Archives pour mars 2021



July ’71 in San Francisco, living at Beach Street, working at Canyon Cinema, swimming in the Valley of the moon – Peter Hutton – 1971

13. July '71 in San Francisco, living at Beach Street, working at Canyon Cinema, swimming in the Valley of the moon - Peter Hutton - 1971Eté 71.

   7.0   Le titre annonce dignement et avec exhaustivité l’entièreté du programme. Une temporalité : Juillet 1971. Un lieu : San Francisco. Le quotidien (living), l’obligation (working) et la vie (swimming). On est loin de ces peintures paysagistes entre ombre et lumière que Hutton offrira bientôt. C’est un journal intime filmé. Mais il a déjà le goût pour les formes plus que pour le récit : D’une promenade en vélo le long de la baie, nous ne verrons que le sol, les roulements et l’impression de voguer sur une terre liquide. D’une captation de la vie dans la cuisine, nous n’assisterons qu’à la méticuleuse fabrication du pain, n’apercevant que les mains pétrissant la pâte dans la farine à même une planche de bois. Il s’agit moins de capturer par la contemplation que d’enregistrer la cristallisation. Un peu à la manière d’un Mekas – en moins fragmenté – Hutton y filme son intimité et ceux qui peuplent son intimité : Sa femme, son enfant, son chien, ses poules. Et lui-même, dans son potager, embrassant une perruche, vidant un gibier, jouant avec un tuyau d’arrosage. On y voit l’intérieur de la maison, le jardin, les alentours, une bâtisse en ruine, une traversée sur un paquebot, un voyage en voiture, une projection de cinéma, une chenille sur une branche, une baignade dans une rivière, une séance de yoga, un jeu de billes. C’est le doux portrait d’un style de vie à travers une collection de petits instants. Un poème discret, en noir et blanc. Sans aucune piste sonore, toujours : Hutton nous laisse le choix d’accompagner ses images avec ce que l’on souhaite.

4×4 – Mariano Cohn – 2021

08. 4x4 - Mariano Cohn - 2021« Excusez-moi, il est à vous le quatre-quatre gris ? »

   4.0   Nouvelle tentative de thriller en huis clos à l’extrême, dans la mouvance du Buried, de Rodrigo Cortes, dans lequel on restait rivé à un personnage enfermé dans un cercueil, 4×4, de l’argentin Mariano Cohn, propose comme son titre l’indique d’enfermer le sien dans une voiture, dans un SUV.

     Buenos Aires. Une rue peu fréquentée. Un type entre par effraction dans un 4×4 à l’aide d’une simple balle de tennis, récupère l’ordinateur de bord puis se soulage sur les sièges arrière. Au moment où il s’apprête à se tirer, il découvre qu’il est coincé dans le véhicule. Il a beau tout essayé : L’engin est verrouillé, blindé, les vitres sont toutes teintées et il n’a évidemment plus de batterie sur son smartphone.

     Pour couronner le tout, il découvre bientôt que la voiture est plus ou moins commandée à distance et fait la rencontre radio avec son propriétaire, un médecin désespéré, qui lui explique en avoir marre de se faire voler et qu’il va prendre le temps de lui faire regretter son geste. Lui balancer la clim quand ça le chante, par exemple. Ou lui faire boire du liquide lave-glace, l’obliger à manger la notice d’utilisation.

     Alors c’est pas du Buñuel. La mouvance se trouve plutôt dans le film de genre en vogue. Un relent de Saw ? De Phone game ? Effectivement, puisqu’il y a un jeu, un piège, une vengeance, avancés sur un constat social balourd – Ici la question de l’auto-justice et de l’incapacité judiciaire. Mais avec cette particularité très actuel d’opter pour le cachet immersif : Ici « Vivez l’expérience du héros de rester coincé dans une bagnole ».

     Film-concept qui ne s’assume pas, comme souvent, ne jouant jamais sur la durée, l’ennui et préférant effectuer des transitions, afin de nous laisser respirer, avec quelques plans pris à l’extérieur du véhicule ou une séquence d’hallucination. En un sens je préfère toujours un film comme 127 heures, qui ne ment jamais sur la marchandise, jouit de son montage épileptique et de ses flashbacks, racontant les obsessions d’un cinéaste davantage qu’un ancrage dans l’air du temps complètement impersonnel.

Seules les bêtes – Dominik Moll – 2019

20. Seules les bêtes - Dominik Moll - 2019Le hasard, un ami qui ne vous fera pas que du bien.

   5.5   Je n’ai pas lu le livre dont le film est l’adaptation éponyme (fidèle ?) mais il y a dans cette volonté de relier un quartier d’Abidjan et les Causses de la campagne française, un appétit virtuose. Si le film s’ouvre sur une mystérieuse scène en Cote d’Ivoire, il prendra en revanche tout son temps pour y revenir et l’intégrer dans son récit. Peut-être pas ce qu’il fait de mieux, mais le virage est osé. En nous plongeant alors aux côtés du personnage incarné par Denis Menochet mais en nous offrant aussi le contre-champ que lui n’a pas, le film trouve une nouvelle inspiration, un curieux souffle méta, tant le personnage devient le miroir de notre égarement préalable. Car alors pour nous tout s’éclaire, quand pour lui tout devient flou. Mais au début c’est le grand flou pour nous. Une femme disparaît et le récit nous demande de suivre cinq personnages qui lui sont liés, mais chacun son tour, dans la même temporalité, ce qui occasionne de voir des scènes plusieurs fois selon différents points de vue. Il y a de l’audace. Rien d’extraordinaire la faute en partie à des tournants scénaristiques qui ne tiennent pas debout mais que le film ne va cesser d’expliciter par cette formule selon laquelle le hasard est plus grand que nous. Dispositif à la Babel ou L’effet papillon un brin grossier, mais le film est courageux, habité, beau, malgré une forme (construction par personnages) archi rebattue, on pense à la première saison des Revenants notamment. Le film se perd aussi un peu. Et il n’est jamais aussi bizarre et malaisant qu’Harry un ami qui vous veut du bien, que Moll a pondu y a maintenant vingt ans.

Le petit roi – Julien Duvivier – 1933

05. Le petit roi - Julien Duvivier - 1933Ce gamin-là.

   7.0   Au royaume de Pannonie, dans une contrée imaginaire d’Europe Centrale, Michel 1er âgé de douze ans, est le jeune souverain qui fait régner la terreur sur le peuple proche de la révolte. En réalité, ce sont ses sujets qui répandent cette rumeur, en faisant du gamin le digne héritier de son terrible père qui fut jadis assassiné. Le garçon, lui, ne désire qu’une chose, savoir ce qu’est devenue sa mère. On l’a dit morte, mais contrairement à celle de son père, il ne voit aucune pierre tombale à son effigie dans le mausolée familiale.

     Affaibli suite à l’attentat d’un résistant dont il a réchappé de justesse, Michel est envoyé dans le Sud de la France pour se refaire une santé. Il va d’abord découvrir les plaisirs de vivre au milieu d’adolescents et peu à peu se détacher de son statut de roi enfant, avant d’avoir les retrouvailles qu’on attend. Cette deuxième partie est plus attendue, trop affectée probablement pour atteindre la puissance des meilleurs Duvivier.

     Adapté d’un roman d’André Lichtenberger, Le petit roi est un Duvivier méconnu puisqu’il fut longtemps introuvable, suite à un conflit juridique. Le film est somptueux visuellement, c’est quasi du Sternberg, il se permet des plans hallucinants, dans la cour du château par exemple. Et s’il fonctionne un peu à la manière du muet, le travail sur le son est lui aussi extraordinaire, notamment durant le soulèvement hors champ.

Central airport – William A. Wellman – 1933

10. Central airport - William A. Wellman - 1933La ronde du crépuscule.

   7.0   Sur Sens Critique, le film a été vu par quatre personnes, c’est dire si ce Wellman pré-code est inconnu au bataillon. Quel dommage tant c’est une petite splendeur, pour ses impressionnantes prises de vues aériennes évidemment, mais aussi parce que c’est un beau mélo quasi Sirkien avant l’heure.

     A la suite d’un accident d’avion, qui coûta la vie à ses passagers, Jim Blaine se voit interdit de continuer de voler pour une compagnie aérienne. Un jour il rencontre Jill, parachutisme dans un cirque aérien. Lorsque le frère de cette dernière, qui n’est autre que son pilote, se tue lors d’un crash, Jim prend sa place. Ils travaillent ensemble, tombent amoureux l’un de l’autre, voyagent partout. Mais Jim est incapable de s’engager et Jill s’éloigne de lui pour finalement s’amouracher de son frère.

     La rivalité entre frères traverse tout le film, dès l’ouverture, quand l’un, faisant ses pirouettes dans les airs, accueille l’autre prisonnier du train. Le film tiendra cette ligne claire jusqu’au bout, jusque dans son ultime plan, terrible. Le sauvetage final avec cette longue scène d’avion dans la tempête puis la brume, est merveilleux.

Play Misty for me – Clint Eastwood – 1972

12. Un frisson dans la nuit - Play Misty for me - Clint Eastwood - 1972Les désaxés.

   8.5   S’il agit déjà de manière détournée, le premier film réalisé par Clint Eastwood est quasi un document sur l’icône qu’il est devenu. Désormais célèbre pour ses rôles dans les westerns de Sergio Leone, il prend d’emblée le parti de briser ce statut avec toute l’ambiguïté qu’il ne cessera d’alimenter dans chacun de ses films à venir.

     Dans Play Misty for me (Un frisson dans la nuit, dans nos contrées, au secours) Clint y incarne Dave Garver, disc jokey dans une radio jazzy locale. Un soir il fait la rencontre d’Evelyn et découvre qu’elle est l’admiratrice anonyme qui chaque soir lui demande de passer Misty, d’Erroll Garner. Déjà obsessionnelle mais pas encore flippante. Ça viendra.

     Ce n’est pas un scénario prétexte, puisque le récit s’inspire d’un harcèlement qu’il a jadis vécu et qu’il y a un désir de réactiver le film noir sous le soleil californien. Mais il y a toutefois une volonté d’exorciser le mythe qu’il a créé afin d’affirmer ses propres aspirations. Dès l’ouverture, on distingue un portrait de lui dans la maison. Quand le film se termine, le portrait est déchiqueté, lacéré à coups de couteau. Un nouveau Clint est né.

     Il y pose les bases de son style à venir : Tournage rapide, répétitions réduites, économie de moyens, désir d’indépendance face aux studios, décors réels : le film est tourné à Carmel-by-the-sea, située sur la péninsule de Monterey, en Californie. Ce n’est pas un hasard : Clint Eastwood y vit. Modestie de son casting – C’est parfois toujours le cas à l’heure actuelle, avec plus de trente films au compteur. La mise en scène est élégante, construite sur un tempo plutôt lent compensé par des giclées brutales – Un peu à l’image de ce que traduit le personnage incarné par Jessica Walter.

     Le rythme quant à lui, bien qu’efficace, se révèle singulier. Si à l’image de son final il prend des tournures hitchcockiennes tortueuses et angoissantes, le film se permet par exemple une longue envolée buccolico-romantique et une virée documentaire en plein festival musical. Dans cette dernière, une scène de cinq minutes, le film nous plonge dans l’effervescence du Monterey Jazz Festival. Ça n’a concrètement aucune utilité dans le récit mais cela permet à l’auteur de déployer son amour pour le jazz et la musique en général, dont il en fera un autre beau portrait dans le somptueux Honkytonk man.

     Play Misty for me prolonge quelques chose du dernier film dans lequel Eastwood a joué et qui cassait déjà l’image virile qu’il renvoyait jusqu’ici: Les proies, de Don Siegel. Ce dernier fera même une courte apparition ici, incarnant le gérant du bar. On peut résumer les choses ainsi : Si Leone a fait connaître Eastwood, c’est probablement Siegel qui l’a révélé à lui-même. Il faut par ailleurs signaler que Play Misty for me reprend le chef ’op et le monteur du film de Siegel.

     On peut voir dans Play Misty for me une matrice (malgré lui, tant il est hybride, ne se rattache pas facilement à un genre codé) de thrillers psychotiques tels Liaison fatale (l’aventure d’un soir qui se transforme en cauchemar), Misery (la fidèle admiratrice un brin possessive) ou encore Basic instinct (la blonde et la brune, entre mystère et déséquilibre). Le film mise énormément sur l’inversion du rapport de force. C’est d’autant plus beau que le faible, c’est Clint Eastwood qui l’incarne. Cet effacement du héros se produit donc à l’intérieur du film puisque si Eastwood y interprète le rôle central, c’est bien celui d’Evelyn, en amoureuse désaxée et paranoïaque compulsive, qui marque les esprits.

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