Archives pour juin 2023



Copland – James Mangold – 1997

11. Copland - James Mangold - 1997De l’autre côté de l’Hudson.

   7.5   Le casting de Copland inspire le polar le plus badass et glamour, quelque part entre Tarantino & Scorsese : Stallone y côtoie Keitel, Liotta, DeNiro. Entre autres têtes cassées, acteurs charismatiques, parfois même en deux apparitions. Et pourtant, tout le récit et la forme de Copland procédera à une inversion de ces attentes.

    Tout d’abord, l’action se déroule quasi intégralement en face de Manhattan, de l’autre côté du Georges Washington bridge, donc loin du folklore new-yorkais, plus exactement à Garisson cité-dortoir du New Jersey, qui tient ce surnom (arboré par le titre) pour héberger de nombreux policiers new-yorkais. C’est donc une ville de flics, apparemment sans histoire, dotée d’un shérif usé, bedonnant et à moitié sourd qui a tout du parfait loser, résigné et mélancolique – Stallone est formidable.

     Un jour le lieu fait l’objet d’une bavure, bientôt maquillée par des ripoux appartenant davantage à la mafia qu’aux forces de l’ordre. Et on découvre en même temps que le shérif tout le vaste réseau de corruption qui règne dans sa ville. Un shérif qui avec le peu de force, d’armes et de pseudos amis qui lui restent, va par loyauté et quête de vérité, tenter de faire éclater cet écosystème sordide.

     C’est un polar très sombre en forme de western d’aujourd’hui, avec des buildings à l’horizon plutôt que des déserts, des bagnoles en guise de chevaux, que James Mangold, dont c’est seulement le deuxième film, distille à la perfection. Mais une perfection au rythme et à la construction singulière, tant elle surprend, dans un premier tiers volontiers accumulatif et un final à la violence sèche, quasi abstraite. Ça ne m’avait pas marqué du tout la première fois, pourtant c’est vachement bien.

Cocoon – Ron Howard – 1985

10. Cocoon - Ron Howard - 1985De l’eau pour les vieux.

   5.0   Dans un ehpad de luxe en Floride, trois pensionnaires se baignent régulièrement et secrètement dans la piscine d’une propriété abandonnée jouxtant la maison de retraite. Un jour, quatre extraterrestres ayant pris l’apparence humaine afin de passer incognito, recueillent des cocons dans l’océan et les disposent dans cette piscine, dans l’attente de les renvoyer sur leur planète. À leurs contacts, les trois vieux retrouvent leur tonus d’antan, leurs os ne les font plus souffrir, leurs cancers sont en rémission instantané, l’eau ayant soudain les bienfaits d’une fontaine de jouvence.

     Ça sentait la version nanar et troisième âge de Rencontres du troisième type, et franchement il y a de ça, Ron Howard n’est pas Spielberg, notamment durant un dernier quart calqué sur E.T. mais tellement sirupeux et interminable qu’il vaut mieux se concentrer sur la première partie, plutôt chouette, quand tout n’est pas dévoilé. Et Ron Howard y croit à fond, il filme ça au premier degré, avec beaucoup de passion pour son récit et ses personnages, la photo a une patine qui traverse bien le temps, le film est très agréable à regarder. J’aurais juste préféré le découvrir étant gamin.

L’empereur de Paris – Jean-François Richet – 2018

12. L'empereur de Paris - Jean-François Richet - 2018Le roi de l’évasion.

   5.0   Le souvenir du Vidocq, de Pitof est si douloureux que je m’attends au pire sitôt qu’un film entreprenne de conter les aventures du célèbre ancien bagnard. À ma grande surprise, le visionnage de la version qu’en a tiré Jean François Richet, sans toutefois vraiment me séduire, ne m’a jamais semblé désagréable. C’est une grosse production là aussi mais le film n’est jamais noyé sous un déluge numérique : la reconstitution est soignée, la photo de Manu Dacosse réussie, les effets visuels jamais ostentatoires, l’interprétation impeccable – et il y a de vraies gueules, en premier lieu August Diehl. Le film est sombre, brutal mais manque sans doute un peu de souffle, de rythme, d’ampleur dramatique pour être une franche réussite de cinéma français historique et populaire. Il partait de tellement loin pour moi que ce fut presque une bonne surprise, me concernant.

Le lycéen – Christophe Honoré – 2022

15. Le lycéen - Christophe Honoré - 2022Un monde sans père.

   5.5   C’est apparemment le film le plus personnel et autobiographique de Christophe Honoré puisqu’il y a beaucoup de lui et de son histoire dans ce garçon de dix-sept ans qui perd son papa dans un accident de voiture. Le film observe d’abord le choc provoqué par cette perte (probablement ce qu’il fait de mieux, et le trio Kircher/Binoche/Lacoste fonctionne bien) puis s’intéresse à la lente reconstruction du garçon, parsemée d’agonie, de dépression, de perdition, mais aussi d’un vent de liberté, de découverte de soi, de rencontres. C’est aussi son émancipation sentimentale qui se joue, entre la Savoie et Paris, entre cet ami qu’il semble connaître depuis gamin et le coloc de son frangin (Erwan Fale, l’autre révélation du film, avec Paul Kilcher). Le film est malheureusement un peu trop à l’image de la résurrection chaotique de ce personnage, il lui manque une cohérence formelle, une idée qu’il tiendrait d’un bout à l’autre. Par exemple il me semble beaucoup trop envahi par des cassures programmées, ou une voix off un peu lourde. Ça reste assez beau néanmoins, notamment ce qui se joue sur les non-dits au sein du cercle familial.

La belle verte – Coline Serreau – 1996

14. La belle verte - Coline Serreau - 1996L’évangile selon Sainte Coline.

   2.0   De La belle verte – que je rêvais de voir – je connaissais la scène de l’automobiliste, incarné par Francis Perrin, séquence devenue aussi culte que « les pieds souvent dans la gueule » de Chuck Norris, disons. Un chef d’œuvre de scène embarrassante dont j’ignorais qu’elle serait pulvérisée par une autre, celle du Danube bleu au Parc des Princes. Un frisson de la honte tel qu’il est rare d’en avoir, vraiment. Et La belle verte en est parsemée, de ces savoureux moments. On va pas tergiverser le film est nullissime, gênant, fabuleux, bref à la hauteur des espoirs que j’avais placé en lui. Un immense naveton qui sous ses fausses allures de comédie hippie est persuadé d’afficher la recette miracle pour sauver la planète, qu’il arbore de sa petite morale neuneu rentrée au chausse pied. Les êtres humains sont donc débiles et le seul moyen de les sauver c’est de les déconnecter, autrement dit leur laver le cerveau, afin qu’ils ne soient plus que de pauvres marionnettes inoffensives (le rôle le plus embarrassant qu’ait eu à camper Lindon, assurément). Bref un truc qui se pense gaucho-écolo mais qui respire le passéisme mi catho mi fasho. Mais le pire (c’est dire le niveau) se joue probablement au niveau de la forme, tant c’est le néant. Une suite de sketchs découpés n’importe comment, montés à l’arrache, interprétés avec le cul (mention spéciale à Serreau elle-même d’ailleurs). C’est irregardable, franchement.

Une journée à Roland Garros, 29/05/2023.

346071568_1249097312407404_7438721929721026975_nLundi de Pentecôte.

     La première et dernière fois que j’avais causé tennis ici, c’était il y a six ans, pour le sacre surprise de la jeune lettonne, Jelena Ostapenko. Il y a un lien avec ce nouveau billet « spécial Roland Garros » vous verrez.

     Une arrivée très matinale (8h50) Porte d’Auteuil qui nous permet de moins attendre devant les grilles (elles ouvrent par vagues) et d’assister à quelques entraînements de joueuses et joueurs (Madison Keys puis Stanislas Wawrinka, notamment) tout en buvant un petit café.

     10h30, direction le court n°14 (on sait que ce sera très dur d’y entrer par la suite) où nous verrons l’intégralité de la très belle rencontre (en trois sets) entre Madison Keys & Kaia Kanepi. Deux heures durant, nous entendrons (au loin) le public du Lenglen se manifester gaiement devant les tribulations de Benoît Paire. Nous déciderons d’aller assister à la fin de ce match, qui confirmera autant l’irrégularité du français que l’incroyable ambiance d’un court habitué aux grandes effusions. J’ai beau peu porter Paire dans mon cœur, quel bonheur ce fut d’assister à ces deux dernières manches et demi, de vibrer avec la foule.

     Une petite pause glace – et le temps de tomber sur Guy Forget, qui foule les allées tranquilou – avant d’enchaîner : La suite sera un peu plus calme avec le match Bencic / Avanesyan, qui permit d’abord d’entendre en vrai la plus belle voix de l’arbitrage tennistique (celle de Kader Nouni) et ensuite de découvrir la jeune et étincelante russe de 20 ans, 134e joueuse mondiale, qui sort donc la tête de série n°12 et qui sera magnifique, toute émue au micro de Marion Bartoli.

     On grignote un peu, on check les envies de pipi (un enfer, les toilettes des femmes, des attentes de 20min partout, mieux vaut être prévenu et donc y aller avant d’avoir envie) et on reste donc sur le court (qui s’est brutalement rempli) en attendant l’arrivée du nouveau numéro un mondial, l’espagnol Carlos Alcaraz.

     Les deux premières manches seront d’une violence extrême. Un jeune italien talentueux, puissant et téméraire, qui court sur chaque balle, face à une véritable machine. Le gamin joue bien et se fait éventré 6.0 6.2. Ensuite il jouera pareil mais marquera des jeux, ce qui mentalement fait beaucoup de bien. Et nous permettra d’assister à un troisième set d’un niveau incroyable. Cobolli régale, Alcaraz est obligé de sortir des coups d’extraterrestre. Et pendant ce temps, pas très loin, ça semble bien se passer pour Caroline Garcia sur le Chatrier, si l’on se fie à l’applaudimètre. L’italien s’incline logiquement, avec une énergie et un sourire qui lui ont permis de se mettre le public dans la poche pour dix ans. Un bonheur.

      On essaie d’aller voir Thiem sur le court 6, mais impossible, l’attente est trop longue. Même tarif pour Wawrinka (embarqué dans un marathon contre Ramos-Vinolas, sur le court 14, qu’on avait quitté cinq heures plus tôt). On va chercher quelques frites puis on s’installe à nouveau sur le Lenglen, au ras du court car il s’est vidé, afin d’assister au match entre Kvitova & Cocciaretto. Les « Allez Petra » fusent de toute part quand le type installé devant nous, ne cesse de scander des « Forza Elisabetta » tout seul, à chaque point. C’était épique. Et relou.

     La jeune italienne offrira l’une des surprises du jour, en éliminant la tête de série n°10 en deux petits sets. Même rayon de soleil qu’un peu plus tôt avec la jeune Avanesyan. Ce sourire, cette énergie, cette abnégation : Hâte de les retrouver au prochain tour. C’est aussi cela la magie d’aller voir des matchs sur place : On crée une proximité très particulière avec les joueuses et joueurs, on a le sentiment d’avoir partagé une aventure à leurs côtés, on a envie de suivre leur parcours.

      Ce qui me permet d’enchaîner sur le match suivant, auquel j’espérais pouvoir assister un peu : Ostapenko/Martincova sur le court 7. Pourquoi celui-là ? Tout simplement parce que la lettonne est la lauréate l’édition 2017. À l’époque j’avais comparé son parcours à celui de Guga, c’est dire. Elle qui est par ailleurs née le jour du premier sacre surprise du brésilien. Bref je voulais voir quelques balles. J’aurais vu les cinq derniers jeux. Elle les as tous gagnés. J’ai retrouvé son jeu « ça passe ou ça casse » qui m’avait tant marqué il y a six ans. J’ai même pu faire une photo avec elle.

     Il est 22h. Sur le court d’à côté se termine la rencontre entre l’américaine Mandlik et la suissesse Waltert. Il n’y a plus grand monde. Les allées se vident. C’est très beau. On est sans doute moins épuisés que Cobolli, mais on est rincé quand même.

     Vingt-trois ans que je n’avais pas foulé ces belles allées de Roland Garros. La dernière fois, déjà, j’étais sur le Lenglen, j’avais pu voir Agassi, tenant du titre, perdre contre Kucera, mais aussi Kournikova perdre contre Plischke. Entre autres. Une chose est sûre, je n’attendrai pas vingt-trois ans pour y retourner à nouveau.

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silencio


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