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Archives pour septembre 2025

La femme flic – Yves Boisset – 1980

18. La femme flic - Yves Boisset - 1980Seule contre tous.

   8.0   Le cinéma militant d’Yves Boisset atteint des sommets d’engagement et de noirceur avec La femme flic, grand film brûlot qui tire à boulets rouges sur tout ce qui bouge, en priorité la gent masculine – Miou-Miou incarnant une jeune inspectrice, à la fois déterminée et toute en retenue, dans un monde foncièrement misogyne et paternaliste – et une police frileuse, toujours encline à fermer les yeux si les enquêtes empiètent sur les hautes sphères institutionnelles.

     C’est l’histoire de Corinne Levasseur, une flic parisienne que l’on mute de force dans le Nord Pas-de-Calais car elle devient un peu trop gênante, un peu trop idéaliste, un peu trop investie. Elle est d’abord missionnée pour délivrer des cartes d’identité, des passeports, rédiger des rapports. Un jour, elle se voit néanmoins chargé d’enquêter sur un suicide avec possible histoire incestueuse. Mais à la suite de la découverte du corps d’une fillette dans les corons, sur un terril, elle découvre un vaste réseau de prostitution enfantine au sein duquel les plus véreux politicards et riches industriels de la région semblent agir en toute impunité depuis la nuit des temps.

     Il est à noter qu’Yves Boisset s’inspire, pour La femme flic, de plusieurs affaires liées à la prostitution, mais surtout d’un fait divers ayant eu lieu l’année précédente, le (supposé) suicide d’une fonctionnaire de police ayant démissionné après avoir enquêté sur une affaire de pédo-criminalité impliquant des notables de Lille. Le récit du film est sordide. La réalité peut-être encore davantage, puisque le film laisse la possibilité d’une issue, d’un éventuel espoir.

     Bref, ce n’est pas un Boisset des plus subtils, encore moins nuancé, quand bien même les personnages du syndicaliste au chômage et du prêtre ouvrier prêtant mains fortes à Levasseur servent de seconde boussole dans ce monde pourri. Boisset n’hésite pas à mettre les pieds dedans, à l’image des revues pédopornographiques ou de cette scène atroce, sourde, qui voit notre femme flic en filature observer un vieil homme qui accompagne une gamine de l’école vers un hôtel de passe.

     Certains diront que le sujet et l’engagement de ce film-dossier dévorent un peu la mise en scène de Boisset, qui se fait plus fonctionnelle que dans Espion, lève-toi, par exemple. Au contraire, il me semble qu’il fait une description juste de l’époque et la vie morose dans les villes minières, l’ambiance d’un commissariat, le fonctionnement d’une enquête, qu’il capte la vie des gens, les visages. Sa mise en scène est discrète, oui, mais au diapason de son personnage central. C’est un magnifique portrait de femme doublé d’une radiographie sociologique terrible. Un film d’hier qui résonne malheureusement encore bien aujourd’hui.

Les ailes de l’espoir (Julianes sturz in den dschungel) – Werner Herzog – 2000

16. Les ailes de l'espoir - Julianes sturz in den dschungel - Werner Herzog - 2000Ma ligne de chance.

   8.0   Le 24 décembre 1971, le vol Lansa 508 s’écrase et disparait dans la jungle péruvienne. Parmi les 92 passagers, une seule survivante, Juliane Koepcke, dix-sept ans à l’époque, erre onze jours dans la forêt avant de rejoindre un village le long du fleuve.

     Vingt-sept années plus tard, Werner Herzog retourne dans cette forêt sud-américaine avec Juliane, afin de retrouver les restes de l’épave de l’avion (trois expéditions furent nécessaires), retracer les circonstances du drame et refaire l’épopée effectuée par la jeune femme pour sa survie.

     Il s’agit avant tout de capter les souvenirs de la miraculée, de voir la profonde blessure que cet événement a imprimé en elle. La perte de sa mère – qui l’accompagnait dans l’avion – et celle de l’entièreté des autres passagers. Et comment vivre seule avec cela ? Comment découvrir ce monument aux morts qui fait référence au crash et son unique survivante plutôt qu’aux 92 âmes dévorées par la jungle ?

     Idée géniale qui rend le projet aussi improbable qu’exaltant : il se trouve qu’Herzog avait réservé ce vol vingt-sept ans auparavant puisqu’il tournait Aguirre, la colère de dieu au Pérou. Il se trouvait dans le même aéroport en cette veille de Noël et à la suite d’annulations de vols il n’avait pu obtenir son billet pour celui-ci. Bien sûr, ceci tient de l’anecdote tant l’attirance d’Herzog pour ces récits fous sur des survivants, sur des anomalies marginales, suffit à en faire un sujet typiquement herzogien. Mais l’anecdote résiste malgré tout, fait de lui aussi un lointain rescapé, qui n’aura pourtant pas eu à traverser la jungle pour s’en tirer et pourtant il y était puisqu’il tournait son film (son chef d’œuvre) sur des conquistadors en quête d’un eldorado à quelques kilomètres de là où Juliane tentait de survivre seule dans la jungle.

     Ici il ne s’agit pas de parler de héros, de courage ni d’exploit. Il faut recontextualiser le miracle, raconter que Juliane tient sa survie à sa connaissance aiguë de la jungle (puisqu’elle y a grandi) et qu’elle a moins craint les insectes, piranhas, crocodiles ou raies venimeuses, encore moins les intempéries et la faim (boire lui suffisait) qu’elle s’inquiétait d’une plaie (héritée lors du crash) à l’épaule, qui s’infectait au fil des jours. Juliane & Herzog se moqueront par ailleurs d’une fiction de seconde zone inspirée de son récit, accentuant ses combats contre les caïmans, sa peur de la forêt, joué par une actrice sans talent : on en verra des images, ça a l’air fabuleux…

     C’est une nouvelle fois un film incroyable, tout en digressions et poésie, sur les forces humaines insoupçonnés, sur les traumatismes, sur les miracles impossibles. Et sur une nature infinie, aussi protectrice que dangereuse, minérale et onirique. Sur une communion magique – puisque c’est un mot qui revient souvent dans la bouche de Juliane Koepcke – entre une femme et « sa » jungle.

The white diamond – Werner Herzog – 2004

06. The white diamond - Werner Herzog - 2004La forêt des songes.

   8.5   Les films de Werner Herzog sont sans cesse des objets de glissement, déviant de leur sujet de base, chevauchant les trames. Un peu comme sa faculté à brouiller les cartes du documentaire et de la fiction. Difficile de ne pas l’évoquer : Les frontières sont faites pour être franchies et abolies, chez Herzog.

     The white diamond n’y déroge pas. Le cinéaste ici s’intéresse à un ingénieur aéronautique, Graham Dorrington, ayant inventé un nouveau type de ballon dirigeable dans le but de survoler la forêt guyanaise et de permettre une étude plus approfondie de sa canopée. Mais son rêve est aussi celui de voler au-dessus des chutes de Kaieteur.

     Personnage typiquement herzogien dialoguant avec un autre personnage herzogien, peut-être le personnage du film, entité hors-champ, Dieter Plage, disparu une dizaine d’années plus tôt lors d’un vol en dirigeable au-dessus de la forêt qui a mal tourné. On réalise rapidement que cet homme, source de motivation pour son ami chercheur, devient un pur objet de fascination pour Herzog lui-même, qui n’hésitera pas à effectuer le premier vol d’essai aux côtés de Dorrington, afin de conjurer le sort : au même titre que la première ascension (en solo, puisque son cameraman est mort dans une avalanche) de l’alpiniste dans Cerro Torre, il ne reste pas d’image de cet envol qui coûta la vie à Dieter Plage.

     Le film s’ouvrait pourtant ailleurs à savoir sur un assemblage d’images d’archives contant les débuts de l’aviation et notamment ses premiers accidents, ses premiers échecs de fabrication. The white diamond a tout d’emblée d’un film pédagogique, tant il présente les fous volants d’hier avant de nous demander de suivre un fou volant d’aujourd’hui.

     Oui mais voilà, rapidement cette mécanique se grippe, ce scénario apparemment aussi élaboré que le projet de son personnage, se craquèle, fait entrer des zones de rêverie, des échappées oniriques. Mieux, il fait entrer d’autres personnages, qui seraient restés dans l’ombre n’importe où ailleurs : un technicien guyanais abandonné par les siens dès son jeune âge, qui se dit que la sortie du film lui permettra peut-être de les retrouver ; un jeune danseur effectuant des moonwalks sur le promontoire de la fameuse cascade. Mais aussi les martinets et leur ronde divine au-dessus des chutes. Ce film est une merveille.

Cerro Torre, Le cri de la roche (Cerro Torre, schrei aus stein) – Werner Herzog – 1992

05. Cerro Torre, Le cri de la roche - Cerro Torre, schrei aus stein - Werner Herzog - 1992Folie verticale.

   6.5   Il y a toujours du documentaire dans la fiction ou l’inverse chez Herzog. L’un ne va jamais sans l’autre. Surtout c’est un savant jeu d’équilibriste qu’il est probablement le seul à maîtriser de la sorte. Cerro Torre a tout pour faire partie de ses grands films, sur le papier : l’histoire d’un affrontement entre deux alpinistes sur les parois d’une des montagnes les plus dangereuses du monde : le Cerro Torre, en Patagonie.

     Or Herzog se noie un peu, aussi bien dans sa partie fictionnelle (le récit n’est pas très intéressant, les personnages assez ternes) que dans sa partie documentaire puisqu’il ne parvient pas tout à fait à mettre en image cette montagne (comme il pouvait si bien le faire dans Gasherbrum, par exemple) à l’exception des dernières minutes, d’une beauté sans nom, qui rivalisent avec ses meilleurs films, ses meilleures fins.

      Il faut voir le film pour ces instants-là. Et pour le personnage d’ermite fou incarné par Brad Dourif, qui ferait figure personnage dément partout ailleurs mais qui chez Herzog fait office de fou raisonnable, de héros, lorsqu’in-extrémis c’est la photo de Mae West, entre-aperçu dans sa grotte que l’on voit au sommet du Cerro Torre. Il y a de belles choses. Mais j’attends davantage d’Herzog sur une matière comme celle-là.

Alpha – Julia Ducournau – 2025

07. Alpha - Julia Ducournau - 2025Mal de marbre.

   6.5   Il me semble qu’on a un peu exagéré sur le cas Julia Ducournau, moi le premier. Grave était certes un beau premier film, assez insolent, qui dénotait (largement) du reste de la production de genre hexagonale. Mais en le revoyant, si la cohésion dramaturgique reste, il faut reconnaître que les coutures sont assez lourdes et visibles. Mais c’était un beau geste pour un premier film. Prometteur.

     Titane allait bien plus loin narrativement et graphiquement et paradoxalement moins loin dans sa dimension organique : on y ressentait moins la chair et la matière ou bien de façon beaucoup trop programmée. Les enchaînements aussi, ne fonctionnaient plus très bien. Comme si la puissance de son cinéma avait été dévorée par son insolence, en créant un enchâssement de vignettes plus qu’une construction dramatique.

     Alpha, son troisième film, débarque donc en salles quelques mois après une présentation cannoise catastrophique où le film s’est fait étriller de partout. La critique globale en a fait sa cible première, parlant d’accident industriel, de film pas fini, formellement dégueulasse, réalisé par une cinéaste à l’hubris surdimensionné, qu’il fallait d’ores et déjà blacklister. Au secours. Mais la mise en garde a fonctionné car j’y allais vraiment à reculons avec toutefois une pointe de curiosité.

     Avec Alpha, il me semble que Ducournau renoue pourtant avec la force de son récit qui s’avère ici être un vrai mélodrame familial agencé autour d’un virus jamais nommé, mais qui fait inévitablement penser à celui du Sida. Bien évidemment c’est en priorité les dégâts corporels qui intéressent d’abord la réalisatrice de Grave : ici le devenir pierre de ces malades qui se multiplient et qui rappellent forcément nos pandémies diverses et variées. Il y a de belles trouvailles graphiques dans cet amoncellement de corps mutant en statues de marbre.

     Mais Ducournau exploite aussi son décor, réduit principalement à une chambre, un appartement, un hôpital ou plus brièvement une salle de classe, une piscine ou une boite de nuit. Chaque fois elle dynamite cet espace à l’image de cette fenêtre donnant sur un échafaudage qui prend les allures d’un pont de singe en pleine tempête cauchemardesque. Il y a des fulgurances visuelles et sonores partout. Le son est dingue, en surrégime permanent comme calqué sur la paranoïa d’Alpha et les crises de manque d’Amin, campé par un impressionnant Tahar Rahim, qu’on n’avait pas vu aussi habité depuis Un Prophète.

     J’avais parfois l’impression de naviguer dans un mélange entre Mad love in NY & Enter the void ! A noter par ailleurs que le film s’ouvre en s’extrayant d’une nécrose un peu comme Uncut gems nous faisait sortir d’un anus, puis se ferme comme Irréversible avec la septième de Beethoven : il faut donc peut-être davantage chercher les filiations chez Noé et Safdie, finalement, que chez son maître revendiqué Cronenberg. Mais c’est à un autre film, un autre cinéaste auquel j’ai pensé ici, un autre cinéma de l’urgence : Les amants du Pont-Neuf, de Leos Carax. Et aussi, dans une moindre mesure, à un film plus confidentiel : Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…. d’Uli Edel.

     Si le film de Ducournau me semble moins réussi que ces quatre films-là c’est en partie car il me paraît plus foutraque (dans la lignée de Titane), moins canalisé, cherchant absolument à tout mettre, en permanence : la scène sous Nick Cave est à la fois incroyable (ce morceau « The Mercy Seat » (1988) est fabuleux, déjà) de visions horrifiques, de plongée abyssale et de douce mélancolie, mais du coup trop excessive, trop chargée en tout. Et en un sens il m’évoque un autre film, d’une autre jeune réalisatrice française talentueuse, qui m’avait autant enthousiasmé que déçu : Les cinq diables, de Léa Mysius.

     Alpha est sans doute trop long aussi. Parfois répétitif. Il y avait peut-être moyen de faire plus à l’os, plus fort. De la même manière, l’articulation sur deux temporalités enchâssées (distinctives par une photographie chaude pour l’une, froide pour l’autre) me semble une construction assez ratée d’autant qu’elle s’annule dans ce final un brin grandiloquent qui choisit de tout mélanger. Bancal, le film l’est. Mais il est aussi très stimulant dans sa dimension opératique. C’est un beau film de famille, de fantômes, sur l’amour et la maladie. Je suis content d’y être allé.

Valeur sentimentale (Affeksjonsverdi) – Joachim Trier – 2025

10. Valeur sentimentale - Affeksjonsverdi - Joachim Trier - 2025Le moindre geste.

   4.0   Première fois que Joachim Trier ne parvient à m’intéresser ni par sa mise en scène ni du point de vue émotionnel. Il y a plein de films dans Valeur sentimentale. Un film sur une maison, un autre sur deux sœurs, un film père/fille, un autre sur deux actrices, un film de famille, de fantômes, un film sur le théâtre et le cinéma, un film dans le film. Mais aucun n’est traité, tout reste au stade embryonnaire et s’enchâsse pour créer un non-film post bergmanien idéal pour festivaliers en pantoufles.

     Je suis dur parce que je lui en veux beaucoup : c’est un film qui doit me terrasser plus d’une fois. La scène finale (ou presque) avec l’échange entre les deux frangines, je dois être en miettes. Séquence très réussie par ailleurs, mais qui m’a semblé complètement ratée au regard des deux heures auxquelles je venais d’assister. Son entrée qui tente de faire de cette maison un personnage, j’avais la sensation d’être chez Akerman ou Duras, puis plus rien ou pire, une petite musique d’enrobage (du Terry Callier, du Labbi Siffre, à choisir autant que ce soit des morceaux fabuleux) ou un cut au noir.

     Le film est un petit programme, très bien emballé, superbement mis en scène, monté, rythmé (on ne s’ennuie jamais) mais hyper lisse, il n’essaie rien, ne tente jamais un glissement audacieux, un pas de côté stimulant. Il est tout le contraire d’Alpha, de Julia Ducournau, duquel je sortais la veille. C’est un film réussi, mais hermétique, complètement monocorde : il n’y a pas véritablement d’enjeu, jamais de conflit encore moins d’explosion alors que ça ne demande qu’à péter. Reste un pot-pourri de méta-film, héritage familial, personnage-maison, blessure ouverte, absence du père, shoah, suicide, papa toxique et narcissique, histoire qu’on n’oublie rien. Énorme déception.

Destination finale, Bloodlines – Zach Lipovsky & Adam B. Stein – 2025

08. Destination finale, Bloodlines - Zach Lipovsky & Adam B. Stein - 2025Grand-mère-la-mort.

   6.0   Une franchise qu’on relance quatorze années après son dernier opus, c’est rarement bon signe. Cependant, la saga Destination finale ne contient pas vraiment une série de films se faisant suites les uns des autres : on pourrait aisément les regarder dans le désordre, cela n’a pas d’importance.

     J’attendais un épisode de plus, dans la lignée des autres : un slasher très paresseux, avec la mort en boogeyman, une ouverture en deux temps, avec prémonition de catastrophe puis conscience de cette prémonition permettant de sauver provisoirement les personnages, suivie d’une course contre la montre pour ne pas mourir mais surtout pour qu’on les voit mourir dans des circonstances toujours plus inventives et jouissives : la mort fait rarement de cadeau, dans Destination finale.

     Et ce sixième opus m’a à la fois conquis et surpris. J’étais à la fois dans mes chaussons et curieux des virages qu’il allait arpenter. Il y a d’abord une chouette entrée en matière, probablement la plus longue des six opus, concentrée fin des années 60 autour d’un couple et de l’inauguration d’une tour Sky View. La séquence est horrible d’un point de vue technique, une bouillie numérique, mais ça ne change pas des précédents épisodes. En revanche elle est déjà pensée en détails, objets, échos variés, qui se répercuteront dans la suite du film.

Mais la belle idée ou plutôt les deux belles idées – la seconde découlant de la première – c’est d’avoir opté pour cette étrange temporalité, une grande première dans la franchise. En effet, Destination finale s’ouvre systématiquement sur la prémonition d’un personnage acteur de sa propre mort. Or ici la vision nous renvoie cinquante années plus tard avec la petite fille de ce couple qui apparaissaient dans cette introduction. En somme ils ont survécu suffisamment longtemps pour faire des enfants qui ont fait des enfants.

     Le programme de la mort se jouera donc ici entièrement sur le terrain familial – idée géniale. Et il va s’avérer assez vertigineux en plus de nous offrir peut-être bien la plus belle (double) mort de la saga, dans un hôpital, au sein d’une salle d’IRM. Une scène qui dure comme jamais, cumule les détails (le ressort d’un distributeur de cacahuètes, bordel) dans un carnage jamais vu. Mais il ne faut pas délaisser la séquence du camion de poubelles, celle du barbecue (avec un agencement trampoline/tondeuse à gazon magnifique) et encore moins cette scène dans le salon de tatouage qui sera la plus majestueuse fausse piste de la saga.

     Allez, y a plein de trucs moins bien, évidemment. La toute fin, comme d’habitude. Les personnages un peu débiles. Mais j’en garde que le bon et notamment son hommage à Tony Todd, qui campe le personnage récurrent de la franchise et dont on comprend enfin la présence répétée. Le film lui est bien entendu dédié. Mais le voir, là, une dernière fois, méconnaissable tant il est diminué, offre un moment assez émouvant et ce n’est pas pour ça qu’on vient voir un Destination finale donc petit bonus loin d’être négligeable.

     Et puisque l’intérêt principal de cette attachante saga est d’assister aux différentes morts improbables qui jalonnent ces six films, à renfort de détails et de fausses pistes, voici un top 15 perso, très réfléchi, hors scènes d’ouverture :

01. Gymnastique et un raté sur la poutre (DF5)
02. Salle d’IRM. Deux pour le prix d’un (DF6)
03. Double séance d’UV très brûlante (DF3)
04. Cuisine en feu et échelle de secours (DF2)
05. Plaque de verre et pigeons en sortant de chez le dentiste (DF2)
06. Feu en folie et couteaux cuisine (DF1)
07. Institut de beauté, tondeuse et caillou dans la gueule (DF4)
08. Opération au laser déréglé (DF5)
09. Cruel camion de poubelles (DF6)
10. Airbag récalcitrant et pieu dans la tronche (DF2)
11. Barbecue, trampoline et tondeuse à gazon (DF6)
12. Salle de sport et appareil de muscu écrabouilleur (DF3)
13. Entrepôt et perceuse à clous (DF3)
14. Plaque d’immatriculation et décapitation (DF1)
15. Camion fou et drive de fast food (DF3)

Destination finale 5 (Final destination 5) – Steven Quale – 2011

04. Destination finale 5 - Final destination 5 - Steven Quale - 2011Un pont trop loin.

   6.0   Le meilleur de la franchise. Je ne change rien à mon papier d’époque de sortie du film :

     Destination finale ne s’était jamais aussi bien portée. Pourtant, l’interrogation quant au plaisir relatif éprouvé devant la découverte de chacun des volets subsiste. L’idée première c’est le recyclage. A aucun moment le dispositif enclenché par le premier opus n’a connu de réel bouleversement.

     Il y a d’abord une séquence d’accident en guise d’entrée (l’explosion d’un avion, un carambolage sur une autoroute, la chute d’un wagon dans une montagne russe, une collision de stock-cars terminant leur course dans les gradins et maintenant la chute d’un pont suspendu) vécue à chaque fois comme une prémonition. Donc, ce que l’on voit durant un quart du film ou presque à tous les coups c’est ce qu’il aurait dû se passer sans la prémonition de quelqu’un de concerné dans l’accident qui évite à lui/elle et ses amis de périr dans la catastrophe. Un petit groupe s’en tire indemne systématiquement, les autres y passent comme prévu.

     Puis, ce petit groupe de rescapés, que l’on va suivre pendant le reste du film, va se retrouver confronté à la mort, qui cherche à finir le travail. Et chaque fois (ou presque) dans l’ordre dans lequel il mourrait durant la prémonition. C’est le maigre indice que celle-ci leur laisse. Puis, le film se termine systématiquement sur une séquence au cours de laquelle une partie du groupe croit s’en être tiré (en évitant ou déjouant la mort) avant qu’il ne soit rattrapé dans un final généralement expéditif qui contraste avec le temps accordé à la première scène du film.

     Sur cette trame peu inventive et redondante on est en droit de se demander quelles sont les raisons pour lesquelles nous retournons voir l’épisode suivant. C’est certainement parce que l’inventivité est ailleurs. Et que contrairement à Saw et d’autres conneries du genre, l’atmosphère reste légère, drôle, volontairement. Plus drôle que sadique et moraliste en tout cas. Cette « inventivité » déplace les enjeux qui se situent dans le déroulement orchestré par ces différentes façons de mourir. On se souvient de certaines séquences des opus précédents qui valaient leur pesant d’or, comme la machine à biceps de la salle de gym, les barbelés, la salle d’UV, un enchaînement improbable dans une baignoire, au drive d’un fast-food, une histoire de clous, l’airbag d’une bagnole.

     Nous n’allons pas voir un Destination finale pour une quelconque dramaturgie, ni même pour une atmosphère pesante à nous empêcher de dormir, ni même pour voir des personnages qui existent à l’écran. Aucune expérience éprouvante simplement du divertissement popcorn. Reste que l’intérêt premier de la série, ce qui fait qu’il est attrayant, supportable, c’est le minimalisme de ses effets et la non-incarnation de la mort, qui agit selon des mouvements irréguliers, suivant divers dysfonctionnements, souvent des accidents quotidiens, des enchaînements improbables mais pas impossibles, en tout cas rarement de manière ostentatoire.

     La saga reste depuis toujours vide de sens, elle se construit sur du vide, il est donc légitime que ses personnages soient vides eux aussi. Ce cinquième volet tente bien quelque chose un moment donné, pour dépareiller des précédents mais ça ne marche pas bien. Il avance une théorie (par l’intermédiaire d’un croque-mort) selon laquelle il serait possible de déjouer le programme de la mort en se faisant remplacer donc en tuant quelqu’un, dans le but de prendre le restant de ses jours à lui. Le film débouche alors vers un truc un peu vain de règlement de compte entre amis pour ne pas y passer qui n’a aucun intérêt et fait perdre le charme de l’impossibilité de s’en sortir quoiqu’il arrive qui régnait depuis le premier volet.

     Néanmoins, il y a quatre bonnes nouvelles dans ce Destination finale, cinquième du nom. Avant tout, sa mise en scène, plus sobre, plus limpide, dans sa photo, son montage, sa lumière. Puis, l’orchestration des morts. La saga connaît désormais son top one à mon sens avec un enchaînement complètement fou (et dieu que ça dure c’est un régal) dans un gymnase. Les autres sont très bien aussi, je retiens essentiellement celle de l’opération des yeux au laser, sans doute une de celles qui sont les plus difficiles à regarder, c’est absolument immonde. Une autre bonne nouvelle se situe aux extrémités, à savoir les génériques : Magnifique entrée fort bien utilisée par la 3D. Et très beau clip final de quasiment toutes les morts de la saga. Ça lui confère un côté nanar assumé en forme d’ultime volet, cerise sur le gâteau, d’autant plus agréable que c’est le plus réussi des cinq. Et la dernière concerne la sortie du film, sa dernière scène, fort sympathique, assez inattendue pour le coup et l’on se dit qu’il vaut mieux avoir vu le tout premier film pour que cela fonctionne mais je n’en dis pas plus. Bon cru.

Destination finale 4 (The Final Destination) – David Richard Ellis – 2009

17. Destination finale 4 - The Final Destination - David Richard Ellis - 2009Nanar aux trousses.

   4.0   J’en gardais un souvenir catastrophique. Ce sont les effets spéciaux qui le rendent (plus) embarrassant (que les autres) – on a vraiment la sensation désagréable d’assister à la bouillie numérique immonde qui inonde n’importe quel Sharknado ou Zombeavers : oui, Destination finale 4 est un gros nanar, produit par-dessus la jambe, mal filmé, mal branlé. Mais des choses surnagent néanmoins, en plus du plaisir régressif provoqué par quelques plans machiavéliques de la faucheuse, qui n’a jamais autant joué la carte de la fausse piste : toute la scène au salon de beauté cumule les possibilités d’accident (ventilateur et siège cassé, produit renversé, cannette coincée dans un fer à lisser, le tout partagé entre plans de ciseaux et pince ongulaire) avant qu’une pierre propulsée par une tondeuse à gazon sonne le glas. On note aussi un générique introductif plutôt sympathique rejouant l’intégralité des morts de la saga par rayons X. Autrement, les personnages n’ont jamais été autant antipathiques : c’est un vrai plaisir sadique que de voir ce beauf sportif se faire littéralement avaler par le système de vidange d’une piscine. « La petite surprise » sans intérêt arrivera dans le dernier quart du film, après qu’on ait assisté aux morts des deux amies restantes – l’une d’elles se retrouve empalée sur son siège à la suite d’une explosion au cinéma, l’autre délicieusement dévorée par les rouages d’un escalator : le personnage principal avait en réalité la vision de leur mort (sur le tard) et l’on revient en arrière, juste après qu’une ambulance ait percuté le vigile qui avait une sensation de déjà vu en traversant la route : clin d’œil au bus du premier film. Les trois déjouent donc le plan de la mort qui les rattrapera brutalement dans l’épilogue, très proche de celui du premier film, encore. Plus que les précédents, il faut voir cet opus avec potes, bières et pizza. Et sans trop regarder les effets spéciaux au rabais qui ont tout miser sur la 3D : c’était la même époque (équipe ?) que Piranha 3D, évidemment.

Destination finale 3 (Final destination 3) – James Wong – 2006

05. Destination finale 3 - Final destination 3 - James Wong - 2006Plaisir forain.

   5.0   Celui-là je l’avais vu en salle à sa sortie. J’en gardais un agréable souvenir, notamment son ouverture dans le parc d’attractions. Mais cette intro est assez décevante. J’ai surtout eu envie de revoir un film que j’adore, Le toboggan de la mort (Rollercoaster) de James Goldstone, qui lui parvenait à créer son suspense autour des montagnes russes, à filmer les rouages.

     James Wong (de retour à la barre) ne parvient pas organiser une quelconque tension autour des mécanismes du grand huit, du son produit par le manège, des fausses pistes. Chaque plan devient grandguignolesque, le montage syncopé, les effets spéciaux immondes, tout est réalisé comme un spot publicitaire, ne permettant pas de jubiler du déraillement. On ne retrouve pas la force imposée par le volet précédent sur l’autoroute.

     Néanmoins, on peut compter sur la suite. Sur le plan machiavélique de la mort, cherchant à s’occuper des rescapés imprévus. Ainsi que sur la présence de Mary Elizabeth Winsteed. S’il faut se farcir une idée un peu ridicule à base d’indices sur les photos prises par l’héroïne le jour de l’accident, il faut aussi compter sur une magnifique séance d’UV (l’un des morceaux de bravoure de la saga), une cloueuse démoniaque et un appareil de musculation écrabouilleur. Reste un sympathique divertissement à déguster avec les pop-corn.

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