A son image.
8.5 Tandis qu’il n’a alors réalisé que deux films, Piranhas les tueurs volants (qu’il a plus ou moins renié) et Terminator (avec un modeste budget), James Cameron s’embarque pour la suite du Alien, de Ridley Scott. Ce sera Aliens, une simple lettre en plus, qui semble pourtant déjà tout dire du projet : une équipe de scientifico-militaires plus importante et pas un mais plusieurs xénomorphes.
Aliens débute là ou Alien nous avait laissé, ou presque : Après cinquante-sept années de dérive spatiale anesthésiée, Ellen Ripley est secourue mais bientôt renvoyée sur LV-426 – qui depuis est devenu une planète colonisée où l’on y a installé des familles en mission de terraformage – qui ne donne plus signe de vie. Elle accompagne une escouade de marines armés jusqu’aux dents.
Cameron trahit le film de Scott autant qu’il en effectue le parfait prolongement. Il reprend la formule mais la réinvente à son image, un peu comme ce qu’il fait de Bishop, son passager androïde, qui n’a plus rien à voir avec Ash. Ou de Newt qui supplante le chat Jones, que Ripley et donc Cameron laissent volontairement en retrait comme pour dire « Bon, t’es mignon, mais tu ne sers pas à grand-chose » avant d’introduire cette petite fille, qui semble échappée de Mad Max 2 et qui deviendra pour Ripley la pulsion vitaliste et maternelle lui permettant de réinvestir le cœur d’un film qui la gardait presque spectatrice (d’un troupeau viriliste) au préalable.
Contrairement au film original, qui abordait son récit le plus simplement, silencieusement et avec une temporalité très claire, le film de Cameron s’ouvre dans le bruit (par un terrible cauchemar) et embraye sur un enchaînement d’ellipses, efficaces, qui vont à l’essentiel car l’objectif c’est bien entendu cette planète et l’affrontement qui s’y déroulera. Le slasher labyrinthique devient péplum chaotique.
L’ellipse disparait alors, le film donnant l’impression d’un récit de sauvetage / survival en temps réel. Il faut y investir pleinement les lieux, ce complexe abandonné, son dédale de ferrailles, de cavités à explorer, égouts terrifiants, coursives lugubres et conduits d’aération inextricables. Décor qui n’est pas sans rappeler celui de l’ouverture futuriste bleu métal de Terminator.
L’antagoniste n’est plus machine mais xénomorphes par dizaines : progénitures (extraites des corps des familles de colons dézingués) œuvrant pour leur maman, parfaite Nemesis de Ripley, qui aura tout le temps d’exister, de se venger puis de crever en beauté, tuée par une femme dans un monstre d’acier, lors d’un climax iconique de duel de mères en colère, dans un dernier tiers tonitruant.
C’est une machine de guerre, Aliens. La dernière heure est d’une intensité inédite. C’est un opéra guerrier, de feu, de fluides, de cris et d’explosions. Je ne l’avais pas revu depuis au bas mot quinze ans. Grosse baffe.
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