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Archives pour 31 mars, 2022

The Batman – Matt Reeves – 2022

18. The Batman - Matt Reeves - 2022Something in the rain.

   7.5   Budget de côté, on est très proche de Joker (Todd Philips, 2019) sur de nombreux points, dans ses pics de violence, sa lumière, son côté poisseux, mais surtout dans son obsession référentielle. Pour l’un c’était le Scorsese de Taxi driver & La valse des pantins. Pour l’autre c’est plutôt le Fincher de Seven & Zodiac. Pourquoi le premier me pose problème tandis que l’autre me passionne ?

     Il y a déjà une grande différence du seul point de vue de l’assise de l’acteur. Phoenix est moins dans l’incarnation que dans la performance. Tandis que Pattinson ne cherche aucunement à dévorer l’écran, c’est plutôt le décor qui le dévore. C’est aussi une affaire de personnages me direz-vous. Sans doute, oui. Mais la force du Joker, chez Nolan ou Burton, ne fonctionnait pas au détriment du film, du récit comme de son atmosphère. Il me semble que si Matt Reeves réussit ne serait-ce qu’un truc, c’est l’atmosphère de son film, qui emprunte autant au gigantisme cosmopolite de Blade runner qu’à la noirceur pluviale de Seven, donc.

     Des reproches on peut lui en faire. Des réserves, j’en ai des tas. Ne serait-ce qu’au niveau de l’enquête, qui ne fonctionne pas très bien (à renfort de devinettes dont on aurait pu se passer) ou encore de sa dimension romantique, qui ne colle ni avec ce Batman là ni avec cette Catwoman, surtout via la présentation qui en est fait au préalable. Il y a quelque chose de trop fabriqué là-dedans pour qu’on y croit. De mal écrit, aussi. Reproche que l’on peut aussi faire au dernier Matrix, par ailleurs.

     La satisfaction globale provient essentiellement d’une volonté de reprendre de nombreux codes, chers à Batman, mais aussi aux films paranoïaques tout en les utilisant autrement. Le plaisir de voir la version détective de Batman en est une. De le voir hésiter dans ses principes (l’ambiguïté de son caractère vengeur), être saisi de vertige, se gaufrer ou simplement tâtonner dans une quête qui le dépasse, bientôt le submerge. C’est un ado dépressif, abîmé, illustré grossièrement par la double utilisation de Something in the way, de Nirvana.

     Il fait tout le temps nuit, il pleut quasi en permanence. Certaines séquences se répètent, dans cette boîte de nuit notamment ou sur les toits. Le film respire le chaos. Et explose dans de longues scènes puissantes, aussi bien une course poursuite hallucinante (Dans ces moments-là je me suis demandé si l’on n’était pas face au Fury road du cinéma de Superhéros), qu’une baston dans le noir à la seule lumière stroboscopique des coups de feu de mitraillette, qu’une tétanisante scène d’attentat dans une église.

     Les références sont légion. C’est Coppola partout, Conversation secrète d’abord (les scènes d’écoutes et d’observations, à la jumelle ou à travers une technologie à base de lentilles de contact invisibles) et bien entendu Le Parrain : Comment ne pas y penser lors de la discussion avec le Falcone, lors de la cérémonie funèbre ou sur ce lit d’hôpital ? On pense aussi à French connection ainsi qu’à Chinatown. Mais aussi à Manhunter (La rencontre entre Batman & The Riddler au parloir) ou à The girl with the dragon tatoo (Fincher, encore) pour l’amour impossible, le final avec les motos et Catwoman n’est pas sans évoquer Lisbeth Salander. Ça aurait pu être écrasant, mais le film trouve son identité là-dedans.

     Je suis le premier surpris. D’une part car Batman et moi ça fait deux – c’est sans doute là que se joue la réussite finalement : et si c’était un Batman pour les non-fans de Batman ? D’autre part car la carrière de Matt Reeves me laisse un peu pantois tant je n’aurais pas misé un kopek sur le fait que le réalisateur d’un film aussi malade, osé, ramassé et singulier que Cloverfield (l’un des grands films du XXIe siècle, qu’on se le dise) puisse aussi performer dans des blockbusters aussi imposants et variés que La planète des singes (ses deux volets sont franchement très beaux) et Batman.

     Bref, c’est un superbe film noir pour moi, avec un univers dingue. Bourré de défauts mais surtout d’envie, d’idées et de volonté de ne pas rentrer dans un moule préformaté. Et trois heures qui sont passées d’un claquement de doigts – ou presque.


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silencio


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