Deuxième vie.
8.5 C’est une chronique familiale se déroulant dans les plaines du Texas au Sud des États-Unis, sur la reconstruction d’un homme, seconde vie d’une vedette déchue de la musique country.
Tendre bonheur est une rareté, un film relativement oublié, qui doit son retour grâce à l’édition Make my day, de Jean-Baptiste Thoret. Oublié, mais il faut rappeler qu’il s’agit du seul film pour lequel Robert Duvall remportera l’Oscar du meilleur acteur.
À ses côtés, Tess Harper irradie littéralement le film, pour sa première apparition au cinéma, en incarnant Rosa Lee, cette femme d’une force souveraine et d’une douceur inouïe. Elle aura une carrière relativement discrète et incarnera par ailleurs la mère de Jesse Pinkman, dans Breaking bad.
Marc Sledge (magnifique Robert Duvall) est donc une ex-gloire de la country. Alcoolique notoire, il échoue dans un motel perdu du Texas et parce qu’il n’a même pas un rond pour payer sa chambre, se fait embaucher comme homme à tout faire par sa jeune propriétaire (révélation Tess Harper), elle-même veuve, élevant un enfant d’une dizaine d’années, n’ayant jamais connu son père, mort au Vietnam lorsqu’il était bébé.
Et Bruce Beresford ne fait pas de mystère non plus sur ce qu’était jadis son personnage masculin, sa violence envers son épouse qui l’éloigna définitivement de sa fille. La réinsertion de Mac, pour ne pas dire sa renaissance, s’effectue aux côtés de cette autre femme et de ses convictions religieuses. Mais son passé le rattrape constamment, notamment quand il apprend que son ex-femme, qui chante encore ses propres chansons, fait un passage dans le coin. Serait-ce l’occasion pour qu’il revoit sa fille ? Le film ira là et plus loin encore, glissant dans un dernier quart absolument déchirant.
C’est un grand film mélancolique qui prend le temps d’incarner cette mélancolie. Une scène superbe voit la fille de Mac venue rendre visite à son père. La longueur de la séquence, la composition des plans, les mots choisis, tout est à la fois très beau et brutal, culminant dans l’évocation de la musique : Sue Anne parle d’une chanson que son père lui fredonnait jadis pour s’endormir. Il y était question d’amour et d’une colombe. Il dit ne plus s’en souvenir, par embarras ou par pudeur. Or après le départ de la jeune femme, nous l’entendrons chantonner la berceuse en question. Évidemment c’était prévisible, mais ce qu’il l’est moins, c’est l’angle choisi par Beresford pour filmer cet instant : Mac sera dos à nous, face à la fenêtre, comme s’il observait à la fois sa fille s’en aller et son souvenir lui revenir. C’est un plan, pas plus. Et le film sera perpétuellement sur ce registre, d’une sobriété exemplaire.
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