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Archives pour 29 juin, 2022

Coupez ! – Michel Hazanavicius – 2022

09. Coupez ! - Michel Hazanavicius - 2022Le redouté.

   7.0   Commençons par le faux débat : Oui, Coupez ! est un remake, celui de Ne coupez pas ! un film japonais sorti en 2017 et oui il y a nettement plus de thune dedans puisque le film de Shin’ichirō Ueda était un truc d’étudiant bricolé avec rien. On pourrait donc faire les mêmes reproches à Hazanavicius qu’on le faisait à quantité d’auteurs occidentaux ayant remakés des films confidentiels qui traversent difficilement les frontières. Sauf que Coupez ! a l’honnêteté d’intégrer l’idée qu’il est un remake. C’est un remake qui n’a jamais autant parlé du film original puisqu’il l’intègre dans la diégèse même du film. Bref, le débat – si tant est qu’il en existe un – est clos.

     Ce d’autant plus qu’il s’insère parfaitement dans l’identité de son auteur, Hazanavicius n’ayant quasi fait, à sa sauce bien sûr, que des déclarations d’amour au cinéma, en détournant ou pastichant ce qu’il cite, d’OSS 117 au Redoutable, en passant par The artist et bien entendu par La classe américaine, le grand détournement. C’est vrai qu’il n’avait jamais fait de remake pur. C’est chose faite. Alors loin de moi l’idée de comparer l’original et son remake, pour la simple et bonne raison que je n’ai pas vu l’original, mais s’il y a une chose que je reconnais au film d’Hazanavicius c’est de m’avoir donné envie de découvrir le film de  Shin’ichirō Ueda. Bref, il ne me semble pas que ce soit un projet de substitution ou un truc crée pour que le français puisse voir un film japonais francisé. J’aurais même tendance à penser qu’il en est son prolongement. Idée géniale, donc.

    Parlons un peu du film : Il faudra être solide, très solide, durant les trente-deux premières minutes, qui est un plan-séquence unique dans un centre commercial désaffecté, où une équipe tourne un film de zombies avant que le tournage soit perturbé par de vrais zombies ayant surgit suite au réveil d’une malédiction. Il faudra être solide car c’est quasi irregardable sur la durée : C’est mal joué, mal rythmé, mal filmé, l’image (façon DTV des enfers) est hideuse et la musique d’accompagnement complètement aléatoire.

     Oui mais voilà, une fois qu’on a franchi cette étape, un autre film commence : Une seconde partie suivra les prémisses de ce tournage, un mois avant, une semaine avant, un jour avant, une heure avant, une minute avant. Et une troisième partie viendra saisir le contre-champ de la première partie, sorte de making-off du tournage catastrophique ayant offert les images qu’on s’est farci au préalable. Et par un miracle absolument jubilatoire, on n’a jamais eu autant envie de baffer un film pour sa première demi-heure puis de le remercier de nous l’avoir fait subir.

     Car là où il y avait beaucoup de gêne (quand bien même le film rende allègrement hommage aux séries Z) c’est maintenant une avalanche de fous rires qui se relaient. Mais vraiment, je n’avais pas ris comme ça au cinéma depuis très, très longtemps. Et en grande partie – et c’est là le gros tour de force du film – car tous les acteurs sont extraordinaires alors qu’ils étaient nuls à chier pendant la première demi-heure. Tout prend sens : Une faute de rythme, une improvisation ratée, un curieux bruit, une hache abandonnée, un plan suspendu, une proéminence de zooms, un travelling tremblant. Et j’appuie là-dessus : Il y a des interprètes formidables, de Romain Duris à Grégory Gadebois, aux moins connus : Sébastien Chassagne (Irresponsable) ou Raika Hazanavicius (Les sept vies de Léa) pour ne citer qu’eux. Mention spéciale à Jean-Pascal Zadi, qui m’a fait mourir de rire : « Je suis dans les choux, moi ».

     C’est vraiment une super comédie. Un nouveau très beau détournement, signé Michel Hazanavicius. Et une joyeuse célébration du groupe, de la bricole, de la fabrication d’un film. Qui parvient même in extremis, après sa demi-heure miroir de pure jubilation, à faire une sortie émouvante, d’une tendresse inouïe.

Toute une nuit sans savoir (A night of knowing nothing) – Payal Kapadia – 2022

08. Toute une nuit sans savoir - A night of knowing nothing - Kayal Kapadia - 2022News from India.

   7.5   Le film capte, ensemble, deux mouvements apparemment contraires, mais qui se rejoignent, se superposent, se nourrissent : Nous sommes en Inde. Des lettres d’une étudiante à son amoureux dont elle a été séparée, sont lues en off accompagnées par des images de la vie estudiantine, festives (on y danse beaucoup) ou contestataires : on y suit les assemblées générales, diverses manifestations, parfois jusqu’aux répressions policières. Une dissociation (entre l’image et la parole) qui rappelle d’emblée le somptueux News from home, de Chantal Akerman. A la différence qu’ici, ce ne sont plus des plans fixes et travellings qui impriment la ville, mais des fragments d’images enregistrées, glanées via différentes sources et régimes d’images : des plans en 16mm, d’autres en Super8, du smartphone, des vidéos de surveillance, des images télévisées, des coupures de presse. Il y a les lettres qui racontent une histoire d’amour et l’évaporation de cette histoire d’amour : Celles de L. qui raconte que son amoureux, issu d’une « caste supérieure » à la sienne, avait fui pour ne pas troubler l’ordre familial. Et cette histoire, cette déception amoureuse se transforme et ouvre sur une captation du militantisme estudiantin de New Delhi, comme si la tristesse de L. avait muté et trouvé son salut dans la révolte politique. C’est un montage qui n’est pas narratif, mais qui trouve sa voie, son rythme, son identité, façon kaléidoscope et qui peut rappeler parfois le cinéma de Marker (politique) voire celui de Mekas (intime). Le titre résonne autant avec l’incompréhension de cette femme, qui livre ses pensées, sa douleur, sa colère, qu’avec les luttes étudiantes contre une société indienne sclérosée et mortifère. C’est la voix de tout un peuple contenu dans celle d’une seule âme. Aussi passionnant que déroutant. C’est le premier long-métrage de Payal Kapadia, indienne de 36 ans. Hâte de voir les suivants.


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