Des souris et des ours.
8.0 Ernest et Celestine compte beaucoup pour moi. Le film est sorti au cinéma l’année de naissance de mon fils et ce fut vite l’un de ses films chouchous. Il le matait en boucle. Il s’est rendu compte en le revoyant ce jour qu’il le connaissait encore par cœur. Mais l’initiative – de le revoir – est pourtant venu de sa petite sœur, qui s’est jadis souvent retrouvée devant parce que son grand frère le regardait. On a aussi beaucoup lu les albums de Gabrielle Vincent.
Bref, Esnest et Celestine c’est un peu une institution chez nous. Et pas seulement pour sa forme (magnifiques dessins à l’aquarelle) mais aussi pour son fond : cette rencontre entre deux marginaux qui ne devraient pas s’entendre, deux marginaux qu’on a trop voulu mettre dans des cases – dentiste pour l’une, juge pour l’autre – mais qui ne s’épanouissent qu’en tant qu’artistes : Celestine dessine, Ernest se rêve clown et musicien. C’est très beau.
Dans le monde d’Ernest et de Célestine, la société est très clivée : les ours vivent au-dessus et les souris en dessous. Ville pour les uns, égouts pour les autres. Les rongeurs n’arpentent la surface uniquement pour collecter les incisives d’enfants ursidés. Leur solidité constitue en effet un élément indispensable à la survie et au développement de leur communauté de muridés. Pratique quand les gamins perdent leurs dents de lait et les disposent sous leurs oreillers.
C’est lors de ces missions nocturnes – on y envoie les souris orphelines – que Celestine se retrouve coincée dans la poubelle d’un vendeur de bonbons avant d’en être délogée par Ernest, sans le sou, qui cherchait à manger. Ils vont tous deux vite s’entendre en découvrant qu’ils sont des laissés pour compte et qu’en s’entraidant leurs possibilités de survie et d’émancipation sont multipliées.
Il me semble que le film est un objet politique militant doublé d’une hymne à l’amitié, une ode à la liberté et une célébration de la différence. Et bien entendu, c’est magnifiquement rythmé mais pas comme dans le registre commun (Disney, Dreamworks et consorts) : il y a des temps doux, des temps plus frénétiques, c’est une affaire de dosage. Au sein du cinéma d’animation, le film fait figure de rebelle et se situe au diapason de ses deux beaux personnages. J’adore ce dessin animé.
0 commentaire à “Ernest & Célestine – Stéphane Aubier, Vincent Patar et Benjamin Renner – 2012”