Les dieux de la peste.
3.5 Le problème de cette version signée Robert Eggers, qui en livre un produit très graphique, mais parfaitement monochrome et figé – au point que ces deux heures (qui en paraissent trois) s’étirent sur le même non-rythme – c’est qu’elle donne surtout envie de revoir les Nosferatu de Murnau ou Herzog, les Dracula de Browning ou Coppola.
Ennui considérable de mon côté, proche de celui éprouvé avec The Witch, devant ce film qui ne me stimule jamais sinon en tant qu’objet de chef décorateur gothique new age, avec son Nosferatu affublé d’une moustache de hipster et d’un accent impossible. Il n’y a pas l’once d’une matière dedans, il y a les rats, la peste, de la putréfaction, des yeux révulsés, des cadavres, des flammes, mais on ne sent rien, on ne ressent rien. Il y a des embryons de scènes horrifiques (sur le Demeter, notamment) mais systématiquement, il coupe, il n’ose pas y plonger vraiment.
Cependant, sans sauver le film, les dix dernières minutes sont très réussies, sans doute car la séquence s’étire enfin et surtout parce que le comte Orlok est enfin filmé en monstre organique et morbide et non plus en pale vampire à grognements ininterrompus grandguignolesques raccord avec toute cette imagerie ostentatoire déployée deux heures durant par un talentueux fétichiste. Il faut peut-être qu’Eggers laisse le gris froid de la nuit et exploite davantage la chaleur des couleurs.
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