Magellan (Magalhães) – Lav Diaz – 2025

23. Magellan - Magalhães - Lav Diaz - 2025Le bateau et le monde.

   7.0   Le biopic hagiographique et exhaustif ne m’intéresse plus (si tant est qu’il m’ait déjà intéressé ?) donc j’étais servi, avec cette proposition signée Lav Diaz – dont je n’avais vu (et adoré) qu’un film jusqu’ici : Norte – qui entreprend à la fois de déconstruire le mythe, le biopic et la forme cinématographique.

     Le film s’ouvre à Mallaca, en Malaisie et se ferme à Cebu, aux Philippines, archipel sur lequel Magellan est mort après y avoir implanté son drapeau d’évangélisation catholique et apporté Santo Niño, l’enfant Jésus, qui deviendra l’icône catholique philippin.

     Mais d’un pôle à l’autre, les plans sont identiques, les faits, les exactions, les massacres aussi. Comme si l’Histoire de la colonisation se rejouait indéfiniment, comme si une attaque était la répétition de la suivante.

     La narration est noyée sous une effusion de plans atmosphériques et s’immisce un peu contre le film, un peu comme s’il était contaminé par l’occidentalisation, par la star – enfin ce qu’il en reste – ici Gael Garcia Bernal tentant de faire partie d’un film qui se refuse à lui.

     L’aspect spectaculaire du récit épique convoqué par ce voyage colonial vers un eldorado du pacifique est perpétuellement avorté par la mise en scène qui s’y refuse aussi, préférant cadrer loin une mutinerie nocturne, nous priver des décapitations ou simplement arriver après les massacres au moyen de tableaux ressemblant à du Delacroix.

     Mais la grande idée du film (qui achève d’en faire un anti-biopic) est surtout de faire un film sur Enrique, l’esclave de Magellan – acheté à Sumatra et lui servant d’interprète – plutôt que sur le navigateur lui-même. Soit l’envers complet de la figure héroïque de l’explorateur, qui ressemble davantage ici à celui filmé par Herzog, Aguirre, mais dont on aurait gardé que des plans de chutes ou des hors-champ.

     Reste un film étourdissant visuellement. Un film sur les forces du vent et de l’eau avant tout. Les éléments dévorent tout. Le son est dément. Rien que pour ça il faut le voir en salle. Mais c’est un film unique autant qu’il est bancal, un film ample à la structure impénétrable : il est morcelé, elliptique. Et en format carré. Sans musique. Un film qui pratique les plans fixes et les longues durées. Il y a toujours mille choses à regarder même s’il est parfois gagné par la pose.

     Mais le pire c’est que je ne trouve pas le film suffisamment radical. J’en suis dingue quand il arpente le peuple philippin. Quand il fait du bateau un personnage. Moins quand il colle aux vrais personnages, Magellan le premier. Même si celui-ci m’a beaucoup rappelé DeRoller – Benoit Magimel – dans Pacifiction. À noter que le film a le même chef op (Artur Tort) et qu’il est produit par Albert Serra.

     Finalement le film donne la sensation d’avoir été charcuté pour sortir en salle, mais qu’une version de neuf heures permettrait d’en saisir pleinement la folie et l’âme de ce voyage colonial : Lav Diaz a par ailleurs confirmé qu’une version longue était en préparation, concentrée davantage sur le peuple philippin ainsi que sur le point de vue de Beatriz, l’épouse de Magellan, qui n’apparaît ici que dans les visions oniriques du navigateur.

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