vulgariser Hermann à la musique, quelques plans très iconiques aussi. C’est donc déjà une belle relecture. Mais Verhoeven maquille cette relecture en thriller érotique : Le film ouvre alors la voie à un genre particulièrement fécond (mais pas très intéressant) à Hollywood durant les années 90 – Les Harcèlement, Color of night, Sliver, Excès de confiance etc.

     Rien de gratuit, pourtant, chez Verhoeven, rien qui semble fait uniquement pour émoustiller le chaland, tant sa vision du désir y est crue, malsaine et quasi abstraite, entièrement dévolue à ces deux pulsions, qui transpirent de chaque plan : Le sexe et la mort. Un Eros & Thanatos qui prend refuge frontalement tant chaque scène de cul est guettée par une pulsion de mort, qui gicle bien entendu dès la première scène – un acte torride qui vire au massacre – puis que l’on retrouve maintes fois ensuite, évidemment dès que Catherine Tramell (Sharon Stone, incandescente) et Nick Curran (Michael Douglas, un peu cabotin mais excellent) baisent, mais aussi quand ce dernier sodomise brutalement Elizabeth, sa psychiatre, pièce majeure de l’échiquier. Mais ça agit aussi de façon masquée, via le background sordide administré au personnage (mais aux autres aussi) qui place Curran, le policier, non pas du côté de l’ordre, mais bien vers une ambiguïté fragile. Rien d’étonnant à en faire un type recadré, qui ne boit plus, ne fume plus et qui au contact de l’écrivaine suspecte, va retrouver peu à peu ses travers.

     Tout dans Basic Instinct se joue dans cet écrin de séduction et de danger mais à l’image de cette scène ultra iconique – Le fameux décroisement de jambes de Sharon Stone – c’est toujours la mise en scène qui gagne, qui gicle : Il faut voir comment Verhoeven parvient à faire grimper la tension, la température de la pièce lors de cet interrogatoire, à faire de ce lieu une toile, avec le suspect comme araignée, même si on a plutôt envie d’y voir une mante religieuse. La pièce est écrasante, les visages se perlent de sueur, la parole y fuse, s’y chevauche de toute part, et au beau milieu, Catherine Tramell, tour à tour calme, cynique, nonchalante, crue, fragile, sereine, élabore un terrain de jeu qu’elle sera bientôt seule à entièrement maitriser.

     C’est un film aussi complexe et labyrinthique dans sa narration que dans sa forme. Capable de nous emmener où il veut en permanence, comme guidée par son personnage féminin, qui embarque Nick dans son histoire car elle-même écrivaine, utilise ses expériences vécues pour les glisser dans ses fictions : La police découvre que le meurtre de la rock ’star en ouverture était plus ou moins semblable à celui apparaissant dans un de ses bouquins. Nick Curran devient alors le point d’inertie de son livre en cours, le personnage central, Flingueur – en référence à son passé peu glorieux qui le vit buter des innocents lors d’une intervention – dont elle clame bientôt qu’il doit mourir car « Il faut que quelqu’un meurt ». Et il plonge dedans, il ne peut s’en extirper. Si l’idée du mimétisme (hitchcockien) s’impose avec sa kyrielle de personnages féminins, il est tout aussi génial de voir à quel point Catherine déteint sur Nick, qui reprend ses répliques cinglantes, lorsqu’il est à son tour interrogé.

     C’est dingue comme c’est tellement largement supérieur à la simple réputation sulfureuse qui l’accompagne toujours. C’est un grand film de manipulation tant Verhoeven ne cesse de manipuler son spectateur, en lui offrant toutes les clés d’emblée mais en obscurcissant les évidences à mesure que le récit se déploie de façon à ce que tout devienne flou, vertigineux, pour nous, pour Nick, personnage tellement ambigu, peut-être tout aussi manipulateur, avant qu’il ne devienne le jouet de la plus grande des manipulatrices. Si ces deux films ont peu en commun sinon leur cachet sulfureux, j’aurais tendance à comparer Basic Instinct à Sexcrimes – qui lui, viendra brillamment clore le « genre » à la fin de la même décennie. Car ce sont deux grands films de manipulateurs, ludiques et fascinants.

Blue steel – Kathryn Bigelow – 1990

15. Blue steel - Kathryn Bigelow - 1990Pain & gun.

   7.0   Entre Near dark (1987) & Point break (1991), Kathryn Bigelow réalise ce savoureux mélange de portrait de femme, de récit initiatique et familial, de polar saupoudré de film de serial killer.

     Si Ron Silver est littéralement en roue libre en psychopathe possédé, déployant tout une batterie de grimaces embarrassantes, Jamie Lee Curtis se révèle souveraine, habitée, bouleversante dans le rôle ambigu de cette femme animée par un désir de justice, de l’uniforme, une obsession pour l’autorité, tout en sous-tendant une vision plus contestataire, cette volonté de faire entrer manu militari la femme dans un monde d’hommes. On y verrait un sous-texte méta qu’on ne serait pas si hors-sujet.

     Et c’est sans doute pour cette dimension théorique que Blue steel s’avère si passionnant. Moins pour cette mise en abyme de cinéaste trouvant son alter-égo fictif, que dans son fétichisme de l’arme à feu. Le générique s’ouvre sur ce flingue, le canon, les douilles. Il servira de catalyseur. Il érotise, il diabolise. Il est même déclencheur de l’intrigue.

     Tandis qu’elle vient d’entrer dans la police, une nuit lors de sa première ronde, Megan Turner (Jamie Lee, donc) doit intervenir lors d’un hold-up. Menacée par l’agresseur, elle l’abbat, froidement. Elle lui vide son chargeur sur la tronche. Elle ne remarque pas que dans la foulée de son intervention, un inconnu, alors au sol, s’empare de l’arme du braqueur tombée près de lui, et disparait.

     L’homme, un riche trader, se découvre bientôt une passion pour ce flingue, le meurtre et une obsession maladive pour Turner, qu’il séduit avant de la persécuter. Entre-temps, Turner se retrouve suspendue de ses fonctions pour son intervention musclée sur un agresseur dont finalement rien ne prouve qu’il était armé. Tout se joue bientôt entre Turner & Hunt. Entre Megan & Eugene.

     On comprend très vite que l’un n’existe pas sans l’autre. Eugène est touché par une sorte de révélation, il est persuadé d’avoir trouvé son double, sa victime à lui, le monstre. Et quand son collègue (Génial Clancy Brown) lui demande pourquoi elle est devenue flic, Turner répond « For him ». Le film tient entièrement sur ce dispositif quasi abstrait. Réalisme et vraisemblance n’ont pas leur place. C’est sans doute la limite du film, c’est aussi ce qui fait son originalité, tant le geste, à la limite du fantastique, fascine.

     Il faut par ailleurs signaler que Blue steel s’ouvrait comme un présage de cette séquence pivot : Turner y faisait ses gammes, lors d’un examen musclé, où elle devait intervenir sur une fausse scène de ménage à main armée. Elle y abattait l’homme avant de se faire surprendre par la femme de ce dernier qui se saisissait de son arme pour la retourner contre la policière novice.

     A l’image du nom de l’antagoniste « Hunt » et du jeu que Silver lui adjoint, le film n’est pas exempt de lourdeurs, Mais l’ambiance new-yorkaise, essentiellement nocturne, est très troublante, anxiogène, renforcée par la musique métallique d’un Brad Fiedel qui semble très inspiré de sa création sur le Terminator, de James Cameron.

Paris Police 1900 – Saison1 – Canal+ – 2021

02. Paris Police 1900 - Saison1 - Canal+ - 2021Fin de siècle.

   5.0   Après avoir traité de l’orpaillage dans la série Guyane, Fabien Nury s’attaque au contexte politique et à l’institution policière du début du siècle dernier, manipulant tout ce qui faisait la fragilité implosive de l’époque, entre ligues antisémites d’un côté, anarchistes de l’autre ; Dreyfusards et antidreyfusards. L’ambition est revendiquée, imposante, jusque dans sa reconstitution et son étonnante construction narrative. A ce petit jeu, c’est l’anti-Lupin, tant elle ne s’embarrasse jamais de plaire. C’est à double tranchant : Difficile de s’y investir, d’en être passionné, de vibrer pour tel ou tel personnage, tous antipathiques. Et pour plein de raisons.

     Deux problèmes majeurs à mes yeux : Formellement, c’est un peu lourd. La série affiche son goût pour la pénombre, les éclairages en contre-jour, c’est trop sombre, trop sale, on y ressent qu’une complaisance pour une crudité glauque – Dans la même époque mais outre-Atlantique et en milieu hospitalier, il me semble que Soderbergh réussissait mieux « sa forme » dans The Knick. Ce qui occasionne mon autre grief : Sa surenchère gore tant on y déploie des trésors de morbidité. Il faut montrer les morceaux de corps, les cochons éventrés, les fix d’héro, les sévices en tout genre. On nous met gracieusement le nez dans la merde. Et elle colle aux narines.

     Je ne finis donc par ne sentir que ça, me désintéresser de ce qu’on m’y raconte, des personnages qui la composent et leurs interactions : par ailleurs est-ce un problème d’écriture ou d’incarnation, les dialogues m’ont semblés ratés. J’en oublie que la série me propose une plongée folle dans cette belle époque, enfin sa face sombre puisqu’elle n’a de belle que son appellation. En un sens, elle colle par sa forme au climat de 1899 en osant des trucs qu’on ne voit jamais à la télévision, aussi bien visuellement que narrativement. Un peu à l’image de ses premières minutes, sur les chapeaux de roues, puisque Paris Police 1900 s’ouvre sur la mort de Felix Faure. Et faut voir comment.

     Quant à sa part de fiction, Paris Police 1900 ne l’assume pas pleinement. J’étais bien plus sensible au scénario concocté par Nury dans le magnifique roman graphique dessiné par Sylvain Vallée : Il était une fois en France. Ici « L’affaire de la valise sanglante » si elle n’est pas non plus traitée par-dessus la jambe, ne prend jamais vraiment. La série se venge sur un autre tableau : Sa kyrielle de personnages féminins forts. Et si elles émergent péniblement de cette peinture froide, elles se révèlent au fil des épisodes complexes, ambivalentes, condamnées à braver un monde marqué par le pouvoir des hommes.

     Bref, l’ambition oui, tant on y sent un grand boulot de documentation et une volonté de mêler la fiction et les faits historiques. Pour la fascination, on repassera. Dans la même période et sur un registre plus passe-partout, plus télévisuel disons, une série comme Le Bazar de la charité m’a nettement plus ému et passionné. Je reste néanmoins curieux de regarder la suite, qui se déroulera vraisemblablement en 1905. Mais ses personnages ne vont pas me manquer.

Lupin – Saison1A – Netflix – 2021

01. Lupin - Saison1A - Netflix - 2021Prince des voleurs.

   4.5   Soit pile le produit vendu par sa bande-annonce : Un divertissement sans aspérité autre que celui de monopoliser son spectateur après sa dure journée de travail. J’exagère un peu, on y ressent quand même l’admiration pour le texte : Sous-titré « Dans l’ombre d’Arsène » la série, par l’intermédiaire de son héros fan de Lupin, Assane Diop, s’inspire du personnage et de l’univers (nombreux de ses faits d’armes sont calqués sur diverses aventures du gentleman cambrioleur) crées par Maurice Leblanc, en transposant son action aujourd’hui.

     Mais rien ne dépasse, rien ne surprend. Lupin donne l’impression d’assister à l’exemple parfait de la série formatée pour être visible par le plus grand nombre, comme si l’emballage était déclinable à l’infini, qu’il suffisait seulement de changer son contenu. Et en effet, ces cinq premiers épisodes se regardent. Sans passion, mais sans déplaisir. C’est choubidou, sympa. A l’image d’Omar Sy, sympa, passe-partout, l’acteur préféré des ménagères.

     La série est donc très légère sans être pleinement drôle non plus, tente des incursions à tonalité plus dramatique (l’histoire du père, le destin de la journaliste…) en refusant la noirceur et notamment en lissant complètement le conflit de classes : On y évoque la question sociale et raciale, mais ce n’est qu’un simple décor. Les personnages n’en sont quasi pas, n’évoluent pas et gravitent uniquement en faire-valoir autour de la figure d’Assane, Lupin moderne.

     Bref, c’est un début de série très ancré dans l’air du temps, reprenant le schéma du blockbuster typique, capable de contenter ceux qui n’en regardent pas souvent et surtout d’offrir une belle vitrine cool à sa plateforme. Ce n’est jamais passionnant, ce n’est jamais agaçant non plus. C’est très produit, tape à l’œil, pas subtil pour un sou, mais il y a une certaine tenue formelle pour que l’ensemble reste regardable. Très agréable, même, parfois, merci Ludivine Sagnier.

Un fils – Mehdi M. Barsaoui – 2020

07. Un fils - Mehdi M. Barsaoui - 2020La blessure.

   6.5   La vie de Meriem et Farès bascule quand lors de leur retour d’un voyage à Tataouine ils sont victime d’une embuscade terroriste qui laisse, Aziz, leur enfant grièvement blessé par balle au foie. Il a besoin d’une transplantation imminente mais sa mère n’est pas compatible et les tests ADN révèlent qu’Aziz n’est pas le fils de Farès. Un garçon se meurt, un couple se disloque, le tout à l’image d’un pays enseveli dans la guerre, la corruption et la précarité.

     C’est un très beau film tunisien, se déroulant pendant le printemps arabe. Super dur car un enfant y est entre la vie et la mort tout du long, d’une intensité rare car ses parents en détresse tentent de le sauver chacun à leur façon (elle en essayant de contacter le père biologique, lui en se laissant séduire par une clinique privée qui fait du trafiquant d’enfants libyens) afin de contourner l’obligation de la liste d’attente pour une greffe. C’est un film aussi âpre que du Dardenne, dans sa forme. La dernière séquence est aussi attendue que bouleversante. Nadja Ben Abdallah & Sami Bouajila y sont exceptionnels.

Adolescentes – Sébastien Lifshitz – 2020

04. Adolescentes - Sébastien Lifshitz - 2020Les inséparables.

   7.0   Exercice délicat que celui de filmer et raconter la vie de deux adolescentes cinq années durant. Exercice qui peut rappeler celui effectué par Linklater dans le sublime Boyhood. Point de fiction dans Adolescentes puisque Lifshitz a suivi Emma & Anaïs dans leur vie quotidienne à Brive-La-Gaillarde, entre la quatrième et le Bac. Le film fait le récit de deux éducations et apprentissages très différents, puisque l’une est issue d’une famille aisée, va choisir la filière générale et s’orienter peu à peu vers des études de cinéma à Paris, quand l’autre issue d’un milieu prolétaire, fait le choix de la voie professionnelle du côté de Limoges. Et le film saisit, entre légèreté et gravité, ce curieux portrait d’une amitié indéboulonnable tandis qu’elle a tout pour être contrariée puisque tout les oppose. Elles semblent parfois se perdent de vue mais quand elles se retrouvent c’est comme si rien n’avait changé. Comme si elles avaient toujours treize ans. Seul le dialogue a changé, le recul est né, les discussions sont plus soucieuses, politisées, sexualisées. Adolescentes capte aussi beaucoup de la France de ces dernières années : Les attentats, les élections présidentielles, ce qui en fait aussi un beau portrait d’aujourd’hui à travers les yeux d’adultes de demain. Beau film, mais de Lifshitz je lui préfère Petite fille, aussi sorti cette année.

Petit pays – Eric Barbier – 2020

02. Petit pays - Eric Barbier - 2020Grosses ficelles.

   4.5   Alors c’est évidemment beaucoup moins nul que ce que j’avais vu d’Eric Barbier jusqu’ici (Le serpent, Le dernier diamant) sans doute car il adapte un livre autobiographique qui raconte à hauteur d’enfant et au Burundi, le génocide rwandais, mais c’est aussi ça le problème, au mieux le film donne envie de se plonger dans le bouquin, tant il est plan-plan, scolaire, probablement très fidèle au texte. On y ressent donc la plume et les souvenirs de Gaël Faye, mais Barbier que tchi, comme s’il avait été tiré au sort. Il y a zéro idée de mise en scène, c’est une avalanche de saynètes trop écrites, mal jouées, mal agencées, jalonnées de pics de réalisation illustratifs (ralentis, caméra épaule, musique très affectée…) lors des climax violents et dramatiques. Le film ne fait pas de choix, ne tente rien qu’on n’ait pas déjà vu dans mille mauvais films, bref ça n’a pas grand intérêt.

La daronne – Jean-Paul Salomé – 2020

31. La daronne - Jean-Paul Salomé - 2020Pas ma came.

   3.5   J’ai débuté ma sélection de rattrapages annuels, en vue de la cérémonie des Césars, par ce film-là. Pas le plus attendu, loin s’en faut, mais j’avais besoin de rien de plus ce soir-là. Et puis les films de Salomé moins j’en vois mieux je me porte. Mais celui-ci m’avait tout l’air d’être gratiné !

     Isabelle Huppert y incarne Patience Portefeux, une traductrice franco-arabe chez les stups, jouant les intermédiaires lors d’interrogatoires et écoutes téléphoniques. Elle découvre sur une enquête que la mère d’un trafiquant est l’infirmière qui se charge de sa mère dans l’ehpad où cette dernière vit ses derniers jours. Elle permet secrètement au type de se débarrasser de la dope du go fast avant son arrestation et récupère la came pour la revendre façon daronne.

     Ça pourrait faire une super comédie sur le papier mais Salomé est nul dans ce registre. On sent qu’il a vu Le monde est à toi, de Gavras, qu’il prend Huppert en guise d’Adjani, que c’est parfois pas loin de l’effectuer, mais son film est d’un ennui mortel quand il n’est pas vieillot et maladroit. Reste l’aspect plus mélancolique avec la mère malade, l’histoire familiale chaotique de Patience, mais ça ne prend pas non plus. Reste alors Huppert. Et elle est formidable. Tant mieux car les autres personnages sont inexistants, tous, ils ne lui servent que de faire-valoir.

     Le film était nommé pour le César de la meilleure adaptation. Pas lu le bouquin qu’il adapte mais c’est tellement mal fagoté et complètement nawak à l’écran du strict point de vue du découpage, que je ne comprends pas trop sa place dans cette catégorie. Mais il n’en méritait pas d’autres non plus.

ADN – Maïwenn – 2020

16. ADN - Maïwenn - 2020Caprice.

   3.0   Un peu trop l’impression d’être pris en otage par un récit lourd, écoeurant, exhibitionniste, plaintif, un peu à l’image de cette famille dysfonctionnelle qu’il dépeint. Et c’est pourtant ce que le film réussit de mieux, son portrait de famille, ses scènes de groupe – avec Louis Garrel qui apporte au centre une petite touche d’humour, quoique très fabriquée, assez rafraîchissante. Le reste soit ce qui tourne autour de la quête identitaire de Maiwenn, l’obsession des racines, la recherche d’ADN, tout ça pèse dix tonnes, c’est affreux.

Antoinette dans les Cévennes – Caroline Vignal – 2020

01. Antoinette dans les Cévennes - Caroline Vignal - 2020Un bonnet pour sa fête.

   7.5   Antoinette, institutrice, attend avec impatience ses vacances d’été prévues avec Vladimir, son amant et le père d’une de ses élèves, Alice. En apprenant que Vladimir ne peut pas venir car Eléonore, sa femme, a organisé une randonnée surprise dans les Cévennes avec leur fille et un âne, Antoinette décide de suivre leur trace seule, avec Patrick, un âne protecteur.

     Si on y pense nettement moins que devant (le sublime) Eva en août, c’est encore Rohmer qu’on aperçoit dans Antoinette dans les Cévennes. Et encore Le rayon vert. Evidemment parce qu’on y voit Marie Rivière, qui rejoue presque une Delphine apaisée, par le temps, par la vie. Aussi parce qu’Antoinette est son miroir déformé : Elle aussi devait d’abord quitter Paris accompagnée mais se retrouve in fine seule. Et trouvera son salut dans une rencontre imprévue, douce, chaleureuse, enveloppés non pas par le rayon vert mais pas une douce lueur à travers les arbres. Antoinette aussi est guidée par le hasard : Moins en s’abandonnant aux signes (Moteurs de Delphine) qu’en se laissant gagner par la fièvre de Stevenson.

     En effet, un peu comme lorsque Guillaume Brac « adapte » L’île au trésor dans le décor des étangs Cergypontains, Caroline Vignal choisit « Voyage avec un âne dans les Cévennes » qui finit même par intégrer doublement l’intérieur du récit d’une part car le livre devient la lecture d’Antoinette durant ses pauses étapes, d’autre part car son parcours de grande randonnée, le GR70, porte le surnom de « chemin de Stevenson ». L’écrivain y racontait son voyage à travers le pays cévenol, entre Le Monastier-sur-Gazeille et Saint-Jean-du-Gard, accompagné de son ânesse Modestine.

     Le voyage d’Antoinette Lapouge (patronyme choisit en référence à Gilles Lapouge qui a préfacé les éditions du roman) sera moins cérémonial que celui de Stevenson, plus chaotique – au détour d’une journée elle perd même les balises, passe une nuit dans la forêt et se retrouve à faire une boucle – mais il lui permettra d’y faire sa propre psychanalyse, de comprendre que le chemin compte bien plus que le but, en d’autre mot que Vladimir (incarné ici par Benjamin Laverhne) était l’objet mais pas la finalité.

     C’est un très beau film, lumineux, qui se déploie dans des paysages que Vignal capte merveilleusement, un film jalonnée de petite rencontres, personnages parfois figurants filmés avec passion – Le biker, le véto, la cowgirl guérisseuse, les hôtes, tous fabuleux. Il y a du Guiraudie, du Rozier, du Stévenin là-dessous. Je regrette juste que le film se laisse parfois gagner par le running gag : Par exemple, le personnage incarné par Fraize c’est un peu sa limite, on sent que Vignal ne sait pas trop quoi en faire, qu’elle veut lui préserver sa folie qu’il campait génialement chez Judor (Problemos) ou Dupieux (Au poste) mais ça ne fonctionne pas très bien, tant le film évite assez bien le burlesque en règle générale, tout en étant pourtant très drôle.

     Il a d’autres atouts comme celui de surprendre, par une rencontre, une trajectoire. De balancer Amoureuse de Véronique Sanson, par Laure Calamy et sa classe en guise de chanson de fin d’année au début du film,  mais aussi My rifle, my pony and me à la fin, comme pour rejouer Rio Bravo. De s’ouvrir façon comédie romantique pour lentement dériver vers le conte initiatique en forme de western en Lozère. D’offrir une arrivée triomphale quasi christique non pas à Jérusalem mais au Pont-de-Montvert. De filmer un réveil en pleine forêt, quasi échappé de Blanche Neige. De prénommer un âne Patrick.

     Tous les comédiens sont brillants. Laure Calamy en tête évidemment, qui trouve enfin un premier rôle à sa mesure. Olivia Cote aussi, qui campe un personnage de femme trompée que l’on craint de ne pas voir exister et qui explose dans une magnifique scène pivot.

     J’étais curieux de le voir mais j’en attendais trop rien. J’ai trouvé ça très beau, émouvant. Peut-être même plus que cela : J’en avais besoin.

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