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Archives pour juillet 2025

L’aventura – Sophie Letourneur – 2025

L'aventura, Sophie LetourneurCoucher de soleil.

   9.0   À l’époque de la sortie de La vie au ranch, Sophie Letourneur avait dévoilé l’un de ses secrets de fabrication, à savoir que la matière même des dialogues du film, donc de son écriture, était issue de véritables enregistrements effectués grâce à un dictaphone. Cela offrait une véracité inédite. Il fallait simplement ne pas être rebuté par le résultat de ce dispositif qui saisissait des paroles qui se chevauchent, des hésitations, des cris ou des mots à peine audibles. La vie en coloc, quoi.

     À la fin de Voyages en Italie – son précédent film auquel fait suite L’Aventura – on voyait Sophie et Jean-Phi dans leur lit conjugal, en train de se remémorer leurs vacances en Sicile et donc écrire les scènes auxquelles on venait d’assister. L’Aventura poussera le dispositif plus loin encore puisqu’il s’agit de discussions autour d’un téléphone qui enregistre ces souvenirs. Mais premièrement, ces souvenirs sont racontés à l’intérieur même de ces vacances, autour d’une table d’un restaurant ou dans une chambre. Deuxièmement il n’y a plus deux voix pour leur donner vie mais quatre, puisque c’est un film de vacances en famille cette fois. Mieux, c’est Claudine, la fille, qui semble être à l’origine de cette idée et qui décide quand il faut démarrer ou non l’enregistreur vocal.

     Sophie & Jean-Phi retournent donc en Italie, mais cette fois en Sardaigne. Ils étaient deux en Sicile, ils sont quatre ici, accompagnés de Claudine (la fille de Sophie) douze ans et de Raoul (l’enfant de Sophie & Jean-Phi) trois ans. Nous verrons moins l’Italie comme nous la voyions dans Voyages en Italie. La cartographie touristique a bien changé tant tout est concentré autour de leur séjour à quatre et qu’avec des gosses tout est moins simple, plus galère, qu’il faut composer avec les envies de chacun et surtout avec la fatigue générale. Du coup on passe davantage de temps à la plage, dans la chambre ou dans des guinguettes.

     Mais ce qui a bien changé c’est ce qui reste de ce couple, déjà fragile dans Voyages en Italie, qui semble en fin de vie ici. Les regards sont lourds ou fuyants. Les remarques affluent. L’un s’agace d’une couverture dans un coffre de voiture, l’autre rumine d’avoir ou non fermé à clé. Le dialogue est quasi impossible ou systématiquement interrompu. Tout ne tourne plus qu’autour des enfants, et principalement autour de Raoul et son caca. Et là-dessus, Letourneur n’hésite pas.

     Bref c’est peut-être son film le plus radical, un vrai film de montage, et son film le plus proche du réel, mais il est souvent inconfortable tant il s’agit de capter le chaos familial. C’est un grand film sur l’épuisement du couple. Sur l’épuisement d’une mère et la quête de fuite d’un père paumé : magnifique scène où un travelling suit Jean-Phi qui s’est octroyé une virée en solo et où il semble retrouver un peu de sa liberté, au même titre que lorsqu’il grimpe une paroi rocheuse.

     Mais afin de marquer ce désir de s’échapper de leur présent il y a cette lumineuse idée des souvenirs de leurs vacances. La temporalité est sans cesse disloquée puisqu’il s’agit de montrer les souvenirs qu’on se raconte – avec ou sans voix off – ainsi que de se filmer en train de raconter et de se contredire. C’est absolument vertigineux. Godardien : Et si les titres de ces deux derniers films évoquent d’abord Rossellini et Antonioni, c’est bien de Godard que Letourneur se réclame, c’est évident.

     Pourtant, aussi théorique s’avère le dispositif, c’est la vie qui l’emporte, le plaisir et la dureté du réel. Le couple ici se perd / s’est perdu. Ils essayaient encore dans Voyages en Italie. Là ils n’essaient même plus. Aussi parce qu’ils sont envahis. Ils n’ont plus de temps à deux. Et ne cherchent pas à en avoir. C’est un film très dur sur ce point. Et pourtant si lumineux tant on sort de L’aventura – en musique, qui plus est – avec la sensation qu’ils sont bien tous les quatre, à l’image de cet instant fou où ils semblent accepter d’assister à un coucher de soleil tous ensemble tout en gérant les humeurs des gamins. J’aurais souhaité que le film ne s’arrête jamais.

Eddington – Ari Aster – 2025

L’A12. Eddington - Ari Aster - 2025mérique à mort.

   7.5   Outre l’affrontement idéologique et personnel entre le shérif d’une bourgade et son maire, le traditionnaliste bas du front contre le progressiste démago, le film est un énorme pot-pourri mélangeant climat de pandémie (le récit évoluant en mai 2020), confinement, masques et distanciations sociales, la mort de George Floyd, le mouvement des Black Lives Matter, les conspirationnistes suprémacistes, les émeutes, metoo, la construction d’un data center, les chaînes d’info continues, le magma des réseaux sociaux, les fake news (les écrans y sont omniprésents) mais aussi le spectre de l’esclavage, le massacre des Amérindiens.

     La barque est chargée mais on n’en attend pas moins de l’auteur de l’imbuvable délire auto-psychanalytique qu’était Beau is affraid. Si le film est foutraque, un peu indigeste, cynique et nihiliste, qu’il agace souvent (sa première heure laborieuse, ses cinq dernières minutes lourdingues) il est aussi brillant dans sa façon de cartographier un lieu (Eddington, ville fictive du Nouveau Mexique) et l’Amérique actuelle, par le prisme du western sous covid, avec des pick-up en guise de chevaux, des téléphones portables à la place des flingues.

     C’est une satire politique grinçante et déglinguée qui ne recule devant rien pour parvenir à retranscrire l’angoisse contemporaine symbolisée par ce virus, pur révélateur d’une société pas loin de son trépas, d’un monde en extinction. Mais le point de vue d’Aster est clair puisqu’on sait quels personnages il sauve in-extremis là-dedans. Je suis content d’y être allé, pas loin d’avoir adoré : C’est une vraie comédie noire, bancale mais dense, qui m’a un peu rappelé le Inherent Vice, de Paul Thomas Anderson.

     Quant à Joaquin Phoenix que j’avais blacklisté depuis A beautiful day, Joker et donc Beau is affraid, il y est à la fois très impressionnant en shérif hébété et très sobre – je l’avais pas vu aussi bon depuis les films de James Gray, à vrai dire. Sobre comme le film (pour du Aster, s’entend) en somme, quand bien même glisse t-il pleinement vers le jeu de massacre.

La petite vadrouille – Bruno Podalydès – 2024

14. La petite vadrouille - Bruno Podalydès - 2024La belle équipe.

   7.0   Un patron est prêt à dépenser 14 000 euros pour que l’une de ses assistantes, dont il loue les talents d’organisatrice, lui prépare un week-end insolite en amoureux. Elle et son mari y voient là l’occasion de remettre à flot leurs finances ainsi que celles de leurs copains fauchés. Il sera donc question d’une croisière en pénichette, avec faux membres d’équipage, sur les canaux de la Bourgogne. Une petite surprise au départ changera l’ensemble du voyage.

     Quel plaisir de retrouver Podalydès à ce niveau d’inspiration, dans un film à la fois léger et mélancolique, qui rappelle tour à tour Versailles Rive Gauche – où l’on aurait remplacé un appartement par une péniche – et Liberté Oleron – où la famille devient équipe, et par extension équipe de cinéma : Bruno Podalydès incarne d’ailleurs le capitaine de La Pénichette – en passant par Comme un avion – qui déjà était un film de rivière, un film flottant, un peu indomptable – et Dieu seul me voit, tant le film est absolument brillant dans l’écriture de ses dialogues et ses personnages.

     Quel plaisir de retrouver cette troupe habituelle, allant pour certains jusqu’à incarner plusieurs (faux) rôles, divers costumes, à l’image d’Isabelle Candelier (en marchandes de produits du terroir) ou Jean-Noel Brouté (en éclusiers radins). Quel plaisir de voir Auteuil et Kiberlain se fondre si bien dans ce cinéma, en accepter le ton, ne jamais le vampiriser. Quel plaisir de voir la grande humilité de ce cinéma de la parenthèse, qui s’annonce pourtant ouvertement héritier de Tati, Renoir, Chaplin. D’assister à cette petite comédie de remariage et de potes, à cette réconciliation des vieux avec la jeunesse, de voir notamment l’acteur dur de Bruno Reidal en doux mousse maladroit, rêveur et mutique.

     Certes, la musique on la connaît, mais il y a toujours plein de choses à voir et à entendre, c’est à la fois un film en pantoufles et un vrai régal et je ne vois pas qui a part Podalydès parvient à offrir cela aujourd’hui dans le paysage de la comédie française.

Le rendez-vous de l’été – Valentine Cadic – 2025

11. Le rendez-vous de l'été - Valentine Cadic - 2025Politique de la gentillesse.

   5.5   Le modèle de Valentine Cadic, c’est Justine Triet, je pense, celle de La bataille de Solferino, quand elle filmait à la fois le fictif d’un chaos familial et le réel de l’élection de François Hollande : dans les deux cas c’était un bouillonnement. Cadic va choisir de filmer les Jeux Olympiques de Paris 2024 en y intégrant l’histoire d’une normande, gauche, désorienté, opaque, un peu malchanceuse aussi, venue pour l’événement, mais aussi pour revoir sa demi-sœur parisienne qu’elle a perdu de vue depuis dix ans.

     L’idée était simple et belle, promise par cette actrice et ce personnage, très éloigné des stéréotypes. Que la critique enchaine – comme souvent dès qu’il s’agit de suivre des pérégrinations féminines – les comparaisons au cinéma de Rohmer, me paraît un tout petit peu exagéré, mais bon, le problème il est surtout dans cet agencement de réel et de fictionnel. La fièvre de l’instant, j’ai la sensation que Cadic ne sait pas trop comment le filmer. On ne croit pas en sa matière documentaire. Ça devait être une vraie galère à tourner, de toute façon, je pense que c’est un peu mission impossible ou une fausse bonne idée, au choix.

     Valentine Cadic se donne donc beaucoup de mal pour faire vivre son film, sans doute face à cet événement qu’elle esquive mais aussi en contrepoint de son héroïne qu’on peut trouver très décalée et gentille, mais aussi très molle et passive (et pacifiste). Alors il faut du rebondissement : Blandine va garder sa nièce et faire la rencontre d’un électricien pisciniste. On va aussi lui interdire l’entrée à l’épreuve de natation qu’elle venait voir (espérant assister à la qualification de sa nageuse préférée : Beryl Gastaldello) pour cause de sac trop gros, la virer de son logement en dortoir à l’auberge car elle vient de passer l’âge maximum requis et bientôt se faire arrêter quand elle se trouve au cœur d’une manif anti-JO.

     Ce qui m’a intéressé malgré tout c’est que le film se déconnecte rapidement des jeux olympiques, il se met au diapason de son héroïne, qui au fond s’en cogne : elle était juste venue voir une nageuse dont elle semble admirative et amoureuse, et revoir sa grande sœur, le reste c’est du folklore assez loin d’elle. J’aime aussi qu’il y ait aussi un mystère autour de son orientation sexuelle. Qu’on fasse presque acte politique de cette incertitude-là. J’aime qu’on ne sache rien du personnage au départ, que l’on apprenne à connaître Blandine au fil du récit, au gré de rencontres et confidences durant lesquelles elle se livre un peu.

     Mais il me semble que le film fonctionne trop sur un système d’oppositions un peu vain : la sœur sympa contre la sœur égoïste, l’amour des Jo contre le rejet des militants écolo, la spontanéité des rencontres face au à une dimension plus mécanique, le Paris effervescent d’en bas contre celui plus apaisant d’en haut, l’immense place de l’Etoile face à cet appartement exigu, l’opulence face à la misère, la fête contre la solitude.

     Globalement je trouve le film peu inspiré, étiré pour rien (un moyen métrage aurait suffi) et le personnage, malgré son extrême gentillesse et surtout son originalité – en tant que personnage principal – est assez insupportable, aussi. J’ai compris ce que certains pouvaient reprocher à Delphine dans Le rayon vert, je crois. J’aurais peut-être gagné à connaître Blandine avant, notamment dans le précédent film, un court métrage de Cadic, Les grandes vacances, dans lequel le personnage se retrouvait seul dans un camping d’été.

     Alors c’est toujours mieux que L’esprit Coubertin, comédie pastilles sous fond de JO, mais il me manque quelque chose. De m’attacher à ses personnages d’une part, et un geste plus radical d’autre part, un glissement, un vrai imprévu. Le film me l’offre un peu, dans ses cinq dernières minutes, que j’ai trouvées très belles, ça se joue sur une posture, un sourire, la déambulation n’est plus la même, c’est très beau : Il y a un grand film sur la solitude caché là-dessous. Le reste m’a continuellement déçu.

     Je pense que le film n’a pas gagné à ce que je le vois juste après avoir revu A l’abordage – on sent vraiment le sous Guillaume Brac, sans lui faire offense – et vingt-quatre heures après avoir découvert L’Aventura, de Sophie Letourneur, qui m’a impressionné à chaque plan. Mais ça reste un joli premier long, malgré tout.

Baise-en-ville – Martin Jauvat – 2026

21. Baise-en-ville - Martin Jauvat - 2026Grand pari.

   6.5   Martin Jauvat n’est pas complètement inconnu puisqu’il a réalisé le film Grand Paris il y a trois ans, un stoner movie fait avec trois fois rien, mais déjà avec Anaïde Rozam (La série Culte) et Sébastien Chassagne (La série Irresponsable) et présenté à l’ACID à Cannes. Très envie de le rattraper, du coup. Car Baise-en-ville, qui ne sortira qu’en janvier 2026 (mais qui fut présenté cette année à Cannes, à la semaine de la Critique) est une bonne surprise. Alors il faut un petit temps d’accoutumance quand même, tant le film est au préalable au diapason de Corentin aka Sprite, son personnage principal (incarné par Jauvat lui-même) : très nonchalant.

     C’est l’histoire d’un gars de vingt-cinq piges qui ne fait pas grand-chose de ses journées, vit chez ses parents et vient d’essuyer une lourde rupture amoureuse. Il n’a ni boulot ni permis car pour avoir un boulot il faut souvent le permis et pour passer le permis il faut de l’argent donc un boulot. Alors il se réfugie dans son bain. Jusqu’au jour où sa mère lui confisque la bonde de la baignoire. Il doit se bouger. Il va donc trouver un boulot dans une start-up spécialisée dans le nettoyage de fêtes nocturnes. Ne cherchez pas, ça n’existe pas et pourtant on y croit direct. Ce qui permet à Sprite de reprendre ses heures de conduite abandonnées depuis plusieurs années.

     Le film est aussi démodé que son titre. Mais cool et attachant comme son titre aussi, donc. Notamment dans ses (longueurs de) plans, sa lumière, ses couleurs, comme si le cinéma de Guillaume Brac était revisité par celui de Benoit Forgeart. Pourquoi Brac ? Parce que Baise-en-ville est particulièrement ancré dans son lieu. Ici Chelles (où Jauvat a grandi) et alentours. C’est un film de banlieue parisienne en somme, comme l’étaient la série Irresponsable ou le L’ile au trésor ou le film de Mikael Hers qui m’est cher, Memory Lane. C’est un film très doux sur de doux losers.

     Le film a aussi une qualité forte, son casting puisque Jauvat est accompagné de William Lebghil (top en manager branleur), Emmanuelle Bercot (immense en monitrice d’auto-école), Michel Hazanavicius (en papa sympa), Géraldine Pailhas (en maman plus inquiète) mais aussi de Anaïde Rozam & Sébastien Chassagne (déjà présents dans le premier film de Jauvat) qui récoltent les meilleurs scènes du film, qui s’avère donc très léger, mais pas si inconséquent, libérant une émotion assez inattendue de par son écriture plus complexe qu’elle n’y paraît. Vu le film en présence de Sébastien Chassagne, c’était très chouette.

The life of Chuck – Mike Flanagan – 2025

01. The life of Chuck - Mike Flanagan - 2025Voyez comme on danse.

   3.5   Se cache dans Life of Chuck un très beau court métrage : la première partie, l’acte 3 – puisque la construction du film est rétro-chronologique – qui s’étire grosso modo sur vingt-cinq minutes. C’est un récit catastrophe se déroulant dans un futur proche, durant lequel le monde s’effondre. Mais c’est une approche douce de l’apocalypse, une chronique de fin du monde complètement éloignée des clichés du genre, qui m’a un peu rappelé le très beau Perfect sense. Il n’y a pas de panique général. On voit les catastrophes diverses (dans le monde entier) au travers des écrans. Mieux, la catastrophe est principalement indexée sur la disparition d’Internet. Mais ce choc s’est déjà joué, on entre ici dans un monde résigné, dans l’attente de sa finitude, au crochet d’un enseignant qui continue de donner des cours sur Walt Whitman et qui va tenter de renouer avec son ex-femme.

     Il y a déjà une approche philosophique, un discours métaphysique – sur la poussière que constitue l’être humain dans l’univers, aussi bien son immensité physique que temporelle – mais ce prologue le dissémine de façon assez brillante, sans les artifices empesés (ces monologues sentencieux, au secours) et mièvres qui suivront ensuite. Vingt-cinq belles premières minutes d’autant plus belles qu’elles sont pleine de promesses. Que nous réserve le film, par la suite ? Que contiendront les deux parties (manquantes) à venir ? Et dans le même temps comment se relever de la fin de cette partie ? Comment faire suite à un champ d’étoiles qui disparait ?

     Je pense que la suite du film, dans son ensemble, m’a autant ennuyé et agacé qu’il m’avait séduit au préalable. Rarement ressenti un écart aussi grand, dans un même film. C’est simple, je trouve tout ce qui suit complètement nul, aussi bien cette horrible voix off que cette musique de fond, cette construction façon jeu de piste que ce banal mélo familial, ce personnage insipide de Chuck que cette danse ou cette pièce secrète. Je n’aime plus rien. J’ai l’impression d’assister à une enfilade de tout ce que je déteste au cinéma, que j’ai pu voir chez Charlie Kauffman (Je veux juste en finir) ou Darren Aronofsky (The Fountain). Eu l’impression d’assister à une relecture de Soul (Un Pixar que j’aime assez peu, par ailleurs) qui se dégonfle de minutes en minutes jusqu’à cette ultime scène (attendue) qui semble espérer qu’on chiale mais qui m’a juste fait lâcher un : Tout ça pour ça !

     Je lui en veux beaucoup en fin de compte. J’aurais adoré être ému par la suite de ce début de film qui m’avait séduit. Et j’ai trouvé que c’était de pire en pire. Je redoutais presque l’acte 0 tellement il m’agaçait. J’adore le côté énigmatique de cette première partie. J’ai hâte de revoir ces personnages (l’enseignant, l’ex-femme, le voisin, la fille en rollers, les parents d’élèves, qu’importe) dans la partie suivante, enfin précédente, du coup. Mais non, personne. Déjà, le film se fou un peu de ma gueule, je trouve.

     Mais cette énigme se brise justement dès la fin de cet acte 3 dans la mesure où le film vend la mèche sur ses velléités métaphysiques. Il s’agit donc de dire que l’humanité est une poussière dans l’univers. De citer Karl Sagan, l’astrophysicien qui explique que si l’on ramène l’histoire de l’univers à une année calendaire, l’humanité apparaîtrait à 22h30 le 31 décembre. Et pourtant le film finira par vanter tout l’inverse à savoir que lorsqu’une vie s’éteint c’est tout l’univers qui s’effondre. Désolé mais non, c’est une vision qui me semble complètement ridicule et anthropocentrique.

     Je crois que le film perd de sa force à cause de sa structure. Le troisième acte il doit être à la fin, pour moi. Car après l’apocalypse il ne reste rien. C’est difficile de revenir en arrière après ça. Alors oui l’effet de surprise de « la fin du monde est indexé à la mort d’un individu » ne fonctionnerait pas si le film était structuré de façon chronologique. Que tout résonne avec cette idée de contenir des multitudes, le fait que tous ces personnages sont finalement des projections de son subconscient associés à ses souvenirs.

     Mais du coup c’est une impasse, pour moi. Je ne sais pas ce qu’il en est dans la nouvelle de Stephen King, dont le film est l’adaptation. Est-ce que cela fonctionne mieux à l’écrit ou non ? La mise en scène m’a semblé bien fonctionnelle d’ailleurs. Très loin de ce qui avait été proposé par Flanagan dans The Haunting of Hill House. Et si j’aime cette première partie dans le même temps je ressens un peu le Melancholia passée à la moulinette du film Deauville. Un peu à l’image de sa scène de danse. Oui, elle est jolie (et joliment chorégraphiée) mais pareil je ne ressens rien devant. J’ai l’impression que c’est la scène d’un autre film qu’on me propose. Une belle scène de danse peut me faire chialer par sa beauté, moi, suffit de citer l’ouverture de La La Land ou celle de 35 rhums, pour citer deux séquences dansées tout à fait opposées. Là rien. Petit calvaire global.

Somebody somewhere – S2 -HBO – 2022

02. Somebody somewhere - S2 -HBO - 2022Ses amis, ses amours, ses emmerdes.

   7.0   On retrouve l’élan et la simplicité de la première saison, qui caractérise bien l’univers des frères Duplass, surtout producteurs ici. C’est une belle série sur la famille, celle qu’on a et celle qu’on se crée, une belle série sur l’amour et l’amitié, sur le deuil aussi. Et une belle série sur le trou du cul du Kansas. C’est Manhattan mais évidemment pas celui de New York, pas celui qu’on connaît.

     C’est l’un des grands plaisirs offerts par Somebody somewhere : on est tellement abreuvé de films ou séries construits sur de gros rebondissements, un super pitch, des interprétations à récompenses et une volonté d’attraper le chaland et ne plus le lâcher, qu’il est bon d’assister à tout le contraire. Pas un seul personnage qui soit foncièrement antipathique, ici. Et à l’inverse, pas de héros non plus.

     Une série qui ne cherche jamais à tout surjouer. Une série où le plus gros rebondissement de la saison c’est quand Sam apprend que son meilleur ami lui a caché sa relation amoureuse avec le type de la paroisse. Ou quand Sam comprend que sa sœur était au courant avant elle du cancer de leur grande sœur. La vie, quoi. L’épisode cinq est un déchirement, par ailleurs.

     Mais Somebody somewhere c’est aussi tout un tas de petites choses – de la vie, toujours – anodines, légères ou non, agréables ou non, ces petits moments qui font les journées, ces discussions qui font l’amitié. Tout ce qui se déroule autour du duo Sam / Joel concentre les meilleures inspirations de cette saison : cette scène de réconciliation dans l’église, mon dieu.

Culte – S1 – Prime – 2024

01. Culte - S1 - Prime - 2024Up and down.

   7.0   « Il faut changer l’eau de la piscine ». C’est sur ces mots, prononcés par Isabelle de Rochechouart, interprétée par Anaïde Rozam, qui assiste à la scène entre Loana & Jean-Edouard, depuis les coulisses de l’émission, que s’ouvre Culte. La réplique est paraît-il authentique, et empruntée à celle, qui d’abord simple cheffe de projet, deviendra vite productrice d’une grande partie des télé-réalités en France : Alexia Laroche-Joubert.

     En six épisodes de quarante-cinq minutes, Culte revient sur la révolution télévisuelle française que constitua l’arrivée de Loft Story (calquée sur Big Brother) sur les écrans en avril 2001. Il s’agit de suivre l’envers du décor soit les aléas au niveau de la production, les combats entre TF1 et M6, le pari de la petite boîte de production, les démêlés avec le CSA, la dynamique instiguée par Alexia Laroche-Joubert. En réalité il s’agit de voir comment les outsiders se frayent un chemin dans un monde de requins.

     Il s’agit aussi bien entendu de suivre la construction du casting (effectuée comme une création de sitcom, ils ambitionnent d’agencer un reality Friends en gros) et l’arrivée des lofteurs. La série s’intéresse quasi uniquement à Loana, pourquoi pas, c’était elle la vraie star du show, gogo-danseuse propulsée icône, véritable machine à buzz malgré elle, de l’épisode piscine aux révélations de la fille cachée.

     J’avais dévoré ce programme télévisé à l’époque, je me souviens j’étais en fin d’année de troisième, je venais d’avoir quinze ans, je ne ratais pas une quotidienne, je crois que j’en enregistrais même certaines, vers la fin, en juin, pour avoir la sensation de passer plus de temps avec eux, avec Loana, Christophe, Philippe, Laure et les autres. Je me souviens parfaitement de l’épisode durant lequel ils jouaient au badminton par exemple ou de celui où ils devaient « rouler » en tandem pendant vingt-quatre heures en relais, je crois. Ils glandaient rien.

     C’était aussi cela la magie de cette première saison, tout y était cheap, improvisé, ça manquait d’activités, le jardin n’était même pas fleuri, les lofteurs n’avaient même pas conscience qu’ils étaient des stars (inconcevable aujourd’hui) simplement en étant eux-mêmes, en discutant, glandouillant, s’engueulant, s’aimant, face caméra. C’était passionnant et génial pour certains, obscène et débile pour les autres, en tout cas c’était difficile de passer à côté.

     Bref autant dire que j’étais très curieux pour ne pas dire excité par cette création Prime, plus de vingt années après les faits. La série nous replonge dans l’effervescence de cette époque. Dans les coulisses de la naissance de ce bouleversement télévisuel. La finale de Loft Story généra 49% de parts de marché, une audience digne d’un gros match de foot. C’était dingue.

     Mais l’idée c’est aussi de créer un peu de fiction, un peu plus de romanesque encore et notamment via un personnage du staff qui tombe littéralement amoureux de Loana. C’est assez malin sans être très original. Et le tout emballé en six épisodes énergiques dans la lignée formelle d’un Dix pour cents, je dirais, même si je trouve que la série, sans s’essouffler pour autant, perd de sa superbe au cours des deux derniers épisodes plus convenus. Et l’on retient la naissance du monstre bien plus que la vie de ceux qui l’ont créé.

Rasta rockett (Cool runnings) – Jon Turteltaub -1994

20. Rasta rockett - Cool runnings - Jon Turteltaub -1994« La glace ! La glace ? »

   5.0   Jamais été attaché à ce petit divertissement familial pour les gamins, que j’ai très peu regardé, contrairement à d’autres films-madeleines de la même époque, comme Chérie j’ai rétréci les gosses ou Maman j’ai raté l’avion (dans lequel on retrouve, en musicien de polka, le coach de Rasta rockett). Je devais déjà être trop vieux quand il est sorti. Je regardais déjà Le dernier des mohicans ou Die Hard, en fait. Mais revu avec les enfants et je dois reconnaître que ça fonctionne plutôt bien, en guise de film du dimanche aprèm avec sa légèreté, son humour gentillet mais jamais lourd, et sa petite morale, son message de tolérance. Mais je crois que ce qui me touche c’est son côté ultra cheap (réa, acting) qui va de pair avec sa première équipe de bobsleigh jamaïcaine. On a vu bien pire comme Disney movie.

Duel au soleil (Duel in the sun) – King Vidor – 1948

17. Duel au soleil - Duel in the sun - King Vidor - 1948Les prisonniers du désert.

   7.0   Visuellement le film m’a impressionné. Comme j’avais pu l’être déjà avec Vidor, devant Le rebelle. Mais premièrement je pense que j’en attendais trop, je l’avais un peu trop fantasmé ce film et il m’a très peu passionné et ému, je dois bien avouer. Et deuxièmement (mais qui découle de mon premièrement) je pense que j’ai été très gêné par quelque chose d’essentiel, que ma compagne a soulevé à la fin de notre visionnage : un manquement important, la question de l’âge des protagonistes. Dans le bouquin, ils ont une quinzaine d’années si j’ai bien compris. Et bien on ne nous dit jamais leur âge dans le film. Normal puisqu’il s’agit de Jennifer Jones & Gregory Peck, qui ont lors du tournage passé la trentaine. Ce n’est peut-être pas important pour certains, pour moi c’était problématique, impossible de croire à cette histoire d’amour fou et impossible autrement qu’en voyant des adultes jouer à faire les gamins. Du coup, la scène finale n’a eu absolument aucun effet sur moi. Après y a évidemment de superbes choses dedans, la photo notamment, les rapports entre frères, avec le père, la mère (cette scène magnifique du livre photos) mais je reste tout de même un peu sur ma faim.

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