Le boucher – Claude Chabrol – 1970

07. Le boucher - Claude Chabrol - 1970Miséricorde.

   9.0   C’est l’un des premiers Chabrol que j’ai vu. C’était il y a une vingtaine d’années. Jamais revu depuis mais j’ai toujours considéré qu’il était mon Chabrol préféré. Ça peut toutefois se discuter avec Que la bête meure ou La femme infidèle. Mais à vérifier.

     Toujours est-il que ce fut un bonheur de le revoir. Le film est encore meilleur que dans mes souvenirs. Son intrigue policière n’a pas tant d’importance – mais elle en prend une fois le décor posé, lentement, minutieusement. Ce qui est passionnant c’est ce que le film laisse en tant que document d’une époque, cette France du Périgord, ce petit village, ses habitants, ses commerçants, son école, son église : on y entend régulièrement les cloches sonner. Chabrol restitue cela avec une simplicité qui peut trouver un écho aujourd’hui dans le cinéma de Guiraudie.

     Stéphane Audran est Hélène, enseignante et directrice de la petite école du village. Jean Yanne, lui, est Popaul, le boucher. Et le premier tiers du film – qui comprend par ailleurs un mariage d’une quinzaine de minutes – consiste à planter ce décor, à nous le rendre cohérent, palpable. On y croit. Jusque dans les dates : le récit se déroule les premiers jours d’octobre et on sent encore la fin de l’été, le début de l’automne. Les arbres sont encore verts mais les feuilles mortes font déjà leur apparition. La cueillette aux champignons aussi.

     Or, si le générique qui ouvre le film se voit accompagner de peintures rupestres et d’une musique inquiétante de Pierre Jansen ce n’est pas anodin : la sauvagerie s’apprête à ressurgir de Cro-Magnon – magnifique séquence charnière à la sortie des grottes – pour investir Trémolat en Dordogne. Et s’il s’agit d’abord d’une rencontre entre deux êtres solitaires, leur conception de la solitude diffère autant que leur passé encore chaud. « Mademoiselle Hélène » – comme tout le monde l’appelle ici – préfère son célibat depuis une rupture amoureuse difficile. Popaul a repris la boucherie de papa mais il semble avoir été marqué par ses expériences en tant que soldat en Indochine et en Algérie. Certes Popaul est un peu rustre – il n’offre par exemple pas des fleurs mais un bon gigot d’agneau – mais leur flirt platonique existe. Et s’avère assez beau.

     Mais bientôt, le village est secoué par des crimes de jeunes femmes à l’arme blanche. Et cette amitié naissante, qui ressemblait par instants aux prémices d’une histoire d’amour se trouve chamboulée lorsqu’Hélène soupçonne Popaul d’être le meurtrier, à la faveur d’un briquet – qu’elle lui avait offert – oublié sur les lieux d’un crime dont elle fera la découverte.

     Cette douce plongée dans la vie d’un village et de deux de ses habitants vire au thriller glaçant qui n’oublie pourtant pas de continuer de portraiturer la vie alentours à l’image de cette longue scène de funérailles qui fait écho au mariage initial ; écho d’autant plus terrible que la victime n’est autre que la mariée. Par touches, le film crache sa violence. L’une des plus évidentes sera bien sûr l’image de ces gouttes de sang s’écrasant sur la tartine de beurre d’une enfant. C’est aussi ce qui rend le film si terrible, les gosses y sont partout – puisque notre héroïne est institutrice – et deviennent les premiers témoins de cette sauvagerie ressuscitée.

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