La reconquista – Jonás Trueba – 2016

05. La reconquista - Jonás Trueba - 2016Un amour de jeunesse.

   8.5   J’avais la possibilité de voir La reconquista autrement, l’ayant à disposition depuis cinq ans, depuis la sortie d’Eva en août, mon film préféré en 2020. Une force étrange a dû me persuader d’être patient afin, qui sait, de pouvoir découvrir, un jour, le film en salle.

     Miracle, ce jour est arrivé ! Arizona distribution ayant eu la lumineuse idée de sortir le film au cinéma, chez nous, dix ans après sa sortie espagnole. Surtout on a pu voir le film suivi d’une rencontre avec son réalisateur, Jonas Trueba, un homme passionné, érudit et d’une grande générosité, se livrant quatre-vingt-dix minutes durant dans un échange passionnant, traduit par l’immense Massoumeh Lahidji.

     La reconquista c’est l’histoire d’une étrange retrouvaille madrilène. Manuela et Olmo prennent un verre ensemble. Ils étaient amoureux l’un de l’autre à quinze ans. Ils en ont le double. Entre temps, Manuela est partie vivre à Buenos Aires, elle est actrice de théâtre, elle est de passage à Madrid et s’apprête à repartir. Olmo est traducteur, vit en couple et vient tout juste d’emménager avec sa compagne. Retrouvailles pleines de douceur et de gêne, dans un parc, un restaurant chinois, un bar à concert puis dans un club de swing, perturbées d’emblée par une lettre que la jeune femme donne au garçon : une lettre d’amour qu’il lui a écrite quinze ans auparavant.

     Le film prend le temps d’installer cette soirée de retrouvailles, leur déambulation, leurs discussions, projets, souvenirs. L’attention est portée aux regards, aux gestes, aux mots. On se prend à imaginer leur amour de jeunesse, Jonas Trueba n’usant d’aucune facilité : il n’y aura pas plus de flashback, de photos que de lettre lue au spectateur. En revanche, leur présent est filmé, restitué. Ce Madrid d’aujourd’hui, ses rues dans lesquelles on vient acheter quelques châtaignes. Ce concert folk donné par le père de Manuella, que Trueba filmera longtemps aussi : trois chansons, entièrement. Quel cinéaste fait cela ? Plus tard il s’agira de faire bouger les corps, cadré d’une façon qu’on n’a jamais vu une telle scène de danse au cinéma. Le spectre de la rom’com infuse. Mais la nuit s’arrête. La parenthèse se referme. Ils ont dansé comme ils auraient pu faire l’amour. C’était parti pour être le magnifique film d’une seule nuit. Mais La reconquista s’envole.

     On va suivre Olmo dans son retour chez lui, en Vespa, en quasi-temps réel, sur un morceau chanté (off) par le père de Manuela. Difficile, lors de cet instant de transition, de ne pas songer au Journal intime, de Nanni Moretti. Le retour sur terre et à la maison est tout aussi doux : Clara, la compagne d’Olmo aura cinq minutes de temps d’écran et c’est un personnage magnifique. Au même titre que cet appartement en bazar, plein de cartons – puisqu’ils viennent d’emménager – cadré au ras du sol, comme chez Ozu, créant un espace à la fois cosi et écrasant. Comment se relever de cette nuit ? Comment le film – on se situe à son mitan, grosso modo – peut-il se réinventer sinon en brisant tout ?

     Il trouvera son issue dans le passé et nous offrira ainsi le flashback tant espéré et redouté. Mais ce retour en arrière prendra l’autre moitié du film. L’été remplace l’hiver. On retrouve Olmo et Manuela adolescents, pour leur rencontre, filmé avec la même douceur, le même amour, la même finesse que leurs retrouvailles adultes. C’est le plus beau des flashbacks, en somme. Celui sur lequel on investit longtemps au présent. La reconquête (du titre) est moins liée à cet amour qu’à celle de la mémoire. Et leurs versions jeunes incarnée par Candela Recio et Pablo Hoyos sont tout aussi magnifiques, incandescents.

     Ce fut évidemment un bonheur incroyable – bien que le film soit antérieur, du coup – de retrouver Itsaso Arana, qui illuminait cette merveille qu’était Eva en août mais aussi Francesco Carril, inoubliable dans Los años nuevos, la série découverte sur Arte récemment. Je veux vivre dans les films de Jonas Trueba.

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