Le jour d’après (Geu-hu) – Hong Sang-soo – 2017

La femme 26. Le jour d'après - Geu-hu - Hong Sang-soo - 2017de l’éditeur.

   8.0   On pourra toujours dire qu’Hong Sangsoo recycle son cinéma de film en film. Ce serait problématique si c’était chaque fois moins bien. Mais il y a des variations. D’un film à l’autre. Parfois sortis la même année, tant il est prolifique, depuis trente ans.

     Le jour d’après est une magnifique de ces variations. On a beaucoup dit, souvent durant sa première partie de carrière, que le cinéaste coréen s’inspirait du cinéma de Rohmer. Il le revendiquait, d’ailleurs. Il y a des similitudes, c’est vrai, mais son cinéma s’en est de plus en plus émancipé, notamment formellement, Hong Sangsoo approchant une ascèse que le réalisateur de Ma nuit chez Maud n’a jamais investi.

     Et pourtant, pile dans sa période cinématographique où je l’attends le moins (le film sort juste après Seule sur la plage la nuit, l’un de ses plus hermétiques, à mon avis) Hong Sangsoo livre un marivaudage purement rohmérien. Un conte moral qui n’en finit plus de se livrer couche sur couche, selon une temporalité assez impalpable mais très ludique : il faut longtemps la reconstruire nous-même afin de comprendre les liens qui unissent les trois femmes et l’éditeur.

     Bongwan tient une petite maison d’édition. Il embauche Areum comme assistante. On apprend que sa femme le soupçonne de la tromper. On sait bientôt que Bongwan a une liaison avec son assistante. Pas du tout Areum, mais Changsook, la précédente, qui depuis s’est enfuie. Si le film donne l’impression de se dérouler sur une même journée, la temporalité de ces séquences à deux personnages reste mystérieuse. Hong Sangsoo livrant tout sans marqueur si ce n’est ceux des vêtements portés par les personnages (pas évident à distinguer, en noir et blanc) c’est très troublant.

     Or un moment donné, la femme de Bongwan débarque dans son bureau. Cet instant clarifie toute la temporalité distendue qui nous échappait jusqu’alors. Elle le soupçonnait d’infidélité, notamment à cause de ses départs du foyer de plus en plus matinaux. Et lorsqu’elle voit Areum elle est persuadé d’être face à la maîtresse de son mari. S’ensuit un affrontement violent causé pourtant par un terrible quiproquo.

     Ce qui est très beau dans Le jour d’après c’est de constater combien ce sont les femmes qui mènent le récit. Bongwan n’est plus qu’un pion, dans l’impossibilité de faire des choix, de prendre des décisions, incapable de mentir ni de dire la vérité. Pire, avec le temps, sa mémoire s’efface : dans un épilogue enneigé, magnifique, Areum revient, pour le féliciter pour un prix qu’il a reçu, mais il ne se souvient pas d’elle et la scène rejoue leur première rencontre, avec les mêmes questions réponses, qui rappelle combien Hong Sangsoo aime les répétitions.

     Mais cette fois, il ne s’agit plus de réversibilité mystique comme dans Un jour avec, un jour sans. Il s’agit peut-être d’un clin d’œil à son cinéma mais il s’agit surtout de faire du personnage masculin un type sans envergure, sans croyance, sans souvenir, sans vie. Et cela achève d’en faire un grand film sur la lâcheté masculine.

     Il s’agit peut-être du Hong Sangsoo nouvelle période le plus volubile et plein au sens où on y parle beaucoup, qu’on y crie et pleure aussi – bien plus qu’on y boit, tiens. Celui aussi où l’on projette toutes les possibilités. C’est l’un de ses films les plus ludiques et déroutants à la fois. Un grand Hong Sangsoo. Et une Kim Min-Hee sublimissime qui incarne un personnage d’une clairvoyance et d’une bienveillance bouleversante.

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