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Archives pour janvier 2024

La chimère (La chimera) – Alice Rohrwacher – 2023

21. La chimère - La chimera - Alice Rohrwacher - 2023La blessure.

   8.0   Arthur est un héros au cœur brisé. Sa mémoire habitée par une déchirure amoureuse. La première image du film nous envoie d’emblée dans la fiction, le rêve, le souvenir, la perte. Un visage, un sourire, un rayon de soleil, que l’on retrouvera sans cesse tant il semble rattacher Arthur au monde. L’ouverture dans ce train, ses couloirs exigus, percés par des rayons de soleil matinaux, marque ce retour au réel (le contrôleur qui stop le rêve d’Arthur « vous ne connaitrez pas la fin », les voisines de couchettes qui le draguent puis se moquent de sa drôle d’allure) et l’idée du revenant, quand bien même on ne sache pas encore qu’Arthur sort de prison, qu’il revient au pays. Le film est déjà une promesse folle, il charrie un monde avec lui, un passé, un mystère. Dans la lignée du personnage de Lazzaro dans le film précédent d’Alice Rohrwacher.

     Bientôt, le film nous fera glisser vers un autre monde, celui d’une Italie rurale et de pilleurs de tombes étrusques. Tout en préservant cette mystique habitée par Arthur, l’étrange anglais guidé par un don de sourcier, arpentant la forêt et plus tard une plage, un chantier, de sa baguette de fortune, en quête d’un vide, d’une galerie antique abritant des trésors. Pourtant, rien ne semble avoir d’impact sur lui. Pas même la belle Italia qu’il rencontre après avoir retrouvé la mère de son grand amour disparu, avec laquelle se noue pourtant un jeu de séduction mais un amour qui ne peut advenir, car le cœur d’Arthur est déjà pris dans cet entre-deux – qui renverse même les plans – mariant le sacré et le profane, le merveilleux et l’ordinaire, le passé et le présent, le ciel et la terre.

     C’est un film en quête d’une porte secrète, entre ces deux mondes, irréconciliables. L’histoire d’une rencontre et d’un amour rendu impossible par un amour aussi perdu qu’éternel. Un garçon qui a la sensibilité du vide et ressent les cavités souterraines (« ses chimères » dira d’une des tombaroli) dans lesquelles sont cachés des trésors appartenant aux Etrusques, une civilisation préromaine de la côte Tyrrhénienne. Ce vide c’est aussi bien cette temporalité dilatée qui fait rencontrer ces merveilles archéologiques et ces tombaroli, les pilleurs de tombes. Mais c’est bien entendu celui laissé par Beniamina et sa mystérieuse disparition.

     Et Alice Rohrwacher capte cela avec une liberté et une audace inouïe. Il y a des lieux fous, ce train piqué par les rayons de soleil, cette plage enveloppée par une centrale, cette bicoque à flanc de colline, cette forêt, ces grottes, cette ancienne gare. Il y a des séquences démentes comme celle sur Spacelab, de Kraftwerk. J’ai adoré voyager là-dedans. Il y a les influences (revendiquées) de Fellini et Pasolini, mais c’est bien l’univers de Rohrwacher que l’on retrouve dans une continuité évidente de son très beau Lazzaro felice. C’est un film merveilleux, d’une mélancolie insondable jusqu’à sa lumineuse fin, déchirante.

     La chimère est un film endeuillé, d’une mélancolie tenace, traversé par les fantômes et pourtant si vivant, si léger, joyeux, flottant, solaire. Rohrwacher parvient à y filmer un groupe à la Scola (Affreux, bêtes et méchants) ou à la Kusturica (Le temps des gitans) et à y rendre palpable cet univers, féérique, écorché, bordélique. Filmer une fête de village ou une réunion de pillages mais avant tout des visages : Tous existent à un moment ou un autre. Et y brosser un tableau romanesque, doublé d’un éclat romantique, d’une vitalité contagieuse (on en sort heureux, non pas comme Lazzaro, mais en tant que simple spectateur en quête de voyage) et d’une poésie folle.

Le cercle des neiges (La sociedad de la nieve) – Juan Antonio Bayona – 2024

12. Le cercle des neiges - La sociedad de la nieve - Juan Antonio Bayona - 2024Les héros sont immortels.

   6.0   Aussi talentueux est-il pour mettre en scène la catastrophe, sa façon de relier l’intime et le spectacle, le réalisme et le romanesque, il y a chez Bayona (au moins dans The Impossible et celui-ci) une propension à la manipulation qui me pose question.

     Bayona scande – dans son film, mais aussi en interview – sa volonté de réalisme, de coller davantage au réel, dont il serait légitime puisqu’il aurait épluché toutes les recherches liées au fameux crash du Vol 571, se serait entretenu avec des survivants. Très bien. Or on constate que ce réalisme n’est pas exempt de pompiérisme.

     L’exemple le plus flagrant se situe bien entendu dans ce choix de narration : c’est la voix (off) de Numa Turcatti (personnage absent du film de Frank Marshall, Les survivants, ou figurant, ce qui revient au même) qui nous guide. Il ne fait donc aucun doute qu’il a survécu. Or, pas du tout. Il meurt, au mitan du film grosso modo. Son corps participera à la réussite de l’ultime expédition. Si le sujet se situe ici pour Bayona (raconter cette fois l’héroïsme (du corps) des morts et moins celui des survivants) le récit lui se plante à trop vouloir jouer la carte de la malhonnêteté. J’aime qu’on joue franc jeu, moi. Qu’il fasse partie des victimes mais qu’il soit choisi en tant que conteur, très bien, mais il faut qu’on soit clair dès le départ.

     Je retrouve donc le Bayona manipulateur qui m’avait tant agacé dans The impossible, qui cumulait les artifices de ce genre : survivra, survivra pas, disparition, réapparition, deuil, retrouvaille. Quel intérêt de jouer sur cette corde là quand on a un matériau si riche, solide et puissant que les histoires vraies d’un tsunami ou un crash d’avion ? Dans Titanic, je sais d’emblée que le bateau va couler, que Rose va survivre, que Jack vraisemblablement va mourir. Et pourtant j’oublie tout car le film m’embarque, me fait oublier le réel : la fiction a gagné. Cameron joue mais ne triche pas. Bayona triche et ment. C’est mon premier imposant grief.

     Autre chose : il faut savoir que je suis un grand fan du film Les Survivants, adaptation hollywoodienne de 1993. Le film a ses défauts, ses mensonges, j’en suis conscient, mais son impressionnante intensité, aussi. J’ai grandi avec. Si Marshall se plaçait directement dans la roue de Spielberg – d’autant que Arachnophobie, son précédent film, était un produit Amblin – par sa forme, sa construction, son efficacité narrative, sa kyrielle de personnages, son ampleur romanesque, le plus décevant c’est que Bayona aussi – rien d’étonnant en soit, puisqu’il sort tout juste de Jurassic World, Fallen Kingdom. Je trouve le film très, trop Spielbergien. Et donc forcément très hollywoodien dans sa mécanique. Un peu académique, donc.

     Alors oui, Le cercle des neiges se situe bien plus dans le réel (Fernando Parrado « dit Nando » survivant et auteur de l’ouvrage « Miracle dans les Andes » aurait dit qu’il trouvait l’adaptation de Bayona bien plus fidèle et proche de la réalité qu’il a traversée) ne serait-ce que parce qu’il se déploie, enfin, en langue espagnole, l’équipe de rugby étant de nationalité uruguayenne. Et pourtant je me sens bien plus proche, en tant que spectateur, de la version de Frank Marshall d’un point de vue réaliste, au sens où je l’entends : la caractérisation des personnages, les interactions, le soin apporté à nous faire croire en l’idée que ce groupe est une équipe, sur un terrain. Chez Bayona j’y crois moins. J’y vois un souci de reconstitution, certes, mais je ressens surtout la fabrication. Un peu à l’image du décor. Évidemment c’était plus cheap dans Les survivants (le budget est double ici) mais ça couvrait l’essentiel. Bayona se donne beaucoup de mal pour injecter du réel. Et parfois il y parvient brillamment au détour d’une idée magnifique : celle qui voit la première expédition vers la queue, réaliser que l’épave est invisible de loin, semblable à un rocher parmi d’autres, donc invisible pour d’éventuelles recherches par avions. Les plans d’ensemble sont ses plus belles réussites : la photo est très belle, par ailleurs.

     Le film m’intéresse sitôt qu’il invente quelque chose qui n’était pas dans l’autre film. Sitôt qu’il effectue un pas de côté lui apportant une singularité dans le paysage du cinéma de catastrophe : Ce cut sur le cri de cet homme le soir, décédé le lendemain, ça c’est impressionnant. Le crash est très fort, techniquement parlant, mais il propose rien de plus que ce que Les survivants offrait : les sièges qui s’envolent, puis qui glissent les uns sur les autres façon accordéon, les nombreux débris, c’était déjà dans l’autre film – Reste qu’en intensité de crash, oui, on n’avait pas vu aussi puissant depuis l’ouverture de Lost. Curieusement j’ai retrouvé plein de choses du film de 1993, même techniquement : ce plan du fil de l’antenne, par exemple. Tout pareil. J’aurais aimé que le film s’intéresse davantage à leur quotidien, qu’il saisisse leur souffrance mais aussi leur complicité. Il y a une très belle scène d’imitation de cris d’animaux, par exemple. J’en voulais davantage. C’est d’autant plus gênant que le seul moment vraiment léger du film (ils font des rimes chacun leur tour et se marrent) précède l’avalanche : C’est comme si Bayona craignait cette légèreté ou pire la condamnait.

     Autre chose : Pour un film qui dit davantage se soucier des morts, je l’ai trouvé un peu juste envers les victimes, justement et tout particulièrement les victimes féminines. Dans Les survivants j’ai été marqué au fer par cette femme qui crie et agonise lors de la première nuit, par la mère de Nando qui brille par son absence (elle meurt dans le crash, mais on en parle tout le temps), par la sœur de Nando, qui s’accroche puis décroche en permettant à son frère de rebondir, par Lilianna qui s’en ira durant la terrible avalanche. Dans Le cercle des neiges, où sont-elles ces femmes ? Où sont ces visages, plus globalement ? Je n’ai été ému par aucun visage. C’est à peine si je parviens à les différencier. Dans Les survivants, je me souviens parfaitement de Federico, Eduardo, Antonio, Roy, Tintin, Rafael, pour ne citer que des personnages plus secondaires. Pas sûr qu’il me reste un personnage en tête du Cercle des neiges, tant ils me se semblent tous plus ou moins interchangeables.

     C’est surtout une démonstration technique. Pour le bon : ce qui impressionne ce sont les escarres, les gerçures, les peaux crasseuses brûlées par le soleil, les dents abîmées, voire qui se déchaussent, les infections variées, l’urine marron, les vêtements arrachés. Cette carcasse de cage thoracique. C’est criant de réalisme. Pour le moins bon : c’est un défilé de mouvements de caméra, de grand angle. C’est du cinéma grue, travelling, fisheye si j’étais un peu méchant.

     Je suis un peu dur envers le film et pourtant ça m’a beaucoup plu, j’y vois de très belles choses, surtout une ambition romanesque assez grisante, qui a le mérite de me replonger dans cette histoire qui m’a toujours fasciné, au point où je viens de me procurer le livre écrit par Fernando Parrado. Et le film tient admirablement sur ses 2h30, pas un bout de gras.

     Son sujet, finalement, c’est moins la tragédie que cette idée paradoxale de miracle des Andes. C’est donc son rapport à Dieu. C’était déjà très prégnant dans Les Survivants, cette crise de foi, mais ici, on sent que ça lui tient à cœur à Bayona. S’il choisit Numa, comme conteur, c’est aussi parce que c’est celui qui au préalable se refuse à manger, celui qui n’a pu trouver d’accord avec son dieu. Le miracle c’est l’offrande des corps pour la survie des vivants. Le film devient précieux dans son rapport à Dieu tant il admet que Dieu se trouvait dans chacun d’eux. C’est un beau personnage en décalage, qui vise sans arrêt les cieux. Très malickien comme figure.

L’Alpe d’Huez – 27e Festival du film de comédie – Conclusion.

420187602_10160246587022106_8632362967592335564_n      La compétition offrait de voir dix longs métrages et autant de courts métrages. Ainsi que huit films hors compétition, dont L’homme de Rio (de Philipe de Broca) ou Le monde de Némo, dans une piscine.

     Nous nous sommes concentrés sur la compétition. Fallait skier, aussi. Sur les huit longs et trois courts vus, voici mon top :

 

  1. Nous, les Leroy – Florent Bernard
  2. Bis repetita – Emilie Noblet
  3.  Heureux gagnants – Maxime Govare & Romain Choay
  4. Et plus si affinités – Olivier Ducray & Wilfried Meance
  5.  Allez ma fille – Chloé Jouannet (cm)
  6. Les casseurs fraudeurs – Maxime Chefdeville (cm)
  7.  Ici et là-bas – Ludovic Bernard
  8.  Presque légal – Max Mauroux
  9. Elle & Lui et le reste du monde – Emmanuelle Belohradsky
  10.  Neuilly Poissy – Grégory Boutboul
  11. Les piscinistes – Elliott Suu (cm)

Nous, les Leroy – Florent Bernard – 2024

28. Nous, les Leroy - Florent Bernard - 2024Séparation, mode d’emploi.

   8.0   Il s’agit du premier long métrage de Florent Bernard, en tant que réalisateur. Il faut rappeler d’emblée que Florent Bernard connu aussi sous le pseudonyme FloBer (créateur de Golden Moustache, Floodcast, Bloqués) est aussi à l’affiche du superbe Vermines, en tant que co-scénariste. Il a participé à l’écriture de La Flamme. C’est un fan d’Apatow et pour Nous, les Leroy il revendique aussi l’influence d’A bout de course (le chef d’œuvre de Lumet), de Kramer contre Kramer, les films d’Hal Hashby, Tandem de Patrice Leconte. C’est mon nouveau pote, en somme. 

     Sandrine Leroy (Charlotte Gainsbourg) annonce à son mari qu’elle veut divorcer. Leurs enfants ont bientôt l’âge de quitter le foyer. Or dans une opération de la dernière chance, Christophe (José Garcia) organise un week-end visant à traverser les lieux de leur histoire familiale, afin de sauver son mariage ou ce qu’il en reste.

     D’emblée il y a une idée. Pas qu’elle soit des plus réussies, mais c’est déjà une idée : raconter vingt ans de la vie d’un couple à travers les messages qu’ils se sont laissés sur le répondeur. Ce n’est pas juste un gimmick introductif, le film ne cessera d’y revenir, par cette vieille cassette du premier message enregistré ou via ce smartphone affichant les nombreux messages non écoutés.

     Le regard y est évidemment nostalgique puisqu’il s’agit de replonger dans les belles années de ce couple, ce que le récit fera aussi, dans le mouvement imposé par Christophe : Il faut donc un vieux Land Rover. Du Michel Sardou, du Niagara. La présence magnifique de Luis Rego. C’est un film très personnel, aussi, ça se sent. Il y a du vécu, partout. Mais c’est aussi un road trip. Mais un faux road trip : ils vont de Autun à Dijon. Pour ne pas dire de chez eux à chez Papy. C’est davantage un road trip intime, en somme. C’est d’une humilité déconcertante.

     C’est un portrait de couple, un portrait de famille et le portrait d’une séparation. Mais c’est aussi le portrait de Français moyens, d’une France périphérique, celle des zones industrielles, la France des parkings où un resto est coincé entre une agence de voyages et une société de locations de véhicules. Les deux personnages sont d’ailleurs respectivement employés dans l’un et dans l’autre.

     C’est magnifiquement écrit, des rôles principaux aux plus secondaires. J’ai adoré chacun de ces personnages : ce père, qui voudrait retrouver la respiration d’un passé tout en sachant qu’il ne peut revivre que dans sa mémoire : la scène du souvenir dans le premier appartement du couple, c’est très beau, c’est vif et pourtant si passé, lointain, perdu : on y ressent tout ça. Autant que j’adore le collègue de Christophe, qui préfère la solitude parce que « la flemme de rencontrer quelqu’un d’autre » (et sa manie géniale de répéter « pas de souce ») ou celui de ce grand-père qui se satisfait avec philosophie d’un veuvage brutal et précoce. Chaque personnage de ce film est construit, pensé, a une histoire à laquelle on croit, c’est brillant.

     On s’attache à eux, aussi médiocres puissent ils être : C’est comme si Sandrine se réveillait d’un long sommeil et en voulant soudainement à son mec d’avoir toujours été celui qu’il est. Et pourtant sa quête d’un nouveau départ a quelque chose de bouleversant, de vivant. C’est une pulsion de vie. Christophe, lui, est clairement un pur produit du patriarcat, bourrin, bas du front. Et pourtant, sa volonté de vouloir recoller les morceaux à tout prix est très touchante. Souvent parce qu’il le fait très maladroitement d’ailleurs, à l’image de la scène du restaurant karaoké. Probablement la séquence la plus drôle et la plus violente du film. C’est aussi cet équilibre qui est brillant dans Nous, les Leroy : on peut être dans une situation ambivalente, tour à tour drôle, triste, gênante. Tout se mélange.

     C’est un film construit autour de séquences iconiques sans qu’elles fassent office de sketchs indépendants. On a évoqué la scène du restaurant mais comment oublier celle du bus, du caricaturiste, du flic, du chauffeur « LuxeCar » ou du nouveau proprio de leur premier appartement : Jérôme Niel est décidément partout ces derniers temps, je sais pas si un type me fait plus marrer à l’heure actuelle.

     La grande réussite du film se joue dans son titre, en définitive. Nous, les Leroy m’intéressait peu, au préalable, sans doute car j’avais la sensation qu’on allait me raconter le trip égocentrique d’une famille. Que j’en ressortirais en disant Eux, les Leroy. Mais non, le Nous c’est l’essence de ce titre : Cette famille c’est la nôtre. Le film a ce truc très universel. Et il va jusqu’au bout de son geste : C’est un peu l’anti Little miss Sunshine. Tout sera différent, après. Ce dernier geste, ce dernier regard, ce dernier partage, c’est le truc qui me fait le plus chialer au monde, je crois.

     C’est un film très drôle, oui. Mais un rire mélancolique. Le plus beau des rires. Le film a beaucoup résonné avec mon histoire personnelle. J’ai ressenti une familiarité de bout en bout. J’en suis sorti à la fois très ému et très reconnaissant, ravi qu’on puisse offrir un tel portrait de famille dans un circuit cinématographique si populaire.

Ici et là-bas – Ludovic Bernard – 2024

27. Ici et là-bas - Ludovic Bernard - 2024Terroir mon beau terroir.

   4.0   Adrien, installé depuis quinze ans au Sénégal, forme un couple heureux avec sa femme Aminata, bientôt sur le point d’accoucher. Renvoyé en France pour un problème de visa, il est accueilli par Sékou, un cousin de sa femme, qui vit à Paris et s’est éloigné de ses origines sénégalaises depuis longtemps. Au même moment, la boîte dans laquelle bosse Sékou (qui se fait appeler Cédric) participe à un plan de licenciement et il devra faire ses preuves face à un autre commercial s’il veut garder son poste. Le temps de trouver une solution pour rentrer, Adrien va devoir faire équipe avec Sékou qui l’embarque dans un tour de France des terroirs, en le faisant passer pour lui, et lui pour son assistant, car c’est la première fois qu’il affronte le regard de ses clients.

     Malheureusement j’ai moins retrouvé le Ludovic Bernard de L’ascension (déjà avec Ahmed Sylla) que celui de Dix jours sans maman (avec Franck Dubosc) : le film utilise avant tout le capital sympathie d’Ahmed Sylla et Hakim Jemili mais étrangement l’humour ne prend pas. Le film est trop accaparé par son sujet pour se lâcher et profiter des vertus du buddy movie que le récit et l’interprétation promettaient. Les nombreuses visites dans les villages de France se succèdent sans idées et sont interchangeables. Et puis tout est cousu de fil blanc, poujado, réconciliateur : à la fin l’un retrouvera les siens et l’autre son identité. Mignon mais très dispensable.

Neuilly-Poissy – Grégory Boutboul – 2024

26. Neuilly-Poissy - Grégory Boutboul - 2024L’aval au prisonnier.

   2.0   Si l’on s’en tient aux moments dans la prison, le film est pas inintéressant, plein de personnages hauts en couleur, des matons aux collègues de cellules. Malheureusement, on ne croit pas une seconde en ce petit monde, apparaissant tour à tour sur des saynètes, et dont les relations et le rapport de force semblent changer constamment. Pas grave, il y a des instants rigolos, des vannes chargées, notamment autour de la religion car le lieu est une version resserrée et fermée de la société. Et puis le personnage incarné par Max Boublil est une telle merde humaine (opportuniste, macho, menteur, voleur) que de le voir en chier fait du bien. Au préalable, du moins. Plus embarrassant, au fil du temps, tant le film le récupère, en fait un gentil héros, victime du méchant système, se révélant plus intelligent qu’il n’était bon escroc au préalable. Vraiment j’ai trouvé ça dégueulasse. Mais à la limite, je dis bien à la limite, l’idée du récit parallèle avec sa femme reprenant les rênes de la société, redressant les finances et profitant pour le quitter, ça rachetait un peu l’affaire et m’intéressait davantage. C’était une alternative. Mais in extremis non, elle reviendra, car c’est un mec cool en fait. Nul. Rien à sauver.

Et plus si affinités – Olivier Ducray & Wilfried Meance – 2024

25. Et plus si affinités - Olivier Ducray & Wilfried Meance - 2024Le charme indiscret de la bourgeoisie.

   6.0   C’est une pièce de théâtre de bout en bout. Un huis clos archi (bien) écrit, pensé, exécuté, dans la veine du Diner de cons, Cuisine et dépendances ou Le prénom.

     Mariés depuis plus de vingt ans, Xavier (Bernard Campan) et Sophie (Isabelle Carré) ressemblent à ces couples qui ne s’aiment plus mais qui continuent de vivre ensemble. Ce soir-là Sophie a décidé d’inviter leurs voisins Adèle (Julia Faure) et Alban (Pablo Pauly) à dîner, un peu contre l’avis de Xavier, qui leur reproche d’être très bruyants lors de leurs ébats. La soirée sera mouvementée.

     Des bourgeois se livrant à des joutes verbales sans temps mort, se plaignant de leurs boulots de bourgeois et de leur quotidien bourgeois, fantasmant sur le sexe libre, c’est pas vraiment le cinéma qui m’attire à priori, quand bien même la mécanique théâtrale des films suscités fasse partie intégrante de leur réussite / originalité.

     Dans un autre moment, une autre humeur, j’aurais donc pu détester cela. La salle aidant – une rafale de rires auxquels j’ai rarement pu assister, au point d’avoir raté un nombre incalculable de répliques, c’est aussi ça le charme de voir des comédies en salle – j’ai au contraire franchement ri et apprécié chaque micro rebondissements ouvrant un dialogue sur un autre, enchâssés les uns dans les autres. Les quatre acteurs sont parfaits.

      La mise en scène est très pensée comme une partie de ping-pong, des duels féminins, masculins, conjugaux. C’est mécanique mais une machine d’une efficacité redoutable.

     Ce qui est très réussi c’est la sensation d’un vrai dîner en temps réel, déjà – Ou plutôt d’une impossibilité de dîner : pauvre « gigot de sept heures ». Cela évite l’aspect micro saynètes cinglantes façon Scènes de ménage. Les rares ellipses (un cut au noir, notamment, très théâtral) ne cassent pas la dynamique imposée.

     L’écriture est quasi imparable. Quasi oui, dommage que ça vire au grand n’importe quoi incohérent dans son dernier quart (la mise à nu, au sens littéral, symbolique et propre, il me semble que c’était pas obligé…) tant l’écriture se tenait, jusqu’à la scène pivot (redoutée) de la fille, disons, qui ressemble au rebondissement de trop, un peu comme le contrôleur fiscal dans le film de Veber. Essentiel pour un dernier acte en forme de feu d’artifice, mais justement, je pense pas que ce soit ce que je préfère : le récit était, à mon sens, plus subtil et efficace au préalable.

Presque légal – Max Mauroux – 2024

24. Presque légal - Max Mauroux - 2024Pas super grave.

   3.5   Une bande de potes (ayant déjà œuvré dans le court métrage) se lance dans un film au pitch efficace et méta (une bande de potes vont faire du fric en ouvrant clandestinement la nuit une petite épicerie de proximité) avec un ancien du Splendid et des humoristes d’Internet, dans la baie d’Arcachon. Impossible de ne pas penser à la bande à Fifi et leur film, Babysitting. Dix ans plus tard. Point de Jugnot ou Clavier ici mais Marie Anne Chazel. Point de Palmashow mais Jérôme Niel accompagné de Jean Claude Muaka : ce duo de flics est définitivement la meilleure idée du film, piquée à Bill Hader & Seth Rogen, dans Supergrave, clairement leur autre film référence, trop lourde à porter.

     Presque légal n’a jamais les épaules de ses modèles. Le rythme y est complètement aléatoire. Les saynètes pas toujours bien agencées entre elles. Et des vannes à répétition sur des noms d’alcool low cost : c’est marrant la première fois, hein, mais au bout de vingt tu sens vraiment la paresse et le truc de pastille tiktok. De plus on sent qu’il y a deux courts là-dedans gonflés pour faire un long métrage. Avec des apparitions d’Olivier Marshall ou François Levantal franchement sans intérêt. Bref c’est ni Superbad ni Babysitting. Et si cette bande a l’air tout à fait sympathique, on peine à croire en leur bande, justement, à croire en chacun de ces personnages dessinés sur un trait de caractère, qu’on essaie de noyer dans un montage clip (littéralement de nombreux interludes musicaux non dialogués) et des micro scènes volontiers hystériques. Pas ma came.

Les piscinistes – Elliott Suu – 2024

23. Les piscinistes - Elliott Suu - 2024Un coup dans l’eau.

   2.0   Dans le même registre que le long métrage (Presque légal) vu dans la foulée (le programme du festival est bien agencé) Les piscinistes est un film de bande de potes sur une bande de potes dont le job est d’entretenir les piscines des riches. Les week-ends en question, ils en profitent pour faire de grosses fiestas mais ils n’avaient cette fois pas anticipé que le proprio allait se ramener plus tôt que prévu. Très peu d’idées, malheureusement. Les vannes tombent à plat. Les situations loufoques aussi. Pire, le film m’a semblé mal mixé, c’était très gênant.

Heureux gagnants – Maxime Govare & Romain Choay – 2024

22. Heureux gagnants - Maxime Govare & Romain Choay - 2024Destination finale.

   6.0   Le film auquel on pense immédiatement devant Heureux gagnants, c’est Les nouveaux sauvages, le film de Damian Szifrón. D’abord en raison de la construction puisqu’il s’agit là aussi d’une succession de petites histoires indépendantes, mais aussi pour la méchanceté qui en émane et cette énergie de la destruction. Point de pétage de plombs au sens propre ici, mais des gagnants du loto touchés sous différentes formes par une malédiction. Des contextes chaque fois très différents, des rebondissements en rafale, une générosité qui transpire de partout, un sens du rythme hallucinant sans pour autant tomber dans l’hystérie, et de supers personnages, centraux comme secondaires, d’un épisode à l’autre.

     Si le genre du film à sketchs offre une fois de plus des chapitres inégaux, la satire fonctionne à plein régime, le casting global est génial et l’on retrouve la mécanique comique assez jubilatoire qui émanait de Toute première fois, déjà co-réalisé par Maxime Govare. Avec Et plus si affinités, ce sont les plus grands éclats de rires entendus durant le festival je pense, ovation finale comprise. En somme, mon avis est peut-être positivement biaisé par l’engouement généré par une salle de mille personnes se marrant à gorge déployée. Qu’importe.

     A noter que le meilleur moment de la soirée ne se situait pas directement au sein d’Heureux gagnants mais un peu avant sa projection, quand Audrey Lamy est montée sur scène afin de présenter le film, bientôt accompagnée d’une vidéo signée Fabrice Eboué, diffusée sur l’écran du grand palais. Dans sa salle de bain, le voilà s’excusant de son absence pour contrainte parentale, avant de faire un amalgame entre la neige de la station et celle du showbiz, puis d’effectuer un faux placement produit d’un déodorant, pour finir sur un jeu de mot pourri forcément génial. Salle hilare. Il est vraiment très fort.

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