A house of dynamite – Kathryn Bigelow – 2025

36. A house of dynamite - Kathryn Bigelow - 2025Quelques minutes avant la nuit.

   7.0   Comment raconter, au moyen d’un long métrage de deux heures, les dix-huit minutes d’une crise nucléaire par le prisme de spécialistes qui sont en charge de la gérer, au pentagone, dans une base militaire, à la FEMA, à la maison blanche ?

     Un matin, apparemment comme les autres, une ogive nucléaire d’une provenance inconnue, ayant échappé aux radars puis bientôt aux missiles destructeurs, menace de s’abattre sur les États-Unis, sur la métropole de Chicago, plus précisément. État d’urgence et compte à rebours sont lancés.

     Plutôt qu’une construction alternée à la Greengrass dans Vol93, Bigelow opte pour une structure en trois segments en investissant le même espace-temps vécu par trois groupes de points de vue différents, trois cellules de crise, qui se chevauchent, se nourrissent et s’annulent. Nous ne verrons donc rien d’autre que cet espace de crise, trois fois de suite. Ni le ciel ni la terre, ou seulement par l’intermédiaire d’écrans et de radars.

     Du point de vue suspense, le film est bancal : à la fois il fonctionne brillamment, il est haletant par son découpage, on y croit, on navigue dans cette tourmente, d’un personnage ou d’un écran à l’autre. C’est fort. Et pourtant, la mécanique se grippe quand on comprend – dès l’entame du début du deuxième tiers – que la construction se répète et que le film nous privera de l’issue du récit catastrophe.

     En tant que thriller, A house of dynamite est donc une impasse. Et paradoxalement c’est ce qui rend le film passionnant puisque la répétition de l’événement et de l’impuissance globale qu’il génère provoque la sensation que la dissuasion nucléaire nous a tous dépassé, qu’importe la politique et les puissances à pied d’œuvre. Le président lui-même apparaît deux tiers du temps via un carré noir sur un écran.

     Ainsi il s’agit moins ici d’une représentation de président trumpien que d’un simili Obama, tout aussi dépassé par les événements, comme si Bigelow se refusait au cliché du réel, du présent, du pire, en somme. C’est un film très pessimiste qui dit clairement qu’avec les meilleurs ce serait déjà une situation insurmontable alors imaginez avec la situation géopolitique actuelle et les incompétents qui la gèrent.

     Bigelow épure de façon à n’en garder que la cendre ardente : l’ennemi restera donc inconnu bien que de nombreuses hypothèses (russes, chinoises, nord-coréennes ou bug IA) soient relayées ; le film navigue d’une incompréhension à l’autre au point de créer un crescendo de l’impuissance à l’intérieur de son crescendo hiérarchique ; et il n’oblitère jamais l’absurdité de cette guerre dissuasive, tout aussi absurde que cette scène géniale où l’on demande conseil à une traductrice coréenne en train d’assister à la reconstitution annuel de la bataille de Gettysburg.

     Pas du niveau d’un Detroit ou d’un Zero dark thirty – tant le geste apparaît plus anachronique dans sa mécanique politique et un peu lourd par instants dans ses détails (figurine, peluche, photo) dispersés – mais un superbe film de mise en scène et du (très) bon Bigelow quand même.

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