La grande illusion.
7.0 Le film s’ouvre sur des funérailles. Vingt minutes de cérémonie à l’église, passage au cimetière et buffet de réception. Préambule conséquent qui marque déjà le registre choral du film à venir tant il s’agit moins de filmer la mort que d’observer ce groupe d’amis, qui s’étaient plus ou moins perdu de vue, se recueillir et se retrouver.
La suite verra ces personnages, tous principaux, rassemblés dans une grande propriété le temps d’un week-end. C’est un film de groupe. Mais un groupe dont l’entente fusionnelle s’est fragilisée avec le temps et l’éloignement. Un groupe qui s’est éparpillé, physiquement et moralement au détriment de ses idéaux initiaux.
Jeunesse révolutionnaire qui s’est adaptée au système, changée en quête égocentrique, ivresse de réussite contre les valeurs d’antan. Quête interrogée ici par la non-explication de ce suicide mais aussi par le personnage plus sombre de Nick campé par William Hurt – plus proche spirituellement du défunt – dont on comprend qu’il a perdu sa virilité au Vietnam, qu’il compense par la cocaïne. Néanmoins le film a aussi énormément de tendresse pour ses personnages.
Dingue de constater à quel point Guillaume Canet s’est inspiré de The Big Chill pour Les Petits mouchoirs, ne serait-ce que dans l’utilisation musicale – Kasdan, déjà, mettait de la musique partout (super BO) mais souvent de façon diégétique, comme pour accentuer la dimension nostalgique de ces retrouvailles. Mais le réalisateur de Ne le dis à personne n’en retient pas un aspect fondamental : le suicide du personnage.
Cette donnée, chez Kasdan, irrigue tout le film, fissure les restes d’amitié et questionne le parcours idéologique, sentimental, moral et professionnel de chacun. Le mort est sinon le personnage central, le point d’inertie, pivot de cette tragi-comédie de retrouvailles.
Mais il y a autre chose : Kasdan ne cherche pas à visibiliser le défunt (zéro flashback) qui restera hors champ tout le film, devenant ainsi la somme de tous ses (anciens) amis à nos yeux. C’est très beau. Exemple fort : Canet injecte une vidéo souvenir que les personnages vont regarder ensemble. Chez Kasdan, les personnages utilisent aussi l’image puisqu’ils se filment, au présent, comme pour réactiver un jeu passé. C’est autrement plus subtil.
Le film est souvent très drôle et toujours au bord du précipice, à deux doigts de basculer dans le désenchantement et l’amertume. Ainsi, Kasdan, au diapason de ce groupe évite tout pathos – au point que le film manque peut-être parfois un peu d’émotion concrète, ce qui le rend plus courageux encore – et désamorce systématiquement toute montée dramatique.
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