La photo qui tue.
6.5 Il faut savoir que Rossellini a tourné La machine à tuer les méchants dans la foulée de la sortie d’Allemagne, année zéro, en 1948. Qu’il l’a ensuite laissé en plan – afin de se lancer dans Stromboli – et que ce sont ses assistants qui l’ont terminé en 1952.
Le film s’ouvre dans un registre très théâtral, avec une main préparant un décor de carton-pâte, comme on installe une maison de poupée, accompagnée d’une voix off. Ici il s’agit surtout d’un lieu, un village au sud de Naples, ses habitants. Le film s’annonce comme une comédie légère inspirée de la Commedia dell’arte.
Mais d’emblée, l’artifice introductif rejoint le réel. Le film embraye sur une dimension politique puis réaliste, au moyen de deux longues séquences. La première verra des investisseurs américains débarquer dans ce village de l’Amalfitanie, dans le but d’y implanter leur projet. La suivante nous plongera dans les festivités locales de la Saint-André, avec ses défilés, ses feux d’artifices : le nombre de figurants est tel qu’on croit entrer en plein documentaire, avec ses décors réels et ses acteurs non-professionnels.
La suite s’éloignera du néo-réalisme tant le film basculera complètement vers la comédie burlesque, relevant quasi du running-gag, saupoudré d’un moralisme bien appuyé. Mais le pitch est chouette :
Celestino, petit photographe d’Amalfi, reçoit la visite d’un vieil homme mystérieux (une réincarnation de Saint-André ?) qui le dote d’un pouvoir mortifère : il lui suffit de prendre en photo la photographie de tous ceux et toutes celles qu’il considère comme méchants, nuisibles, détestables pour que ceux-ci succombent instantanément en se figeant dans la position de la photo.
Celestino profite bientôt de son nouveau pouvoir en punissant ses concitoyens abjects ou hypocrites, riches ou pauvres, et même s’il prend naturellement la défense des opprimés, constatera qu’un nuisible en moins en crée souvent deux en plus.
La farce s’avère assez enlevée, très ramassée (1h20) et surtout, on y retrouve Rossellini malgré tout, son appétence pour filmer le réel, les rues, les habitants, ses plans larges, cette obsession pour les escaliers, qui symbolisent ici clairement le niveau social. Une curiosité tant c’est un Rossellini méconnu certes mineur mais assez savoureux.
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