Archives pour avril 2022

Rocky – John G. Avildsen – 1977

02. Rocky - John G. Avildsen - 1977Gonna love now.

   8.5   On avait beau me certifier que Rocky était un grand film sur les bas-fonds de Philadelphie, l’histoire d’un de ses pauvres types, ouvrier et boxeur raté, mais aussi une superbe histoire d’amour, au fond de moi j’ai toujours pensé que c’était l’histoire d’un héros, une apologie de la réussite et du combat, mais aussi un film un peu bourrin. J’imagine qu’on pense aussi cela de Rambo avant de constater que c’est une merveille. L’effet Stallone probablement et comment le cinéma l’a globalement récupéré par ricochet, héros massif et brutal, de Cobra à Expendables, en passant par les suites de Rambo et Cliffhanger. L’effet « Gonna fly now » aussi, sans doute.

     Il faut savoir que le scénario de Rocky est intégralement pensé et écrit par Stallone lui-même, auteur inconnu et acteur alors raté, qui vend son script à la United Artist sous condition qu’il campe lui-même le rôle-titre que le studio aurait préféré donner à des acteurs d’envergure, tel Ryan O ‘Neal, Burt Reynolds, Robert Redford ou James Caan. La prod ne prend cependant pas trop de risques allouant un budget d’un million de dollars et vingt-huit jours de tournage. Un succès critique et public et trois Oscars (dont celui du meilleur film) plus tard, le film engrange 225 fois sa mise et reste aujourd’hui l’un des meilleurs retours sur investissement de l’histoire du cinéma.

     Il faut savoir aussi que le script, écrit sur trois jours, est né un soir, le 24 mars 1975, lorsque Stallone assiste au combat entre Mohamed Ali & Chuck Wepner. Combat déjouant tous les pronostics puisqu’un simple challenger inconnu tient quinze rounds contre le champion du monde, l’envoie même au tapis au neuvième et s’il finit par s’incliner, Stallone – et par la même occasion Rocky, le film – ne retient que le génie de cette anomalie, la victoire de l’inattendu, pour se l’approprier et en brosser le portrait d’une Amérique démunie montée sous le feu des projecteurs pour un simple caprice de star.

     Identifié très vite, avec son feutre et sa veste en cuir, une balle qu’il fait régulièrement rebondir sur le bitume, Rocky vit de petits boulots et parfois dispute des combats de boxe locaux sous le surnom « L’étalon italien » pour quelques dollars. Et s’il accepte de disputer ce match qu’au préalable il refuse, c’est en grande partie par respect pour le vieux Mickey, qui a toujours vu en lui un grand boxeur qui n’a cessé de se saborder. Et bien sûr par amour pour Adrian. Et avant d’en arriver là, le film est une somme de scènes (dans l’esprit du Nouvel Hollywood) d’une douceur, d’une puissance jamais vue. Celle de la patinoire évidemment. Celle du premier baiser entre Adrian & Rocky. Celle de la longue dispute / réconciliation entre le coach (lui aussi ancien boxeur raté) et son boxeur. Et bien entendu celle de l’entraînement sur les docks jusque sur les marches de la façade sud du Philadelphia Museum of Art.

     Si la boxe tient peu de place dans Rocky – deux minutes d’un match amateur en ouverture, dix minutes pour le combat final – il s’agit d’une toile de fond essentielle, puisque Rocky s’en sert pour courtiser Adrian en lui racontant des blagues et ses exploits, mais aussi en en faisant son gagne-pain, travaillant en tant qu’homme de main pour un usurier. Rocky, très souvent, sert les poings, quand il est seul et effectue quelques petites danses de boxeur dans la rue. Sur les télévisions on ne parle que d’Apollo Creed – le Mohamed Ali fictionnel – champion du monde poids lourds à la recherche d’un adversaire d’un soir, pour le compte d’un show plus que d’un combat.

     C’est l’histoire d’une rencontre des bas-fonds sur le devant de la scène, de deux immigrés au statut alors opposé : le noir afro américain installé se jouant du rêve américain qu’il parodie  en cumulant les imitations pour l’ouverture du show, face au blanc immigré italien qui ne sait pas trop ce qu’il vient faire là. Le match de boxe, d’une rare intensité et les derniers secondes, d’une rare émotion achèvent de faire de Rocky un grand film romantique. Un combat de boxe qui célèbre le perdant. Qui célèbre l’amour.

     Rocky est bien le grand film populaire que l’on vante, sur les quartiers populaires et un beau document sur le Philadelphie des années 70. On y voit les docks, les quartiers tristes et ses maisons délabrées. La réalisation d’Avildsen est d’une totale maîtrise, crue et fluide à la fois, qu’elle se déploie dans les appartements, dans la rue, sur le ring, dans les rayons d’un petit commerce animalier ou entre les viandes d’un abattoir. Il était temps que je voie enfin ça.

The lady in red – Lewis Teague – 1979

33. The lady in red - Lewis Teague - 1979La fille de Chicago.

    8.0   Découvert grâce à feu La Loupe et donc grâce à la personne qui avait jadis partagé ce film sur La Loupe. L’occasion pour moi de le remercier. The lady in red dormait sur mon disque dur depuis.

     Puis, en octobre dernier, Quentin Tarantino en a écrit un papier consistant et passionné pour Les Cahiers du cinéma. L’envie s’est réveillée puis rendormie.

     Mais quand l’autre jour mon fils a revu L’aventure du Poséidon je me suis rappelé que Pamela Sue Martin (qui incarne Susan dans le film de Ronald Neame) campe le premier rôle dans The lady in red. Il est monté direct dans mes priorités, cette actrice est extraordinaire.

     Et puis j’ai découvert un autre film de Lewis Teague très récemment : sa géniale adaptation du Cujo, de Stephen King. C’était le moment.

     The lady in red se déroule dans les années 30 et raconte l’histoire de Polly, jeune provinciale battue par son père qui monte à Chicago et qui est tour à tour couturière, serveuse, prostituée avant de faire un séjour en taule, d’en sortir et de faire la rencontre d’un gangster qui n’est autre que John Dillinger, dont elle sera la maîtresse, avant d’être à la tête d’un gang pour un braquage de banque qui vire au carnage.

     C’est un film passionnant, branché sur son héroïne de la première à la dernière seconde, branché donc sur Pamela Sue Martin, qui est magnétique, et sur Polly, personnage fascinant, qui encaisse les coups, avance en permanence, courbe l’échine ou se rebelle. Elle est imperturbable, impénétrable, elle se relève tout le temps.

     Ce qui est très beau ici c’est de faire un film qui évoque un célèbre gangster sans pour autant faire un film sur lui, mais plutôt sur une fille qu’il aura croisée, personnage absolument fictif. Un procédé qui me rappelle le chef d’œuvre des frères Coen, Inside Llewyn Davis, qui conte l’histoire d’un musicien passé le même soir que Bob Dylan.

     Le film est surtout très rude, violent ici quand une gardienne se défoule à mort sur une prisonnière, là quand le corps d’une prostituée est retrouvé lacéré par un notable mafieux. Les coups de feu ont la puissance de ceux de chez Peckinpah. Et à noter qu’on y croise deux visages familiers : Dick Miller & Christopher Lloyd, qui incarnent des pourritures infectes.

     Pour le reste, le film est brillamment écrit par John Sayles, déjà auteur du génial scénario du Piranhas, de Joe Dante. Et malgré ses moyens modestes, la reconstitution de l’époque est magnifique. On a vraiment la sensation d’être dans les années 30.

     Tout à l’heure je découvre que le film a seulement dix pauvres notes sur SC. Dix ! Bref, un film inconnu à réhabiliter d’urgence. Vite, une édition digne de ce nom, bordel !

Annette – Leos Carax – 2021

39. Annette - Leos Carax - 2021Sympathy for the abyss.

   10.0   Neuf années qu’on attendait le retour de Leos Carax, qui nous avait laissé avec le foisonnant, retors, virtuose Holy motors. Il revient avec ce film, qui laisse autant de réserves que d’exaltation, duquel on sort avec les qualificatifs suivants : puissant, inégal, inventif, embarrassant, baroque, personnel, fragile, fou, déroutant, déchirant, grotesque, sublime. Un film génialement imparfait, donc, qui terrasse comme rarement.

     Annette s’ouvre dans le noir. Diamant noir, d’emblée. On y entend Carax, il nous parle, nous convie au show, nous demande de prendre notre respiration. Et bientôt on le voit, Carax, en personne, est seul dans un studio d’enregistrement, avant qu’une jeune femme (sa propre fille) ne vienne derrière lui, poser sa main sur son épaule. Il lance les Sparks. Il lance le film : So may we start ?

     Rappelons-nous, Holy motors s’ouvrait déjà de façon méta, puisque Carax en pyjama sortait de son lit, traversait une forêt peinte et regardait au travers d’un trou dans le mur. Il citait ouvertement Psychose. Dans l’épilogue d’Annette, il cite à nouveau le film d’Hitchcock et propose de briser les mystères en laissant s’ouvrir une discussion entre un père et sa fille, par le chant. L’une des scènes les plus déchirantes vues depuis longtemps.

     So may we start ? c’est aussi une invitation. Une retrouvaille. Une promesse de voyage, aux côtés d’Ann, la cantatrice et d’Henry, le comédien de stand-up. Magnifique idée que de l’avoir fait ouvrir ce festival de Cannes 2020, repoussé, décalé en juillet de l’année suivante, pour les causes que l’on sait. Non, le cinéma n’est pas mort : Il a le goût de cendre, une odeur de mort, mais il transpire d’amour. Le cinéma renaît. Quel bonheur d’avoir pu voir ce film en salle, à ce moment-là, franchement.

     Et puis si Holy motors était dédié à sa femme (Katerina Golubeva, qui venait de se suicider) Carax dédie celui-ci à sa fille et pire, elle l’ouvre, le ferme (en chair et en os) et elle est absolument partout. Et Annette c’est sa fille, autant que Driver c’est lui-même – éloquente ressemblance physique dans la dernière scène. Cette fin fait tenir tout l’édifice fragile. C’est magnifique.

     On en sort lessivé et fasciné, frustré par sa grandiloquence, exalté par la proposition. Puis les jours, les mois passent et ne restent que fascination et exaltation. Que reste-t-il quand on y replonge quelques mois plus tard ? Une sensation de vertige intact. De sidération permanente. Définitivement ce que j’ai vu de plus intense au cinéma depuis deux ans.

En guerre – Stéphane Brizé – 2018

27. En guerre - Stéphane Brizé - 2018Le dernier combat.

   7.0   Qu’importe le registre dans lequel il évolue – il y a une nette différence tonale entre Mademoiselle Chambon et La loi du marché – Brizé m’a toujours semblé investi mais lourd, l’impression d’assister à un cinéma recroquevillé, démonstratif qui ne me laisse pas de place. En guerre ne viendra pas contredire ce sentiment pourtant le film m’a impressionné et beaucoup perturbé, aussi.

     C’est le récit d’une lutte et le film s’y tiendra, ne s’extirpant jamais de son programme : les seuls moments hors entreprise saisissent Lindon, seul chez lui, en train d’éplucher chiffres et paperasses afin de probablement préparer son argumentaire du lendemain. La vie de ces salariés se résume à cette lutte, face à une direction soumise aux diktats du groupe allemand qui décide de fermer l’usine pour rentabilité insuffisante malgré des bénéfices colossaux.

     C’est donc une succession de réunions syndicales ou manifestations tournées à la manière d’un documentaire, caméra à l’épaule, saisissant le ping pong de chaque dialogue ou situation. C’est une suite de blocs, bruyants, pleins, d’une force déconcertante. Une discussion impossible entre deux mondes incompatibles, entre ceux qui cherchent uniquement à finir le mois et ceux qui veulent préserver leurs vacances aux Maldives.

     Les séquences en musique sont presque de trop, comme si le film était trop conscient de sa force et de son pouvoir d’immersion, de malaise et qu’il offrait au spectateur la possibilité de s’en échapper, de respirer malgré la portée anxiogène de ces fausses parenthèses oxygénées. Vincent Lindon est Laurent dès les premières secondes, porte-parole de ces mille salariés sur le point d’être licenciés. Impressionnant aussi car il fait partie du groupe, qu’il ne dépareille pas.

     Dommage que l’épilogue contredise le dispositif. Non pour la violence qu’il crache si brutalement mais parce qu’il ruine l’approche collective convoitée deux heures durant en faisant basculer le film vers une sortie individuelle et christique à mon sens inappropriée, quand bien même elle entre en écho avec de terribles faits réels.

     Mais pas si grave car le film m’a globalement mis sur le carreau, c’est un uppercut assez imparable, clairement engagé, évoquant de loin pêle-mêle, Blue collar, La vie est à nous, Ressources humaines, Norma Rae, Erin Brokovich. En saisissant le vertige d’une impasse : la colère légitime des honnêtes gens face au cynisme abject des puissants.

     De suspense il n’y en a pas car si ces salariés syndicalistes s’accrochent coûte que coûte, on sait pertinemment que le monstre capitaliste dévore tout et gagne toujours à la fin. C’est Perrin Industrie à Agen mais c’est un peu PSA à Aulnay sous-bois. Et bien d’autres encore. Vraiment puissant.

Bruno Reidal – Vincent Le Port – 2022

05. Bruno Reidal - Vincent Le Port - 2022Tueur né.

   7.5   Quelque part entre le Bresson d’Un journal d’un curé de campagne et le Allio de Moi Pierre Rivière. Soit l’autopsie de l’histoire d’un jeune criminel au moyen de ses mémoires, principalement écrites, devant un comité de psychanalystes. Véritables confessions qui s’appuient sur les faits de septembre 1905.

     Il y évoque son enfance difficile dans le Cantal puis son année au séminaire de St Flour et toutes les pulsions de suicide et de meurtre qui l’habitent, depuis tout petit, qu’il parvient à refréner par la masturbation.

     C’est un film froid, austère, au diapason de ce personnage. Qui ne s’appuie sur aucun suspense, dans la mesure où la scène d’ouverture le montre en train de tuer puis de se rendre avec ces mots « J’ai tué François Raulhac, je viens me constituer prisonnier ».

     Ces confessions nous permettent de constater que Bruno est un excellent élève, pieux, timide, chétif. Qu’il est très silencieux, introverti, qu’il se tient en permanence vouté, jusque sur la photo de classe. Trois acteurs jouent le jeune Reidal à six, dix et dix-sept ans.

     On apprend peu à peu que Reidal est un enfant battu, violé très jeune par un paysan, peut-être même homosexuel refoulé et qu’il est infiniment jaloux de l’aisance financière des autres élèves. Il y a des embryons d’explication à ces pensées et ce geste final mais jamais le film ne statuera sur quoi que ce soit, laissant Reidal emporter le mystère de son mal.

     Le film ne cesse de dire qu’il n’y a pas d’explication psy, quand bien même le comité cherche à en donner une et quand bien même le spectateur préférerait lui aussi en trouver une. C’est simplement une affaire de confusion à l’intérieur d’un être.

     L’histoire d’un garçon qui confond le désir sexuel et le désir meurtrier. Et qui préfère finalement tuer que se tuer, puisqu’il aura la possibilité d’une rédemption au bout. C’est un premier film impressionnant.

La légende du roi crabe (Re Granchio) – Alessio Rigo de Righi & Matteo Zoppis – 2022

04. La légende du roi crabe - Re Granchio - Alessio Rigo de Righi & Matteo Zoppis - 2022Trésor à double entrée.

   6.5   Un drôle de film italien, qui emprunte de prime abord, aussi bien à Pasolini qu’à Frammartino dans le drame rural qu’il déploie hors du temps, et qui se permet de plonger, au moyen d’une ellipse brutale, dans une seconde partie, un second chapitre, où il s’en va fouler le récit d’aventure façon Herzog aux accents de western.

     La grande idée du film est de reposer son récit sur une (vraie) légende, racontée ici par des chasseurs dans une auberge, avant de laisser vivre la légende, abandonnée de leurs narrateurs. Vraie victoire de la fiction.

     Et si le premier chapitre est tourné dans la région de Tuscie, dans le village de Vejano en Italie, le second chapitre file en Terre de feu, rappelant les paysages argentins déployés dans le très beau Jauja, de Lisandro Alonso. Au même titre que les précédents courts des auteurs (Balvanera & Il solengo) La légende du roi du crabe s’inspire de légendes racontées par des chasseurs locaux.

     Gabriele Silli, l’acteur qui joue Luciano, le héros de cette légende, est une révélation, une gueule, une voix, une carrure, une démarche, une présence sauvage. Il semble arriver d’une autre planète. Et c’est aussi l’histoire de cet homme, Luciano, qu’on découvre revenant dans son verdoyant village natal avant de le voir se perdre en chercheur d’or dans l’immensité aride de la Terre de feu. C’est l’histoire d’un homme qui s’évapore, aussi bien dans le village qui l’a vu naître que dans ces confins rocheux qui le verront mourir.

     Avec un dénominateur commun à ces deux histoires, apparemment sans aucun lien (le personnage lui-même change de nom : Luciano est devenu le père Antonio) : Une histoire d’amour fou. La belle Maria Alexandra Lungu en est le cœur fantôme, magnifique.

Dark star – John Carpenter – 1974

01. Dark star - John Carpenter - 1974Base de lancement.

   5.5   Il s’agit du tout premier long de Big John dont on pourrait déjà dire qu’il est plutôt un court métrage gonflé pour être long, que c’est un film de fin d’études et qu’il doit autant à Carpenter (réalisateur, producteur, compositeur) qu’à Dan O’Bannon qui s’occupe des effets visuels, du montage, du scénario et qui interprète le personnage central. Dan O’Bannon qui fera partie du projet Alien, dont on sent les lointaines influences ou prémisses ici. Je signale que j’ai vu le director’s cut (qui fait 1h11) et non la version cinéma (qui fait douze minutes de plus) c’est peut-être important, à vérifier.

     Dès le pré-générique le film nous plonge dans la vie d’un croiseur spatial, chargé de la destruction de planètes instables. On comprend qu’ils sont plus ou moins abandonnés par les politiciens qui ne feront rien pour cet équipage sans commandant (qui est cryogénisé dans une soute : la plus belle scène du film lorsqu’ils refont appel à lui) qui serait mort plus tôt à cause d’un court-circuit. Equipage qui s’en remet à dialoguer avec ses bombes et ordinateur. On apprend qu’ils sont là depuis vingt ans à pulvériser des planètes qui menacent de se transformer en supernovas. Ils n’ont rien de héros spatiaux, il s’agit plutôt d’une équipe de prolos un peu désenchantés à l’image de cet astronaute qui reste dans sa bulle-vigie en solitaire. Jusqu’au moment de la découverte d’une toute nouvelle constellation où une panne entraîne la dysfonction d’une bombe et de l’ordinateur de bord.

     Alors ce n’est évidemment pas 2001, l’odyssée de l’espace mais je l’aime bien, malgré tout, cet ovni fauché comme les blés, bricolé par des universitaires barrés, qui parodient Kubrick et Corman, tout en annonçant un peu Alien. C’est une SF complètement déglamourisée, une sorte d’anti avant Star Wars, en somme. Les effets sont ultra cheaps mais il y a quelques plans assez chouettes, dans la cabine du vaisseau notamment. C’est un film qui lance Carpenter, ce qui n’est pas rien. Une version farce d’Alien, à l’image de cet alien justement, qui ressemble à un gros ballon de plage, mais qui déjà se cache dans les entrailles du navire.

Spider-man, No way home – Jon Watts – 2021

43. Spider-man, No way home - Jon Watts - 2021Spiderandom.

   4.0   La fraicheur college movie dégagée par Homecoming s’était déjà dilapidée dans Far from home, dont on ne gardait finalement que la présence de l’antagoniste Mysterio. Sur une promesse autrement plus conséquente puisque No way home aborde enfin frontalement la question du multivers, John Watts ne fait rien. Il s’en remet aux apparitions des anciens opus de l’homme araignée, aussi bien les méchants (on retrouve Octopus, Sandman, le bouffon vert, le lézard et Electro) que les incarnations de Spiderman : L’occasion pour Tom Holland de croiser la route d’autres lui, d’autres Peter Parker dans d’autres franchises, à savoir Tobey McGuire & Andrew Garfield.

     C’est sans doute ce que les fans (Il semble que ce soit d’ailleurs un projet né d’un buzz sur la toile, c’est dire le niveau de créativité) attendaient le plus dans un univers Marvel de plus en plus assoupi depuis Endgame. Et cet opus s’en remets littéralement à cette idée. A rien de plus. Il y aura zéro surprise, durant 2h30 interminables où l’on se demande constamment ce qui peut exciter l’aficionado là-dedans. Car No way home est un film balourd, sirupeux et complètement léthargique, avec des Spiderman sans charisme, javélisés.

     Son récit de dislocation des univers repose quand même sur une fondation aberrante : En gros, Peter Parker est dégouté que tout le monde sache qu’il est Spiderman, d’autant que ça lui ferme des portes pour entrer à l’université, alors il demande à Dr Strange de lui rendre son identité secrète aux yeux de tous au moyen d’un sortilège. Et le magicien accepte. Et ça se passe mal. Le truc repose sur un simple caprice d’ado, quoi. Même moi qui ne suis pas forcément intéressé par les scénarios, j’ai trouvé ça hallucinant. Pire enjeu narratif ever.

     Mais si tant est qu’on passe outre ce set-up de la honte, le film ne tient jamais sa promesse formelle dans la création de ce multivers. Il ne va jamais sur le terrain de Sam Raimi, par exemple, non. Car c’est un film dans la lignée des précédents films Marvel. Il ne faut pas que ça déborde. C’est du fan-service, fabriqué dans un besoin de rentabilité permanent. Un truc random totalement en fonction de l’attente des fans, en somme. Et ça se comprend vu combien coutent ces machins. Alors si en plus ça pète un peu durant trois/quatre scènes, le chaland est apparemment rassasié.

     Parlons-en, des scènes d’action : Si l’on fait abstraction de leur fabrication sur fond vert (et franchement c’est pas facile) on s’en tiendra à celles de la toute première partie, à savoir celle avec Octopus sur le pont et l’autre dans les portails de Dr Strange. Toutes les autres sont atroces. Surtout après celles de The Batman où l’on sent un peu la vitesse, la matière, la destruction, ici c’est le néant complet, comme si on assistait à une bataille de figurines sur un décor de lego géant. Et je passe sur cette sempiternelle ambiance comico-neuneu : Voir cette scène où les trois Spiderman se comparent leur toile respective et bien appuyer, dans le texte, plusieurs fois, grassement, au cas où on n’avait pas compris la première fois le sous-texte.  J’étais gêné.

     Deux choses m’ont aussi passablement agacé : Tout d’abord, cette obsession qu’a le film d’annoncer son programme, par l’intermédiaire de MJ « le meilleur moyen d’être déçu c’est de trop espérer » une phrase méta petit slip, comme si on appelait en permanence à notre indulgence critique, parce que tu vois c’est dur quand même de faire un film, de remettre une pièce dans la machine et de proposer un truc fou et nouveau. Vos gueules, bordel !

     Ensuite, car il est à l’image de la sensation procurée par le film entier, la scène post générique est incroyablement nulle. J’ai toujours trouvé que c’était merdique ces scènes post génériques, mais au moins parfois il y avait un truc, une idée, un plan, une promesse et parfois sur quelques secondes. Là on nous sert quoi ? Quasiment une bande-annonce pour le prochain opus de Dr Strange. Les mecs, sérieusement, vous avez rien de mieux en stock ?

     De toute façon, le vrai Spiderman, en version multivers, c’est Spiderman, New Generation, de Phil Lord & Chris Miller qui était beau, vertigineux et virtuose. Le seul truc que j’aurais trouvé couillu ici c’est s’ils avaient fait entrer Miles Morales (le Spiderman animé) dans l’équation occasionnant un truc formel hybride façon Qui veut la peau de Roger Rabbit ? Un peu trop créatif sans doute. Et impossible niveau droits, gros sous et sondage de fan-service aussi j’imagine. Bref j’ai trouvé ça globalement gerbant. Mais c’est Spiderman, et donc on passe pas non plus un moment horrible.  

Tora ! Tora ! Tora ! – Richard Fleischer, Kinji Fukasaku & Toshio Masuda – 1970

09. Tora ! Tora ! Tora ! - Richard Fleischer, Kinji Fukasaku & Toshio Masuda - 1970December 7th.

    5.0   C’est un cas particulier, dans le paysage du film de guerre hollywoodien. Rien que le titre, qui reprend le signal lancé par les Japonais pour l’attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941. Il s’agit en effet du récit qui mène à cette attaque, avec de nombreuses scènes d’Etat-major et de préparatifs avant les scènes de combat. Et une idée majeure : filmer les deux camps, américains et japonais, et confier la réalisation à deux cinéastes, américains et japonais. Et ça devait être Fleischer & Kurosawa mais le réalisateur des Sept samouraï ne parvint pas à tourner ce qu’il souhaitait, toujours en désaccord avec la Fox. Il sera remplacé in extremis par deux jeunes cinéastes (sans doute moins chiants) qui se répartiront les scènes de dialogues et les scènes d’action. Le modèle c’est évidemment Le jour le plus long. Mais Tora ! Tora ! Tora ! sera un échec cuisant pour le studio. Est-ce dû au fait qu’il n’est porté par aucune grande icône de l’époque ? Est-ce dû à l’originalité de ce double point de vue, volontiers schizophrène ? Ou simplement parce qu’il raconte une défaite américaine ? Toujours est-il que le public américain ne s’y déplace pas. Quoiqu’il en soit c’est un film bien plus intéressant par ce qu’il défend que par ce qu’il montre tant il est beaucoup trop scolaire, beaucoup trop dans la lignée de ces films de guerre fleuve et ennuyeux que sont Un pont trop loin ou Le jour le plus long.

Moonfall – Roland Emmerich – 2022

07. Moonfall - Roland Emmerich - 2022La lune dans le ca(ca)niveau.

   3.0   J’adore les films catastrophe. Bon, pas ceux de Roland Emmerich (quand bien même je garde un bon souvenir du Jour d’après : revisionnage imminent !) mais par curiosité un brin maso je manque rarement les rattrapages de ses films. J’avais même vu 2012 en salle, c’est dire. Alors si en plus la catastrophe se pare d’un soupçon de science-fiction, je dis banco, même si ça donne aussi Independance day.

     Ici la lune dévie de son orbite et s’apprête à plonger sur la Terre. Un trio d’astronautes embarque plus ou moins clandestinement avec une idée derrière la tête afin de sauver la Terre de la Lune. En réalité, ce bon vieux satellite est contrôlé par une intelligence artificielle un poil récalcitrante.

     Je ne saurais dire ce qui m’a le plus ennuyé. Est-ce la laideur des effets numériques ? Est-ce le nombre hallucinant d’incohérences narratives ? Est-ce l’antipathie de (presque) chaque personnage ? Est-ce le twist / flashback explicatif le plus laid, torché et ridicule de l’histoire des twist / flashbacks explicatifs ?

     Je sais en revanche ce qui m’a le plus agacé : Comment est-il possible d’offrir une introduction aussi claquée au sol que celle-là ? J’ai mal à mon Gravity. Car c’est clairement la référence. Mais Emmerich n’est pas Cuaron. Et qu’il faut se coltiner Africa, de Toto et se coltiner Patrick Wilson en train de chanter Africa, de Toto. Et pour clôturer cette intro gênante, l’apparition de « la bête » est un sommet de nullité.

     Pourtant j’avais pile envie de voir ça. Je venais de sortir de l’excellent Ambulance, de Michael Bay. La lune en plein crash, la promesse d’une gravité détraquée et d’inondations homériques suffit à attiser ma curiosité, très vite anéantie par une laideur visuelle et un gigantisme fake, cent quarante patates invisibles pour moi tant je ne crois jamais à rien et les interprètes non plus car tout est trop gros pour leurs réactions.

     La première vague est l’exemple du raté absolu, rien ne fonctionne. Je sauve le décollage de la navette de la vague de gravité. Et John Bradley aka Samwell Tarly dans Game of thrones, qui apporte une touche d’humour dans ce rôle improbable de nerd improvisé ingénieur NASA. Reste un mystère : Emmerich parvient à refaire un Independance day vingt-cinq ans plus tard, ayant exactement la même tronche. On dirait un film de 1996. Un film à l’ancienne, complètement daté. Qui l’a décongelé ?

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