Trois femmes.
7.0 Quel bonheur de retrouver Hong Sangsoo comme je l’aime. J’avais fait l’impasse sur sa sortie à l’époque car je craignais d’assister à un film mineur : il a été tourné en cinq jours, avec Isabelle Huppert en plein festival de Cannes. Le film dure une heure mais le cinéaste y déploie son univers habituel et surtout il va complètement à l’encontre de ce qu’on attend d’un film sur Cannes. C’est simple, on ne voit pas le festival. On n’y voit que des lieux qu’on ne voit jamais : un café, une petite plage, un restaurant, une terrasse, une rue. Des lieux par ailleurs déserts, loin de l’effervescence d’un festival. C’est peut-être bien son film le plus rohmérien, en somme, qui se ressent jusque dans son titre. Un conte moral qu’on aurait pu glisser dans un épisode de Quatre aventures de Reinette et Mirabelle ou Les rendez-vous de Paris. Un film de rencontre et de hasard, fait de chassés croisés, de jeux de miroir d’une scène à l’autre et d’un léger décalage dans sa linéarité. Du Hong Sangsoo pur jus qui poursuit son cinéma fait d’infimes variations d’un film à l’autre. Les séquences sont longues, prennent le temps d’installer aussi bien la beauté que le malaise, à l’image de ce café partagé entre une distributrice et son employée qui se solde par sa démission forcée. La légèreté chez Hong Sangsoo ne se fait pas sans une certaine dose de cruauté. Comme toujours, il y a des objets, des apparitions et des couleurs qui prennent possession du cadre : ici une caméra bleue, un gilet jaune, des photos de Polaroïd, un chien, un bateau. Je pourrais le revoir illico.
0 commentaire à “La caméra de Claire (Keulleeoui kamera) – Hong Sang-soo – 2018”